Oltean · 2 septembre 2011 à 23:56 · 173 photos 166 messages · 32 participants · 36 767 affichages | | | | À: Oltean · 16 septembre 2011 à 23:26 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 61 de 166 · Page 4 de 9 · 2 930 affichages · Partager Nous avons choisi Kanab pour sa proximité avec des endroits remarquables. Ainsi pouvons-nous facilement nous rendre au parc national de Zion. Sion, la Jérusalem biblique, la rivière Virgin, les rochers des trois Patriarches rappellent, s’il en était besoin, que nous sommes bien chez les Mormons. La grande question demeure : après le Grand Canyon, allons-nous encore être surpris ? Voir des tas de pierres, après tout, quel intérêt ?
Nous laissons la voiture dans un parking à l’entrée du parc. La visite se fait en bus écologique. Le circuit dessert différentes étapes avec des promenades, des endroits pour se restaurer ou contempler la nature. Nous descendons au cœur du parc. La différence avec le Grand canyon est manifeste : ici à Zion, nous sommes dans le canyon, dont nous contemplons les murailles de part et d’autre. Nous voici donc au bas de toute chose, hôtes d’un monde secret où nous berce le chant bienfaisant d’une rivière. Nous la traversons avec un pont de cordes. D’inoffensifs geckos fuient à notre approche, alors que dans les bosquets luxuriants nous devinons la vigilance empressée d’écureuils insatiables. Partout, des pancartes invitent à ne pas les nourrir, ne serait-ce que pour éviter les morsures. Il nous paraît évident que l’endroit révèle sa splendeur aux promeneurs attentionnés et affranchis de l’impérieux devoir touristique de tout faire à marche forcée. Faire le Grand Canyon, faire Monument Valley, faire Zion dans l’attente de faire Bryce et la côte Ouest, très peu pour moi. Le simple fait d’être là est déjà en soi un incommensurable privilège dont je m’efforce de savourer la quintessence.
Aller à Bryce, pour quoi faire ? Nous avons vu le Grand Canyon depuis le haut, et celui de Zion depuis le bas. Que nous manque-t-il à présent ? Et puis, Bryce, est-ce une dénomination convenable pour un parc national, je vous le demande... Le Désert de la mort, voilà un nom comme il se doit, avec son cortège d’images d’os blanchis et de crânes cornus se décomposant au soleil. Mais quelle image s’impose à vous quand on parle du canyon de Bryce ? C’est bien simple : si l’on excepte éventuellement les portraits de Lalonde ou Hortefeux, aucune.
L’endroit, pour une fois, se visite en voiture. Pas de parking obligatoire ni de navette au gaz pour rallier les différentes haltes du circuit. Nous découvrons une verte vallée offerte jusqu’aux confins du monde. Si canyon il y a, il est si large que seule l’imagination peut se le figurer. Le parc national de Bryce propose une collection insolite de paysages variés, bois de conifères, océans de sable et nappes de rochers ocres. La grande curiosité demeure les hoodoos, curieuses cheminées de pierre engendrées par l’érosion et droites comme des alignements de points d’exclamation. A chaque arrêt, une nouvelle perspective vient enchérir sur l’impression précédente. Nous négligeons à regret les chemins de randonnées prometteurs mais trop exigeants pour les jambes fragiles de notre enfant.
L’endroit est différent de tout ce que nous avons déjà vu. Il tranche sur Zion par son amplitude. Peu de chance ici de se retrouver au même endroit que tous les autres promeneurs tant l’espace est ouvert. Bryce mérite bien plus qu’une journée, nous nous promettons de revenir lors d’un prochain voyage explorer vallées enchanteresses parsemées de cheminées de fées.
Nous bouclons notre première partie du séjour par un retour à Las Vegas. De là, nous prendrons l’avion pour Los Angeles. Le temps des parcs nationaux, des arches de pierre et cheminées de fée est désormais derrière nous... En chemin, nous faisons une halte dans la ville de Saint George, au sud de l’ Utah. Je me dirige vers ce que j’identifie enfin comme une grande librairie. Je me rends vite compte que le commerce tourne autour de trois thèmes : God, Son et Holy Spirit. Tous les livres sont soit la Bible, soit des commentaires de la Bible, soit des résumés de commentaires de la Bible. Même au rayon Enfants, je vois des épisodes de la Genèse sous forme de comics ou dessinés à la façon Disney.
J’aperçois enfin un stand Classical Music. Je dois vite déchanter : il n’y a pour ainsi dire que des hymnes ou des transcriptions grand public de chansons d’église chantées par des cowboys à chapeaux blancs. Je déniche à grand- peine un recueil de chorales par le Mormon Tabernacle Choir avec accompagnement d’orchestre symphonique. Une bonne surprise n’est pas à exclure, le chœur de Salt Lake City étant l’un des plus renommés qui soient, même si je n’imagine que trop bien les arrangements consensuels et insipides que je trouverai sur la galette. A défaut de vraie musique classique, le CD rejoindra ma collection pour témoigner de mon passage dans l’ Utah et de mes vains efforts pour assouvir ma curiosité intellectuelle.
Midi approche quand la silhouette de Las Vegas apparaît au loin. Notre projet est de déjeuner dans un dinner vers la tour Stratosphere, puis de nous rendre à l’aéroport remettre la Dodge et attraper notre vol. En chemin nous longeons par hasard le Circus Circus avec son dôme en forme de chapiteau. C’est l’un des seuls casinos que nous n’ayons pas exploré en raison de son éloignement du Strip. Voilà l’occasion de parfaire notre expérience de Vegas. Nous changeons illico presto de plan et décidons de visiter le Circus Circus.
L’entrée du casino est si mal indiquée que nous croisons plusieurs fois des groupes de Chinois en quête de repères. Le parking est en travaux et personne n’a jugé bon de signaler les chemins de rechange pour accéder à l’entrée piétons... Nous finissons par l’identifier à la cohue des allées et venues. Après une semaine de grands espaces et de nature, la foule nous agresse comme une décharge de taser. La thématique du Circus Circus est parfaitement claire : fête foraine, grosse rigolade et montagnes de barbapapa.
Dès mon entrée dans le palace, je me sens l’âme du homard plongé dans le bouillon. Je retrouve en un éclair mes pires appréhensions du Las Vegas redouté avant le voyage. L’endroit est engorgé de sons agressifs et soumis à un féroce éclairage. Le décorum bariolé fait mal aux yeux, alors que la fête foraine vomit décibels saturés de hurlements. Des frères d’infortune qui crient leur mal-être devant cet étalage quasi-pornographique ? Hélas non, il s’agit simplement d’amateurs chavirés par des manèges virevoltants.
Quelques pas me mettent, pour la première fois en Amérique, en présence de la racaille. Le terme est peut-être excessif, je l’accorde, mais telle est l’impression que je ressens alors face à la brochette de blousons de cuir aux mines fermées, fermement campés sur leur territoire en marge des festivités, attendant on ne sait quoi ou on ne sait qui en scrutant la foule. Nous ne nous attardons pas pour approfondir l’observation. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Oltean · 17 septembre 2011 à 7:30 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 62 de 166 · Page 4 de 9 · 2 896 affichages · Partager heureuse de lire la suite mais vous me mettez le doute...vous n' avez fait aucune rando ni à Zion ni à Bryce... Pensez-vous que cela soit vraiment trop dur pour les enfants?
Car nous y serons l'été prochain avec notre fils de presque 7 ans (soit un peu comme votre fille) et j'ai prévu des randos qui me paraissent simples sur le papier  ! - à Zion: riverside walk et emerald pool (les 2 premiers bassins) - à Bryce: navajo loop+ queens garden; je ne peux pas imaginer la râter celle- là quite à porter mon fils sur le dos!!!!  Bon, ensuite, tout dépend des enfants mais là, en vous lisant, je crains d'en avoir trop prévu surtout qu'on aura fait avant le yellowstone... | | | heureuse de lire la suite mais vous me mettez le doute...vous n' avez fait aucune rando ni à Zion ni à Bryce... Pensez-vous que cela soit vraiment trop dur pour les enfants?
Car nous y serons l'été prochain avec notre fils de presque 7 ans (soit un peu comme votre fille) et j'ai prévu des randos qui me paraissent simples sur le papier  ! - à Zion: riverside walk et emerald pool (les 2 premiers bassins) - à Bryce: navajo loop+ queens garden; je ne peux pas imaginer la râter celle- là quite à porter mon fils sur le dos!!!!  Bon, ensuite, tout dépend des enfants mais là, en vous lisant, je crains d'en avoir trop prévu surtout qu'on aura fait avant le yellowstone...
A mon avis, pas de problème pour ce genre de randos avec un enfant de 7 ans. Celle de riverside walk ne mérite même pas ce nom là d'ailleurs, elle est faisable en déambulateur. | | | Bonjour Clémence,
heureuse de lire la suite mais vous me mettez le doute...vous n' avez fait aucune rando ni à Zion ni à Bryce... Pensez-vous que cela soit vraiment trop dur pour les enfants?
Nous n'étions pas partis dans l'idée de faire des randonnées, mais nous avons tout de même essayé à Zion et Bryce. Mon constat est qu'à l'age de 5 ans c'est un peu limite, mais je pense sincèrement qu'avec deux années de plus ça ne posera plus de problème. J'ai regardé les autres familles, je ne me souviens pas d'avoir noté des randonneurs aussi jeunes que notre fille.
Bon, ensuite, tout dépend des enfants mais là, en vous lisant, je crains d'en avoir trop prévu surtout qu'on aura fait avant le yellowstone...
A voir en détail, mais sur le principe ce doit être faisable, surtout avec les attirails de rangers juniors qu'on trouve dans les boutiques du parc, qui devraient plaire à tout enfant de cet âge. | | | me voilà rassurée!!!surtout que je viens d'acheter les billets d'avion ce matin: ça y est, c'est lancé!!!! pour riverside walk, j'avais effectivement cru comprendre qu'elle était facile et sympa et je garde l'espoir de pousser un peu dans les narrows... | | | pour riverside walk, j'avais effectivement cru comprendre qu'elle était facile et sympa et je garde l'espoir de pousser un peu dans les narrows...
Facile, sans aucun doute. Sympa...je suis moins convaincu ou alors il vaut mieux y être très tôt, sinon c'est blindé de monde. Comme petite balade sympa et facile à Zion, celle de Canyon overlook est pas mal : www.zionnational-park.com/...n-overlook-trail.htm | | | oui, j'ai lu que riverside était très fréquentée, nous essaierons de la faire à la fraîche mais je disais sympa pour les enfants car je crois qu'elle est assez à l'ombre et avez plein de ptts écureuils...bon, on verra bien! pour celle d'overlook, elle est également au programme de la veille!!
j'ai effectivement prévu qqs randos, j'espère qu'avec la chaleur, nous arriverons à les faire... | | | À: Oltean · 17 septembre 2011 à 15:37 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 68 de 166 · Page 4 de 9 · 2 796 affichages · Partager Bonjour,
C'est l'opposition du meilleur et du pire qui m'a attiré, mais c'est le style, impeccable qui m'a retenu.
Merci pour ce carnet très agréable à lire. 
Si j'ai bien compris nous commençons à entrevoir le pire  ... vivement la suite
cordialement
Max | | | me voilà rassurée!!!surtout que je viens d'acheter les billets d'avion ce matin: ça y est, c'est lancé!!!!
Des billets d'avion ce matin pour l'été 2012 ? Bravo, je suis admiratif devant une telle prévoyance. Nous les avions pris en janvier (6 mois à l'avance) et c'était tout juste suffisant, quant aux hôtels, ils étaient déjà quasi complets.. | | | À: Oltean · 17 septembre 2011 à 18:04 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 70 de 166 · Page 4 de 9 · 2 748 affichages · Partager et oui, je m'y prends toujours à l'avance car je suis un peu exigeante et je veux avoir la qualité (les hotels choisis aux bonnes dates, les bons vols avec les meilleurs horaires!) aux meilleurs prix!! et c'est pire pour ce voyage puisqu'on part avec notre fils, je veux absolument les hotels chosis!!
et pour yellowstone, il a fallu réserver les lodges dans le parc avant même d'avoir les billets d'avion, donc il fallait que le circuit soit déjà bien ficelé! il y avait tout de même la possibilité d'annuler sans frais! | | | À: Max68 · 17 septembre 2011 à 19:34 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 71 de 166 · Page 4 de 9 · 2 706 affichages · Partager C'est l'opposition du meilleur et du pire qui m'a attiré, mais c'est le style, impeccable qui m'a retenu.
Eh bien, j'en suis réellement très heureux. Merci de me lire !
Merci pour ce carnet très agréable à lire.  Si j'ai bien compris nous commençons à entrevoir le pire  ... vivement la suite
Hélas oui, nous entrons dans la partie pénible du voyage. D'après ce que nous avons vu, la plupart des voyageurs partent de San Francisco ou Los Angeles pour finir par les parcs nationaux, nous avons fait l'inverse (pas par choix, mais par contrainte de disponibilité de billet d'avion). Du coup après l'éblouissement nous revenons à une réalité plus... commune. Cela étant dit, je suis certain que certaines étapes du voyage ne pourront jamais me plaire, quel que soit l'ordre de la visite, comme j'essayerai de le raconter...
(PS - J'ai visité ton blog en signature, instructif et très vivant, j'y reviendrai) | | | et oui, je m'y prends toujours à l'avance car je suis un peu exigeante et je veux avoir la qualité (les hotels choisis aux bonnes dates, les bons vols avec les meilleurs horaires!) aux meilleurs prix!! et c'est pire pour ce voyage puisqu'on part avec notre fils, je veux absolument les hotels chosis!!
Démarche très bien étudiée à ce que je vois. Pour nous, j'avais utilisé les Miles de la carte Flying Blue, ce qui m'a "offert" un billet gratuit (sauf les taxes). Mais en revanche j'ai dû attendre que le solde soit assez élevé pour procéder à l'achat, ce qui a engendré encore du délai. Bon, comme aux USA on a tout payé avec la carte American Express, on a profité du voyage pour pas mal recharger le solde de Miles. Tant qu'à dépenser, autant que ça profite... | | | À: Oltean · 17 septembre 2011 à 20:54 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 73 de 166 · Page 4 de 9 · 2 678 affichages · Partager J'ai visité ton blog en signature, instructif et très vivant, j'y reviendrai
merci 
je suis certain que certaines étapes du voyage ne pourront jamais me plaire, quel que soit l'ordre de la visite
vu ce que tu as laissé entrevoir du programme de la deuxième partie... je compatis
Cordialement
Max | | | À: Max68 · 18 septembre 2011 à 0:27 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 74 de 166 · Page 4 de 9 · 2 644 affichages · Partager L’autoréférentialité du nom « Circus Circus » me met la puce à l’oreille. Je me demande en un éclair d’ironie si les fondateurs du casino n’ont pas voulu rendre un hommage au Festivus Festivus de Philippe Muray. Le jouir sans entraves de cette euphorie perpétuelle n’est-elle pas incarnée en ce lieu même par celui qui cirque qu’il cirque ? Quelle meilleure tactique que le confuso-onirisme végasien pour enterrer les restes de l’Histoire au son des machines à sous, et célébrer ainsi le règne du mort-vivant infantile et voué à le rester, monstrueusement enfanté par le nouveau millénaire au beau milieu des vivats ?
Un cri de mon estomac met fin à cette digression involontaire de mes neurones. On a beau s’interroger sur la post-histoire, il faut bien s’alimenter. Un premier restaurant est fermé. Ou plutôt non, il est grand ouvert, mais vide. Personne à table, personne derrière le comptoir, aucun serveur, aucune explication, seule la vacuité d’une salle illuminée et sans vie.
Nous fuyons cette scène de cauchemar en nous réfugiant dans un Mexicain rapide. Mauvaise pioche, la foule s’y presse déjà et l’attente s’annonce longue... Nous goûtons sans plaisir les plats qui nous sont enfin desservis. Chers et sans saveur : décidément, le Circus Circus a tout pour plaire ! en quittant le restaurant je feins une douleur au ventre pour alerter les amateurs de la file d’attente. Mon jeu de benêt apostrophe un Américain entre deux âges : « Hey, do you mean the food is really bad here ? » « worst than that », répliqué-je, heureux d’avoir été compris. Comment la pantomime vient au secours de la gastronomie !
Rendre la voiture à Alamo est un jeu d’enfants. Nous arrivons dans le parking du loueur où un agent examine brièvement le véhicule, appuie sur un bouton de son terminal portable et me tend une facturette. « That’s all right. You can go. » Adieu, Dodge Nitro aux chromes enchanteurs, tu buvais beaucoup mais nous t’aimions bien. Ce soir nous dormirons à Los Angeles.
A la cité des Anges nous attend une autre voiture de location. Nous la rendrons directement à l’ aéroport de San Francisco : en Californie, les frais d’abandon sont offerts, profitons-en ! Le choix du modèle est plus mince, au propre comme au figuré. Nous repartons au volant d’une Jeep Patriot. Ce n’est pas un monstre comme la Dodge, mais un solide 4x4 à l’électronique moderne, mieux adapté à la ville.
Les abords de l’aéroport sont sans charme particulier. Nous longeons immeubles de bureau et habitations prosaïques au fil du trajet vers l’hôtel. Pour celui-ci, nous avons cassé la tirelire et aligné les dollars : le Comfort Inn Near Walk of Fame se trouve au cœur même de Hollywood, sur le Sunset Boulevard si cher aux vrais cinéphiles.
Je m’impatiente à découvrir ce quartier mythique tant la banlieue sans fin que nous n’en finissons pas de traverser me pèse, quand le GPS m’arrache à mes pensées. « Vous êtes arrivés », énonce l’engin. Comment cela, voyons donc, le TomTom a dû se tromper. Cette avenue sombre et bétonnée ne saurait être le Sunset Boulevard, n’est-ce pas ? Et l’hôtel si onéreux de nos rêves se serait transformé en cette sorte d’Ibis de périphérie, aux murs défraîchis ?
Nous devons nous rendre à l’évidence. Hollywood n’est pas le lieu chic et choc que nous convoitions. Peut-être demain, la visite de l’avenue des stars et des quartiers résidentiels sous un soleil radieux nous fera changer d’avis. Pour l’heure nous nous mettons en quête d’un endroit pour le dîner.
Nous faisons quelques pas dans le quartier. J’ignore pourquoi en Amérique l’éclairage public paraît faiblard, toujours est-il que la pénombre de cette ville inconnue ne nous incite pas à nous éloigner de l’hôtel. Une petite place à deux pas de là offre quelques restaurants rapides de cuisine exotique. Je note la présence sur le parking d’un cabriolet occupé par une caricature de Marylin Monroe dans Sept ans de réflexion : même « Subway dress » blanche plissée, mais la plastique de Lova Moor. Étrange mariage entre le sexy chic et le vulgaire... Dans le fast food thaï que nous choisissons, nous trouvons une créature au maquillage outrancier juchée sur des talons démesurés. Mais ce n’est pas un travesti, simplement une habitante du coin qui se promène ainsi, de la façon la plus naturelle qui soit. Pour la première fois, j’ai l’impression de voir une femme déguisée en drag queen. Il faut se rendre à l’évidence : nous ne sommes plus chez les Mormons.
La cuisine est plutôt savoureuse quoi que trop copieuse, comme d’habitude. Je note que tous les convives possèdent un ordinateur portable et qu’ils l’utilisent couramment à table. Los Angeles offre toutes les apparences d’une cité branchée. Ce n’est certes pas une surprise.
Au petit matin, nous rejoignons Hollywood Boulevard à pied. Depuis le Comfort Inn, c’est l’affaire de dix minutes. Contrairement à ce que nous imaginions, le trottoir n’est pas décoré par les traces de mains des célébrités, mais par des étoiles. Chaque étoile est associée à une vedette du cinéma, de la musique, de la radio, de la télévision ou du théâtre. Voilà donc le Walk of Fame si renommé. Quelques noms sont connus, pour le reste, il faudrait chercher dans les encyclopédies. Par un curieux hasard, nous trouvons l'étoile de Broderick Crawford, nous faisant ressouvenir du déjà lointain séjour à Kanab. Nous commençons à photographier quelques étoiles mais la tâche s’avère rapidement inutile (elles sont toutes identiques au symbole et au nom près) et fastidieuse (plusieurs milliers d’étoiles).
Nous voici enfin devant le Grauman's Chinese Theatre. Il s’agit d’un cinéma décoré à la façon chinoise. Sur son esplanade se trouvent les traces tant convoitées. Je suis surpris de ne ressentir aucune émotion. Je ne vois là que de minuscules empreintes dans le béton, sans charme particulier, et cela m’agace de voir se côtoyer légendes du 7e art et phénomènes de mode. Comment a-t-on pu faire voisiner l’immense Cary Grant et les pénibles personnages de Star Wars, comme s’il s’agissait de véritables acteurs, et comme si La guerre des étoiles était un authentique chef d’œuvre ? Que fait le génial Groucho Marx sur le même plan – c’est le cas de le dire – que Daniel Ratcliffe ? Je navigue entre les déconvenues. Je trouve Steven Spielberg, mais pas Orson Welles, Woody Allen ou Milos Forman... et pour cause, ils n’y sont pas. L’esplanade est envahie de touristes excités qui, c’est un comble, piétinent allègrement les témoignages imprimés dans le sol en s’interpellant les uns les autres.
Fuyons. Mini appareil photo discrètement calé au creux de la paume, je m’approche d’une doublure de Catwoman pour faire quelques clichés de la sculpturale créature. Mais je tombe sur plus fort que moi. La fausse actrice tend un doigt vers mon objectif qu’elle a aussitôt repéré et me fait explicitement comprendre qu’elle ne tolère aucune photo. A sa véhémence elle croit bon, en me tournant ostensiblement le dos (qu’elle a pulpeux), d’ajouter un geste injurieux. Pourtant, c’est bien connu, « l’insulte ne déshonore que son auteur ». J’en déduis que Catwoman n’a pas lu Confucius.
Notre premier contact avec Hollywood a tout de la douche froide. Pas question de rester sur une impression défavorable, nous prenons place dans un mini-bus pour visiter les beaux quartiers avec les villas des stars. Beverly Hills, nous voilà !
| | | À: Oltean · 18 septembre 2011 à 8:29 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 75 de 166 · Page 4 de 9 · 2 624 affichages · Partager Bonjour, Cette lente descente vers le pénible, de mieux en mieux écrite, de plus en plus prenante, ça promet. Prend ton temps, peaufine, cisèle, fignole le suspense. Les mélos, c'est encore mieux que les comédies. | | | À: Oltean · 18 septembre 2011 à 8:46 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 76 de 166 · Page 4 de 9 · 2 622 affichages · Partager Notre premier contact avec Hollywood a tout de la douche froide. Pas question de rester sur une impression défavorable, nous prenons place dans un mini-bus pour visiter les beaux quartiers avec les villas des stars. Beverly Hills, nous voilà !
Aïe je crains le pire  . Je pense que tu es tombé dans le piège des idées reçues sur Los Angeles, d'où les mauvaises surprises... Pourtant, c'est une ville où j'ai plaisir à aller. Il y a tant de choses à voir, c'est une ville tentaculaire, fourre-tout...
Mais selon les fausses idées que le touriste peut se faire, il est forcément déçu: c'est le fameux triptyque: Hollywood luxe, plages où il fait bon se baigner, maisons de stars...
@++ | | | À: Itat · 19 septembre 2011 à 7:45 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 77 de 166 · Page 4 de 9 · 2 547 affichages · Partager Salut Thibaud,
Aïe je crains le pire  . Je pense que tu es tombé dans le piège des idées reçues sur Los Angeles, d'où les mauvaises surprises...
Mais le "piège" des idées reçues s'est retrouvé tout à l'honneur du Grand Canyon, Zion... et même, dans une certaine mesure, de Vegas, dans notre expérience. Pour des visiteurs inexpérimentés, et au vu du peu de temps consacré à chaque étape, il va de soi que nous faisons un choix parmi les "incontournables", histoire de transformer les préjugés en opinions.
Pourtant, c'est une ville où j'ai plaisir à aller. Il y a tant de choses à voir, c'est une ville tentaculaire, fourre-tout...
Certainement, tu verras que nous ferons part de ce gigantisme inexploré dans la conclusion. | | | À: Voyajou · 19 septembre 2011 à 8:53 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 78 de 166 · Page 4 de 9 · 2 523 affichages · Partager Bonjour,
Cette lente descente vers le pénible, de mieux en mieux écrite, de plus en plus prenante, ça promet.
Merci, maintenant j'espère seulement être à la hauteur de cette promesse...
Prend ton temps, peaufine, cisèle, fignole le suspense. Les mélos, c'est encore mieux que les comédies.
Il est vrai que le tour en minibus touche au pathétique... | | | À: Oltean · 20 septembre 2011 à 22:12 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 79 de 166 · Page 4 de 9 · 2 431 affichages · Partager Le minibus sans toit offre une splendide vue sur les longs palmiers d’ Hollywood. Curieux arbres, avec leur tronc interminable surplombé d’un petit panache de palmes. Nous les voyons défiler au-dessus de nos têtes alors que le véhicule s’approche du quartier des stars. Notre chauffeur, Alan, sert aussi de guide. Il parle beaucoup et avec enthousiasme dans un micro-cravate. Nous entendons son verbiage à travers un casque audio.
Bientôt nous voilà à Berverly Hills. Le quartier est très vert, si vert que la végétation cache par son épaisseur la vue que l’on pourrait avoir sur les résidences. De temps à autre le bus stoppe et nous apercevons, à travers un petit espace dans les frondaisons, un peu de mur blanc avec un œil de bœuf surmonté d’un morceau de toit rouge, bref un bout de villa. C’est là qu’habiterait, ou aurait habité, une actrice dans le vent ou un chanteur à succès. Alors, chacun brandit son appareil et photographie le petit bout de villa. Le bus repart et s’arrête bientôt devant un portail. Attention, pas n’importe quel portail : derrière celui-ci se trouve la somptueuse propriété de telle star, avec escalier de marbre, ses vingt-huit chambres et sept salles de bain. Alors, tout le monde brandit de nouveau son appareil et photographie le portail.
Je me demande ce que les touristes feront avec ces photos. Rentrés chez eux, ils les présenteront à leurs amis et collègues en expliquant que se trouve, derrière cette bête plaque de fer forgé, la somptueuse propriété de telle star, avec escalier de marbre, ses vingt-huit chambres et sept salles de bain ? Y mettront-ils au moins le même enthousiasme que notre guide visiblement transporté par toutes les merveilles invisibles qu’il nous décrit par le menu, comme s’il en était le secret architecte ?
Le minibus croise le chemin d’une dame d’un certain âge. Elle promène simplement son chien. Alan (sournois personnage) ralentit insensiblement, et voilà vingt objectifs nerveusement pointés vers la pauvre dame, aussitôt numérisée en milliards de pixels. Vous voulez répandre votre image aux quatre coins du monde ? Emmenez Mirza faire ses besoins à Beverly Hills. Cette première partie nous a donc présenté quelques murs, beaucoup de haies, et des portails célèbres. Le quartier est calme, certes, et plutôt agréable, il faut bien le reconnaître. Je ne sais pas à quoi je m’attendais en achetant le billet pour cette coûteuse expédition, mais certainement pas à me faire transporter entre murs, haies et portails au son d’un commentaire exalté.
Le guide décrète que nous avons eu notre content de visions de rêves à Beverly Hills et dirige tout de go son véhicule vers un quartier résidentiel voisin. Il s’arrête devant quelques villas en nous demandant de regarder comment sont ornés leurs jardins. Ici, une haie en forme de voiture, là, un buisson taillé en lama, et ainsi de suite. Je me demande s’il ne va pas poursuivre en nous présentant des collections de nains de jardin en salopettes, avec brouettes et bonnets rouges. Une voiture particulière, mécontente des arrêts fréquents de notre bus, réclame le passage et finit par nous doubler avec un bref coup de klaxon. « Oh, you know, people here... They really hate us », nous confie Alan dans un accès de franchise. Je pense qu’il est dans le vrai, tant moi-même pense saisir les raisons de cette haine.
Nous continuons le périple par le quartier commerçant. Rodeo drive, ses boutiques de luxe avec sa clientèle argentée, ses tarifs exorbitants et ses parcmètres qui acceptent les cartes de crédit. Je tends le cou pour voir si les consommatrices du coin ressemblent à Julia Roberts, mais je vois surtout des femmes voilées.
Le minibus s’oriente enfin vers les hauteurs de la ville. Nous traversons des quartiers qui nous font penser au film La défense Lincoln. Enfin le véhicule s’immobilise. En face de nous, à flanc de colline, les lettres toutes blanches H O L L Y W O O D. « Le symbole le plus photographié au monde », tonitrue Alan dans mon casque comme s’il découvrait à l’instant même le célèbre alignement.
Le minibus nous laisse dans un parking quelque part derrière le Théâtre Chinois. C’est l’heure du déjeuner. Nous avons faim, le soleil a tapé très fort, et la petite s’est ennuyée pendant toute la visite. Ce n’est pas un bon moment pour les enfants. Et si on me demande mon avis, pour les adultes non plus.
Nous voici au Pig'n whistle, restaurant d' Hollywood Boulevard plutôt accueillant avec son décor de bois. Après deux heures de plein soleil sur une banquette synthétique, la lumière tamisée nous fait un bien fou. Sur chaque mur, des écrans plats diffusent la finale de la coupe du monde de football féminin. Nous ignorions à quel point le public ici suit son équipe nationale de soccer. Depuis quelques jours, impossible d’ignorer l’événement, à la une des journaux au même titre que le règlement de la dette. Il est bien connu que dans ce pays c’est avant tout un sport que les filles apprennent à l’école. Nous assistons à la défaite des Américaines contre le cours du jeu, bien contrecarrées par une équipe japonaise opportuniste.
Dans un souci de chasse aux calories j’ai commandé une salade. Précaution inutile, elle arrive recouverte d’une couche de tacos baignés dans un fromage fondant bien gras.
Pas très loin d’ici, sur le Boulevard du Crépuscule, se trouve selon notre guide favori un magasin nommé « Amoeba music ». Mon dictionnaire m’apprend qu’« amoeba » se traduit par « amibe ». Etrange nom pour une chaîne qui se présente comme « the World's Largest Independent Record Store ». Une sorte de FNAC alternative, me dis-je en poussant la porte du magasin.
Me voici aussitôt dans une sorte d’immense hall de gare. La clientèle hésite entre amateurs de piercings aux cheveux jaunes et gothiques au teint pâle. Pour l’atmosphère feutrée et bobo de la FNAC, on repassera. Y a-t-il au moins un rayon musique classique ? Oui, là-bas, tout au fond. J’y trouve enfin du consistant : Leonard Bernstein et William Schuman, Ferde Grofé avec notamment la Death Valley Suite dirigée par le compositeur. Et un CD de compilation de Morton Gould, connu de tous les Français de ma génération grâce au générique des Dossiers de l’Ecran qui terrifiait tant le gamin que j’étais. Tout cela est vendu d’occasion, à moins de 4 dollars l’article. Je constaterai à l’écoute que la qualité des CD est irréprochable.
L’après-midi à Los Angeles se poursuit par du shopping. Rien de lourd, seulement quelques emplettes de babioles pour offrir à notre retour. Nous imaginions le cœur d’ Hollywood comme une sorte de Champs-Elysées tropicaux, avec de luxueuses boutiques invitant les flâneurs au lèche-vitrine. Nous nous retrouvons dans la Goutte d’Or avec des palmiers. Foule agitée et criarde, magasins de pin’s et tee-shirts, commerçants désinvoltes, circulation automobile intense. Nous voyons plusieurs personnes fouiller les poubelles.
Seule éclaircie après Amoeba Music, un magasin dédié à la pinup Betty Page. Rien de vraiment sulfureux ici, mais un lieu tranquille et évocateur avec ses collections vintage du plus bel effet. Des mères de famille bon teint y examinent avec intérêt des robes sages ou glamour. Voilà donc la scandaleuse playmate des années 60 devenue l’icône du bon goût. Pour balancer le mauvais moment de la visite en minibus, nous avons promis à notre fille un tour aux Studios Universal. Il y a une attraction avec des dinosaures, et notre fille adore les dinosaures. Nous craignons juste qu’elle soit trop petite et qu’elle ne soit traumatisée par ces grosses bêtes articulées avec leurs dents pointues...
Heureusement il y a aussi le Simpsons Ride qui, pensons-nous alors, nous permettra de revenir à un rire salutaire. Nous nous trompions. Avec l’insouciance de l’ignorance, nous nous apprêtons à un réveil tôt. Demain, nous serons les premiers à entrer dans le parc des studios Universal.
| | | À: Oltean · 21 septembre 2011 à 11:34 Re: Grand Ouest américain - le meilleur et le pénible Message 80 de 166 · Page 4 de 9 · 2 381 affichages · Partager C'est super ! j'adore votre récit et votre façon amusante de décrire votre séjour américain ! 
Excellent ! je dévore chaque ligne et ça me rappelle de bons souvenirs !
Merci pour le partage.
Rachel | Carnets similaires sur les États-Unis: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 32 685 visiteurs en ligne depuis une heure! |