J’ai eu un peu de mal à me replonger dans la rédaction du carnet depuis mon retour de vacances mais en voici une journée supplémentaire... Et il ne s’agit pas de n’importe quelle journée, c’est la « journée loose » ! Ce qui explique peut-être pourquoi j’ai manqué d’entrain à la rédiger... Cela dit, à lire ce n’est pas forcément moins bien, ne fuyez pas tout de suite, il y a plein d'action, de la vraie!

J9: Wirepass/Buckskin Gulch, Yellowrock, nuit Page
Réveil matinal et nous commençons à sentir la fatigue après cette dizaine de journées sans répit. Depuis hier le vent s’est mis en tête de nous rendre la vie difficile. Et ce matin il est encore plus fort et désormais accompagné d’un ciel gris désolant. Après tout ça fait trois jours qu’on nous promet de la pluie et que nous avons essentiellement croisé du soleil. Tu ne (te) déroberas point, et surtout tu ne râleras point. Toi, humain.
Ce matin nous sommes totalement perdus : demain nous quittons Page et nous n’allons donc pas à la loterie de «
the wave ». C’est que titine avait pris l’habitude de nous déposer au BLM. Nous décidons donc de partir depuis chez Bob pour rallier... ben tout de même le BLM. Logique.
Avec le temps dégueulasse qui s’offre à nous ce matin, les options sont en fait peu nombreuses. Je souhaiterais tenter les randonnées de Wirepass puis de Buckskin Gulch qui s’apprécient aisément même sans grand ciel bleu mais il me faut une validation des rangers sur les risques de flash flood avant de pénétrer dans ces slots canyons. On nous autorise à nous y rendre, un temps vraiment pas agréable avec toujours ce vent affreux mais pas d’orage en vue pour la matinée. Les rangers nous épargnent ainsi une journée bière + poker dans un saloon de Page.
Nous voilà donc au départ de Wirepass trailhead. Je me rends compte d’ailleurs en écrivant ceci que nous ne risquions pas de trouver « Edmaier’s Secret » la veille : non seulement nous étions partis du mauvais côté mais surtout nous n’étions pas au départ du bon trailhead. J’avais confondu le trailhead de Wirepass avec celui de Buckskin Gulch. Et pourtant Marie (mlefebvre) m’avait interpellé en message privé quelques mois avant le départ sur le fait que je ferais mieux de regarder une carte, déjà à cause de la même confusion... Le débile. Dad, je sais que tu vas lire... tu auras le droit de te moquer (un peu) pour te venger de la photo en black slip.
Bref, départ dans Wirepass sous le ciel gris, les photos de la journée seront d’ailleurs peu nombreuses, elles sont globalement décevantes. En plus mon objectif a pris une goutte ou un peu de buée que j’ai remarquée trop tard et dont vous allez pouvoir vous délecter sur plusieurs d’entre elles...
Wirepass puis nous arrivons progressivement à l’intersection avec Buckskin Gulch...
Pour tomber sur le wash empli d’eau. Comme aux Wahweap Hoodoos. Il n’a pas plu dixit les rangers, mais ce sont probablement les fontes de neige en amont qui sont responsables de cette mauvaise surprise. Oui, parce que dans ces conditions, il est évidemment impossible de faire la rando dans le second slot canyon...
Tant pis ! Cette zone est maudite... pas loin d’ici, les fameuses wave qu’on ne verra pas, « Edmaier’s Secret » qui restera un secret et là maintenant la randonnée considérée comme l’une des plus belles du monde qui tombe à l’eau... (Ceci n’est pas un jeu de mot volontaire

). Nous croisons d'ailleurs des rangers faire le même demi tour que nous.
Nous décidons alors d’aller tenter la Cottonwood Canyon Road malgré le temps menaçant, je voudrais surtout voir « Yellow Rock » dont j’ai adoré les photos de Philippe... En titine ! La qualité de la piste est tout à fait honnête, pas de bourbier en vue, même si j’ai cru comprendre que la partie la pire était située plus haut...
Une jolie rencontre :
Et puis finalement nous arrivons au départ de l’accès à Yellow Rock. Je dis accès parce qu’il n’y a pas de chemin et que le fameux rocher se mérite. Ca ne semble pas gêner mon père spécialement d’ailleurs... Après avoir traversé un champ d’arbustes nous enjambons une nouvelle petite rivière. Chacun sa technique pour éviter le plus possible de rester dans l’eau glacée. De l’autre côté, nous arrivons au pied de la montée casse gueule qui mène à Yellow Rock :
Après vingt bonnes minutes de montée hasardeuse sur des caillasses instables, la vue d’en haut :
La voiture est sur la photo près des pylônes au fond mais on ne l’aperçoit quasiment pas. On voit la petite rivière par contre. Pour les futurs voyageurs, à moins d’avoir un GPS de randonnée, il est important de repérer par où vous passez à l’aller. Un rocher aux formes particulières permet de facilement mémoriser le chemin du retour.
Puis enfin nous voilà face au joli dôme jaune et crème :
Au pied du dôme commence une longue ascension avec un vent absolument insupportable pour moi. Il me gâchera vraiment ce moment, impossible de se poser avec plaisir pour prendre une photo, impossible de profiter, j’ai froid malgré mes diverses épaisseurs. Mon père semble nettement moins gêné et il est rapidement des dizaines de mètres devant moi pendant que j’essaie désespérément de capter quelques jolies images. Malgré l’absence de contraste et le gris le plus fade possible du ciel ça commence par la couleur crème :
Le voilà le Dad qui s’éloigne...
... beaucoup... pour côtoyer de plus en plus de couleurs jaunes voire orangées :
La montée est rude et ce doit être l’endroit le plus venteux de la région, d’où la forme arrondie du dôme balayé depuis des années.
Depuis plus haut, cette fois-ci c’est moi en contre-bas:
Nous sommes allés jusqu’en haut malgré le vent et le froid, assez pour dire que nous y étions et apprécier tout de même la vue qui surplombe tout le coin...
... avant de redescendre nous accorder une petite pause pique-nique nature en bas du rocher où nous sommes un peu mieux abrités. Ce qui donne ça :
La journée n’est pas terminée, il est seulement 15h même s’il en parait 19h vu la faible luminosité. Le guide « Photographing The Southwest » insiste bien sur les précautions à prendre dans la descente pour ne pas se fouler une cheville dans les gravats escaladés deux heures plus tôt. Nous les prenons donc bien toutes ces précautions, en prenant soin aussi de ne pas être trop rapprochés pour que l'un de nous deux ne s'écrase pas sur l'autre en cas de chute (je fais particulièrement attention à ça, c'est mon père qui est au dessus

). Et nous arrivons enfin en bas sains et saufs ! Le "Yellow Rock" il faut le mériter dans ces conditions là!
Reste quand même la rivière. Facile. C’est juste froid. Bouh. Mais mon père a la bonne idée de tenter un saut majestueux (un triple saut axel de mémoire) pour éviter au maximum le contact avec l’eau. Et puis là, paf, aïe, scratch, c'est un flop, c'est du "Philippe Candeloro". A l’arrivée de son talon au sol, celui-ci lui indique gentiment qu’il y a un problème. En fait mon père avait déjà un peu mal à ce talon depuis quelques mois et ça s’était arrangé quelques semaines avant le départ. Je n'en savais rien. Et c'est le choc a réveillé la douleur... ah ben oui tiens, il ne manquait plus que ça!

... c’est donc un retour vers titine que nous entamons inquiets, tous les deux avec l’espoir que ça ne durera pas et que nous pourrons faire les randonnées au programme sur les dix jours qui arrivent... Mon père ne râle pas, à l'écouter tout va bien, son talon ne fait pas partie de son corps et il n’a donc pas mal. Bon, ça sentait un peu le flan pour ne pas m’inquiéter et parce qu’il déteste être « malade » mais moi à sa place j’aurais râlé juste pour la détente.

Je l'ai un peu engueulé aussi je crois (je suis un fils rude), à lui dire qu'il n'est pas obligé de faire des sauts pour le fun si c'est pour finir comme ça...

Retour à Page donc, mon père s'est éclaté le talon et boite comme un neuneu, nous sommes crevés et il fait froid. Nous avons juste la force ce soir de nous trainer jusqu’au « Fiesta Mexicana » pour y manger fort bien à un prix raisonnable, pour la seconde fois.
Avant de nous coucher, nous décidons que la journée de demain sera raccourcie. C’est notre jour de départ de Page vers
Monument Valley. Je voulais aller à «
Antelope Canyon lower » puis éventuellement « upper » mais le mauvais temps est censé durer et il nous empêchera probablement d'entrer dans ces slots canyons où des touristes sont déjà morts il y a quelques années à cause d'un flash food. Et puis de toute façon nous avons besoin de repos, à commencer par le talon de mon compagnon d’aventure (le Dad, pour ceux qui ne suivent pas et qui méritent un coup de martinet). La conclusion est simple, vous savez quoi ? Et bien demain c’est grasse mat’!

La suite du carnet ici :
voyageforum.com/...9527;live=1;#3669527