Oltean · 2 septembre 2011 à 23:56 · 173 photos 166 messages · 32 participants · 36 759 affichages | | | | À: Itat · 23 septembre 2011 à 23:31 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 101 de 166 · Page 6 de 9 · 3 413 affichages · Partager Universal est surtout un parc d'attractions. Les "vrais" studios de cinéma à visiter sont plutôt Warner Bros (fait en 2009), Paramount (fait en 2010)et Sony (non fait).
Oui. Nous nous étions renseignés sur les autres studios, sauf erreur les enfants de 5 ans ne peuvent pas y rentrer... contrairement à Universal. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Oltean · 24 septembre 2011 à 4:29 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 102 de 166 · Page 6 de 9 · 3 400 affichages · Partager Universal est surtout un parc d'attractions. Les "vrais" studios de cinéma à visiter sont plutôt Warner Bros (fait en 2009), Paramount (fait en 2010)et Sony (non fait).
Oui. Nous nous étions renseignés sur les autres studios, sauf erreur les enfants de 5 ans ne peuvent pas y rentrer... contrairement à Universal.
Ah, c'est tout à fait possible. | | | À: Oltean · 25 septembre 2011 à 9:35 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 103 de 166 · Page 6 de 9 · 3 334 affichages · Partager Alors que la barque où nous sommes coincés s’élève cran par cran dans un tunnel dégoulinant et incendié par des gyrophares, le plafond s’ouvre et laisse apparaître un tyrannosaure aux intentions franchement malveillantes. Un tambour crescendo entretient le stress avant que tout ne se résolve dans une brusque glissade couronnée par une magnifique gerbe d’eau. Nous voilà proprement détrempés sous l’œil goguenard des spectateurs du Jurassic Park. C’était bien la peine d’ironiser sur ces pauvres touristes vus à Page... Je jette un œil à ma fille. Malgré les angoisses du tour et la douche finale, elle n’a pas l’air du tout traumatisée, si j’en juge par sa jubilation. Voilà qu’elle en redemande ! Bon, c’est déjà ça, l’attraction lui a plu. La journée est sauvée.
Dès la veille, je me suis renseigné à l’hôtel sur les réductions pour la visite. « No problem », me dit l’employé d’accueil. Il suffira de nous faire passer pour des accompagnants d’une famille d’Angelenos. Comment cela ? C’est simple, explique-t-il. Les gens d’ici ont droit à une réduction dont ils peuvent faire profiter leurs invités. Alors, mettez-vous à l’entrée du parc, et attendez qu’une voiture locale s’approche. Il suffira de lui demander de vous déclarer comme ses invités, et vous aurez droit à des entrées moins chères. Vous n’aurez aucun problème, les gens d’ici sont sympas, comme moi.
Mouais... je pressens une combine bancale. Je sais déjà que nous allons payer le prix fort plutôt que de tenter le coup avec des inconnus. Cependant une question me taraude : comment reconnaître de véritables habitants de Los Angeles ? Mon interlocuteur affiche un large sourire : rien de plus facile, they are like me !
Cela fait deux fois qu’il prononce cette phrase. Pourtant l’homme qui me parle est natif du golfe Persique et n’a rien d’un WASP. Je ne ressens nulle ironie dans son discours. Il est visiblement fier d’appartenir à son pays d’accueil et se considère sans aucune ambiguïté comme authentique Angeleno. Je comprends qu’il y a là quelque chose qui m’échappe, un sentiment d’appartenance à la communauté plus profond que je ne l’aurais imaginé.
Ce matin nous payons donc le plein tarif et pénétrons un parc encore désert. Du moins jusqu’à un certain point au-delà duquel l’accès est restreint. La foule se presse contre cette limite en attendant l’ouverture. Nous avons droit à un discours de bienvenue puis, quand retentit la fameuse fanfare d’Universal, les barrières s’ouvrent. Vite, aux dinosaures ! Notre objectif est de faire l’attraction le plus rapidement possible pour échapper à la cohue. Malheureusement l’accès au parc jurassique n’est pas encore ouvert. Un senior nous explique qu’il faut encore patienter et nous invite à faire d’autres manèges en attendant. Pas question, nous attendrons.
Nous observons du coin de l’œil ce vieux monsieur employé du parc. Nous ne sommes pas habitués à voir des personnes âgées en plein travail, quand chez nous elles sont à la retraite. Cela semble assez fréquent en Amérique. Il faut bien le dire, ces personnes ne semblent pas particulièrement malheureuses et n’ont de toute façon rien du pépé rabougri. Faut-il préférer ce genre de petit boulot à une retraite misérable ? En réalité, même si a priori l’idée de travailler si vieux nous choque, nous ne savons quoi penser.
La voie vers le quartier bas est ouverte ! Le chemin vers l’escalator nous offre une jolie vue sur la ville. Arrivés en bas, nous embarquons dans la première barque pour la visite du parc aux dinosaures. Le tour commence classiquement, au son de l’insignifiante musique de John Williams, par les grands herbivores. Plastiquement, de la belle ouvrage. L’affaire se gâte avec les premiers velociraptors et dilophosaures en liberté se disputant des restes de touristes (popcorns, ponchos et oreilles de Mickey) dans des barques accidentées. Comme dans le film, le tour se transforme en cauchemar, le chasseur en chassé, etc. Des T Rex de plus en plus gros et de plus en plus méchants pimentent l’expédition jusqu’à la chute finale.
Notre second choix se porte sur le Simpsons Ride. Nous voilà dans une navette montée sur vérins, qui s'agite au gré du grand huit conçu par l'horrible Krusty, de surcroît saboté par Tahiti Bob. Nous adorons les Simpsons, mais nous ressortons de là sur les genoux. L’attraction nous a baladés entre sensations de mort imminente et agressions visuelles en tout genre. Nous ne nous attendions pas à cela, l’humour de cette série étant plutôt de nature intellectuelle que virtuose. Vite, de l’air.
Nous optons ensuite pour le tour des studios, au prix d’une longue queue – l’affluence est là désormais. Longue mais pas insupportable, car mine de rien nous avançons sans arrêt. La file d’attente est conçue de sorte qu’on a toujours la certitude de progresser, même s’il y a des centaines d’amateurs devant vous.
Curieux tour des studios, qui mêle habilement information et divertissement. Nous passons devant les baraques de producteurs, déjà vues dans The Player de Robert Altman, puis devant le décor de Retour vers le futur et du tout récent Cowboys & Aliens parmi d'autres merveilles du 7e art.
Comme dans un cauchemar de Borges, l'envers du décor est à son tour un décor. Notre mini train devient lui-même objet de l’attraction : l’inondation d’une station de métro le touche de plein fouet (étant aux premières loges, si je puis dire, et tout juste séché de l’épisode Jurassic Park, je fus très heureux d’en reprendre une couche), nous avons été poursuivis par Norman Bates et Bruce, le squale des Dents de la mer, puis secoués par le combat entre King Kong et trois tyrannosaures alors qu’une tarentule géante voulait boulotter le mini train.
Il y a des jours comme cela où tout le monde veut vous manger.
La visite d’une scène de la Guerre des mondes, avec son véritable Boeing déchiqueté encore fumant, reste à mon avis le moment le plus fort. Cela ne m’empêche pas de songer qu’une bonne partie des films évoqués sont avant tout des blockbusters bien calibrés et destinés aux bouffeurs de pop-corn, loin de l’âge d’or d’ Hollywood avec ses classiques dérangeants, sans effets spéciaux ni grosses bébêtes gastronomes.
Nous renonçons à la Momie dont nous n’apprécions pas les invasions de blattes et les macchabées de poussière parmi d’autres aspects glauques. A deux pas d’ici, un petit musée présente du matériel historique. Je lis avec plaisir d’authentiques lettres adressées à Alfred Hitchcock. Avant de reprendre le chemin du retour, nous refaisons un passage chez les dinosaures du parc jurassique.
Demain nous quitterons Los Angeles. Nous sommes déçus (surtout moi) mais conscients de n’avoir presque rien vu de cette ville gigantesque. Depuis que nous avons remis les pieds à Las Vegas et son navrant Circus Circus, nous côtoyons l’Amérique ordinaire – oserai-je écrire « vulgaire » ? Où es-tu, Ô douceur angeline ?
Encore une nuit et nous reprenons le chemin. Direction San Francisco, en prenant notre temps. | | | À: Oltean · 1 octobre 2011 à 0:40 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 104 de 166 · Page 6 de 9 · 3 216 affichages · Partager Contrairement à sa réputation bétassonne, héritée de l’interminable soap opera homonyme de la Une, Santa Barbara est une très jolie ville. Nous apprécions qu’elle soit à la fois cité balnéaire et métropole vivante, avec sa grande avenue animée qui part en droite ligne de l’océan. Son front de mer, agrémenté de palmiers, héberge une plage étendue, mais presque déserte. Il faut dire que le Pacifique est froid à cet endroit. A vue de pied, malgré le soleil de juillet en plein zénith, on ne doit pas être loin des 15 degrés. On comprend mieux pourquoi les rares plagistes restent prudemment sur le sable.
Nous nous cassons la tête pour trouver un endroit où laisser la Jeep. Le stationnement est régi par des règles qui nous posent problème. Tel panneau dit que le stationnement est autorisé ici le vendredi de telle heure à telle heure. Bien, mais si l’on n’est pas vendredi, faut-il comprendre qu’il est autorisé sans limite horaire ? Ou au contraire qu’il est interdit de stationner ? Les deux hypothèses nous paraissent également valables, bien qu’elles signifient exactement l’inverse l’une de l’autre. Les voitures déjà garées sont celles de riverains munis de passe-droits, et ne nous aident pas. Finalement je choisis une rue un peu à l’écart, avec une indication de stationnement sans ambiguïté : nous disposons d’une grosse heure pour déjeuner.
Un peu sceptiques, nous décidons de suivre les conseils du Routard et nous installons au Pascucci. Le restaurant de style italien se révèle, ma foi, une excellente surprise. Pour la première fois de notre voyage nous dégustons une cuisine fine, préparée avec goût et sans cette graisse sucrée qui envahit l’ordinaire de nos repas. L’addition n’est pas plus chère qu’ailleurs. Les papilles enchantées, nous nous promenons un peu dans la cité où l’on est en train de monter des estrades pour un festival de musique. Voilà un endroit qui mériterait plus qu’une poignée d’heures. Nous nous verrions bien louer l’un de ces énormes vélos familiaux pour profiter davantage des concerts et du front de mer, parmi les skateurs survitaminés et autres rolleuses en bikini. Mais quel dommage que l’eau soit si froide...
En route ! Pour cette partie du séjour, nous avons préféré ne pas réserver d’hôtel. Nous voulions laisser une chance à l’imprévu. Après tout la route vers San Francisco recèle bien quelques merveilles où nous pourrions passer la nuit. Allons à Los Alamos, par exemple. Patelin « minuscule mais d’une certaine manière incontournable », dit notre guide dans son style inimitable. Sans doute insensibles à cette « certaine manière », nous ne trouvons à l’endroit dit qu’une insipide réplique des bourgades de l’ Arizona et cherchons en vain une raison de s’exalter. Sommes-nous blasés ? Peut-être aurions-nous été séduits, en commençant notre circuit par ici, au lieu de le terminer après avoir vu Seligman et Kanab... Pour ne pas être venus pour rien, nous faisons le plein. Curieusement, je retrouve quelques Français à la caisse. Ils sont tous rendus ici, je me le figure assez bien, par la grâce concentrique des bons tuyaux du Routard.
Le chemin rejoint la mer. La côte, aux rochers battus par de grosses vagues, nous paraît plutôt évoquer l’ Irlande que la Californie. Nous faisons des arrêts pour profiter de ce panorama inattendu, rendu encore plus bizarre par la couche de brouillard dense que nous voyons émerger du Pacifique. Je m’étais souvent demandé comment les amateurs de cyclisme locaux pouvaient pratiquer leur sport sous le climat d’une contrée « chaude comme un four ». Je crois comprendre que la chaleur n’est pas ici un phénomène impérieux. Nous assistons en ce moment même au début d’un très long crépuscule préludé par le brouillard maritime qui envahit insensiblement le continent. Bientôt, je dois allumer les feux.
Nous décrétons une étape à San Simeon. Tout nous semble fermé dans le petit village (nous y retournerons le soir venu pour y trouver, à défaut d’une bonne gargote, une obscurité à couper au couteau). Un peu plus loin, un Quality Inn nous tend les bras. Il reste une chambre libre, j’en profite pour accumuler les points sur ma carte de fidélité toute neuve « Choice privileges ». On ne sait pas trop à quoi servent tous ces programmes de fidélité, mais après tout, j’ai bien eu le billet d’avion gratuit avec Flying Blue...
L’hôtel possède une piscine et un spa très agréablement chauffé, tant le vent qui s’est levé nous glace les os.
J’ai vu la première fois Citizen Kane d’Orson Welles dans un Ciné Club. Je devais avoir dix ans, mais je me souviens encore de cette séance. Le dernier mot d’un vieil homme, Rosebud, le reportage d’actualité criant de vérité, la longue quête parmi les témoins et l’une des plus belles séquences finales de toute l’histoire du cinéma. Je me souviens parfaitement de la façon dont ce film, malgré sa durée, accapara ma jeune attention.
Tant d’années plus tard, je ne pouvais pas manquer la visite du Hearst Castle, magnifique palace des Années Folles édifié pour son plaisir par William Randolph Hearst. Ce magnat de la presse et homme d’affaires aurait, dit-on, servi de modèle au personnage principal de Citizen Kane. Par malheur, nous arrivons trop tard et ne verrons en tout et pour tout que le hall d’accueil de Xanadu. Victimes de notre désir d’improviser, nous n’avons pas pris garde aux horaires de visites. Le prochain créneau est dans près de deux heures... Que faire ? Comment nous occuper d’ici là ? Contrarié par cette occasion manquée je reprends le volant. Sur le chemin se trouve la plage aux éléphants de mer. A défaut de palace de milliardaire, nous contemplerons ce rassemblement de phoques massifs.
Ces grosses bestioles ont le don d’attirer immanquablement les touristes, aussi l’endroit est-il protégé par de solides barrières. Des pancartes fournissent des informations intéressantes sur les occupants du lieu.
La plupart d’entre eux ne font rien d’autre que d’être là, sur la plage, étalant leur ventritude au soleil. De temps à autre nous voyons un éléphant somnolent relever mollement une nageoire et entreprendre de se gratter la couenne, dans le geste le plus naturellement humain que l’on puisse s’imaginer. Un autre émerge des vagues en s’est mis en tête, allez savoir pourquoi, de traverser toute la plage. Son enveloppe de graisse l’empêche d’avancer et nous le voyons peiner, mètre après mètre, dans sa difficile progression, puis retomber comme un paquet de gélatine pour reprendre son souffle. Cinq minutes plus tard le voilà de nouveau en plein effort, tout tendu vers son but chimérique, avant de s’effondrer encore dans un gros tressautement de Flamby qu’on dépote.
Deux autres bestioles pesantes se défient avec des beuglements grotesques en exhibant leur gueule béante. Le spectacle peut durer des heures, tant nous autres humains croyons discerner dans le comportement de ces animaux nos propres travers, entre engueulades de mâles et farniente poussif. Sans parler de l’allure franchement comique des forcenés de la reptation sur le sable, quand toute nécessité semble être absente de cette expédition haletante.
Scène très plaisante, rare et éducative à la fois. Un must.
Toutefois, pour avoir eu le privilège d’avoir été coursé par un de ces gros pépères dans mes vertes années, je peux certifier que tout aspect comique s’évanouit à leur proximité. Une masse furieuse d’une tonne cherchant à vous écrabouiller en beuglant comme mille cornes de brume vous dissuade de tenter de nouveau l’expérience pendant un certain laps de temps. | | | À: Oltean · 2 octobre 2011 à 16:48 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 105 de 166 · Page 6 de 9 · 3 144 affichages · Partager Bon là, on monte encore en gamme: bienvenue au café-philo 
Mais non, c'est très simple mais sans doute maladroitement exprimé. Disons plutôt que le dogmatique anti-Américains ne verra pas l'intérêt de faire le voyage, ou pas au même point que l'honnête homme.
Cela dit, certains sont si pétris de préjugés que nulle expérience ne peut entamer leurs certitudes...
Au retour d'une semaine de zigzags dans les Pyrénées, je prend connaissance de ta réponse... et de la suite de vos pérégrinations. Même si "tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute", tu me sembles assez bien incarner l'Honnête homme au sens classique:connaître suffisamment Gustavo Dudamel, pour le trouver surévalué par la critique et vivre pleinement chaque instant des folies hollywodiennes ne court pas les boulevards. | | | À: Voyajou · 3 octobre 2011 à 19:41 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 106 de 166 · Page 6 de 9 · 3 068 affichages · Partager Au retour d'une semaine de zigzags dans les Pyrénées, je prend connaissance de ta réponse... et de la suite de vos pérégrinations.
Très honoré d'être lu.
Même si "tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute", tu me sembles assez bien incarner l'Honnête homme au sens classique:
Je considère ainsi ceux qui privilégient la connaissance (les faits, la science) plutôt que les opinions (les croyances, l'idéologie) pour guider leurs choix de vie. En l'occurrence, on parlait de ceux qui jugent l'Amérique sur des on-dit. En général il suffit de creuser un peu pour découvrir que ces jugements ne reposent que sur des préjugés classiques (et inscrits, il est vrai, au coeur de notre histoire - je parle des Français).
connaître suffisamment Gustavo Dudamel, pour le trouver surévalué par la critique
En effet, je le trouve surestimé. Mais après tout, on pourrait me soupçonner de présenter cet avis par simple souci d'anti-conformisme. En deux mots, je connais assez bien les oeuvres qu'il dirige (à défaut de le connaître, lui) pour savoir qu'il y a bien plus remarquable ailleurs.
et vivre pleinement chaque instant des folies hollywodiennes ne court pas les boulevards.
Les folies d' Hollywood ou de Las Vegas, un peu mises à l'écart malheureusement (?) pour cause de famille à protéger... y compris du spectacle de mes turpitudes. | | | À: Oltean · 3 octobre 2011 à 23:42 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 107 de 166 · Page 6 de 9 · 3 028 affichages · Partager Je viens de dévorer ce beau récit de voyage écrit avec une prose captivante! J'attends la suite! | | | Je viens de dévorer ce beau récit de voyage écrit avec une prose captivante!
J'apprécie tes encouragements. Je m'efforce de rendre intéressant ce qui a priori serait assez insipide à décrire, ou bien ferait appel aux clichés de langage. Je n'ai pas encore terminé la rédaction, faute de temps, il faudra bien que je m'y mette...
J'attends la suite!
J'ai lu sur ton site que tu prépares déjà l'été 2012 avec entre autres la réservation à l'hôtel The View. Belle prévoyance ! et choix judicieux. | | | À: Oltean · 7 octobre 2011 à 21:32 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 109 de 166 · Page 6 de 9 · 2 859 affichages · Partager Quel magnifique carnet de route !! Et quel talent de narrateur !! Vivement la suite !
Je lis ce post depuis quelques jours et je m'associais en silence à tous ceux qui vous félicitaient pour votre récit. Ce soir, je me permets de prendre le clavier pour ajouter ma voix à la leur. Tout en émettant parfois des critiques ou un avis nuancé sur ce pays, votre discours n'est ni négatif ni déprimant comme un post que je lis également en ce moment (mais que je vais abandonner tant le regard du rédacteur est noir et ne permet plus de considérer qu'il reste objectif).
J'admire votre regard et votre analyse, à travers ce périple, sur la culture et la mentalité américaine. Critique mais jamais méprisant ou suffisant. Plein d'humour et de références littéraires et cinématographiques. Un vrai livre d'aventure !!
Vite vite, la suite !! C'est le week-end !! Peut-être aurez-vous le temps d'écrire un nouvel épisode ?
Petite question : quel objectif avez-vous utilisé pour les paysages ? Parce que, outre un récit agréable à lire, les images qui l'accompagnent sont très belles. | | | Bonjour Carine,
je commence par la fin de votre message. J'utilise un reflex Pentax d'entrée de gamme, un K-x, acheté principalement pour raison d'offre commerciale intéressante sur un site de vente en ligne (housse + boîtier + 2 objectifs + flash à un prix imbattable). Un ami photographe m'avait vanté les mérites de la marque et la qualité des optiques. En pratique, nous utilisons toujours les objectifs du kit, en plastique et peu lumineux... Pour les paysages, le 18-55 mm de base a fait l'affaire, parfois avec un filtre polarisant. Un jour il faudra bien casser la tirelire pour passer à des optiques dignes de ce nom.
Dans cette attente, je suis assez déçu des photos en général, surtout quand je les compare à celles d'autres carnets publiés ici. Il faut dire qu'en plus d'être des photographes du dimanche (et encore...) nous ne les retouchons pas faute de savoir-faire et de matériel adapté (nous ne possédons que des portables peu puissants et aux écrans de faible taille, au moindre essai de retouche c'est le sablier pendant 10 minutes).
Pour le texte, je suis naturellement flatté d'être lu et suivi, votre appréciation me va droit au coeur. Je suis depuis longtemps fasciné par les Etats-unis dont j'observe comme tout un chacun les qualités et les défauts depuis ce côté-ci de l'océan. Ce court voyage m'a permis de confronter ce fantasme d'Amérique à la réalité, dans la mesure du regard superficiel d'un touriste. J'ai voulu éviter deux écueils majeurs quand on parle de ce pays, l'anti-américanisme et l'idôlatrie, sans forcément y parvenir tant notre histoire nous prédispose l'un ou l'autre de ces sentiments.
La suite arrive bientôt, il faudra ensuite que je parle de San Francisco et ce sera la fin.
Au plaisir de vous lire, | | | À: Oltean · 9 octobre 2011 à 22:33 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 111 de 166 · Page 6 de 9 · 2 776 affichages · Partager Bpnsoir Oltean,
Je trouve au contraire que vos photos sont sympa. A côté du "professionnalisme" de certains, ce qui fait aussi la réussite d'une photo, c'est la manière dont celui qui la prend fait passer "ses émotions". Parfois, les photos sont techniquement parfaites, mais elles ne "parlent" pas.
Sinon, j'attends avec impatience le décryptage de SF, car c'est par là que nous allons commencer notre périple en juin prochain.
Je vous souhaite une bonne soirée et au plaisir de vous lire. | | | À: Oltean · 12 octobre 2011 à 15:30 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 112 de 166 · Page 6 de 9 · 2 695 affichages · Partager La route au long du Pacifique nous déconcerte. Nous traversons un paysage hétéroclite entre conifères et plantes grasses, horizons océaniques et crêtes escarpées, tantôt Provence, tantôt Jura. L’épais brouillard venu du large engloutit les portions basses du chemin et nous plonge dans une grisaille subite, anéantie par le plein soleil californien à la moindre ascension. Pris individuellement, chacun de traits de ce paysage nous est coutumier. Océans et côtes rocheuses, brumes, falaises et palmiers ne sont pas pour nous des motifs de découverte. Mais leur assemblage nous sidère, comme le ferait l'audacieux ouvrage d'un jardinier extravagant. A midi nous stoppons dans un hameau au bord de la route. De là, si l'on en croit les indications placardées partout, il est possible d’observer les baleines. Nous avons beau plisser les yeux, aucun rorqual n’apparaît à l’horizon. A défaut de cétacés, nous voyons poindre un groupe d’individus soufflant sous l’effort, visiblement à la traîne d’un grand mâle marqué par l’âge. C’est une équipe cycliste caressant l’ambitieux projet de lier Monterey à Morro Bay, comme l’annonce fièrement leur maillot flambant neuf. Les athlètes empruntent la même Highway 1 qui nous a tant étonnés, avec ses courbes, ses montées ardues et descentes au cœur de nappes de brouillard. Il en faut, du courage et de la santé, pour un tel itinéraire... Après tout, Greg LeMond et Lance Armstrong sont des compatriotes.
Voir de vrais sportifs sous le joug de l’effort nous rappelle, par sincère empathie, qu’il est l’heure de déjeuner. Nous trouvons là un petit resto, avec décor de bois, réclames anciennes et pancartes vantant l’observation des baleines. L'endroit ne tient pas ses promesses. Nous sommes accueillis avec indifférence, les tables sont sales, le choix très limité et le service nerveux. Comme quoi la vie urbaine n’a pas le privilège du stress. J’avale avec humeur un steak pour une fois de mauvaise qualité. Visiteurs de passage, méfiez-vous des restaurants séduisants pour voyageurs écolos. On peut militer pour les baleines et maltraiter les convives.
La prochaine étape est une aimable promenade vers une ancienne demeure grande ouverte sur l’horizon. On imagine quelle opiniâtreté il fallut aux locataires, au début du XXe siècle, pour venir s’installer dans ce recoin grandiose et inhospitalier. Mais le principal attrait du Julia Pfeiffer Burns State Park est la fameuse cascade qui arrose du haut de ses 25 mètres une plage réputée inaccessible. Les nombreuses inscriptions imbéciles laissées sur le sable prouvent cependant que tout individu un peu borné peut aller y gribouiller ce que bon lui semble, faisant l'étalage de sa maîtrise du langage SMS en même temps que de sa propre misère intellectuelle.
Nous avons dû, pour nous garer à proximité, glisser un billet dans une urne même en l’absence du moindre ranger à l’horizon. C’est la première fois de ma vie que je voyais un parcmètre en bois brut. Le reçu du stationnement, simplement arraché au talon d’une souche de tickets, atteste mon payement. Heureuse idée de l’emporter car il offre l’accès gratuit au parc d’état Pfeiffer Big Sur.
« Big Sur » était pour moi le titre d’un roman de Jack Kerouac longtemps avant de désigner le vaste parc naturel dont les falaises tombent à pic dans les déferlantes. Nous flânons dans la nature en tâchant d’identifier les séquoias. Comme nous avons renoncé à Yosemite, voilà l’occasion d’admirer enfin ces arbres géants.
C’est avec le sentiment d’un bilan en demi-teintes que nous quittons la côte. Après la plage aux éléphants, rien de ce que nous avons vu à Big Sur et au long de la California State Route 1 ne nous a bouleversé. Le mélange des genres si étourdissant aurait dû nous séduire au plus haut point. Pourtant, ce n'est pas le cas. Malgré la révélation de paysages héroïques, nous constatons avec désappointement que le coup de foudre n'a pas eu lieu. Big Sur a tout pour lui, sauf ce je-ne-sais-quoi essentiel qui nous le ferait aimer sans réserve. Est-ce le climat trop déconcertant ? L’accueil désagréable à l’étape des baleines ? La route parfois pénible entre les étapes ? Allez savoir. Il y a des jours où Cupidon s’en fout...
Nous ressentirons curieusement la même chose avec la ville de San Francisco. Pour l’heure, nous entrons dans Monterey.
| | | À: Oltean · 12 octobre 2011 à 17:47 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 113 de 166 · Page 6 de 9 · 2 666 affichages · Partager Hello
Même avis que toi pour San Francisco et pour la côte Pacifique (mais nous avons fait celle au Nord de San Francisco). Par contre l'intérieur des terres (Redwoods) est superbe.
@++ | | | À: Itat · 13 octobre 2011 à 21:40 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 114 de 166 · Page 6 de 9 · 2 600 affichages · Partager Hello
Hello
Même avis que toi pour San Francisco et pour la côte Pacifique (mais nous avons fait celle au Nord de San Francisco). Par contre l'intérieur des terres (Redwoods) est superbe.
Nous n'avons pas visité l'intérieur des terres. Tu sembles déçu par San Francisco. Préfères-tu Los Angeles ? | | | À: Oltean · 13 octobre 2011 à 22:12 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 115 de 166 · Page 6 de 9 · 2 592 affichages · Partager Hello
Oui je préfère Los Angeles. Attention, je ne déteste pas San Francisco mais je m'attendais seulement à mieux et je n'y ai pas ressenti ce que beaucoup de gens y ressentent. Mais dans l'ensemble, je ne suis pas grande ville, après 3 jours à Los Angeles je suis content d'en partir et d'aller visiter les parcs  . Néanmoins, je retourne avec plaisir l'année prochaine 3 jours à LA (normalement) avant d'enchaîner sur l'état du Colorado pendant 3 semaines.
@++ | | | À: Oltean · 17 octobre 2011 à 0:43 · Modifié le 17 oct. 2011 à 7:56 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 116 de 166 · Page 6 de 9 · 2 508 affichages · Partager La cité de Monterey évoque l’image de San Francisco telle que nous nous l’imaginons, avant même d’y mettre les pieds. C’est une vraie ville de la côte, aux maisons de palissades et bâtisses de marins, à laquelle les nuées d’oiseaux de mer ajoutent une touche très hitchcockienne.
Nous dînons à l’International Cuisine. Le restaurant se trouve en fait dans la ville frontalière nommée Pacific Grove, mais l’on passe de l’une à l’autre sans s’en rendre compte. Les virtuoses du GPS prendront soin à bien vérifier les adresses, les deux villes partageant les mêmes noms de rues, sans qu’elles ne soient dans la continuité les unes des autres. Ainsi la Lighthouse Avenue de Pacific Grove se transforme en Hawthorne Street dans Monterey, alors que la Lighthouse Avenue de cette dernière localité devient Central Avenue à Pacific Grove.
La salle est bondée et, comme souvent en Amérique, très bruyante. Les gens discutent à voix haute sans observer la discrétion toute française consistant à ne pas embêter les voisins avec des chroniques personnelles plus ou moins avouables. Enfin, c’était plutôt vrai avant l’invention du portable.
La carte propose quelques spécialités du Levant, les propriétaires étant d’origine jordanienne. Plats sans surprise cependant, avec une exception de taille pour ma fille qui se voit servir une pizza géante familiale devant les yeux éberlués des tables voisines. Une erreur dans la prise de commande ? Peu importe, la serveuse nous offre le tarif Enfants. Nous repartirons avec le plat à peine entamé dans un carton.
Nous sommes les premiers le matin suivant à nous présenter devant l’un des plus grands aquariums du monde, anxieux de savoir si nous serons confrontés à cette affluence gigantesque de certains jours d’été, comme l’annonce le guide. Mais non, en deux minutes nous achetons les tickets et déambulons carte en main dans un Monterey Bay Aquarium inondé de lumière naturelle. L’endroit est très grand, apparemment sain – pour avoir visité des aquariums où les poissons flottaient le ventre à l’air, la précision n’est pas inutile – ludique et instructif à la fois.
Nous assistons au repas des manchots, avec leur façon impayable de faire la queue devant la vétérinaire qui les nourrit à tout de rôle. D’autres aquariums gigantesques présentent les kelps, ces immenses algues du littoral, et leur faune bigarrée. Ces bassins sont construits en hauteur et peuvent être étudiés depuis différents niveaux.
L’aquarium possède une terrasse ouverte sur l’ample baie de Monterey, avec son canyon immergé. Nous faisons quelques pas au dehors pour humer les embruns de la pleine mer. Le moment le plus extraordinaire est offert par l’immense écran, plus large que celui du plus prestigieux cinéma que j’aie jamais visité, constitué par une vitre ouverte sur des flots insondables. La salle est conçue comme un vaste amphithéâtre où l’on s’installe confortablement, les yeux grands ouverts sur les mille merveilles océanes. Nous découvrons des myriades de petits poissons argentés dessinant sur le champ des figures fantastiques. De la vraie 3D, sans lunettes ni effets spéciaux.
Soudain, un poisson-lune se glisse de l’autre côté de la vitre et approche son œil gigantesque des spectateurs, examinant avec grand soin ces bipèdes incongrus. Chacun s’assied pour assister au repas des poissons. Dans l’aquarium, un homme-grenouille a fait son apparition. Sa combinaison est recouverte de cottes de mailles, accoutrement compréhensible quand on côtoie, sac de victuailles en main, requins marteaux et autres barracudas. Nous assistons à la curée. Chaque espèce de poisson a sa méthode et sa zone privilégiée. Certains se bousculent vers la surface, d’autres attendent entre deux eaux que les morceaux épargnés tombent jusqu’à eux. Et parfois, un barracuda se précipite dans le nuage de poissons qui éclate en une étoile argentée, pour parfois ressortir avec une victime encore frétillante entre les mâchoires. Nous n'échappons pas aux cris outragé de midinettes révoltées par tant d’atroce réalité. Sans doute s'imaginaient-elles que les barracudas mangent des lasagnes et des pizzas, comme le chat Garfield ?
Cette visite d’exception est une étape de choix le long de la côte Ouest. Divertissante et idéalement pensée pour les enfants.
Nous allons visiter la cité voisine de Carmel. Le nom m’a abusé : je m’attendais à trouver là une bourgade de style mexicain avec ses maisons toutes blanches et son zócalo, comme l'on désigne là-bas les places des centres historiques. Non, Carmel-by-the-Sea n’a rien à voir. Nous découvrons une drôle de cité aux arbres exubérants et aux plages fréquentées par les vaches. Beaucoup de boutiques de luxe et de galeries d’art. Nous avons le sentiment d’un faste inouï qui nous met mal à l’aise, sans trop savoir pourquoi. Nous ne nous attardons pas.
Pour le soir nous décidons de suivre les conseils du guide – pas le Routard, mais ce que j’appelle le vrai guide. Lonely Planet, reconnaissons-le, a quand même une autre tenue. Il nous envoie au Montrio Bistrot de Monterey, restaurant hébergé par une ancienne caserne de pompiers. La salle a l’air chic et nous n’entrons qu’après hésitations. Heureuse idée, l'addition ne sera pas en définitive plus salée que d'habitude. Une fois encore nous constatons la joyeuse animation de l’endroit et surtout nous découvrons une vraie cuisine subtile et équilibrée, fort aimablement soulignée par un très noble verre de vin local. Après l’expérience du Pascucci à Santa Barbara, ce sera notre deuxième, et hélas ! dernière franche satisfaction gastronomique aux Etats-Unis.
Pour la fin du voyage nous voici à San Francisco. Vu le peu de temps à passer par ici nous allons droit au but. Direction Haight-Asbury, le quartier des hippies. Nous laissons donc la Jeep Patriot à l’ABC parking de Stanyan Street. Plus tard, revenu en France, je lirai sur sur Google Maps l’avis d’un anonyme sur cet endroit : « Do NOT go there Employees are insanes. Crazy chineese guy, wanted to damage my car. This is the worst parking ever. » On se croirait dans un film des frères Coen.
Nous devons à la vérité qu’il ne nous est rien arrivé de tel, plût au Ciel car nos bagages étaient restés dans la voiture. Même le tarif de stationnement « hors de prix » (dixit l’inénarrable GDR) se révèle deux fois moins élevé qu’à Paris. Nos premiers pas à San Francisco nous permettent de voir des individus étalés les bras en croix sur la pelouse du Golden Gate Park, sous l’emprise d’on n’ose imaginer quel facteur zen. D’autres poussent des caddies remplis d’objets hétéroclites, alors que de jeunes gens d’aspect masculin sont simplement revêtus de robes longues.On voulait de l’Underground, eh bien voilà : nous avons de l’Underground.
Sur le chemin du restaurant Cha Cha Cha (le guide : « très bonne atmosphère, peut-être même la plus sympa du quartier ») je croise un magasin Amoeba Music où je complète ma collection avec le rare ballet Skycrapers de John Alden Carpenter, qui fut en son temps un rival de George Gershwin. Je trouve enfin un CD prometteur de l’immense Charles Ives avec la mythique 2e Symphonie trop peu connue de ce côté-ci de l’océan.
Si le Cha Cha Cha se révèle magnifiquement quelconque – réussir un bon ceviche n’est pas à la portée de n’importe qui, fût-il « le plus sympa du quartier » – ce n’est pas le cas avec la Haight Street que nous remontons à pied, avec ses boutiques de fumette et ses chalands bien peu conformistes. A chaque coin de rue je crois voir l’un des Fabuleux Freak Brothers. Nous tombons sur Loved to Death, une boutique de la mort. Pas d’appréhension du trépas ici, mais une collection d’objets morbides, bijoux, animaux empaillés et brochures funèbres. C’est un concept rencontrant un certain succès si j’en juge par l’affluence. Les sentinelles du lieu, malgré leur réelle et sépulcrale beauté, veillent à ce que vous ne preniez aucun cliché. Eros, Thanatos et pas de photos.
| | | À: Oltean · 18 octobre 2011 à 22:03 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 117 de 166 · Page 6 de 9 · 2 423 affichages · Partager Nous reprenons l’auto pour rejoindre le Larkspur Hotel, cher mais situé près de l’ Union Square Park, l’un des hauts lieux de la cité. Voilà enfin les rues pentues de San Francisco. Un régal ! Même à vitesse raisonnable, la Jeep fait de grands bonds. A chaque bosse, ma fille crie de joie. Une attraction aussi joyeuse que tous les manèges du monde !
Je remarque que la hantise des San Franciscains est d’encombrer les intersections. Avant chaque carrefour, une signalisation explicite appelle à la vigilance. Personne n’ose s’engager tant que la voie d’en face n’est pas assurément libre, et l’impertinent qui prendrait ce risque est aussitôt klaxonné avec vigueur. Au-delà du souci légitime de contenir les embouteillages, j’ai dans l’idée que cette consigne est là pour garantir à tout moment un passage aux convois urgents – pompiers, ambulances... Une manière de conjurer la hantise du Big One ?
En dépit de son réel standing, notre hôtel pâtit d’un travers inhabituel. Dans les couloirs, et dans notre habitation surtout, flotte une faible et tenace odeur de crotte de chien. Il n’y a pourtant ni motocrottes confinée dans un placard, ni cadavre d’animal oublié dans un recoin. Nous l’avons vérifié. L’origine de ce relent ingrat restera un mystère. Dommage car sinon, la petite suite où nous logeons, avec son séjour, sa chambre et sa grande salle de bains, a tout pour plaire.
En fin d’après-midi nous embarquons dans un Open Top Double Decker Bus pour faire le tour de la ville. Nous aimons bien, dans nos premiers contacts avec une ville inconnue, la tradition de cette visite guidée. Grâce à elle nous pouvons noter les quartiers intéressants pour mieux en profiter dans la suite du séjour.
Nous sommes installés à l’étage, en plein air. Le guide passe dans nos rangs distribuer des châles épais. De telles couvertures en plein juillet ? Bien vite nous comprenons pourquoi. Malgré le soleil encore vif, un petit vent frais s’est levé.
Bientôt les courants d’air chargé d’humidité s’insinuent sous nos vêtements. Voilà que nous claquons des dents. Oui, on peut se trouver à la même latitude que l’ Andalousie et souffrir du froid au cœur de l’été. Bizarrement il ne fait pas froid partout et tout le temps, la bise souffle plus ou moins selon l’axe qu’emprunte l’autobus. Les pires moments sont les intersections, quand les quatre vents obligent les touristes à rentrer le cou dans les épaules en espérant des temps meilleurs.
L’intérêt de la visite aurait pu nous réconforter. Mais notre guide parle très vite, trop vite. Nous perdons une bonne moitié des commentaires. Le peu que nous comprenons est émaillé de plaisanteries dont le sens nous échappe. Les autres visiteurs, avant tout soucieux d’échapper à l’insoutenable froidure san-franciscaine, ne sont pas non plus sous l’emprise d’une franche hilarité.
Le bus traverse des quartiers dissemblables. Nous passons de Chinatown à l’ Italie et du front de mer à la fameuse salle du Philharmonique, contemplons des maisons colorées construites dans des rues pentues. Nous montons et embrassons le Golden Gate Bridge ainsi que l’île d’ Alcatraz, puis redescendons et longeons les quais avec leur foule de visiteurs. Nous retrouvons après deux bonnes heures Union Square, notre destination finale, pour nous réfugier au Lori’s Diner. Là, entre Betty Boop grandeur nature et vénérable aéronef suspendu au plafond, nous reprenons des couleurs en faisant le bilan de la visite. A vrai dire rien ne nous a enthousiasmés - non que la ville nous ait déplu, mais les conditions de la visite étaient bien trop pénibles.
A table nous évoquons cette fameuse phrase évoquant le « pire hiver jamais vécu, c’était en juillet à San Francisco », attribuée à Ernest Hemingway par le Guide du Routard. Hemingway ? Pourtant la rumeur populaire tient Mark Twain pour auteur de ce trait d’esprit, ce qui est certainement faux. Le papa de Tom Sawyer a écrit quelque chose du même ordre, me semble-t-il, mais il parlait de Paris, pas de Frisco. Et il n’était pas question à cette époque de dérèglement climatique.
De retour à l’hôtel, enfin une bonne nouvelle : l’odeur ne nous incommode plus. Le ménage n’a pas été fait, mais nos nez sont bouchés.
| | | À: Oltean · 9 novembre 2011 à 19:50 · Modifié le 9 nov. 2011 à 23:09 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 118 de 166 · Page 6 de 9 · 2 288 affichages · Partager Tôt levés, nous faisons la queue pour prendre le cable car au terminus de Powell. La file d’attente est déjà longue. A en juger par le nombre d’appareils photo en bandoulière et la quantité d’individus plongés dans le déchiffrage d’un guide de la ville, il n’y a pour ainsi dire que des touristes, tout comme nous. L’engin arrive dans un sympathique brinquebalement et s’immobilise sur une plaque tournante actionnée à la force des bras, comme aux temps des pionniers. Remise dans le bon sens, la voiture accueille les voyageurs. La montée se fait dans le calme, le conducteur est là pour veiller à ce que tout se passe dans une atmosphère courtoise.
Une fois à bord nous observons avec quelle attention le gripman bascule son levier pour rendre le wagon solidaire du câble en perpétuelle marche caché sous la chaussée. Je comprends un peu mieux pourquoi il est si primordial ici de ne pas encombrer les intersections. Un tramway sans moteur ne doit pas avoir une immense liberté de manœuvre. Je me demande même s’il est capable de reculer. Toujours est-il que le véhicule est très évocateur de l’âge d’or franciscain, même s’il ne s’agit que d’une réplique moderne des voitures originales.
Dès l’arrivée à Fisherman’s Wharf nous découvrons une queue déjà conséquente pour le retour. Si tôt le matin, deux heures d’attente pour reprendre le cable car et revenir au centre ! Nous restons dans le coin pour visiter le quai des pêcheurs. Le nom du quartier est trompeur. Nul loup de mer en ciré jaune tirant sur sa bouffarde dans les parages. En revanche, boutiques à gadgets et fringues « I cœur SF » à perte de vue écrasent de leur talon de fer le souvenir de Jack London.
Nous nous laissons séduire par un rabatteur pour une visite en bateau de la baie. Ces gens-là ont le don de vous vendre leur truc en vous faisant passer pour des bienfaiteurs de l’humanité en général et de leur commerce en particulier. « Il ne manque que quelques places pour que le bateau puisse partir... Vous comprenez, grâce à vous le tour sera complet. » Nous cédons à ses boniments et alignons les dollars. Je prends possession du dernier siège du pont supérieur. La visite glacée sur l’autobus à étages n’est qu’un vague souvenir, en cette fin de matinée le soleil inonde la baie et nous réchauffe agréablement. Trop : faute d’avoir emporté mon fidèle couvre-chef de randonnée Decathlon, je serai victime d’un beau coup de soleil qui fera bien rire mes collègues de bureau à mon retour.
Malgré ce qu’on nous a dit, le navire n’est pas complet et nous entendons le rabatteur héler les touristes sur le Fisherman’s Wharf (« Soyez sympas, avec votre aide, nous pourrons partir... »). Enfin, nous appareillons. Cap sur le Golden Gate Bridge ! Sans être démonté, le bras de mer soumis aux courants contraires venus du large et de la baie bouge tout de même un peu. Cela m’amuse plutôt mais je vois des compagnons de voyage tourner pâles. Je forme des vœux pour qu’ils n’aient pas encore déjeuné. Après le doux parfum de l’hôtel, je ne tiens pas à mêler les odeurs de bile à ma découverte du Golden Gate.
Une vingtaine de minutes plus tard nous contemplons le pont suspendu depuis le ras des flots. Je suis un peu vexé de n’avoir pas remarqué jusqu’à présent à quel point la distance était importante entre les deux tours du pont. Ce n’est pas faute d’avoir vu ce monument dans d’innombrables films mais, seulement aujourd’hui que je le regarde pour la première fois, j’appréhende l’immensité qui nous sépare de la rive de Sausalito, par-delà la deuxième tour. Sur le chemin du retour nous longeons l’île d' Alcatraz avec les vestiges de la prison de haute sécurité. Elle est bondée de visiteurs. Nous n’y mettrons malheureusement pas les pieds, les listes d’attente étant complètes depuis longtemps.
Débarqués sur la terre ferme nous nous dirigeons vers le Pier 39. Du Neptune’s Palace, à l’extrémité du quai, nous observons les deux célèbres colonies du lieu. L'on trouve bien entendu celle des otaries installées dans la rade. Face à elle, la non moins animée colonie de touristes, se pressant à qui mieux mieux pour immortaliser la vue. On ne saurait dire qui sont les plus patauds... Bonne affaire pour le commerce, dans tous les cas.
Pendant nos flâneries à San Francisco nous laissons la Jeep dans un parking de la rue Bush. Le jour où je vais confier la voiture aux bons soins des employés du garage, je ne trouve personne pour m’accueillir. Patience. Je commence à méditer sur l’impression que me fait cette ville quand un gars surgit on ne sait d’où et me dit tout de go : « Gimme your kiss. »
Bon, je sais bien qu’on est à Frisco et que les relations entre adultes peuvent prendre ici des aspects inhabituels, sans même parler de la réputation gaiement sulfureuse de la cité.
En dépit de cela, l’interjection si directe de mon interlocuteur me prend de court. Mes neurones en mode panique raniment au fond de ma mémoire de lointains souvenirs d’anglais scolaire.
« I beg your pardon ? » articulent mes lèvres sur le ton surpris et un peu hautain que donne l’accent d’ Oxford.
« Your kiss ! Give me you kiss ! » répond l’autre en s’animant. Du doigt, il pointe carrément quelque chose au niveau de ma ceinture. Alors que mon esprit élabore les pires scénarios, je me rends compte qu’il en veut aux clefs de la voiture. « Aaah, my keys ! » soufflè-je dans un intense soulagement, tout en insistant sur le z final si important aux oreilles de mes profs d’autrefois. Je lui tends le porte-clefs. « Yes, your kiss », répond le gars en s’emparant de l’objet. Dans son for intérieur il doit maudire ces tocards d’étrangers. A moins que je ne sois tombé sur un zozoteur.
Nous ressortons la voiture pour emprunter le Golden Gate Bridge. De l'autre côté se trouve un monument où de nombreux visiteurs ont eu la même idée originale que nous. Il est vrai que la vue de cette arche légendaire aux cimes embrumées mérite tous les éloges.
Pour notre dernier jour à San Francisco et en Amérique nous allons déjeuner dans le plus célèbre restaurant de pizzas de la région. Tony's Pizza Napoletana, avec son nom sorti d'un nanar italien des années 70, attire tous les amateurs de ce genre gastronomique. Et tous les amateurs, cela fait beaucoup de monde : nous découvrons une file d'attente de plusieurs heures. Impensable, sous peine de rater le vol.
Notre plan B se nomme L'Osteria Del Forno, sur la Columbus Avenue. Nous sommes accueillis par une serveuse aux traits sévères. Elle nous désigne en haussant les épaules une table, puis vient noter notre commande d'un air consterné. Son attitude de matrone mal embouchée veut-elle crier à la face du monde le profond désintérêt que lui inspire son métier ? Les plats nous sont presque jetés dans un geste désinvolte.
Je me demande si nous ne sommes pas entrés, à notre insu, dans une annexe de ce fameux restaurant de Las Vegas où l'on paye pour se faire engueuler.
Mais nous tenons notre vengeance. En Amérique, le pourboire est libre. Voilà une arme formidable entre les mains des clients puisque le tips représente l'unique rémunération des employés de restauration. L'usage recommande d'ajouter à l'addition une somme allant de 15 à 20 pour cent de la note. Nous y avons toujours veillé avec scrupule, en pourfendeurs émérites de la réputation radine des Français. Nos savants calculs sur pourcentages et arrondis ont toujours privilégié la fourchette haute pour ne pas risquer de léser le serveur en cas de doute.
Nous tenons notre revanche aujourd'hui. Je me délecte par avance de ma force de frappe consumériste. Pour la première fois, je m'apprête à payer la note brute. Cette American virago n'aura pas mon pourboire.
Las, les deux sorcières qui tiennent le lieu ont pensé à tout. Selon la détestable coutume hexagonale, le service est déjà inclus dans l'addition. Nous ignorions que cela était possible dans ce pays. Impossible de retrancher quoi que ce soit. Nous sommes faits et défaits. Le cash si injustement mérité est aussitôt empoché par la mégère triomphante, qui nous congédie d'un coup de menton sec. | | | À: Oltean · 12 novembre 2011 à 19:02 · Modifié le 12 nov. 2011 à 20:18 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 119 de 166 · Page 6 de 9 · 2 202 affichages · Partager Nous ignorions que cela était possible dans ce pays.
Bonsoir,
Cela est déjà la règle pour les groupes de 8 personnes, ou plus, autant qu'il m'en souvienne. 18% sont dans ce cas ajouté automatiquement comme le précise clairement la carte de ces restaurants.
Mais il n'est pas exceptionnel que de petits groupes se voient appliquer cette auto-appréciation sans appel.
Personnellement, j'ai vécu cette situation 3 ou 4 fois cette année et plutôt en souriant mais peiné par cette attitude car j'aurais été à chaque fois plus généreux que ce qui m'était imposé.
Je suppose que les serveuses repèrent les français et connaissant leur réputation ne prennent pas de risque en leur calculant d'office un tip à 18%.
Bruno | | | Bonsoir Bruno,
merci de ces informations.
Personnellement, j'ai vécu cette situation 3 ou 4 fois cette année et plutôt en souriant mais peiné par cette attitude car j'aurais été à chaque fois plus généreux que ce qui m'était imposé.
Je suppose que les serveuses repèrent les français et connaissant leur réputation ne prennent pas de risque en leur calculant d'office un tip à 18%.
En trois semaines de séjour, nous n'avions subi cette pratique que deux fois peut-être. Pour ce resto de San Francisco, il me semble que l'inclusion du tip était réalisée d'office pour tous les clients, Français ou non, mais je peux me tromper. En tout cas, cela ne me semble pas un hasard si la qualité du service laisse à désirer précisément dans cet endroit... | Carnets similaires sur les États-Unis: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 23 796 visiteurs en ligne depuis une heure! |