| L'écume des jours Pondy · 7 janvier 2026 à 16:22 · Une photo 32 messages · 6 participants · 1 527 affichages | | | | 7 janvier 2026 à 16:22 L'écume des jours Message 1 de 32 · Page 1 de 2 · 1 043 affichages · Partager Maintenant que le rideau est tombé sur l’année écoulée, voilà le temps de venir regarder ce qu’il se passe par ici. Ca me semble bien désert, mais je lirai plus en détail plus tard.
Il faut d’abord que je vous raconte une anecdote.
Ma grande petite fille en 3eme année de droit avait vraiment peur de ne pas valider son année. Je lui dis : « fais-toi confiance, tu as beaucoup travaillé, et au pire, si tu rates, tu referas une année » « Je ne crois pas réussir, ils ont changé les modalités et si je loupe une seule unité, faut tout recommencer » Je sais, qu’effectivement les notes étaient loin d’être mirobolantes et avec ce que je m’apprêtais à lui dire, je ne prenais pas un grand risque. « je vais te dire ma chérie, si tu réussis, je te promets, je t’emmène en Inde, juste nous deux ». Il faut bien avouer que l’ Inde est un pays dont j’ai tant et tant parlé à tous mes petits-enfants que dans leur esprit c’est devenu un pays magique, mythique (humm)
Le mois de juillet débute à peine et mon portable sonne avec son prénom qui s’affiche. « mamido, j’ai réussi !! » Ma promesse me revient en mémoire, aïe, aïe, aïe ! « Bravo ma grande » Un peu intimidée elle me dit : « Ca tient toujours pour l’ Inde »
Et moi de répondre : « Mais bien sûr »
Et voilà, une promesse se tient toujours sous peine de perdre cette confiance si précieuse qui tient les coeurs au chaud et en paix
Nous partons donc en février. Seulement 8 jours, ouille l’empreinte carbone ! Il ne faut pas louper les TD sous peine d’exclusion. Personnellement, ça me va très bien.
Aller en Inde est devenu pour moi une épreuve, c’est loin, c’est fatigant, je transpire, je n'aime pas les moustiques, les épices affectent ma bouche quand autrefois j’aimais ça. Y’a du bruit, tout le temps, la nuit les chiens aboient sans cesse, on manque de se faire écraser. Je vais me perdre dans les rues parce que mon sens de l’orientation a disparu. Je n’aime plus du tout le riz. Tout ce chaos et ces différences culturelles qui enchantaient tous mes sens maintenant me rebute. Bref, j’ai promis.
L’avantage et non des moindres, Raman, le même chauffeur depuis toujours, sera à l’aéroport avec la pancarte à nos noms, on s’arrêtera à la même échoppe pour le tchaï ou chaï ou thé tout simplement à l’arôme qui m’enivre, à mi-parcours.
Ce sera un tout petit voyage, logées chez nos amis, je lui montrerai quelques coins que j’aime, Chidambaram et mamallapuram et le dispensaire où j’ai bossé et nous rentrerons. Ma petite fille chez ses parents.
Quant à moi, je repartirai aussitôt dans notre île écossaise avec Homme pour notre hiver de froidure.
Comment peut-on aimer un pays jusqu’à avoir envie d’y vivre puis, tout d’un coup le rejeter, ne plus savoir apprécier ce qui, justement, le faisait apprécier. C’est le mystère de l’amour. Peut-être ? | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Pondy · 8 janvier 2026 à 10:19 Re: L'écume des jours Message 2 de 32 · Page 1 de 2 · 1 012 affichages · Partager Comment peut-on aimer un pays jusqu’à avoir envie d’y vivre puis, tout d’un coup le rejeter, ne plus savoir apprécier ce qui, justement, le faisait apprécier. C’est le mystère de l’amour. Peut-être ?
Justement, j'ai longtemps rencontré le même inconvénient avec les femmes  C'est aussi le mystère de l'amour, quoique pas si mystérieux en définitive.
Ce qui m'a interpellé dans le reste de ton évocation, c'est le besoin de délicatesse réclamé par nos corps et nos âmes vieillissants. Davantage de confort, un meilleur matelas, moins de bruit, des plats moins agressifs, le taxi plutôt que le bus, pas de lumières trop fortes et ainsi de suite.
Nous avons su mieux apprécier autrefois des voyages mouvementés dans des conditions éreintantes mais nos expériences étaient alors faites de cases vides et notre physique nous permettait de dépasser les limites. Bon sang, j'ai définitivement basculé dans le troisième âge...
"Les feuilles qu'on foule un train qui roule la vie s'écoule." | | | À: Jojoone1 · 8 janvier 2026 à 15:07 Re: L'écume des jours Message 3 de 32 · Page 1 de 2 · 985 affichages · Partager Bonjour Joël,
Tu es bien lyrique aujourd’hui. Je n'ai pas le sentiment de basculer comme tu le dis dans le troisième âge mais au contraire d'y glisser sereinement bien loin de tout ce qui faisait mes inquiétudes de voyage, inquiétudes ridicules :
trouver un gîte, un hôtel, un loueur de voiture fiable, un billet d'avion pas trop cher, pas de trop longues escales, bien récupérer du décalage horaire, apprendre quelques mots de la langue du pays et aussitôt les oublier dès le retour, sourire même de mauvaise humeur parce que, quand même, on ne va pas gâcher les vacances pour un vol annulé, un pneu crevé, des piquets de tentes manquants etc...etc...
Prendre le temps de vivre, à fond.
Quoiqu'il en soit, c'est gentil d’avoir laisser quelques lignes. Je vois que tu le fais souvent sur des messages en léthargie. Un peu comme un génie tutélaire ! | | | À: Pondy · 8 janvier 2026 à 15:21 Re: L'écume des jours Message 4 de 32 · Page 1 de 2 · 980 affichages · Partager Ce matin, à l’heure étrange où la nuit hésite à s’échapper et le jour tremble à l’idée de s’allumer, je regardais si mon post avait été lu. Une mouche est tombée brutalement sur mon bureau. Sur le dos. Elle agitait frénétiquement les pattes. Je l’ai pris délicatement entre le pouce et l’index. Je déteste cette sensation de grésillement minuscule entre mes doigts. Je suis allée nourrir mon araignée dans les toilettes. Elle vit là, paisible depuis des mois. Je ne sais pas de quoi elle se nourrit. J’ai interdit à tout le monde de la chasser ou de la tuer. Si je souffle sur la fine toile, elle s’agite. Dès que je pose la mouche sur la toile, elle arrive tranquillement pour envelopper son festin de soie. Pour conclure cet épisode, il est donc juste de dire je n’ai pas seulement une araignée au plafond.
Hier, je marchais jusqu’au village. J’écoutais le scritchscrtch de mes bottes dans la neige. Le silence était absolu et si intense que j’avais l’impression d’avoir des boules quies dans les oreilles. C’était le recueillement de la terre et je me sentais profondément paisible, j’avais jeté à la périphérie de mon esprit toutes les sournoises inquiétudes dont nous sommes abreuvés chaque jour.
A l'orée du village, dans la boite à livres brinquebalante, il n’y avait que quelques livres gondolés d’humidité. J’ai pris « le Grand Meaulnes » dont j’ai gardé un délicieux souvenir. Sur la page de garde un nom, Gudmar Johansson. Tout le livre était annoté en norvégien, en suédois ? Comment ce livre pouvait-il être arrivé jusque dans cette boite à livres ? Qui était Gudmar ? Il lisait en français et annotait dans sa langue. Et je poursuivais ma promenade transportée dans les pays scandinaves, là où la neige l’hiver semble encore plus moelleuse que chez nous.
Ainsi, je crois, je suis sure que je n’ai plus besoin aujourd’hui de voyager. Mes souvenirs et mon imagination font des milliers de kilomètres dans ma tête et c’est bien. | | | À: Pondy · 8 janvier 2026 à 16:44 · Modifié le 8 jan. 2026 à 18:15 Re: L'écume des jours Message 5 de 32 · Page 1 de 2 · 967 affichages · Partager Bonjour Dom, je ne passe plus trop souvent par ici. Le covid a sans doute changé pas mal de choses en matière de communication, instagram et autres sites ont modifié la manière de s'exprimer sur le net. Mais, aujourd'hui rongeant mon frein du fait du mauvais temps et, ayant une grosse flemme de lire (flemme veut déjà dire grosse fatigue), alors j'ouvre mon ordinateur, j'y vois parmi d'autres, un message de VF dans ma boîte mail, que bien souvent j'efface avant de le lire. Mais je vois Pondy, wahou ça me réveille complètement et ma morosité, chronique du fait de l'ambiance générale, s'évapore et disparaît dans le brouillard qui me cache la forêt vosgienne. Je retrouve ton écriture qui me plaît tant, de par delà les années qui passent, plutôt s'enfuient. Je n'écris plus sur VF, mais donne parfois un renseignement. Les araignées, comme toi je les aime, d'ailleurs elles sont les gardiennes des maisons, se nourissant de moustiques et autres envahisseurs. Mais le monde est étrange, n'étant pas végétarien, contrairement à mes petites filles, je dois me battre pour ne pas avoir à les éliminer lorsque l'une d'entre elles s'enfuit en hurlant à leur vue. Certes, j'en ai croisé des pas gentilles en particulier en Argentine et je fermais du mieux que je pouvais ma tente, un peu comme dans les forêts du Laos, mais là il s'agissait de serpents. Le temps passe, les envies suivent et s'évaporent. Il faut s'entourer de vieux potes et "potesses" sur qui la marque du temps a moins affecté l'âme. Tu attends avec gourmandise qu'ils te secouent et t'embarquent encore et toujours dans de belles aventures. Alors que tu te rends compte que l'écume (peut-être pas celle de Boris Vian) s'accumule à la manière des vagues qui la déposent l'une après l'autre en couches sur le sable, il suffit que les autres soufflent dessus, toi qui n'en plus le courage ou l'envie pour que les belles et fortes amours réapparaissent par delà le chaos du naufrage à venir. J'écris encore pour différentes revues de vélo ou plus techniques. Je te mets deux textes, rien que pour toi:
Un voyage à vélo cet été 2025 avec deux amis :
71,72,73... ans à l’assaut des grands causses
Le voyage à vélo a-t-il pour but d’abattre des kilomètres ? En réalité, de nombreuses autres raisons le motivent. Bien souvent surgissent des remarques, voire des reproches, concernant des textes de voyage où, paraît-il, il n’est pas assez question de vélo. A-t-on une conscience complètement claire de notre quête au moment de s’élancer à l’aventure sur deux roues ? Bien évidemment, chacun avance avec ses raisons ou ses intuitions, parfois mal définies, que la route et les pistes dessinent peu à peu. Le choix des camarades est tout aussi crucial. Être bien accompagné n'est pas toujours évident mais encore faut-il aussi se poser la question « suis-je un bon compagnon de voyage ? ». L’expérience seule est nécessaire pour commencer à se poser ce genre d'interrogation. Ce court voyage de 7 jours, 450 km et 6000 m de dénivelé à travers cette magnifique région de Montpellier à Marjevols m'a surtout laissé en mémoire les dialogues avec mes deux compagnons ainsi qu’une multitude de découvertes architecturales, humaines ou naturelles. Les grandes montées à jouer à saute-causses furent parfois l'occasion de grandes bavasses. A 71 ans le vélo se pousse plus souvent dès les côtes à 6%, surtout par grosse chaleur, vent dans le nez ou en fin d’après-midi besogneuse. Mes compagnons sont des valeurs sûres. André, déjà partenaire de belles expéditions cyclistes dans des zones à fort dénivelé en France comme au bout du monde. Nicolas, avec qui c'est notre premier périple en commun malgré une longue amitié, tous deux habités, voire dévorés, par une même grande passion de toujours, l’alpinisme. On dit parfois que les grandes amours peuvent avec le temps s’affadir, mais celle-ci non. Nos échanges passionnés enflamment nos mémoires, des Drus et ses voies prestigieuses à la face nord des Grandes Jorasses et son célèbre éperon Walker. Les liens en sont renforcés et toute notion de souffrance disparaît dans les raidillons au fil de nos souvenirs. Ce parallèle entre alpinisme et voyage à vélo revient souvent car nombreux sont mes copains d'itinérance à vélo, hommes ou femmes, qui ont, auparavant, pratiqué l’alpinisme à haut niveau. Très certainement la notion d’engagement physique et moral sous-tend ces deux activités. Avec le temps peut-être cherchons-nous à parer différemment nos voyages, avec davantage de rencontres que d’efforts physiques. Certains objecteraient « pas besoin de vélo, va à la piscine et au restaurant avec tes vieux copains et, avec une bonne bouteille, les bribes de vie passée seront plus grandes et plus belles ». Mais l’équation est plus complexe : ce désir de faire fonctionner les muscles des jours durant pour se convaincre de maîtriser un minimum le temps qui s’écoule inexorablement constitue sans doute l’inconnue majeure. Départ de chez André à Montpellier. Sa grande connaissance de la ville permet de s'extirper aisément d’une conurbation en pleins travaux et au trafic dense. Rapidement, de petites routes désertes mais pentues s'ouvrent sous nos roues. Le rendez-vous avec Nicolas est à Lamalou-les-Bains. Pour une mise en route, 90 km et, si cela ne suffisait pas, 1000 m de dénivelé avec un bon vent de face continu. Baptême rude. En bordure du lac de Salagou, se joue un spectacle magnifique. Le ballet des Canadairs qui s’entraînent au pompage, capte nos regards. Il est fascinant de voir, surtout lorsqu’ils sont plusieurs la précision avec laquelle manœuvrent les pilotes qui sont bien souvent des anciens de l’aéronavale, rompus aux posés dans un mouchoir de poche. Nicolas nous attend au lieu prévu. Le circuit va s’élaborer à l’inspiration de chacun. Peu de données imposées si ce n'est deux contraintes : le mauvais temps annoncé pour la semaine suivante, et mon désir ardent de traverser les grands Causses : Larzac, Noir, Méjean et Sauveterre. Les bases sont posées. Le parcours va zigzaguer entre rivières et plateaux, jalonné d'une multitude de petites villes ou villages, véritables joyaux du patrimoine culturel français. L’habitat caussenard reconnaissable à ses murs épais et ses courbures esthétiques attire depuis longtemps mon attention. La France reste l’une des plus belles destinations à vélo par sa diversité permanente. Un cyclo voyageur canadien m'avait confié apprécier particulièrement notre pays pour sa multitude de communes aux noms singuliers et aux vieilles églises millénaires. 36000 agglomérations, de quoi nourrir la curiosité même si actuellement nous sommes en phase de regroupement. Nicolas lance la première idée, les gorges d’Héric dans l’Espinouse. Mais elles ne se visitent pas à vélo. Le cap est mis sur le col de Fontfroide. Peut-être n’est-t-il pas redoutable avec ses 12 km et 771 mètres de dénivelé, mais la séance de reprise de la veille a laissé quelques traces. Sous un soleil impitoyable, le vélo se pousse longuement. Le lieu garde mémoire d’actions de résistance et retrace différentes opérations de combat de la Deuxième Guerre mondiale. Un panneau y recense même le nombre de morts par pays, manière rare et saisissante d'expliciter les pertes de ce terrible conflit. Ce deuxième jour sera source d’interrogation. Est-il raisonnable de continuer à se faire mal avec de grosses sacoches ? La réponse arrivera au cours des jours suivants. Eviter les démarrages trop brutaux, alors le corps toujours conciliant finit par trouver son rythme et le plaisir reprend inexorablement le dessus. Cette région du sud offre des changements de décor permanents au voyageur. En une seule semaine tout s’entremêle dans mon souvenir : défilé de beaux villages, rivières innombrables, malheureusement parfois signalées polluées au vu des panneaux d'avertissements qui bordent les rives et de belles surprises. Et toujours le coup de cœur pour le causse Méjean qui déploie ses allures d’altiplano bolivien, avec la verdure en plus. Ces terres sont chargées d’histoire, il est des lieux où souffle l’esprit, comme l’écrivait Maurice Barrès en parlant de la colline de Sion. La richesse du partir réside aussi dans la communion avec des baroudeurs expérimentés porteurs d'expériences de par le monde. Le voyage est aussi là, cette confrontation aux vieux routards qu’aucune difficulté n’intimide et qui restent très curieux de tout. Jamais blasés et toujours source d’inspiration. Leurs pratiques constituent un riche enseignement. Nicolas, proche du minimalisme, se déplace sans tente, trouvant chaque soir un toit providentiel les soirs de pluie, un vieux four à pain, un auvent d’église ou tout autre abri. Sans réchaud non plus, se nourrissant souvent de légumes crus comme les petits pois frais dont il achète de grosses poignées de gousses. Ce qui les caractérisent tous deux, c'est l’égalité d’humeur dans la joie de vivre. Traverser le Soudan en solitaire en période de trouble n'empêche pas de savourer une petite balade française. Là se niche l’esprit du voyageur. Les minuscules aléas tiennent une grande place dans le souvenir, tel ce chemin se transformant en piste raide avant de venir buter contre une falaise à-pic de plus de cent mètres excluant toute possibilité de passage. Le village de Sylvanès offre deux belles surprises. La première, une église orthodoxe en bois transportée de Russie par train puis remontée par une équipe de jeunes charpentiers russes sur cette commune de l’Aveyron, la seconde une abbaye et ses 9 siècles d’histoire. Une particularité étonnante, la nef surprend par son ampleur car il n’y a pas de collatéraux pour supporter la voûte ce qui favorise l’espace et la luminosité. Les grands Causses restent l’image marquante de ce court périple. Les sévères montées depuis le fond des vallées pour les atteindre, suivies de la récompense lorsque l’espace s’éclaire et que l’immensité apparaît. Mais attention, elle n’est pas toujours plate. Sur ces hautes terres un esprit particulier règne. Chaque causse a sa particularité. Le Larzac, empire du calcaire brut ; le causse Noir, parsemé de bouquets de pins qui, de loin en loin, lui donnent une touche sombre ; le Méjean, le plus aérien, qui est constellé de fleurs selon les saisons et porteur d'une sensation céleste d'altitude insaisissable, sans oublier le Sauveterre, enfin, qui fait la transition vers des régions plus septentrionales, ouverture vers les grands volcans d’ Auvergne. Les petites villes laissent aussi leur empreinte : Nans, Meyrueis ou Saint-Enimie. Malgré le tourisme en cette période de grands week-ends, l’ambiance reste paisible avant les migrations de l’été. Soirée mémorable dans un bar devant un formidable, dans une salle comble, la retransmission du match PSG - Milan, donna lieu à un spectacle rare : une assistance en délire, allant crescendo avec une apothéose au cinquième but. Après sept jours trop vite écoulés, terme brutal de notre périple à Marvejols. Le mauvais temps nous a chassés de ces hautes contrées et nous avons fui, André et moi vers Montpellier et Nicolas vers Paris. Ce dernier a réussi un acte de témérité en traversant de nuit et sous la pluie l’Aubrac pour rejoindre une ligne ferroviaire vers Clermont-Ferrand. Il y a un dieu pour les audacieux sans tente, un ancien four à pain communal lui offrit un abri sec pour la nuit. D'où qu’il commence et où qu'il mène, le voyage reste source d’émerveillement et si l’on a la chance d’être bien accompagné, le miracle s’accomplit.
Texte sur mes souvenirs professionnels à la demande d'un camarade de promotion qui veut faire un livre ou chacun de nous, les camarades de promotion, se laisserait aller à une certaine franchise voire impudeur. Texte contraint à 5000 caractères espaces compris, exercice difficile pour retracer un vie mais on passe notre existence à être entraîné à écrire des rapports où l'on nous demande concision et brièveté:
Je me prenais pour quelqu’un car je venais de réussir le concours. Choc, en arrivant à l'Ecole de l'air ma valise encore à la main, mon premier contact fut « on pose tout et commence à courir ». Pour le pex que j’étais, un peu sauvage, peu habitué aux contraintes et aux ordres, l’adaptation fut difficile. Après trois ans de sup et spé, le BDE fut l’overdose létale. Ecole d’apprentissage de la cohésion, quelques anges gardiens style Teysson ou Grosse Baffe, dit aussi Zuzu, m’ont sauvé la mise tout comme Condus qui m’avait à la bonne. De cette période, j'ai en souvenir un stage montagne chez les chasseurs alpins. Lever tôt le matin pour faire la face nord de la Tsanteleina en Vanoise. Très tôt le matin, le chef de corps se lève de table et tous le suivent. Banga (P...) non, il me dit « je n’ai pas fini » et nous restons le temps de terminer nos petits-déjeuners avant de les rejoindre. Le sergent instructeur n'était pas un foudre de guerre. Je connaissais la voie et nous avons atteint le sommet en faisant la trace. Une autre fois, ce dernier étant trop fainéant pour se lever, j’ai fini au trou pour être parti avec Pinky et Zuzu à l’aiguille noire de Pramécou au-dessus de Tignes. Et puis, il y a ce jour où Condus m’intercepte alors que je m’esquivais avec mon matériel d’escalade et m'annonce en guise de « récompense » : D..., changement de tenue et dans l’avion direction Paris pour le bal des filles des Ailes. Ce n’était pas mon truc. Je me suis réellement enquiquiné. SLT, je logeais avec deux futurs super pilotes, Z... et G.... Mais on n’est pas toujours câblé comme ses copains. Le vol n'était pas fait pour moi, moi c'était le terrain, la nature. Quand j'exécutais en Fouga des prémices de voltige en solo au-dessus de la Sainte-Victoire, je me disais « je serais tellement mieux à grimper ». Manifestement pas à la hauteur de ce que l'on attendait d'un futur pilote, la DV m'a viré du cursus PN m'accusant de l’avoir fait exprès. Aujourd'hui encore, je n'en suis pas vraiment sûr. Je serai donc commando. Une école chasse l'autre. Salon, Nîmes. Là encore, ce ne sera pas ma tasse de thé. J’ai commencé à vivre en étant commandant d’EP. J'ai connu de très bons chefs comme le colonel Guéniot, ou plus tard en tant que chef MSP, le colonel Paloméros. Très stricts mais des vrais chefs, et des chefs qui couvrent. Ces deux grands généraux mériteraient au moins un chapitre, mais 5000 caractères... Coté OPEX, Sarajevo me marquera car je suis dans la tourmente, la guerre, la vraie. Parfois peur mais j’ai adoré. Peut-être parce que je suis jeune et que j'y trouve un côté sacrément décoiffant, peut-être aussi par le goût du risque, du dur qui accompagne ma vie. Ma chambre s’était écroulée lentement après un impact d’obus au pied de la façade. Les Serbes n’étaient pas contents, les journaleux français racontaient des conneries. Les F14 qui me survolaient ras les moustaches sur mon point TACP au sommet de la montagne au lever du jour. A mon retour, un texte écrit avec un peu trop d'enthousiasme me vaudra les foudres du général commandant les codos. Mais, la plus extraordinaire des affectations sera l’ Albanie en tant qu'attaché de défense. L’ambassadeur et la première secrétaire, tous deux homosexuels, formaient un tandem aussi extravagant qu’inattendu, un bal des folles dans le temple feutré de la diplomatie. Leurs petites querelles rythmaient le quotidien. Il m’arrivait d’en rire, malgré ma consternation. J'ai vécu dans ce pays très attachant dont on peut tout dire et le contraire, des histoires incroyables comme les jours d'élections où, à l’entrée du bureau de vote, un homme vêtu à moitié en treillis donne le droit d’aller voter ou non avec un silencieux qui sort de la poche, où des urnes disparaissent durant plusieurs heures, où un député grec vient faire le coup de poing. Une autre logique loin de notre mode de pensée, mais on reste en Europe. Et par-dessus tout cela, j'y ai lié des amitiés qui durent encore. Une dernière affectation comme chef d’EM de zone de défense avec l’impression d’être un pion dans un état en déliquescence où les ministères se balancent des peaux de banane en permanence, bref.... Et puis vient l’après. Fin de partie à 52 ans. Un autre emploi m’attend, m’occuper de mes parents. Il n’est pas question de ne pas tout leur donner si difficile que soit la mission. Je rendosse pour quelques mois l'uniforme en intégrant la réserve sur l’insistance, malgré mon refus initial, de l'un de mes anciens chefs. Rattaché au CDAOA, je renoue avec les belles expériences de manœuvres internationales dont une dernière période de 12 jours au fond de la Norvège.
Mes parents ne sont plus là. Avec le temps retrouvé, j'ai basculé dans le monde du voyage à vélo et la découverte de nombreux endroits à travers la planète au rythme des tours de roues, en particulier les grands déserts, le Gobi et surtout l’Atacama où je retournerai à trois reprises pour l’arpenter durant de nombreux mois. Encore aujourd'hui, c'est le terrain et la nature qui m’appellent.
Voilà, je viens de passer un moment agréable, merci Dom | | | À: Lucbertrand · 10 janvier 2026 à 9:51 Re: L'écume des jours Message 6 de 32 · Page 1 de 2 · 887 affichages · Partager Bonjour Luc,
Ta vie a été vraiment foisonnante, riche de découvertes et de péripéties. Je lis tes longs textes depuis des années. Ces textes dont on a reproché la longueur dans un monde de l’instantané, de l’immédiateté. Il faut te lire lentement et j’aime bien maintenant prendre mon temps et tu décris avec tant de soin ces « lieux où souffle l’esprit »
J’ai été souvent subjuguée par l’intensité de ta vie spirituelle lors de certaines discussions, par l’énergie que tu déploies dans tes voyages à vélo, par la force de tes amitiés.
Merci d’avoir mis quelques « pas » sur ce post sans prétention où je me pose simplement la question de l’intérêt de voyager. | | | À: Pondy · 10 janvier 2026 à 11:12 Re: L'écume des jours Message 7 de 32 · Page 1 de 2 · 875 affichages · Partager Avant de rentrer dans le vif du sujet, je vous raconte ce qui suit.
Non !!! ce n’est pas le temple de Karni Mata
Je lisais dans mon fauteuil crapaud qui enveloppe bien le dos, devant l’âtre éteint. La maison était silencieuse. J’entends des grattements dans le mur, vraiment fort les grattements. Pas du tout le squik, squik d’une souris. C’est un vrai chambardement. Je vais taper du plat de la main sur le mur, pour rien, ça continue. Alors, comme c’est dans le mur et que je ne vois rien, je reprends ma lecture. Puis.... Silence total. Ouf, l’animal est parti. Une dizaine de minutes plus tard : ploc, ploc, ploc. De l’eau qui s’égoutte entre les poutres, tout en haut du plafond. Je vous épargne mes jurons. Le plombier est venu, le tuyau était rongé, il a réparé.
Homme a mis une petite caméra dans la grange attenant au ledit mur. On a vu le lendemain Un énorme rat noir, vraiment gros et dodu. Un rat des champs bien plus beau que les rats d’égout. On a mis du raticide, on a mis un piège avec des graines de tournesol dont ces rongeurs sont friands et... Clap ! Aïe, on le voit pris dans le piège, il se secoue et réussit à se dégager. Zut ! C’était au mois de novembre.
Pourquoi je raconte cette histoire ? Parce que depuis la réparation c’était tranquille dans la grange, juste les chauves-souris mais hier soir... un geyser dans la grange. On a coupé l’eau. On ne sent pas encore mauvais.
Revenons à nos moutons, pas ceux à tête noire, eux, je vais les retrouver bientôt.
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C’était pendant les vacances de Noël Quand la maison bruit de rires et de cris, quand les grands adolescents dévalent bruyamment les escaliers au risque d’écrouler la maison, les adultes eux discutent avec passion des vacances d’été.
Grand fils : « Nous c’est décidé on fait la grande traversée des Alpes » Grande Fille : « Nous, retournons en Crète » Jeune fils : « On ne déroge pas, l’île Maurice encore une fois »
J’attrape au vol les questions et les mots et l’enthousiasme et leurs fougues et leurs ferveurs.
J’écoute seulement et je n’ai plus envie de m’investir, de leur raconter la beauté de la Crète, ce mois de février où la neige avait fait des minuscules chapeaux blancs sur les oranges dans les vergers, plus envie de dire que je n’ai jamais eu le souhait d’aller à l’île Maurice, plus envie de dire que j’admire l’idée de marcher sur cette longue distance dans les Alpes.
Je me réjouis simplement qu’ils aient encore cette envie dévorante de découvrir, de tester leurs limites, de se reposer au soleil.
Et s’il est acquis que voyager permet d’apprendre sur soi-même et si, en conséquence je n’ai plus envie de voyager, je déduis que je me connais suffisamment ou plus certainement que je deviens une pantouflarde casanière | | | À: Pondy · 10 janvier 2026 à 17:38 Re: L'écume des jours Message 8 de 32 · Page 1 de 2 · 851 affichages · Partager Tes écrits déclenchent chez moi un brainstorming (désolé pour le mot anglais), une tempête de cerveau ça fait un peu bizarre. L'anglais a ses expressions qui demandent des circonvolutions en français. Les deux qui me parlent le plus en matière de sport, alpinisme et vélo, dry tooling et bikepacking.
Donc, tes écrits font remonter à fleur de cerveau des expériences passées qui m'ont marqué, des moments présents en particulier au sujet des relations avec les enfants et petits-enfants, et aussi me projettent dans des envies futures, peut-être fantasmes, que mon épouse qualifie de "conneries qui ne sont plus de ton âge". Je vais prendre le temps de réfléchir et sans doute te répondre.
En attendant je te copie le petit texte de communication pour le festival Itinérance 2026. La première édition 2025 fut, paraît-il, un beau succès et Madame le Maire m'a très vivement encouragé de le rééditer. La dernière phrase je l'aime beaucoup:
Festival Itinérance Cornimont 24-26 Avril 2026 Centre de Polyactivité
En 2026, le festival Itinérance de Cornimont, dans les Vosges, sera reconduit du 24 au 26 avril. Le succès de l’édition 2025 a confirmé l’envie de poursuivre l’aventure. Dédié aux déplacements sans moteur, le festival proposera cette fois un nombre plus restreint d’intervenants, mais aux parcours riches et complémentaires. Un même invité pourra ainsi évoquer le voyage à vélo ou à pied, la randonnée au long cours à travers de grands massifs européens ou lointains, voire l’alpinisme. La mer sera également à l’honneur.
La plupart des intervenants sont écrivains-voyageurs ; l’écriture et le récit tiendront une place centrale, en particulier avec Pierre Herant, auteur très sollicité par les éditeurs. Parmi les thèmes forts, la résilience face à la maladie sera abordée à travers les grands périples à vélo d’Alexandra Husta. Les voyages en conditions extrêmes auront aussi leur place, portés par l’engagement physique et moral de Blandine Dupuis. Luc Devors développera la relation à ses compagnons lors de projets exigeants tandis que Julien Humbert évoquera les défis liés au départ et à l’absence prolongée sur plusieurs années. Les marins, Gilles Jaulet partagera son expérience de la navigation à la voile et Guy Lecointre fera embarquer destination le cap Horn en kayak de mer en totale autonomie.Tous les intervenants pourront également partager leurs expériences en solitaire.
Une séance spéciale sera dédiée aux familles le vendredi après-midi : les enfants pourront poser leurs questions et échanger librement avec les intervenants. Des expositions photographiques compléteront le programme, notamment sur la faune des montagnes vosgiennes, présentée par un natif de Cornimont, dont la proximité avec les animaux sauvages est saisissante.
Fidèles à l’édition 2025, les randonnées au lever du jour feront leur retour les samedi 25 et dimanche 26 avril sur les points hauts de la commune. Ces moments privilégiés associeront découverte de paysages, commentée par un fin connaisseur du territoire et lectures d’extraits de livres d’écrivains-voyageurs présents.
La mairie de Cornimont mettra à disposition son spacieux centre de polyactivité et, comme en 2025, l’entrée sera libre. L’association Cook’ Events Services sous la direction de Nadège Perrier animera le bar et la restauration, dont les bénéfices soutiennent les actions en faveur de personnes en situation de handicap.
Qu’elle s’invente sur les parois rocheuses, s’épanouisse le long des pistes et chemins, se vive sur les routes ou vogue en mer et quelle que soit la forme qu’elle adopte, l’itinérance mise à l’honneur par le festival rappelle que l’âge ne constitue jamais une limite au départ pour la découverte de notre monde. | | | À: Lucbertrand · 11 janvier 2026 à 15:26 Re: L'écume des jours Message 9 de 32 · Page 1 de 2 · 807 affichages · Partager Pas question de venir troubler ce dialogue que je suis avec grand plaisir, allongé sur le canapé, bercé par le grincement régulier du ventilateur qui remue péniblement l'air chaud accumulé au cours de la journée. Quant aux araignées, interdiction absolue de rentrer dans la maison (ordre de Madame), seul l'avant-toit leur est autorisé : c'est d'ailleurs là que se trouvent les meilleurs moustiques, m'ont-elles affirmé. | | | À: Pondy · 11 janvier 2026 à 17:10 Re: L'écume des jours Message 10 de 32 · Page 1 de 2 · 789 affichages · Partager Dans la maison de Colin et Choé une souris grise bienveillante fait les carreaux. Elle pourrait faire la leçon à ton rat des champs domestique bouffeur de tuyaux. Par contre, je n'ai pas souvenir d'une araignée dans l’Écume des jours. Pas même au plafond. Sauf à considérer que Boris Vian était un peu piqué. (J'espère qu'il ne sera pas question de nénuphar dans ton histoire. Ce serait un arrache-cœur.)
Comment peut-on aimer un pays jusqu’à avoir envie d’y vivre puis, tout d’un coup le rejeter, ne plus savoir apprécier ce qui, justement, le faisait apprécier. C’est le mystère de l’amour. Peut-être ?
| | | À: Xrctn · 11 janvier 2026 à 17:14 Re: L'écume des jours Message 11 de 32 · Page 1 de 2 · 786 affichages · Partager Quant aux araignées, interdiction absolue de rentrer dans la maison (ordre de Madame), seul l'avant-toit leur est autorisé
R. est cruelle car c'est aussi là que se tiennent les geckos chassant le moustique et ils ne sont pas regardants sur le menu. Il arrive même qu'au péril de son dos, un crapaud bondissant de son fauteuil s'y essaie. | | | À: Pondy · 12 janvier 2026 à 14:06 Re: L'écume des jours Message 12 de 32 · Page 1 de 2 · 719 affichages · Partager L’âge ne constitue pas une limite pour voyager et oui, je suis complètement d’accord, mais Luc, je m’escrime à t’expliquer que mes seuls efforts et qui n‘en sont pas, d’ailleurs, restent à m’extasier du temps qui passe placidement et paisiblement. Ce n’est pas l’âge qui me limite, comme les prés du Morvan, je suis très 'verdoyante'. C’est l’envie qui n’est plus au rendez-vous, tout simplement.
Xavier, tu peux dire à ta femme que je n’ai pas une passion débordante pour les araignées mais je suis attachée à celle de mes toilettes parce qu’elle vit là depuis des mois et pour moi, c’est un grand mystère.
Jean-Luc, Je crois bien que Boris Vian était piqué mais avec de la lace ce qui en fait son charme. Savais-tu que sa Chloé était un nom choisi en hommage à Duke Ellington ?
Un jour Il y aura autre chose que le jour Une chose plus franche, que l'on appellera le Jodel Une encore, translucide comme l'arcanson Que l'on s'enchâssera dans l'oeil d'un geste élégant Il y aura l'auraille, plus cruel Le volutin, plus dégagé Le comble, moins sempiternel Le baouf, toujours enneigé Il y aura le chalamondre L'ivrunini, le baroïque Et tout un planté d'analognes Les heures seront différentes Pas pareilles, sans résultat Inutile de fixer maintenant Le détail précis de tout ça Une certitude subsiste : un jour
Il y aura autre chose que le jour. __ Pour moi, ce poème de Boris Vian est un peu, beaucoup déjanté ! | | | À: Pondy · 13 janvier 2026 à 11:14 Re: L'écume des jours Message 13 de 32 · Page 1 de 2 · 692 affichages · Partager Ecrire des futilités pour m’éloigner, un temps, des tourments du monde...
Humeur plombée ? Même pas et pourtant le plombier n’est pas disponible.
Grrr, je suis allée acheter des bouteilles d’eau. Homme a mis la pompe dans le puits et après quelques glouglous couleur de boue, l’eau est maintenant claire. On chauffe l’eau dans la marmite des grands repas, cette marmite qui voit tant de pot au feu, de carbonnade, de soupe de légumes, de daube provençale, toute cette cuisine mijotée pour nos grandes tablées mais qui a vu aussi notre plus grande peur de grands-parents, cet effroi qui fait trembler et pleurer d’angoisse. C’était quand petit Félix avait choisi de disparaitre Nous avions cherché dans toute la maison, tout le monde appelait, criait Fééééélixxxx. La marmite était rangée dans la grange et ce tout petit garçon se taisait, le couvercle bien fermé et sa bouche aussi. Quand son cousin à peine plus grand a dit : « je sais où il est ». Grand silence de nous tous puis « mais dis-le, dis-le ». « Dans la marmite ! »
Et pour rejoindre le thème du voyage au risque de me faire bouter de cette grave rubrique de réflexion, cette épopée culinaire me rappelle les découvertes gustatives lors de nos voyages. Parfois délicieuses, parfois infâmes (pour moi). Je citerai les algues et le poisson cru, beurq, définitivement exclu de la cuisine étrangère que j’aime tant préparer maintenant que l’envie de voyager a déserté ma vie.
Ouf, je suis raccord avec le sujet ! | | | À: Pondy · 14 janvier 2026 à 13:35 Re: L'écume des jours Message 14 de 32 · Page 1 de 2 · 653 affichages · Partager Je fais un tour sur Vf pour voir s'il y avait de la lumière et je découvre avec plaisir la présence de Pondy ! Si certains thèmes n'attirent pas les commentaires, ils n'en sont pas moins intéressants, dont le tien.
La perte de l'envie de voyager ? Oui elle me touche aussi ; cela s'est produit tout récemment : je voulais visiter l'ile de Pâques, dernier objet de mes fantasmes. Et puis plouf ! Cela ne me dit plus trop. Est-ce le désir de ne plus lutter, un désir de confort, de facilité ? Je vois que je ne suis pas le seul à ressentir cela. En plus j'ai eu une vision d'effroi quand j'ai vu ce qu'était devenue la Fontaine de Trévi ; cela m'a calmé sur l'envie de voyage.
Voyage avec mon petit fils J'ai effectué un voyage merveilleux avec cet enfant de 5 ans ; un long voyage : pas tant dans l'espace, puisqu'il n'a duré que quelques stations de RER, mais dans le temps ! A cet âge les enfants ont leur période, dinosaures ; alors j'ai proposé une visite au Muséum d'Histoire Naturelle. Auparavant nous avons révisé nos classiques : Le Sceptre d'Ottokar, où Milou subtilise un os de dinosaure. Après l'inévitable Mac-Do situé heureusement en face, nous sommes rentrés dans la vénérable institution et avons plongé tous les deux dans le rêve, rêve qui ne m'a pas quitté depuis. Nous avons vu le squelette d'un animal gigantesque, interminable et admirablement gracieux. Je n'ai pas de rat à l'ouvrage chez moi, mais j'imagine la créature enjamber mon jardin en trois enjambées. Un végétarien heureusement. Nous avons vu un mammouth tout habillé, c'est à dire non à l'état de squelette, mais complet. Il faisait moins rêver que l'autre créature immense et gracile.
Voila j'ai fait un voyage à coté de chez moi avec mon petit copain, cela aurait pu être à 10 000 km ; cela n'aurait rien changé à l'affaire. A chaque fois que je vois cet enfant, je me sens dynamisé et je souhaite lui montrer des beautés pour l'émerveiller et guetter son enthousiasme. Et puis ces merveilleux moments partagés de petit fils à grand père, pour moi qui n'ai pas connu ceux-ci ! La prochaine fois ? Un vaisseau royal remonté des eaux à Stockholm ? Une barque royale au pied des Pyramides? C'est un peu loin? C'est du rêve. Et ce n'est pas sûr que ses parents me le laissent ou que j'arrive à le faire tenir en place.
Notre descendance va vivre nos expériences différemment et parfois nous pouvons l'accompagner. | | | À: Zorba · 14 janvier 2026 à 18:14 Re: L'écume des jours Message 15 de 32 · Page 1 de 2 · 618 affichages · Partager Où le souffle de Pondy réanime deux dino... ah non, c'était plus tard, vers la fin de la protohistoire. Disons deux piliers de VF. 
je voulais visiter l'ile de Pâques, dernier objet de mes fantasmes. Et puis plouf !
En parlant de piliers, le dernier Tesson (Les piliers de la mer) raconte son tour du monde des grimpettes de stacks. La cinquième se déroule au large de l’Île de Pâques. Il embarque Pétéro, un Rapa Nui âgé de soixante-dix ans, fils de l'homme oiseau qui le protégera de la colère des dieux. Pétéro n'a jamais mis le pied sur le Kao Kao, il grimpera nu, couvert de cendres et en larmes. Alors, plouf, tu plonges? 
(Dans mon message précédent, la vidéo qui refuse de s'afficher c'est Boris Vian interprétant à la trompette ''Que reste-t-il de nos amours ?'') | | | À: Zorba · 15 janvier 2026 à 9:49 Re: L'écume des jours Message 16 de 32 · Page 1 de 2 · 587 affichages · Partager Ahhhhh François, c’est plaisir de te voir ici.
Tu ouvres la lucarne étoilée de l’enfance sur une brume de bonheur
« Les petits-enfants remplissent l’espace vide dans votre coeur que vous ne saviez même pas que vous aviez »
Avec eux, les derniers petits, je m’envole encore plus haut qu’avec un avion et je vais dans des contrées inexplorées où les mots sont des arabesques.
« Mamido, il pleut aujourd’hui, je veux aller avec toi à Nulle Part » « D’accord, tu m’expliques où est nulle part et en route » « C’est quand tu prends ma main sur le chemin du petit pont et que, quand on crie on trouve mon copain Echo » Et petit Nathan, trois ans passant un doigt léger comme une plume sur mon visage « T’as plus de rayures que la voiture de maman parce que t’as plus roulé »
Savoure les jeunes années de ton petit-fils, le temps des dinosaures passent si vite.
Tous nos grands adolescents suivent encore leur parents dans leurs voyages sauf l’un d’eux.
« Je préfère venir chez vous, comme ça j’ai tout mon temps, je peux fendre le bois, rentrer les bûches et conduire le tracteur et glandouiller (son terme favori). Le seul petit-fils à ne pas supporter le monde qui va trop vite. Et de rajouter, en plus maintenant à Lyon, si je veux voyager, je peux faire des expéditions immersives en 3D par exemple en Egypte et visiter la pyramide de Kéops, tu vois c’est cool et moins cher que d’aller en Egypte. Et tu peux même aller dans les mondes disparus aux origines de la Terre toujours en expédition immersive.
Finalement le revoilà le temps des dinosaures, ça me fait sourire.
« Et pourtant j’ai su chanter le soleil Le soleil entier, celui qui respire Dans chaque poitrine et dans tous les yeux La goutte de candeur qui luit après les larmes. »Eluard | | | À: Pondy · 15 janvier 2026 à 18:06 Re: L'écume des jours Message 17 de 32 · Page 1 de 2 · 553 affichages · Partager Savoure les jeunes années de ton petit-fils, le temps des dinosaures passent si vite
Bonjour Dom et tout le monde, Zorba ton message je l'aime beaucoup Oui Dom, les jeunes années il faut les savourer, qu'il s'agisse des enfants comme des petits-enfants. On bascule d'un coup dans le temps qui s'enfuit. Pour mon fils Bertrand d'un coup d'un seul: il avait aux environs des 14 ans, il se préparait pour un cross au niveau régional, je lui conseille de mettre des crampons. Il était hésitant. Je lui propose d'aller au lac de la Ramée au sud de Toulouse que je lui montre tous les avantages des pointes en compétition. Nous y voilà, nous partons doucement le temps qu'il s'habitue et que je lui fasse prendre conscience de l'accroche. Il semble s'adapter, certes c'est moins confortable qu'une paire de baskets. Nous prenons un petit rythme et, un fils tout naturellement ça teste son père. Le rythme s'accélère et à 300 mètres de la fin de notre tour du lac, il me dit " le premier arrivé". Je démarre, ayant à l'époque une bonne forme physique, voire plus. Il s'accroche et rapidement me double et me laisse sur place et s'envole vers l'arrivée. Je venais de prendre conscience que mon fils sur un sprint me laissait sur place.
Pour les petits-enfants aussi un évènement brutal nous a fait prendre conscience du temps qui passe. Deux de nos petites-filles dont la mère travaillait de nuit, nous grands-parents allions régulièrement les garder chez elles à la demande. Un soir mon épouse part passer la nuit avec elles vers les 19 heures, ce soir là j'étais resté chez nous. Vers 20heures, je la vois revenir. Toute triste elle me relate son échange avec l'aînée " tu sais Mamy on n'est plus des petites et on n'a plus besoin de toi la nuit". Boum ça tombe d'un coup. Mais dans le cas présent, ce n'était qu'une alerte, une demi-heure plus tard le téléphone sonne. "Allo Mamy tu peux revenir ma petite sœur a peur". J'ai vu mon épouse arborer un grand sourire et les rejoindre à toutes jambes.
Ton histoire de Félix caché dans ton grand chaudron à tout faire m'a rappelé des souvenirs angoissants. Comme un flash, 5 me sont revenus en mémoire. Je t'en raconterai au moins un. Ces expériences marquent par l'angoisse très forte qu'elles génèrent et qui va crescendo avant que l'on retrouve l'enfant ou la personne adulte. J'ai aussi l'intention de te parler du goût du voyage avec le temps, chacun a son vécu et son ressenti et sa façon d'essayer d'anticiper le futur, sans oublier que le parcours a une fin. L'oublier peut conduire à l'asile psychiatrique, le cas d'un copain qui n'acceptait pas de ne plus grimper à haut niveau. Attention! | | | À: Pondy · 16 janvier 2026 à 16:01 Re: L'écume des jours Message 18 de 32 · Page 1 de 2 · 517 affichages · Partager A te lire, je comprends que la poésie chez les enfants se développe dans une ambiance d'amour de la poésie ; tes petits enfants sont gâtés par une grand mère bercée dans ce domaine.
Chez nous nulle poésie car nous ne sommes pas amateurs de poésie ; nous sommes charmés comme tout le monde par leur candeur et leur innocence, par leur maladresse à nommer les choses. Un seul souvenir quand même d'une fille : "Quand t'as choisi Maman, tu lui as dit "T'es belle ?"
Mon petit fils lui, est féru de technique et se rue dans la rue quand passe le camion benne qui rugit ; il est salué par les employés du ramassage qui le connaissent bien et lui donne du Klaxon. A la rentrée scolaire il avait choisi un cartable avec la représentation d'un camion benne ; on lui a demandé de changer de cartable pour avoir quelque chose de plus glamour. | | | À: Voyajou · 16 janvier 2026 à 16:58 Re: L'écume des jours Message 19 de 32 · Page 1 de 2 · 508 affichages · Partager L'autre jour j'étais confortablement installé sur mon canapé, enveloppé dans ma robe de chambre ; j'avais un bon feu dans la cheminée et j'avais même un verre d'Islay dans la main, soustrait à la vue de mon épouse. Je me préparais à regarder pour la nième fois "la Colline des Potences".
Quand arrive un message de "Voyajou" !
Un tel message pose chaque fois un problème : il faut en examiner la forme et le fond ; deviner le sens caché éventuel, au premier, deuxième...degré ? Cela me rappelle l'étude de la version latine du jeudi après-midi pendant lequel il fallait trouver la traduction correcte. Je me limite à la l'étude du premier sens caché du message, s'il y en a, car je n'ai pas les capacités intellectuelles pour aller plus loin. Quant aux citations d'auteurs inconnus cités dans les messages, elles me survolent comme un vol d'Iskander à Mach 10. Mais vraiment pourquoi s'embêter avec des messages si compliqués au lieu de se laisser aller à boire un peu d'Islay en douce et regarder des légendes de Hollywood, simplistes à la TV ? L'époque est à la facilité, à la simplicité. C'est qu'il a de l'esprit, le Voyajou ! Et ce n'est pas très répandu ; raison pour ne pas laisser tomber le message.
Après avoir tenté de comprendre les messages, il faut y répondre. Attention à ce qu'on écrit : une banalité, un faux sens, une idiotie et c'est le retour de flamme assuré. S'il y a un peu de style, on a le droit à un petit compliment en retour.
Le présent message est à mon niveau ; c'est assez facile pour une reprise : il joue sur le sens réel et figuré du mot "pilier". Cela lui permet par une pirouette sémantique de me propulser sur un tel pilier, objet d'escalade de Sylvain Tesson dans son dernier livre. A la fin de son message, iI me pose la question incongrue :" Alors plouf, tu plonges ?"
Tu plonges où ? : Dans l'océan Pacifique Pacifique, à une latitude insensée. "Me frio las pelotas" comme disent les Pascouans de la Isla Pascoua. Là je refuse ; j'aurais accepté d'être téléporté dans une isba de Sylvain Tesson, au milieu d'une réunion de pochtrons sibériens dégustant de l'omoul et de la vodka (si j'avais été l'auteur, J'aurais rajouté une douce Russe au regard bleu infini pour la poésie) ; c'est alors que mon épouse rentre dans la pièce, interrompant ainsi ce cauchemar tessonique. -"Tu n'as pas l'air bien ; qu'est-ce qui t'arrive ?" -"Un copain vient de me proposer de plonger dans l'eau froide" "-Tu as de drôles de copains avec des idées bizarres. D'ailleurs je ne les vois jamais". "-Moi non plus. Je les lis, c'est tout" "Et le whisky, c'était pour te réchauffer?" | | | À: Zorba · 16 janvier 2026 à 18:09 Re: L'écume des jours Message 20 de 32 · Page 1 de 2 · 495 affichages · Partager Il ne reste plus qu'à espérer qu'un jour l'un d'entre nous résolve ses énigmes afin que Thèbes fusse libérée | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 2 094 visiteurs en ligne depuis une heure! |