Oltean · 2 septembre 2011 à 23:56 · 173 photos 166 messages · 32 participants · 36 756 affichages | | | | À: Oltean · 6 septembre 2011 à 10:08 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 21 de 166 · Page 2 de 9 · 4 018 affichages · Partager Kingman se trouve sur la Route 66. Le mot "route" est un faux ami, car il ne s'agit pas d'une voie de circulation comme l'on parlerait chez nous de l'Autoroute du Soleil ou d'une quelconque départementale de sous-préfecture. Il faut plutôt songer à un vaste itinéraire (tel est le sens du mot anglais "route"), mettant en relation nord-est et sud-ouest américains. Ce long chemin allant de Chicago à la banlieue nord de Los Angeles, sur la côte pacifique, porte en lui les espoirs et les douleurs de toute une nation. Ce fut le chemin des pionniers en quête de fortune, puis des masses de sans-travail lors de la crise de 29. Après la guerre, les voyageurs insouciants la sillonnèrent, heureux d'une prospérité sans précédent.
Sa dimension mythique est aujourd'hui parée de nostalgie. La concurrence des avions et de l'autoroute ont relégué la Mother road au rang d'axe de seconde importance. La Route 66 tient en quelque sorte d'une route fantôme, ne survivant que par l'évocation de son passé légendaire.
Le musée Route 66 de Kingman fait partager une réelle émotion à l'aide d'évocations simples et habiles. Le terme de musée est un peu inapproprié : l'endroit tient aussi bien du sanctuaire que du grenier, avec ses objets de tous les jours usés par l'âge mais présentés de la manière la plus naturelle qui soit, sa reconstitution de belles américaines aux carrosseries rutilantes et de stations service où il ne manque que la silhouette chaloupée de James Dean.
L'on n'associe pas spontanément l'Amérique, terre de pragmatisme et de progrès, au sentiment nostalgique. A bien y penser, pourtant, dès le milieu du XIXe, le courant littéraire nommé transcendantalisme, déjà écologiste, critique le monde moderne et réclame un retour à la nature. Relisons David Thoreau :
"J'ai la nostalgie d'une de ces vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes... une route qui conduise aux confins de la terre."
Un puissant courant nostalgique parcourt l'œuvre d'Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald, Tenessee Williams. Jack London et son Burning daylight. Truman Capote et sa nouvelle I remember my Grandpa (Un été indien). James Agee avec ses souvenirs d'enfance de Knoxville : Summer of 1915, magnifiquement mis en musique par Samuel Barber.
La quête du chez-soi est un classique de l'âge d'or d' Hollywood. "There's no place like home", soupire Dorothy, la jeune héroïne du Magicien d'Oz, film qui accompagne l'existence de chaque Américain. Que l'on pense encore à Gone with the wind ou Sunset Boulevard. Et la parabole de Citizen Kane n'est qu'une longue poursuite d'une idée nostalgique, le Rosebud de Foster Kane. Le passage vers la modernité et l'abandon de l'ère des mythes sont au cœur de L'homme qui tua Liberty Valence de John Ford : "quand la légende devient les faits, imprime la légende".
Cette évocation de l'Amérique tournée vers son passé m'accompagne alors qu'au sortir du musée, un poste de télévision admet que les États-unis seront peut-être incapables de résoudre la terrible question de leur dette.
Nous reprenons le chemin du Grand Canyon en suivant la Route 66.
Nous choisissons de ne pas nous arrêter au Skywalk. Cette attraction récente permet de contempler un canyon (pas "le" Grand Canyon, mais quelle importance, après tout) en faisant quelques pas sur un plancher de verre construit au-dessus du vide. Frisson assuré, semble-t-il, mais onéreux et par-dessus le marché sans possibilité de prendre des photos. Je suppose que les clichés seront faits par les animateurs du lieu, et revendus à prix d'or. A ce qu'on nous a dit, et en accord avec le Routard qui parle d'arnaque, l'expérience ne présente pas d'intérêt particulier.
Nous regrettons davantage de ne pas visiter les villes fantômes de la région, ces localités vidées de tout habitant et encore debout. Pourquoi vouloir absolument tout voir alors que le temps est compté ? A quoi bon ces heures de voiture pour aussitôt repartir, nantis de la maigre satisfaction "d'y être allés" ? Qui trop embrasse mal étreint. La région est riche et nous savons que nous ne visiterons pas tout. Le choix de ce que nous verrons et ne verrons pas a été fait depuis la France, après savant dosage des distances, des hôtels disponibles et du budget. Et encore, je me demande si nous n'avons pas été trop gourmands...
Les villes fantômes de l' Arizona, ce sera donc pour un autre voyage. Pour l'étape déjeuner, en revanche, nous nous arrêtons dans un authentique décor de western. La ville de Seligman, avec ses boutiques d'un autre âge et leurs écritures si caractéristiques du grand ouest, paraît un décor de cinéma. Nous nous arrêtons dans un restaurant mexicain conseillé par notre guide. La nourriture est bonne, sans plus : les portions sont énormes et, malheureusement pour nous qui admirons la cuisine mexicaine, préparées sans grande subtilité. Nous avons l'impression de laisser nos assiettes à peine entamées...
Devant le magasin de souvenirs qui jouxte le restaurant se trouvent les voitures héroïnes de Cars, le célèbre dessin animé. Ces véritables véhicules ont été transformés à l'image de Flash McQueen, la dépanneuse Martin et d'autres personnages dont le nom m'échappe. Pas vraiment intéressant, si ce n'est que la Route 66 est au cœur du scénario de Cars, à ce qu'on m'a dit, et qu'il s'agirait là d'un juste renvoi d'ascenseur de la part des vendeurs de souvenirs. Mais Seligman me rappelle confusément un personnage d'un de nos chefs d'œuvres nationaux... n'était-ce pas le nom du rabbin supposé accompagner Rabbi Jacob dans le film de Gérard Oury ? Là où tout le monde pense à Pixar, me voilà, dans ce coin paumé de l' Arizona, à évoquer Louis de Funès.
La musique de Vladimir Cosma en tête, je me rends compte une fois revenu au volant que la vitesse indiquée par le GPS est à très peu de choses près identique à l'indication du compteur. La fameuse tolérance observée en Europe (le tableau de bord qui affiche 110 quand la vitesse réelle est de 100 tout rond) serait-elle absente ici ? Toujours est-il que sans la moindre encombre nous nous présentons à l'entrée du parc, où il nous faut acheter un pass. Puis nous nous mettons en quête de l'hôtel. Les routes sont environnées de forêts denses, avec parfois une clairière où l'on entrevoit des cervidés. Nous roulons plusieurs kilomètres en nous posant la question : où est donc le Grand Canyon ?
Nous parquons la Dodge près du centre d'accueil indiqué sur la réservation. Sur place, un restaurant, un centre commercial et une pharmacie, en somme le minimum vital pour des promeneurs du dimanche comme nous. L'hôtel est à faible distance mais il faut reprendre la voiture (que croyant bien faire je m'étais acharné à décharger). Un belle surprise, l'endroit où nous dormirons est un édifice recouvert de bois et entouré par la forêt. La chambre n'a rien d'un bungalow rustique avec ses grands lits, sa vraie salle de bains, sa TV écran plat, et une immense fenêtre ouverte sur les arbres et les écureuils.
Pour rejoindre le Grand Canyon si convoité, nous devons prendre un autobus propulsé au gaz qui nous dépose à un arrêt éloigné de quelques minutes, où viendra nous prendre une seconde navette pour nous faire visiter les différents points de vue. Cela paraît compliqué mais tout s'éclaire quand nous examinons le plan du parc national : le circuit du premier autobus se contente de transporter les visiteurs entre les différents points d'animation (hôtels, restaurants...). Certains de ces arrêts sont aussi desservis par des transports dédiés aux visites du Grand Canyon. Cette visite s'effectue par des étapes le long de points de vue.
Nous arrivons au view point nommé Hopi Point au moment où le soleil s'abaisse sur l'horizon.
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très sympa ce carnet !  ... bien écrit, des références, de l'humour... "le meilleur et le pénible" : j'aime bien, c'est honnête, pas exagéré...
des photos sympas aussi  (mais juste un truc : si tu peux enlever ces horribles "pétouilles noires" de tes images et surtout de ton capteur  ).
au plaisir de te lire !
@+ Vnoa | | | À: Vnoa · 6 septembre 2011 à 14:28 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 23 de 166 · Page 2 de 9 · 3 946 affichages · Partager Bonjour Noa,
très sympa ce carnet !  ... bien écrit, des références, de l'humour... "le meilleur et le pénible" : j'aime bien, c'est honnête, pas exagéré...
des photos sympas aussi 
Merci beaucoup à toi de ton message. Le carnet est consulté mais il y a assez peu de réactions, donc nous ne savons pas si le texte est apprécié ou non, c'est toujours encourageant de lire des opinions telles que la tienne.
(mais juste un truc : si tu peux enlever ces horribles "pétouilles noires" de tes images et surtout de ton capteur  ).
Pour le capteur, c'est hélas un peu tard, il faudra jouer du Photoshop pour rendre les images présentables, mais nous ne sommes pas des pros de la chose... Cela dit tu as entièrement raison et ce problème a été un point noir (sans jeu de mot) de notre séjour. Nous avons été pris au dépourvu par les poussières. Je parlerai un peu plus loin de la difficulté de trouver un kit de nettoyage pour capteur, ou une simple bombe soufflante. Dans tous les cas, une leçon à retenir pour les prochaines vacances.
Moi de même ! | | | À: Itat · 6 septembre 2011 à 15:58 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 24 de 166 · Page 2 de 9 · 3 922 affichages · Partager bonjour, 
là tu me confortes dans l'idée qu'acheter un guide (du genre celui que tu cites ou autre) ne sert à rien! Je n'en ai jamais acheté et n'en achèterai jamais.
C'est assez pratique pour avoir une approche d'un pays parfaitement inconnu lors de la préparation d'un voyage. Inutile si tu vas tous les ans au même endroit effectivement.
De plus, ici tu peux avoir plusieurs sons de cloche qui te permettent de nuancer un jugement.
hummmm.... admettons.  . On peut avoir un avis différent... mais pas trop quand même  . | | | À: Oltean · 6 septembre 2011 à 16:01 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 25 de 166 · Page 2 de 9 · 3 921 affichages · Partager Salut, Ton récit plein d'humour avec des références cinématographique de mon âge et des images de Buster Keaton lors de ton salto arrière forcent ma curiosité. Je suis. | | | À: Oltean · 6 septembre 2011 à 16:02 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 26 de 166 · Page 2 de 9 · 3 920 affichages · Partager J'aime beaucoup ta façon d'écrire et tes métaphores, vivement la suite | | | À: Oltean · 6 septembre 2011 à 16:22 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 27 de 166 · Page 2 de 9 · 3 907 affichages · Partager Salut,
Sympa ton récit.
Devant le magasin de souvenirs qui jouxte le restaurant se trouvent les voitures héroïnes de Cars, le célèbre dessin animé. Ces véritables véhicules ont été transformés à l'image de Flash McQueen, la dépanneuse Martin et d'autres personnages dont le nom m'échappe. Pas vraiment intéressant, si ce n'est que la Route 66 est au cœur du scénario de Cars, à ce qu'on m'a dit, et qu'il s'agirait là d'un juste renvoi d'ascenseur de la part des vendeurs de souvenirs.
Il me semble que c'est l'inverse. Je crois avoir lu quelques part que le dessin animé Cars a en fait été inspiré par la ville de Seligman (entre autres) et que les voitures déguisées existaient avant.
Et pour Rabbi Seligman, j'ai eu la même pensée que toi...mais sans jamais oser l'évoquer !  | | | Salut Frédéric,
Ton récit plein d'humour avec des références cinématographique de mon âge et des images de Buster Keaton lors de ton salto arrière forcent ma curiosité. Je suis. 
Bien vu pour Buster Keaton, je suis aussi un admirateur. Merci de me lire ! | | | Hello Karine,
J'aime beaucoup ta façon d'écrire et tes métaphores, vivement la suite 
Sincèrement heureux que ce texte te plaise. La suite arrive bientôt, j'espère qu'elle ne te décevra pas... | | | À: Oltean · 6 septembre 2011 à 17:59 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 30 de 166 · Page 2 de 9 · 3 873 affichages · Partager Si ça continue comme ça il n'y a pas de raison ! | | | Salut,
Sympa ton récit.
Sympa à toi de me le dire !
Il me semble que c'est l'inverse. Je crois avoir lu quelques part que le dessin animé Cars a en fait été inspiré par la ville de Seligman (entre autres) et que les voitures déguisées existaient avant.
Ah bon ! Dont acte. J'avoue ne pas me passionner pour le sujet, je n'ai même pas vu ces dessins animés (ma fille n'a pas aimé le début, du coup on n'a jamais dépassé la 5e minute).
Et pour Rabbi Seligman, j'ai eu la même pensée que toi...mais sans jamais oser l'évoquer !  
Parfait ! Je me sens moins seul. | | | À: Oltean · 6 septembre 2011 à 18:39 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 32 de 166 · Page 2 de 9 · 3 851 affichages · Partager hello,
Le carnet est consulté mais il y a assez peu de réactions, donc nous ne savons pas si le texte est apprécié ou non, c'est toujours encourageant de lire des opinions telles que la tienne.
oui c'est parfois un peu frustrant de voir des lectures et peu de réactions  ... mais qualité ne rime pas toujours avec quantité  ... néanmoins, tu peux te rassurer : je crois qu'on est qq'uns à apprécier ta prose... remplie d'humour et bardée de références  ...
pour enlever les "pétouilles" avec Photoshop (parce que je te rassure, tu n'es pas le seul à en avoir  ), je me sers de l'outil correction (le truc en forme de sparadrap  ) tu peux regarder ceci : www.photographie101.com/...util-correction.html ou encore : blog.aube-nature.com/...s-poussieres-tampon/
pour nettoyer le capteur des poussières : une bonne petite poire soufflante fait l'affaire (évite la bombe soufflante qui fait parfois pire !)... par contre en cas de tâches grasses, il faut effectivement avoir un kit de nettoyage...
@+ Vnoa | | | À: Vnoa · 6 septembre 2011 à 19:16 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 33 de 166 · Page 2 de 9 · 3 837 affichages · Partager Merci Noa de tes précieux conseils. J'archive en attendant la mise en application ! | | | À: Oltean · 8 septembre 2011 à 22:16 · Modifié le 8 sep. 2011 à 22:55 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 34 de 166 · Page 2 de 9 · 3 741 affichages · Partager Une lointaine réminiscence éblouit mon esprit alors que je contemple pour la première fois le Grand Canyon.
Depuis les hauteurs du Cap Corse qui surplombent la bourgade de Maccinaggio, je distingue, par-delà l'île italienne de Capraia, le bras de mer qui la sépare du continent ; et, encore plus loin vers l'est, la masse utopique des côtes toscanes, confondue avec les nuées vaporeuses de la Tyrrhénienne. Révélation saisissante pour un fils du rivage dont l’horizon maritime était, de toute éternité, borné par la terne et levantine silhouette de Capraia. Pour la première fois peut-être, je mesurais l'immensité d'un panorama dont les limites étaient repoussées au-delà de l'entendement.
Je retrouve cette stupéfaction face aux gorges du Colorado. Je n’aurais pas ressenti autre chose si la mer Méditerranée de mon enfance s’était soudainement asséchée, laissant voir gouffres hadaux aux parois vipérines, cordillères secrètes et failles insondables. D'innombrables lignes brisées zèbrent le canyon de fractales d’où s’élancent quelques audacieux conifères, survolés dans un silence mortel par des buses à queues rousses. Où que l’œil se pose, ce ne sont que haut-fond jaillissant çà et là en curieuses cimes de maintes combes abyssales, fulgurances de rocs aux balafres écorchées vives par on ne sait quelle véhémence originelle.
La distance avec l’autre rive surprend. Le canyon, gardons-le à l’esprit, n’est pas un ravin. J’ai le sentiment qu’on pourrait glisser un pays entier, avec ses villes, ses foules, ses fleuves, ses monts et ses vaux, dans le gouffre qui bée avec une telle démesure.
Le deuxième motif d’étonnement, une fois acceptée l’émotion de cette vision sans précédent, est l’absence de tout homme. Rien, au-delà de la barrière de sécurité contre laquelle se pressent les touristes pour mieux photographier (comme si gagner quelques misérables centimètres allait améliorer un point de vue si opulent dans sa vastitude), ne rappelle l’existence de l’être humain. Pas d’édifice, d'écran géant, de relais télévision ou d’antennes de téléphonie mobile. Nulle pancarte criarde signalant la présence d’un McDonald’s ou d'une station Texaco. Aucune maison, pas de route, pas de cheminée d’usine d’où s’échapperait quelque panache jaunâtre.
Aussi loin que je puisse remonter, je ne parviens pas à me rappeler un panorama terrestre à ce point épargné par l’importune présence de mes semblables. Jamais Forêt Noire, Mont Blanc ou landes de couleurs indéfinies ne m'ont donné un tel plaisir d'irréfutable isolement. Tout ici paraît préservé du bruit et de la musique idiots, des papiers gras et des reliefs de repas inappétissants.
Savoir conserver intacte la magie d’un tel endroit quand d’autres se seraient empressés de le prostituer n’est pas le moindre paradoxe de cette nation. Est-ce donc cela, l’Amérique des profits, égoïste et bouffie de morgue, insoucieuse des répercussions que l’âpreté au gain ferait courir à l’écosystème ? Faut-il réviser le portrait attristé invariablement dressé par les observateurs impartiaux, ne parlant des Etats-Unis qu’avec l’air navré qu’on prend pour évoquer un fils de bonne famille tombé dans la plus honteuse déchéance ?
Parlons argent, justement : l’entrée dans le parc naturel nous a coûté 25 dollars. L’autorisation, valable pour toute la famille, donne l’accès illimité au parc pendant une semaine entière. En raison d’un choix tardif (deux mois à l'avance quand le conseil est de s'y prendre une année avant le séjour), nous n’avons pu choisir ni l’hôtel, ni la chambre. Nous dormirons donc au Yavapai Lodge. Ce choix bien qu'imposé s'avère appréciable, tant la chambre est agréable et l'emplacement idyllique. Le prix de 120 euros ne nous paraît pas exagéré, d'autant plus que parking, bus et navettes sont entièrement gratuits.
Le lendemain matin, le programme est clairement établi : pour être tranquilles, nous rendons la chambre et chargeons l'auto. Ensuite nous poursuivons la visite du Grand Canyon avec la navette. Une fois de retour du premier circuit nous visiterons le reste en voiture, puisque certains points de vue sont accessibles à tout un chacun depuis la route. Fin de la visite et voyage vers Monument Valley.
La visite des points de vue confirme l'enchantement de la première impression, faite d'une telle immensité qu'elle paraît irréelle. Inutile d'aligner les superlatifs. Toutes ces images, nous ne les connaissions que trop bien depuis notre enfance, à travers livres d'images ou films d'aventure. Mais on a beau s'y attendre, rien ne préparait à une telle contemplation.
Et nous ne sommes encore qu'au début du séjour ! Je me demande si ce que nous avons prévu de visiter par la suite réussira à nous intéresser et ne sera pas complètement fade à côté des impressions de Grand Canyon ? On le verra, pourtant, nous n'étions qu'au commencement des merveilles.
Pour le déjeuner nous nous arrêtons dans un petit self service. Rien d'extraordinaire en vérité, mais je ne peux m'empêcher d'apprécier la tenue du lieu. Pas de poubelles débordantes, pas d'emballages vides sur le sol, même autour des tables de pique-nique. Les toilettes sont irréprochables sans avoir l'aspect quasi clinique que l'on remarque en Allemagne ou en Suisse. Le self n'est animé d'aucune musique, de sorte que nous entendons tous les murmures de la forêt. L'endroit est simplement accueillant comme un chez-soi familier.
On me demande de remplir un questionnaire sur le parc national du Grand Canyon. Je formule trois remarques.
Tout d'abord, qu'une boutique photo ferait fortune. Comment résister à la tentation de ramener un souvenir, même vague, de la démesure du panorama ? Tous les touristes sont munis de numériques reflex ou bridge. Qui serait assez fort pour renoncer à acquérir un objectif grand angle opportunément mis en vente au cœur même du Parc ? Je me prends à regretter le non-achat, même à prix fort, du zoom testé quelques jours plus tôt à Las Vegas..
Une telle boutique (ce sera ma seconde remarque) proposerait des kits de nettoyage des capteurs, inévitablement salis par des petites poussières à force de changer les objectifs. Je m'étonne de ne pas trouver le minimum (une simple bombe à air comprimé aurait fait l'affaire) dans le supermarché pourtant plutôt bien achalandé.
Je formule enfin la suggestion de compléter le rayon CD du magasin principal par de la musique classique américaine. Je sais que cela est une de mes marottes, mais tout de même, quel dommage d'avoir eu des artistes inspirés par l'endroit sans que l'on mette à profit leurs créations.
Prenez Ferde Grofé, surtout réputé pour avoir orchestré la Rhapsody in Blue de Gershwin. L'homme, bien américain malgré l'accent aigu de son nom issu d'une lointaine lignée française, a écrit une Grand Canyon Suite pour orchestre symphonique connue de tous les Américains. Le pas de l'âne de son mouvement central ( On the trail) accompagne d'innombrables cartoons. J'ai même entendu cette musique dans le train qui fait le tour de Dysneyland Paris. L'oeuvre possède une tempête impressionnante ( Cloudburst) et a été dirigée par Toscanini et Bernstein.
Plus anecdotiquement, je suggère aussi des oeuvres d'Anton Philipp Heinrich. Celui que l'on nomma le Beethoven américain est aujourd'hui seulement connu par quelques encyclopédies. Heinrich, si ma mémoire est bonne, avait illustré en musique l'improbable dialogue d'un rossignol et d'un ours par-delà le Grand Canyon. Une scène musicale dont l'écrivain Josef Škvorecký tire un passage savoureux dans son roman Scherzo Capriccioso ( Dvorák in love).
| | | À: Oltean · 9 septembre 2011 à 8:02 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 35 de 166 · Page 2 de 9 · 3 715 affichages · Partager Hello
Très instructif ce carnet  .
Le deuxième motif d’étonnement, une fois acceptée l’émotion de cette vision sans précédent, est l’absence de tout homme. Rien, au-delà de la barrière de sécurité contre laquelle se pressent les touristes pour mieux photographier (comme si gagner quelques misérables centimètres allait améliorer un point de vue si opulent dans sa vastitude), ne rappelle l’existence de l’être humain. Pas d’édifice, d'écran géant, de relais télévision ou d’antennes de téléphonie mobile. Nulle pancarte criarde signalant la présence d’un McDonald’s ou d'une station Texaco. Aucune maison, pas de route, pas de cheminée d’usine d’où s’échapperait quelque panache jaunâtre.
Aussi loin que je puisse remonter, je ne parviens pas à me rappeler un panorama terrestre à ce point épargné par l’importune présence de mes semblables. Jamais Forêt Noire, Mont Blanc ou landes de couleurs indéfinies ne m'ont donné un tel plaisir d'irréfutable isolement. Tout ici paraît préservé du bruit et de la musique idiots, des papiers gras et des reliefs de repas inappétissants.
Je suis entièrement d'accord! Depuis que j'ai vu les paysages de l' Ouest américain, ce qui me manque en France, c'est cette immensité où la civilisation est absente. C'est se rendre compte que forcément, chez nous, la vie sauvage est réduite à sa portion congrue... 
@++ | | | À: Oltean · 9 septembre 2011 à 10:50 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 36 de 166 · Page 2 de 9 · 3 690 affichages · Partager Bonjour,
Très plaisant à lire ce carnet (le 3è que je lis en ce moment sur les grands parcs de l' ouest américain ! }
Tu soulignes ce qui m'a le plus frappée quand je suis allée dans ces régions : c'est la dimension de ces espaces sans aucun signe de vie humaine... A une échelle que je n'ai jamais retrouvée ailleurs... | | | À: Itat · 9 septembre 2011 à 17:47 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 37 de 166 · Page 2 de 9 · 3 645 affichages · Partager Hello Thibaud,
Je suis entièrement d'accord! Depuis que j'ai vu les paysages de l' Ouest américain, ce qui me manque en France, c'est cette immensité où la civilisation est absente. C'est se rendre compte que forcément, chez nous, la vie sauvage est réduite à sa portion congrue... 
en effet... je savais que c'était grand, mais là ! surtout que l'on y voyait très loin vers l'horizon. Il y aurait eu du brouillard, on aurait pu se dire que certaines choses pas très jolies sont cachées, comme cela arrive parfois chez nous (heureusement  ), mais là-bas, non. | | | À: Lacalo · 9 septembre 2011 à 17:52 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 38 de 166 · Page 2 de 9 · 3 643 affichages · Partager Bonjour Yolande,
Très plaisant à lire ce carnet (le 3è que je lis en ce moment sur les grands parcs de l' ouest américain ! }
Merci !
Tu soulignes ce qui m'a le plus frappée quand je suis allée dans ces régions : c'est la dimension de ces espaces sans aucun signe de vie humaine... A une échelle que je n'ai jamais retrouvée ailleurs...
Pareil pour moi, sauf peut-être quelques paysages maritimes, mais ce n'est pas comparable évidemment. Bon, on a été frappés par la même chose !
à bientôt pour la suite | | | À: Oltean · 9 septembre 2011 à 22:29 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 39 de 166 · Page 2 de 9 · 3 614 affichages · Partager Je quitte à regret le Grand Canyon. L'endroit est vaste et nous n'avons fait que passer là où d'autres s'installent, font des promenades à vélo le long des précipices ou descendent même dans l'abîme à dos d'âne. Un spectacle de danses indiennes auquel nous prévoyions d'assister est annulé à la dernière minute. Nous avons noté la présence d'une gare ferroviaire dans l'enceinte même du parc, à deux pas de logements.
Voilà qui me dirait bien pour un futur séjour : train du Far West, puis séjour tranquille avec des expéditions en vélo et spectacles de danses. Peut-être quand ma fille sera plus grande...
Direction nord-est. Nous avons réservé une nuit dans un hôtel nommé The View, dans la réserve Navajo. Il donne, selon la réclame, en plein sur les fameuses buttes qui surgissent du désert. Pas de risque d'avoir une chambre mal située, elles sont toutes construites sur le même côté de l'édifice, plein est.
La route défile sans intérêt particulier. Nous passons à proximité de villes aux noms évocateurs : Cameron, Tuba City, Kayenta... Enfin, à l'approche de l' Utah, d'étranges silhouettes se dessinent au loin.
Pas de doute, il doit s'agir des mesas si typiques de westerns de notre enfance et dont nous contemplons la masse lointaine pour la première fois.
Le chemin vers l'hôtel quitte la route principale pour s'aventurer en plein désert. Nous sommes au beau milieu d'un océan de poussière rouge qui, nous le verrons bien assez tôt, s'insinue partout et recouvrira la Dodge d'une tenace pellicule de saleté ocre.
Juste avant l'hôtel, nous devons acquitter le droit d'entrée dans la réserve. Je montre la réservation au Navajo qui garde la guérite pour savoir si le droit de passage n'était pas, par hasard, inclus dans le prix de la chambre. Peine perdue, l'homme me dit que l'hôtel étant privé, je dois bel et bien payer quinze dollars, comme à l'entrée du Grand Canyon. En revanche, le circuit en voiture dans ce paysage de rêve sera gratuit. J'empoche la monnaie et jette un oeil sur ma fille, muette de stupéfaction (et peut-être de peur) d'avoir vu son premier vrai Indien, comme dans Yakari !
Je m'attendais à une sorte de résidence touristique sans âme, je me retrouve dans un accueil décoré avec goût et grand ouvert sur le désert et les mesas. Je pense aussitôt à l'hôtel Overlook de Shining, sauf qu'ici les Indiens ne sont pas sous terre mais aux commandes. Notre chambre, comme toutes les autres, possède un balcon où l'on profite d'une vue unique. Là bas, entre les pics rocheux, nous apercevons les véhicules qui reviennent de leur visite dans Monument Valley. Nous-mêmes ferons le tour le lendemain matin, après avoir contemplé le lever du jour. Nous nous dirigeons vers le restaurant, en priant le ciel que nous ne soyons pas une fois de plus contraints à un buffet pléthorique.
Vaine crainte, la formule à volonté n'est qu'une option, et bientôt nous commandons des plats typiques accompagnés de pain najavo. Le fry bread est en réalité une galette frite, servie toute chaude et plutôt bienvenue. Nous constatons que la mie a des reflets bleutés. Mon plat, une sorte de ragoût, est appréciable sans plus. L'affaire passerait mieux avec un verre de vin californien ou de bonne bière, mais tout alcool est banni du territoire Navajo. Nous voilà au régime forcé eau et jus de fruits.
La terrasse offre le spectacle du couchant sur le désert. Un écriteau prétend que le point de vue était celui que John Ford préférait. Réalité ou propagande ? Va savoir... Pour l'heure, entre chien et loup, je me remémore l'extraordinaire scène de Searchers (La prisonnière du désert) dans laquelle Aaron Edwards pressent la menace invisible des Comanches.
Nous mettons le réveil à 5h00, afin de ne rien rater du lever du jour sur Monument Valley.
La sonnerie stridente du portable m'arrache à mon sommeil et je m'aperçois aussitôt que la chambre est claire. Me serais-je trompé dans la programmation du réveil ? Avons-nous raté le lever du soleil sur le désert, pour lequel nous avons fait tant de kilomètres ?
En deux pas nerveux, je suis accoudé au balcon pour constater qu'une petite foule de touristes a déjà pris place, au bout du bâtiment, pour assister au spectacle. Quel soulagement, nous n'avons rien manqué. Le soleil est encore sous l'horizon, la clarté émane du crépuscule matinal. Le jeu de lumières, splendide, réhausse encore la vision inouie des mittens et mesas de Monument Valley. Je photographie à tour de bras alors que la boule rougeâtre du soleil perce les nuages de l'aube. Je ne suis certes pas le seul si j'en juge par les cris d'admiration venus des autres balcons : Ooohh ! Aaahh ! Amazing ! Unbelievable !
Nous profitons du réveil pour une fois matutinal pour déjeuner et boucler nos affaires. Nous ferons la visite de la vallée avec la voiture chargée et rejoindrons ensuite directement le Goulding's Lodge pour la seconde nuit dans la région. Nous aurions bien aimé rester une nuit de plus dans The View hotel, si la place avait été disponible... Là encore, plusieurs mois à l'avance n'étaient pas suffisants pour réserver un séjour de deux nuitées. Peut-on raisonnablement s'en plaindre, surtout après pareille scène ? Je me félicite bien au contraire d'avoir pu dénicher in extremis la dernière chambre.
Dès le début du circuit sur la piste de poussière rouge, nous apprécions d'avoir loué un solide 4x4. Les rares limousines qui nous ont précédées louvoient entre ornières et portions bossuées et donnent le sentiment de pouvoir rester enlisées à tout moment. Rapidement nous sommes seuls entre les énormes pitons qui surgissent du sol ocre. Les autres visiteurs nous sont cachés par le relief et la distance.
Un premier arrêt nous permet de les retrouver. Il y a là des boutiques de souvenirs, que nous négligeons, une vendeuse de nourriture dont le mobile home est recouvert de maximes amusantes, et surtout un cow-boy. Ou plus exactement, le cow-boy, l'archétype du cavalier légendaire, Stetson blanc, chemise rouge et jeans Levi's, juché sur un pur-sang qu'il mène avec une souveraine nonchalance. Nous voyons là le modèle vivant de tant de photos trouvées dans les revues, nos propres guides et tant de sites internet. Sous un soleil de plomb, le héros de l'Ouest et son mustang, sur fond de rochers gigantesques, le regard tourné vers l'horizon ocre. C'est tout à la fois Hopalong Cassidy, Tom Mix, John Wayne et la réclame de Marlboro.
La visite dure plusieurs heures tant les arrêts sont nombreux. Nous traversons des zones contrastées. Certaines n'offrent que poussière rouge à perte de vue, d'autres accueillent herbes et arbres secs que nous visitons à pied en prenant garde à d'hypothétiques crotales. Il ne manque guère à notre inventaire de clichés bien réels que ces curieux buissons roulants que les Américains appellent "tumbleweeds". Il nous arrive de croiser un véhicule utilitaire monté sur des roues énormes et transportant dans quelque hameau du coin une imposante citerne d'eau potable.
Au sortir du parc, nous croisons les nouveaux arrivants qui feront le tour sous un soleil au zénith. En leur souhaitant bon courage, nous prenons la direction du Goulding's Lodge.
| | | À: Oltean · 9 septembre 2011 à 22:37 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 40 de 166 · Page 2 de 9 · 3 607 affichages · Partager Toutes les photos sont superbes mais le coucher puis levé du soleil encore plus ! Waouh ! Bravo et vivement la suite | Carnets similaires sur les États-Unis: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 23 278 visiteurs en ligne depuis une heure! |