Bonjour tout le monde,
Voici enfin la suite et fin. J'ai préféré terminer plutôt que de publier une page tous les quinze jours. Ce carnet a été fait dans des conditions très difficiles pour moi, j'ai failli abandonner plusieurs fois, mais enfin, ça y est, c'est fini.
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Je vais mettre peu de photos ici, pour aller plus vite...
De Santa Fe à Great Sand Dunes via Taos
La version avec plus de photos et cartes se trouve ici:
www.carnetsdameriquesetdailleurs.fr/crbst...
J 29 - 10 juin
Temps toujours au beau fixe.
Ce matin, après avoir chargé la voiture, on est partis à pied faire des courses à l'hypermarché bio à côté, Whole Foods, avec juste le porte-monnaie. Et en revenant, une demi-heure plus tard, on s’est rendu compte que la portière arrière droite était restée grande ouverte !! Heureusement qu'on est aux
Etats-Unis car ça aurait pu être catastrophique...
On a donc quitté le Sage Inn de
Santa Fe pour
Taos – j'ai dit au revoir à la tourterelle dans son nid, toujours parfaitement stoïque, elle ne bouge pas une plume quand on passe devant son bec. Si on ne l'avait pas vue cligner de l'œil on aurait pensé que c'était une fausse, juste « pour faire genre ».
Une heure et demie plus tard, nous voici à nouveau à
Taos, que nous avions quitté en 2005.
Cette fois-ci nous dormirons à
El Pueblo Lodge, sur le paseo del Pueblo Norte, un beau motel dans le style adobe, qui s’étire sous les arbres.
Taos Art Museum & Fechin House. Superbe maison de Nikolai Fechin (1881-1955), peintre et sculpteur sur bois américain d’origine russe, qui dormait peu... peignant le jour et confectionnant la nuit les meubles de sa grande maison, sculptant également poutres, portes et piliers... Nous trouvons les tableaux exposés quelconques mais ses dessins exceptionnels.
C’est surtout le travail du bois que nous sommes venus voir, et il est admirable.
On ne sait trop où on dormira demain en repartant de
Great Sand Dunes... A Poncha Springs ? ou plus loin, sur la route de Crested
Butte ? En cherchant sur Internet on s’aperçoit qu’il y a un lodge dans le parc. Ça ne coûte rien de voir s'il reste une chambre disponible... et bingo, l'endroit ne doit pas être très fréquenté, ce n'est pas Havasupai ou Phantom Ranch où il faut réserver un an avant, là nous avons immédiatement une standard pour la nuit prochaine !
J 30 - 11 juin
En partant de
Taos par le nord, quelle n’est pas notre surprise de passer devant une « Fabrique Henriot de Quimper » ! (Que dis-tu de ça, Alain-Pierre ? ;-) Et Jean-Luc ?) Un Breton las des embruns venu se perdre dans le nord du
Nouveau-Mexique...
Le ciel se couvre peu à peu..
- puis les orages éclatent à l'horizon.
Le lodge est très bien, l’accueil particulièrement aimable. On le pensait à l’intérieur du parc mais il se trouve en surplomb de la route, 3 miles avant d’arriver. La chambre donne sur la montagne et les dunes, noyées de brume et de pluie, et sur des abreuvoirs à colibris. Pour l’instant, ils sont à l’abri, quelque part au-dessous, dans l’épaisseur des buissons.
Avant de partir rejoindre les moustiques en ordre de bataille au pied des dunes, à la faveur d'une éclaircie, nous passons régler la chambre à l'accueil. Et c'est alors que les ennuis commencent, nos cartes bleues – que nous utilisons pour la première fois depuis le début du voyage, car nous avons désormais épuisé tous nos dollars – sont systématiquement refusées.
Je passe sur les détails et le temps perdu... Les gérants (ou propriétaires?) sont compréhensifs et nous font confiance. Demain, à la première heure, nous contacterons la banque.
Les moustiques pullulent aux alentours de Medano Creek, apparemment, tout le monde est à la plage... ;-)
« Mosquitoes typically emerge in large numbers around the second week of June. » C'est bien notre chance!
Nous retournons au parking et prenons la piste qui s'éloigne vers le « Point of No Return », tout un programme, passons un petit gué, des flaques plus ou moins grandes, mais dès que nous mettons le nez dehors pour faire trois pas, c'est infernal... Les dunes les plus hautes d'
Amérique du Nord ne veulent pas de nous aujourd'hui. Le camping, lui, a l'air plein, hmmm..., comme ça doit être agréable...
Une fois au bercail, bien sûr, le soleil tente une percée..... puis peu à peu le ciel se dégage.
J 31 - 12 juin
Dès 6 h 30 nous appelons le service financier pour savoir pourquoi nos cartes sont bloquées. En fait, nous aurions dû les prévenir de notre départ aux
Etats-Unis. Il nous semble que c'est plutôt eux qui devraient prévenir les clients de ces nouvelles mesures de sécurité pour, paraît-il, éviter des fraudes, au cas où ils partiraient en voyage.
Bon, tout est désormais réglé, nos cartes sont débloquées, mais cette histoire nous a fait perdre pas mal de temps.
On hésite à faire le détour par les dunes avant de partir, et à aller de nouveau se fourrer au milieu des moustiques...
En quittant les dunes pour Crested
Butte, nous apercevons sur la droite une piste qui file tout droit à travers la prairie en direction du nord-ouest, et nous décidons de la prendre. Elle contourne le petit San Luis State Park et rejoint la 17 North une dizaine de kilomètres avant Moffat. Ce sera la première d’une longue série de lignes droites qui nous mènera dans les montagnes.
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De Great Sand Dunes à Crested Butte
J 31 - 12 juin (suite)
(Google ne voulant pas enregistrer notre itinéraire via la piste qui rejoint la 17 North, je n’ai pu l’indiquer sur la carte qui, au départ, ne reflète donc pas exactement notre trajet.)
La première station-service que nous croisons héberge deux flamants et un pélican, incongrus aux abords des Rocheuses, en compagnie de deux coqs blancs comme neige. De l'espèce Giganteus.
Et le pompiste a pris ses précautions au cas où l'envie d'aller voir ce qui se passe sous des cieux plus cléments se ferait trop pressante.
Laissant derrière nous les lignes géométriques – parallèles et angles droits –, nous bifurquons sur la 14 West, petite route désertique qui grimpe jusqu'au Cochetopa Pass et à la Continental Divide.
C'est une route comme on les aime, tranquille, solitaire, où l'on ne croise personne, excepté quelques animaux de métal jouant les équilibristes.
Crested
Butte, Cristiana Guesthaus.
En 2009 nous avions beaucoup aimé cette guesthouse tout en bois et son gros chat ronronnant, et c’est donc là que nous avons décidé de revenir. L’accueil est toujours aussi aimable et il flotte dans l'air une délicieuse odeur de chocolat. Mais où est donc passé le Gros Minet ?
Comme l'après-midi est déjà bien entamée et que c’est l’heure du thé (et aussi que nous sommes deux gourmands), nous nous posons un moment dans le canapé, devant la cheminée du grand salon du rez-de-chaussée. Aussitôt, Matt, le propriétaire, nous apporte un plateau de délicieux cookies frais sortis du four et nous apprend que le chat a désormais élu domicile chez sa fille, à Gunnison.
Beaucoup de choses ont changé depuis 2009 à Crested
Butte. Par exemple, la petite librairie que j'avais photographiée avec un chien à la fenêtre.... a été remplacée par... un photographe. Mais il y a autre chose de moins réjouissant: la rue principale, bordée de très jolies maison de toutes les couleurs, a été repeinte en bleu pour les besoins de la campagne publicitaire d'une marque de bière (Bud Light) en échange de 500 000 $. Peut-on tout faire pour de l'argent, y compris repeindre en bleu turquoise le bitume de la totalité de la rue principale d'un superbe village classé – dont certaines maisons de mineurs valent maintenant... un million de dollars?
La réponse a failli tourner au pugilat entre les habitants du village.
De retour dans notre chambre douillette, de gros nuages noirs s'amoncellent au-dessus de la montagne. On espère qu'ils nous tomberont sur la tête, ou du moins sur le toit au-dessus, mais c'est encore raté !
J 32 - 13 juin
Ce matin, rencontre avec Bluemesa alias Jean-Luc, de voyageforum, pour lui donner les duvets et les oreillers achetés au Walmart en arrivant et qu'on ne remportera pas. J'avais passé une annonce sur VF le 2 juin :
« On donne à
Denver, le 18 juin:
– deux sacs de couchage servi 6 nuits (
www.walmart.com/...leeping-Bag/13848659
;
– deux oreillers (
www.walmart.com/...p;findingMethod=p13n
);
– une glacière (
www.walmart.com/...arine-Cooler/8187711
)
– Lessive liquide Tide.
On peut donner les sacs de couchage et les oreillers à partir du 8 juin:
– à
Boulder, CO, le 17;
– à Estes Park les 15 & 16;
– à
Glenwood Springs le 14;
– à Crested Buttes les 12 & 13
Etc. »
Aucun voyageur arrivant de
France ne s'est manifesté, seul Jean-Luc/Bluemesa, installé depuis très longtemps dans le
Colorado, a répondu. Et donc nous avons rendez-vous avec lui.
Tout d'abord je ne le reconnais pas. J'avais vu (ou cru voir?) sur son site (
www.menbrial.com/
) quelqu'un de très grand, à l'air austère, environ soixante-dix ans, les cheveux tout blancs... et j'ai tout faux!
Il est très sympa, connaît parfaitement la région, et propose illico de nous emmener avec sa voiture pour aller à Judd Falls, qu'on nous avait justement recommandées.
La balade en sa compagnie est très agréable, je remarque au passage qu'il n'a pas de sangle – « jamais », précise-t-il – et tient son appareil à la main avec au moins un 70-200. Il a d'ailleurs pris quelques gnons (l'objectif, pas Jean-Luc).
Elle pourrait s'appeler la Snake River, mais c'est la Slate River...
On ne verra pas de castors, seulement leurs traces.
Jean-Luc est un photographe passionné, qui part souvent lorsqu'il fait encore nuit pour être sur place au lever du soleil. Je me dis qu'il a beaucoup de chance de ne pas se retrouver nez à nez avec un ours au milieu des bois. Il a vu une fois un magnifique loup gris, qui est en photo sur son site. Les rangers lui disaient pourtant qu'il n'y en avait pas dans le coin, il leur a démontré le contraire.
En montant à Judd Falls, on traverse les restes d'une avalanche de l'hiver précédent.
Superbe balade dans les bois et sur les pentes, avec des vues sur les montagnes en face. Les fleurs sont en retard, c'est dommage, mais les pissenlits sont les premiers à fleurir avec les pieds-d'alouette, les shooting stars rouge et jaune pointent leur nez, comme les délicats Yellow
Glacier Lilies.
Et puis nous voilà à Judd Falls, au-dessus des eaux qui grondent en se précipitant entre les falaises rocheuses.
De retour à Crested
Butte nous quittons Jean-Luc, en espérant le revoir lors d'un prochain passage. Puis l'après-midi nous partons explorer un autre coin, le long d'un sentier qui longe la vallée.
On adore Crested
Butte, il y a de la couleur partout, de nombreux jeunes, tous hyper sportifs d'après Jean-Luc. Il nous racontait que certains démarrent à la frontale à 3 heures du matin, dans la neige, pour grimper sur les sommets, que d’autres descendent les chutes en canoë, etc.
Et les environs sont vraiment magnifiques.
Demain nous emprunterons la piste de Kebler Pass, ouverte seulement depuis hier, non à cause de la neige mais... d'un barrage de castors!
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De Crested Butte à Glenwood Springs via le Kebler Pass
J 33 - 14 juin
Ciel tout bleu ce matin. La piste du Kebler Pass est donc ouverte depuis hier (voir page précédente) et ce premier week-end après l'hiver tout le monde s'est apparemment donné rendez-vous pour l'emprunter ! Cela dit, elle est constamment superbe, bordée d'aspens – troncs blancs, feuilles vert tendre sur ciel indigo – qui nous regardent passer avec dans leurs yeux toute la tristesse du monde. Il y a encore de la neige sur les sommets, que par endroits les vents venus d'
Utah et d'
Arizona ont saupoudrée d'ocre-rouge, et ici et là sur les bas-côtés.
Un croisement, un panneau « Three Lakes Trail», à 2 miles sur la gauche par une bonne piste. Nous faisons le détour, histoire de voir...
Lost Lake. Il règne là un calme incroyable...
Le camping, dont les emplacements s’alignent le long du lac, est désert. Ni homme ni ours. Ce qui ne doit pas toujours être le cas au vu des multiples avertissements placardés au début du sentier.
Nous pensons à Françoise et Gérard qui ont filé vers l'ouest pour échapper à la foule et à la chaleur, cet endroit était fait pour eux.
Retour sur la piste de Kebler Pass. Au détour d’un virage nous nous trouvons nez à nez avec Marcellina Mountain, sombre et déchiquetée, un des plus hauts sommets du
Colorado avec près de 3 500 m d'altitude, qui surplombe le Ruby Anthracite Creek. Marcellina a dû perdre ses rubis et ne garder que l'anthracite, elle sent l'orage, la foudre et les éclairs, ses arêtes sont tranchantes et ses pentes vertigineuses.
Au loin, la neige s'attarde sur les sommets de Beckwith Mountain.
A une cinquantaine de kilomètres au sud de
Glenwood Springs, sur la 133 North, nous traversons le village historique de Redstone, où s'alignent d'anciens fours à coke datant de la fin du XIXe siècle.
Arrivée à
Glenwood Springs. Que d'agitation! La ville s'étire dans la vallée, traversée par une circulation incessante, sous une montagne de fer rouge sang et vert sapin.
Au Red Mountain Inn où nous avons réservé, l'atmosphère est celle d'un camping français :- (, du moins du seul où nous avons jamais mis les pieds, à Roquebillière, à l'entrée du Mercantour...
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Rocky Mountain National Park (1)
J 34 - 15 juin
Ah, l'interstate!! Ce matin, sur la 70, c'était un enfer, et sur 200 km! Les Américains, du moins dans la région, ont complètement changé de comportement au volant. Ils roulaient 20 miles au-dessus de la limite de vitesse, doublaient à droite et collaient sans arrêt...
Après Idaho Springs, on bifurque sur la 6 puis sur la 119 North. Un peu plus tard on traverse Black Hawk. Dommage qu'un si joli nom soit donné à une aussi laide agglomération : ce n'est qu'une enfilade de casinos installés dans les bâtiments d'une ancienne ville minière. Pour faire plus cafardeux, il doit falloir chercher longtemps!
Estes Park. On pensait arriver dans un village de montagne... c'est raté. L'agglomération s'étend dans la vallée sur des kilomètres et des kilomètres. Heureusement, notre motel, le 4 Seasons Inn, à 2 miles de l'entrée du parc, est à l'écart de la foule et de l'agitation, planté au bord de la Fall River et fréquenté par des wapitis. :-) La chambre, grande et très belle, donne sur deux côtés et a une cheminée qui fait de fausses flammes :-).
Nous posons nos affaires et repartons du côté de Upper Beaver Meadows. Les beavers sont décidément des animaux très discrets... De la Terre de Feu jusqu'au fond du
Colorado, on n'a jamais vu que leurs traces. Les seuls qu'on ait pu observer se trouvaient sur l'île d'Anticosti, au
Québec, il y a une vingtaine d'années. Le père faisait la planche, les doigts de pied en éventail, pendant que la mère s'activait avec son bois et ses petits.
Le sentier est très agréable, il longe des prairies et des bois clairsemés dans lesquels broutent des cerfs-mulets, avec les montagnes en arrière-fond.
Au sud le ciel menace très sérieusement. Nous faisons demi-tour avant de recevoir l'orage sur la tête.
En redescendant dans la vallée nous apercevons un gros dindon sauvage sous les arbres et une harde de wapitis dans le soleil couchant. Ils sont une bonne cinquantaine, avec de nombreux petits.
Demain nous allons parcourir la Trail Ridge Rd et retrouver le soir Angelo et Monika, avant le grand retour, tous ensemble, le 18 mai.
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Rocky Mountain NP, Trail Ridge Rd (2)
J 35 - 16 juin
Aujourd'hui, nous allons parcourir la Trail Ridge Road qui grimpe à l'assaut des nuages, sur les sommets fouettés par les vents, là où il n'y a que cailloux, herbe rase et marmottes.
Et ce soir Angelo et Monika passeront nous voir dans notre nid douillet vers 18 h 30. Nous n'avons plus eu de nouvelles depuis qu'ils sont partis vers la côte ouest, fuyant la chaleur, nous sommes impatients de les revoir et avons hâte qu'ils nous racontent leur voyage bis.
La route monte, monte, magnifique. A Horseshoe Park Overlook, on aperçoit encore, au-dessous, la large cicatrice laissée par la rupture du barrage de Lawn Lake, lac naturel qui s'était vu octroyer cette retenue d'eau pour augmenter sa superficie. En 1982, il a cédé. Résultat: 3 morts et 31 millions de dollars de dégâts à Estes Park. Trente-deux ans plus tard, les stigmates sont toujours là.
Il y a de moins en moins d'arbres, de plus en plus de neige, mais on a de la chance, la Trail Ridge Rd est ouverte depuis peu.
La route continue de grimper. C'est la plus haute route bitumée des
Etats-Unis, elle passe à plus de 3 700 m et traverse la Continental Divide: les eaux vont se jeter d'un côté dans le bassin du
Mississippi, de l'autre dans le Pacifique. On va bientôt accrocher les nuages...
Nous dominons maintenant tous les sommets, laissant les forêts sombres se perdre en contrebas dans Forest Canyon.
Plus haut, la toundra désertique et pelée étire ses pentes d'herbe rase sur le toit des Rocheuses. Le vent souffle avec fureur, il fait un froid glacial lorsqu'on met le nez dehors.
A Rock Cut Overlook, il y a du monde. Les gens vont et viennent sur le parking, mais il faut croire qu'on n’a pas tous la même perception du froid car il y a un jeune Américain – certes bien enrobé –, en chemisette à manches courtes, qui tente quelques pas, comme si de rien n’était, sur le Toundra Communities Trail... La température est évidemment négative, le vent nous transperce de ses lames aiguisées, mais lui est stoïque, on voit bien qu’il est congestionné, qu’il s’en souviendra longtemps, mais il ne laisse rien paraître, l’honneur est sauf. Et c’est lentement, tranquillement, un sourire figé aux lèvres, qu’il descendra les quelques marches qui mènent au parking... et à sa voiture.
De notre côté, nous nous couvrons le plus possible et partons sur ce sentier où personne ne s'aventure.
De petits myosotis poussent avec persévérance, en restant consciencieusement au ras du sol... Il est recommandé de marcher sur le sentier, car il peut falloir une centaine d'années pour réparer les dommages infligés à la toundra.
Un peu de couleur dans cet environnement austère.... mais aussi des champignons de pierre, chapeaux de schiste bruns et corps de granite clair, qui gardent en eux le souvenir de la mer. Le schiste provient d'un dépôt au fond de l'Océan tandis que le granite, au-dessous, a été poussé par le magma.
Je risque un œil entre deux gros rochers, où le vent se précipite avec fracas, me clouant sur place. Au-delà, Longs Peak et Forest Canyon.
Le sentier continue encore un peu mais le froid qui nous transperce malgré nos vêtements chauds nous fait battre en retraite.
Le Visitor Center, planté sur le « Rooftop » du
Rocky Mountain NP... Les conditions en hiver sont extrêmes, malgré cela j'aimerais y passer quelques mois (si si!).
Ensuite la route redescend sur Grand Lake mais nous n'irons pas aussi bas.
Prairies et forêts verdoyantes ne sont pas au programme du jour, et nous nous arrêterons à Cache La Poudre River.
De retour au 4 Seasons, et avant 18 h 30, nous partons faire un tour à Estes Park. La petite ville est surpeuplée, les trottoirs sont bondés, il y a des boutiques partout. Au bout de vingt minutes, bien saoulés par la foule, on plie bagage.
Lorsque Angelo et Monika arrivent, nous remarquons tout de suite qu'ils ont changé de voiture. On l'avait oublié, c'est vrai, à
Albuquerque un garagiste leur avait signalé que les pneus n'étaient pas conformes. Dollar leur avait alors donné une voiture de catégorie inférieure... pour le même prix.
Le 3 juin ils étaient à Pendleton, à 200 miles de
Portland, et ont eu neuf jours pour faire la route
Portland,
Seattle,
Yellowstone, Montrose ! Quel marathon!
On se quitte en se donnant rendez-vous demain, à
Boulder.
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Rocky Mountain NP (3)
J 36 - 17 juin
Avant-dernier jour sur le sol américain. Ce soir nous dormirons à
Boulder, au Foot of the Mountain Motel, où Angelo et Monika ont également réservé une chambre. Mais en attendant, nous quittons le Four Seasons où nous étions si bien pour aller prendre le Lumpy Ridge Trail jusqu'à Gem Lake, petite balade d'environ 5 km aller-retour.
Hwy 34, puis on tourne à gauche sur MacGregor Avenue, à droite sur Devils Gulch Road et enfin à gauche sur Lumpy Ridge Road. Le parking se trouve au bout de la route.
Très vite le sentier s'élève (il a un dénivelé d'environ 320 m), avec de belles vues sur les Rocheuses, en face.
Le chemin est bordé en partie par de gros buissons d'églantiers et de framboisiers.... mais aussi par des formations rocheuses inhabituelles qui font sa particularité, comme cette « Paul Bunyan's Boot » à la semelle passablement usée... Paul Bunyan est une figure célèbre du folklore américain, un bûcheron géant, qui en d'autres temps a visiblement perdu une de ses chaussures sur le Lumpy Ridge Trail ;-)
Surprise... Au détour d'un virage des toilettes 4 étoiles avec vue imprenable. Imprenable aussi depuis le sentier qui passe juste au-dessus... ;-)
De fil en aiguille, nous voilà à Gem Lake, petit lac surplombé d'un côté par de sombres falaises à l'aspect feuilleté, et fréquenté par une bonne trentaine de personnes dispersées sur ses rives.
Après quelques hésitations, on finit par pousser un peu plus loin. Le sentier se glisse entre deux haies serrées d'arbustes, en fait il est à peine visible, et débouche sur une clairière en contrebas, avec cette fois la vue sur l'autre versant. L'endroit est désert et l'on décide d'y pique-niquer, avant de prendre le chemin du retour en faisant une boucle.
En rejoignant le parking, on se sent soudain lilliputien devant cet énorme vautour de pierre, la tête dans les épaules. Apparemment, ce n'est pas son jour...
De l'infiniment grand à l'infiniment petit, sans transition.
De ce côté, le sentier, totalement désert, file à flanc de prairies, sur des pentes plus douces, et traverse des propriétés. Comme toujours, dans l'Ouest, l'imagination est à l'honneur et nous permet d'expérimenter un simple mais ingénieux système d'ouverture et fermeture de clôture.
Quant aux toilettes du parking... qui eût cru que le danger venait se nicher jusque-là?... ;-)
Les prairies festonnées du ranch McGregor. C'est tout de même plus joli que les barbelés.
A
Boulder, le Foot of the Mountain est basique mais sympa, et le jeune à l'accueil très aimable. Lorsque nous lui demandons si nos amis sont arrivés il nous répond qu'il n'a aucune réservation à ce nom-là... Il a beau chercher, chercher, non, vraiment, il ne voit pas. Nous sommes dubitatifs... Et puis plus tard, qui apercevons-nous sur des fauteuils devant leur porte? Angelo et Monika! La réservation a été faite au nom de Monika.
Le soir, nous partons dîner tous les quatre dans un bon restaurant italien, sur Main Street, puis flâner dans les rues. Il y a une Française plutôt folklorique, la cinquantaine, qui chante des chansons bien cafardeuses, style Piaf (pardon pour ceux qui aiment ;-). Et voilà qu'elle s'aperçoit qu'on est aussi français et qu'elle se prend d'une amitié subite pour moi! Elle ne me lâche plus!...
Demain, c'est le grand départ, toujours le plus mauvais jour d'un voyage...
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18 juin, le départ
J 37 - 18 juin
En quittant le motel, nous allons tous les quatre nous promener dans le centre. Il fait beau et c'est très agréable. Et puis la faim se faisant peu à peu sentir, nous entrons au Falafel King Restaurant, 1314 Pearl Street, acheter de délicieux pains pita garnis de poulet et de crudités (sauf Alain qui prend d'excellents falafels) que nous mangeons sur un banc.
En partant pour l'aéroport, nous suivons Angelo, qui a un GPS, sur une autoroute absolument déserte, et environ une heure plus tard nous arrivons chez Dollar. Une employée relève le kilométrage et le niveau d'essence, nous prenons nos affaires et laissons le 4 x 4, après lui avoir demandé à qui nous devions régler le péage de l'autoroute que nous venons de prendre. Avec un grand sourire elle nous répond que tout est payé... Les ennuis ne font que commencer...
[ici, je ne remets pas ce que j'avais déjà écrit sur le forum, mais tout est sur le site.]
Ensuite, le décollage s'est passé de façon très peu orthodoxe. L'avion s'est mis en bout de piste, puis a accéléré, accéléré, accéléré, mais rien ne se passait... :- (Au bout d'un certain nombre de voyages, on sait instinctivement à quel moment l'avion va s'arracher au tarmac.
On s'est regardées, Monika et moi, d'autres personnes avaient également l'air inquiètes. Puis on a ressenti plusieurs cahots, et là je me suis dit cette fois c'est fichu, il sort de la piste. C'est alors qu'il a décollé...
Ma voisine, de l'autre côté du couloir, m'a serré le bras.
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Voilà, c'est terminé. Il me reste encore à faire les Renseignements divers.
Et encore désolée pour la lenteur...
Pascale