Le bruit et la fureur, c'est une habitude en
France depuis au moins 4 siècles. Le cavalier Marin, ambassadeur de
Venise, rendait compte au Doge en des termes fleuris de ce qu'il découvrait en
France en 1615. Si la lettre vous intéresse, je pourrais la recopier, je l'adore.
Oui nos expériences avec nos enfants, petits-enfants et autres sont au coeur de nos préocupations, voilà, voilà:
La narration de ton expérience vécue avec Félix ton petit-fils qui disparaît, caché dans ta grosse marmite à tout faire, fait resurgir instantanément des souvenirs pour le moins inquiétants pour ne pas dire traumatisants. Cinq au premier flash. Je t’en raconte un, mais les autres ne sont pas plus terribles dans leur chute :
A une période lointaine d’une autre vie, nous habitions Fontainebleau et nous passions une bonne partie de notre temps à grimper dans la forêt qui est unique au monde, trente mille hectares foisonnant de blocs rocheux, du gré, l’une des roches les plus difficiles pour l’escalade. Notre fils Bertrand, âgé de 3 ans, avait rapidement pris l’habitude de vadrouiller au pied des rochers, équipé d’une belle cloche à vache autour du cou. Il l’arborait fièrement. Nous pouvions de ce fait le localiser à l’ouïe.
Un soir, le crépuscule s’annonçait, nous restions seuls, les derniers à s’acharner dans ce que certains considèrent comme une activité dénuée de sens, de l’utilité de monter pour redescendre. Au moment de quitter le site, mais où est-il ? On tend l’oreille, aucun bruit, aucun tintement. Nous nous lançons chacun dans une direction différente au milieu du dédale de rochers en l’appelant, rien. La panique arrive vite, accompagnée de son cortège d’angoisse et de culpabilité. L’obscurité s’impose, inéluctable et lourde de menaces imprécises. Le secteur est en déclivité, en désespoir de cause nous nous dirigeons vers la partie la plus raide, là où de grands rochers peuplent la pente. Malgré nos appels de plus en plus angoissés, il ne répond pas et pas un timbre de cloche ne nous indique une direction. Les minutes sont longues, pas besoin de la relativité d’Einstein pour constater que le temps est une notion relative. Après des tours et détours, de plus en plus terrorisés, la délivrance nous cueille sans préavis. Au pied d’un immense bloc, une petite plage sablonneuse, il est là, assis au milieu à faire des dessins au fil de son inspiration. Il est chez lui et fait corps avec l’esprit de la forêt envahie par l’obscurité, manifestement objet de terreur uniquement pour ses parents.
Quelque temps après, nous grimpons dans l’une des grandes Mecque de l’escalade, le Verdon. Au camping de Lapalud nous faisons la connaissance d’un Canadien. Au fil de la discussion, bien évidemment il est question de Fontainebleau à la réputation mondiale que ce Canadien connaît à l’instar de très nombreux varappeurs étrangers. Comme souvent, la question rituelle arrive, avons-nous des enfants. Une photo jaillit d’un portefeuille. Notre Canadien pousse un cri : « mais ce gamin je le connais, je l’ai vu passer au pied d’un rocher à Franchard ». Il nous avoue qu’il avait été très intrigué de cet enfant seul avec sa grosse cloche tintinnabulant.