Bonjour,
Ton message est très intéressant ; tu as l'air un peu déçu des "consciences fouillées" au niveau de l'humanitaire et tu sembles regretter que l'on accepte pas simplement toutes les bonnes volontés.
Alors je te raconterais simplement ce qu'il m'est arrivé pour t'expliquer mon point de vue à ce sujet.
Moi, j'ai toujours pensé que j'avais de la chance de vivre en
France, dans le confort, dans une société où j'étais intégrée, qui me permettait de manger à ma faim, chaque jour. L'envie de partager, de donner de mon temps, d'aider les autres et aussi de découvrir la différence (dans les cultures, le vécu, les diverses façons de vivre...) depuis mon plus jeune âge m'ont toujours donné la certitude qu'un jour, si j'en avais l'occasion, je ferais de l'humanitaire.
Et l'occasion s'est présentée. J'ai connu une personne qui partait, à titre personnel, en
Roumanie, pour aider des Roumains pauvres et des Tsiganes. Le récit de ses interventions m'ont donné envie de partir alors, j'ai collecté des vêtements et je l'ai suivie. Ca aurait pu être en Afrique, en
Amérique du Sud où ailleurs, je m'en fichais. Aider les autres était mon principal soucis.
Et puis, pendant un mois, certains comportements chez la personne avec qui je voyageais m'ont déplus. De l'argent donné a été gaspillé pour servir des intérêts personnels, des mensonges ont permis à cette personne d'acquérir une certaine notoriété au sein des villages où elle intervenait. Cette première expérience a éveillé ma conscience à tous les niveaux...
A mon retour, cette personne a fondé une association à laquelle j'ai choisi de ne pas adhérer pour des questions éthiques et morales. Mais émue par la détresse des Tsiganes j'ai ressenti le besoin de me fédérer à une association. Lorsqu'on a vu la misère de près, où que ce soit, il est difficile de reprendre le cours de sa vie et de faire comme si de rien n'était...
Et je pensais que s'unir à d'autres bonnes volontés me rendrait plus forte, plus efficace dans mes actions. J'ai donc passé trois heures sur internet et j'ai trouvé une association française qui me convenait parce qu'elle se composait de musiciens et de travailleurs sociaux et que cet organisme intervenait en
Roumanie, un pays qu'à présent, je connaissais un peu mieux. Leur expérience m'a considérablement enrichie ; leur tolérance et leur confiance aussi. J'avais besoin de canaliser mon énergie et mes idées, de donner un cadre, une organisation bien assise à mes projets afin de les concrétiser rationnellement, c'est à dire en adéquation avec mes convictions, les desiderata des populations locales et avec d'autres qui comme moi, centralisaient des moyens permettant de mener des travaux bien plus conséquents, d'ordre structurel et donc plus durables, plus efficace. De la main d'oeuvre, on en a sur place ; ce qui manque c'est des moyens, des personnes capables de concevoir de véritables projets.
Je pense donc que si les associations cherchent des adhérents actifs engagés, et non de simples volontaires, c'est parce que, comme moi, ils ont besoin de personnes qui soient capables de mener à bien des projets viables, non ponctuels et durables. Ce qui nécessite une connaissance du milieu dans lequel on intervient, un investissement à plus où moins longue durée, de la débrouille, un esprit d'initiative et une prise de conscience importante au niveau des personnes secourues : il y a, en effet, bien des façons d'aider mais aider à l'occidentale, par exemple, cause parfois bien plus de dégâts que cela n'en résout ! Un volontaire, parachuté n'importe où, sans travail de préparation, sans projet à mener, quoique plein de bonne volonté peut se tromper et faire plus de mal que de bien en croyant bien faire...
Toi, tu es prêt à aller n'importe où mais je suis sûre que si tu vas dans un endroit, tu t'attacheras aux gens que tu vas rencontrer, tu te rendras compte que dans ce village, le travail est à peine ébauché et rapidement, tu formeras le projet d'y revenir pour finir ce que tu y a commencé. Tu n'auras pas envie de "lâcher" ces personnes nécessiteuses à qui tu auras donné tant d'espoir... C'est la raison pour laquelle, moi, j'interviens toujours en
Roumanie.
En outre, je te rassure tout de suite, je ne suis pas infirmière ni docteur ; je ne suis pas artisan et à première vue, mon expérience dans le domaine n'est pas immense. Mais lorsque je me suis présentée à mon association, j'ai simplement dit ce que je savais faire. Ils ont puisé dans mes connaissances, mon vécu, mes compétences ; j'ai puisé dans les leur et ensemble, nous avons mené à bien des projets. La chance que j'ai, c'est qu'ils m'ont fait confiance et que cela m'a permis, en plus de superviser des travaux en
Transylvanie, de réaliser personnellement des micro-projets, avec l'aide de tous. Et c'est tout ça qui permet d'agir avec efficacité et à propos.
Voilà pourquoi, à mon avis, ils hésitent à prendre de simples volontaires. Cependant, adhérents actifs, tout le monde peut le devenir. Tu me parais généreux et ouvert. A toi de proposer des projets et d'accepter des collaborations réfléchies et posées. Ton action n'en sera que plus efficace et meilleure. Il ne faut pas te décourager. L'action humanitaire permet la synergie des gens de bonnes volontés, ouverts et à l'écoute dans les deux sens : démunis/humanitaires mais aussi entre humanitaires. Navigue sur internet, découvre et choisit une association qui te convient et investis toi à fond. La récompense est au bout du chemin : les sourires des plus démunis qui se sentent épaulés, l'amélioration de leurs conditions de vie, l'accroissement de leur autonomie.