Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Sarana · 15 avril 2020 à 20:56 · 195 photos 178 messages · 28 participants · 13 707 affichages | | | | 15 avril 2020 à 20:56 · Modifié le 12 mai 2020 à 15:08 Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 1 de 178 · Page 1 de 9 · 4 549 affichages · Partager Deuxième séjour à Pékin en 2018, je discute à l'auberge avec une voyageuse :"Pékin ! Ici on vit vraiment dans un autre monde.""Peut-être, mais alors que dire du Pékin des années 80. Une autre planète !"Ceux qui découvrent cette Chine du 21° siècle ne retrouveront guère que des fragments de celle que je vais raconter ici, comme j'ai pu le constater par moi-même. (Voir mes carnets sur la route de la soie .)
Ce sera donc un carnet " impressions de Chine", ce qui m'est resté de plus marquant. Les quelques photos jaunies que j'ai pu sauver sont scannées et de mauvaise qualité. Merci à Jacqueline et Jean-Pierre pour leur contribution photographique, entièrement d'époque elle aussi.
AU MENU
- Préambule - le contexte politique et économique du pays
- Chapitre 1 - Un voyage qui s'annonce pas très romantique, c'était prévu...
- Chapitre 2 - Pékin : le trafic de monnaie. Illégal mais indispensable.
- Chapitre 3 - Pékin 1985-2018 : du Moyen-Age à la révolution technologique. Immersion comparative.
- Chapitre 4 - Pékin : un billet de train pour Xi'an ? Pas si simple que ça.
- Chapitre 5 - Le "qi feng shui". Le soigneur se fait soigner.
- Chapitre 6 - Xi'an : «mei yo», la réponse favorite des fonctionnaires.
- Chapitre 7 - Vol au-dessus de la jungle. Le coucou arrivera-t-il à bon port ?
- Chapitre 8 - Chongqing : le bal, ou la vie sexuelle des jeunes chinois.
- Chapitre 9 - Croisière pop sur le Yangtse.
- Chapitre 10 - L'hôtel à rats. C'est à Wuhan, comme par hasard.
- Chapitre 11 - Canton : à la recherche de xiao Wu.
- Chapitre 12 - Canton : un train sous haute surveillance.
- Chapitre 13 - Hong Kong : dur retour à la civilisation.
- Albums : les photos d'époque signées Jacqueline et Jean-Pierre.
A partir de la page 5 - Témoignages et photos d'époque. Merci aux différents contributeurs.
A partir de la page 6. Ne manquez pas le Tibet et le Xinjiang ! PREAMBULE : le contexte politique et économique Comment voyager dans ce pays encore très fermé, obscur, énigmatique, dont en Europe on ne connaît guère la mentalité, les règles de fonctionnement, dont on ne perçoit à l'étranger que quelques images soigneusement filtrées par la censure. Comment se déplacer, se loger, se nourrir, sans moyen de communication, sans réservation d'hôtel ou de train, sans connaître la langue [pas tout à fait pour moi cependant], sans aide, sans guide, sans assistance, sans carte bleue...
1984, date clé pour le voyageurAprès trente années de communisme à marche forcée, de campagnes idéologiques calamiteuses pour les populations, de luttes intestines pour le pouvoir, le pays n'arrive pas à décoller économiquement. L'écart grandit avec les nations développées. Mais avec le rétablissement des relations diplomatiques avec les Etats Unis en 1979, le nouveau président, Deng Xiaoping, tient enfin sa revanche et entame sa longue marche vers le progrès. Les fossiles maoïstes de la "longue marche", des "cent fleurs", du "grand bond en avant", les criminels de la "grande révolution culturelle prolétarienne", représentés par la "bande des quatre", tous ceux qui l'avaient évincé du pouvoir et condamné à l'oubli au fin fond d'une province, le sont à leur tour.
Le "révisionniste", comme l'a appelé la veuve Mao, lance ses réformes de libéralisation et d'ouverture de l'économie : « Peu importe qu'un chat soit blanc ou noir, l'essentiel est qu'il attrape les souris ! » Parole du maître.
Parmi ces réformes : l'ouverture au tourisme. Jusqu'à présent, pour visiter le pays, il fallait obligatoirement, soit passer par un tour opérateur avec guide et circuit programmé, soit demander des autorisations de voyage pour un nombre limité de destinations. Très peu pour moi. Mais en 1984, monsieur Deng supprime le permis de circuler et ouvre quasiment tout le pays aux visiteurs. L'info provoque un déclic : - C'est l'occasion ou jamais. L'année prochaine, ce sera la Chine. Et en sac à dos!Et ce sera aussi notre voyage de noces...
Nous aurons le privilège d'être parmi les premiers voyageurs occidentaux à tenter l'aventure. Je pourrai enfin mettre en pratique ce que j'ai appris de chinois à la fac et réaliser un vieux rêve. A nous la Chine, à nous la découverte de ce pays mystérieux et fascinant. Quelle réalité se cache derrière ces images édulcorées de bonheur populaire que nous distillent les images officielles ? Comment vit-on réellement dans ce pays ? Quel accueil réserve-t-on aux impérialistes occidentaux ?
Wuhan, 1985 : slogans révolutionnaires pour mini gardes rouges
CHAPITRE 1 : un voyage qui s'annonce pas très romantique, c'était prévu...Eh oui, juste mariés, il y a peut-être plus glamour comme destination. Bon, Venise, on connaît déjà. Quoi de mieux qu'une telle aventure pour forger un couple ? Pendant toute l'année, je peaufine le projet : itinéraire, transports, hébergements... Les guides de voyage sur la Chine ne sont pas nombreux, il n'en existe d'ailleurs qu'un en français. Pour ce qui est de l'itinéraire, c'est à peu près établi, pour le reste, ce sera au coup par coup, improvisation et opportunités. L'aventure quoi. Juste qu'on dispose d'un mois entre l'atterrissage et le retour à Hong-Kong. Pour l'itinéraire, ce sera donc Pékin - Hong Kong, mais par où et comment ? C'est le grand mystère, même si certains incontournables sont au programme : la Grande Muraille, Xi'an et son armée en terre cuite, la croisière sur le Yang Tse Kiang...
Août 1985 : Hong Kong, premiers pas en extrême-orientMunis d'un joli visa sur notre passeport et d'un billet d'avion Hong Kong - Pékin acheté en agence en France, nous débarquons à Hong Kong pour y passer une nuit avant de repartir pour Pékin le lendemain, L'atterrissage au-dessus de la ville est spectaculaire, l'avion louvoie entre les immeubles pour plonger vers la piste au raz de l'océan, un véritable tour de manège à sensations. Pas trop le temps d'explorer la ville, mais le dépaysement est déjà total. Et pourtant, ce n'est rien à côté de ce qui nous attend...
Ca commence plutôt malAéroport de Hong Kong, le lendemain. Nos billets sont valables, pas de problème, seulement : - Désolé, mais vous n'avez pas confirmé votre vol, l'avion est complet. Il va falloir attendre deux ou trois jours... Eh oui, en 1985, il faut confirmer son vol la veille par téléphone. Dans l'excitation et l'émotion, nous avions complètement oublié la consigne. Zut alors, deux ou trois jours de perdus sur le projet, c'est beaucoup trop. - Attendez ici, peut-être il y aura des places si des voyageurs ne se présentent pas.Longue attente plutôt anxieuse, et quelques minutes avant le décollage, petit signe de l'employé : - C'est bon, il reste deux places, vous pouvez partir.
Pékin : avenue Xidan. Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
Dès l'aéroport, j'ai senti le choc...Une simple piste en béton, pas d'avion en attente, un trafic aérien quasi nul, un bâtiment à la chinoise, usé et vieillot à souhait, des gardes en uniforme. L'aéroport est encore une base militaire, accessoirement civile pour quelques rares liaisons vers l'URSS et les pays d'Asie. Il n'y a rien dans ce qui fait office de hall d'accueil, une pièce de quelques dizaines de mètres carré tout au plus.
Contrôles minutieux, file d'attente, les militaires ne sont pas très souriants, et le comité d'accueil pas très... accueillant. On n'est pas là pour rigoler, surtout avec ces étrangers qui débarquent de Hong Kong, la zone capitaliste. Eh oui, Hong Kong chinois, ce sera dans une dizaine d'années. D'ici là...
Des billets de Monopoly ?!Un simple bureau dans un recoin fait office de banque. Vite, changer nos travelers chèques en dollars. Ben oui, la carte bleue, ça n'existe pas encore. Derrière son boulier, l'employé fait ses calculs à une vitesse incroyable et me rend le change. Surprise : j'ai une liasse de jolis billets tout neufs dans la main, mais ils n'ont rien à voir avec la monnaie locale. La preuve, il n'y a pas le portrait du grand timonier, mais des jolis dessins de monuments et paysages ! Ca ressemble davantage à des billets de Monopoly.
C'est quoi ce truc ?
Une bonne affaire, mais un gros risqueEn fait, c'est une monnaie spéciale réservée aux étrangers. Nous allons vite apprendre deux choses. - Un, cette monnaie n'est pas utilisée (et même interdite) par les chinois dans leur vie quotidienne. Elle est réservée aux étrangers et ils doivent payer avec. - Deux, elle est très recherchée par quelques autochtones, car c'est la seule monnaie ayant un équivalent dollar. A l'époque, le yuan chinois ne vaut absolument rien, il n'est pas convertible dans une autre monnaie. Pire que le kopeck. Du coup, notre monnaie "spécial étrangers" fait l'objet d'un trafic formellement interdit et sévèrement réprimé par les autorités.
Mais comment faire si tu veux voyager en dehors des circuits touristiques et des grands hôtels, juste prendre le bus par exemple ou manger dans une gargote. Ca, les autorités n'en ont cure. Un étranger, ça dort dans les hôtels de luxe, ça prend l'avion ou le train en première classe, ça mange dans les grands restaurants. Mieux encore, ça voyage en groupe avec un guide.
Pas d'autre solution, il faudra changer au blackDans la rue, avec les petits trafiquants locaux. Il y a même un cours « officiel » du change : un yuan de Monopoly contre trois yuans de monnaie populaire. A l'époque, un yuan, c'est à peu près un franc. Une sacrée bonne affaire ! Le tout, c'est de ne pas se faire pincer. Les rumeurs les plus folles courent sur les peines encourues pour les trafiquants, mais aussi pour les étrangers qui se font pincer. C'est d'ailleurs marqué sur certains documents. Si les peines de prison ferme ont de quoi dissuader le voyageur, il faudra quand même prendre le risque, pas le choix. Une des nombreuses absurdités du système.
Pékin : place Tian An Men. Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
Mise à l'épreuve 1 : trouver un hébergement...Sortie de l'aéroport, c'est l'après-midi. Quelques taxis attendent, réservés aux privilégiés du régime et aux étrangers. Mais nous ne savons même pas où nous allons, juste en ville, et on verra après. Donc ce sera le bus, celui-ci prend la monnaie de Monopoly. C'est notre premier transport en commun, direction le centre ville, à une vingtaine de kilomètres. Très bien, mais où aller, à qui demander un tuyau, un renseignement, une bonne adresse ?
L'aéroport étant en rase campagne, la route bordée d'arbres qui conduit à Pékin centre ressemble à une de nos départementales. De part et d'autres, c'est le défilé des paysans, le plus souvent à pied, tirant des charrettes à bras, quelques fois à bicyclette ou en tracteur. Pour nous occidentaux déjà rodés aux autoroutes, c'est un choc. Ici, pas de voiture individuelle : les véhicules à moteur, c'est juste des camions, quelques bus et de rares taxi, c'est tout.
La carte de Pékin n'indique rien d'autre que le nom des rues, impossible de savoir où se trouve tel service, hôtel, restaurant... Il faut se débrouiller. Les quelques éléments écrits et oraux de chinois que je possède, je vais vite devoir les mettre à l'épreuve. L'anglais ici, on connaît pas.
Juste à côté de nous est assise une jeune femme, bien de sa personne, sans doute un cadre du parti ou d'une grande entreprise. Elle semble plus amène que les autres voyageurs, plus disposée à rendre service. J'entame la conversation comme je peux. Après les échanges d'usage : - Nous sommes français, c'est notre premier voyage en Chine. Connaissez-vous un hôtel sur le trajet du bus qui nous accepterait ?Coup de chance, la femme nous en indique un non loin d'un arrêt, elle nous dira quand il faudra descendre.
Mise à l'épreuve 2 : et qui accepte les étrangers...L'hôtel n'est pas facile à trouver, tout se ressemble ici et rien ne permet de discerner au premier coup d'oeil la fonction d'un bâtiment. Ce n'est même pas écrit « hôtel » à l'entrée. Finalement nous poussons la porte de ce qui semble être ce que nous cherchons. Un étroit couloir sombre, un guichet, une sorte de réception, on dirait un peu un hôtel. Le type de l'accueil est très surpris de nous voir ici, mais oui, c'est bien un hôtel, sauf que : - C'est interdit aux étrangers, vous ne devez pas rester ici !- Mais comment faire alors ?Le type décroche son téléphone, puis, au bout d'un moment : - Prenez le bus et descendez à cet arrêt, vous y trouverez un hôtel pour vous.
C'est ainsi que nous découvrons que nous ne pourrons pas loger comme on veut dans le pays. La plupart des hôtels sont interdits aux étrangers, il faut toujours aller à l'hôtel spécial « wai guo ren». Oui, mais ce n'est pas forcément indiqué. Quant à dormir chez l'habitant, ce n'est même pas la peine d'y songer, c'est interdit. De plus, quand on voit dans quoi vivent les gens en ville, le peu d'espace dont ils disposent, ça ne donne pas vraiment envie de se faire inviter.
Je ne me souviens plus comment nous avons fait pour trouver le bon bus et le bon arrêt, juste que ça n'a pas été facile du tout. La contrôleuse du bus a tiré une drôle de tronche quand je lui ai tendu le billet de Monoploy, mais elle n'avait pas le choix. Un mao le ticket, dix centimes de franc. Premier aperçu du coup de la vie : trois fois rien. Dans le bus, tous les regards sont fixés sur nous...
Pas de doute, il faut absolument trouver de la monnaie locale, et le plus vite possible. On ne va rien pouvoir faire avec cette monnaie de m... Et quand par hasard ils sont acceptés, on y perd sacrément au change, car ils nous rendent l'argent en monnaie locale. C'est une arnaque gouvernementale bien calculée !
Prochain épisode : le trafic de monnaie | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Sarana · 15 avril 2020 à 20:58 · Modifié le 15 avr. 2020 à 21:16 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 2 de 178 · Page 1 de 9 · 4 548 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre Sarana le 22 avril 2020 à 14:22.)
| | | À: Sarana · 15 avril 2020 à 23:22 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 3 de 178 · Page 1 de 9 · 4 528 affichages · Partager C'est bien parti! | | | À: Sarana · 16 avril 2020 à 7:03 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 4 de 178 · Page 1 de 9 · 4 509 affichages · Partager Bonjour,
Chouette initiative, c'est avec plaisir et curiosité que je vous lis 
Notre propre voyage de noces, en 1993, était en Syrie et en Jordanie, pas trop "glamour" non plus 
Merci | | | À: Sarana · 16 avril 2020 à 11:56 · Modifié le 20 mai 2020 à 10:10 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 5 de 178 · Page 1 de 9 · 4 486 affichages · Partager CHAPITRE 2 : trafic de monnaie
La proche banlieue s'habille d'immeubles neufs. Notre hôtel est une bâtisse encore ancienne, l'intérieur ne dépareille pas avec l'extérieur. Il a beau accueillir les étrangers, les aménagements collectifs sont à la chinoise, je raconterai plus tard. La plupart des résidents sont américains, australiens, européens..., ou chinois d'outre mer. On peut se parler en anglais et échanger quelques tuyaux, entre autres cette histoire de change des billets. Les prix sont doux, et fonction de la chambre : 2 lits, 4 lits, 6 lits... ou dortoir. Tous les hôtels pour étrangers en possèdent un. Pratique pour les voyageurs à petit budget. Epuisés par ce début de voyage et la chaleur, nous optons pour une chambre double. Besoin de repos, et puis on est en voyage de noces quand même. Le ventilateur tourne à plein régime.
La taverne aux délinquantsBon, mais faut bien manger. Les prix étant ridiculement bas, inutile de faire des provisions, il suffit d'entrer dans n'importe quel restaurant ou gargote. En voici justement une. Au hasard, nous entrons. Du fait de la proximité de l'hôtel, les clients sont habitués à voir des étrangers dans le coin. Mais notre entrée provoque quand même un remous dans la populace et nous sommes suivis des yeux un bon moment. Peu d'étrangers doivent choisir ce bouge là, mais trop tard, nous y sommes.
La faune est plutôt jeune, elle torche une mauvaise bière tiédasse qui doit titrer un degré tout au plus, vendue dans des pots en plastique. Tout de suite je pense aux pots à urine dans les hôpitaux. La carte est en chinois, mais j'arrive à peu près à comprendre de quoi ça parle.
Le communisme a-t-il changé l'homme ?Moi qui pensais que des décennies de communisme avaient éradiqué le crime et fait de l'homme chinois un homme nouveau, honnête et travailleur, je me rends vite compte que non, l'homme reste ce qu'il est. La banlieue ici, elle n'est pas très différente de la nôtre. Les types ne sont pas agressifs, il y a du monde dans la gargote, rien de mal ne peut nous arriver, et puis la répression serait terrible s'ils touchaient à un cheveu de notre tête. Pas de crainte de ce côté là. Mais les apartés et certains regards pesants semblent en dire long sur les intentions de quelques-uns.
Un petit groupe s'installe à notre table et tente de lier conversation. Je pige rien de ce qu'on me raconte, mon niveau de chinois est bien trop faible, mais soudain je comprends une chose que me glisse celui qui s'était assis en face de moi : - Change money ?La phrase la plus connue de la petite délinquance chinoise, je vais vite le découvrir. Suivie de : - How much ?
D'honnêtes camarades socialistesComme je l'ai dit dans l'intro, le cours du change ne se discute pas, il est le même dans tout le pays. Cela évite des négociations qui traînent et risquent d'attiser la curiosité des mouchards, de la milice, des honnêtes citoyens et de la police.
J'indique le montant, et discrètement prépare ma liasse de billets de Monopoly, tout en multipliant la somme par trois dans ma tête. Le gars se barre un moment puis revient. A côté de moi, Danièle n'en mène pas large. De mon côté, même si je n'ai pas d'inquiétude pour notre intégrité physique, j'ai quelques doutes quant au déroulement de l'opération et la conscience professionnelle de mon interlocuteur - OK, dit-il, et il glisse les deux mains sous la table. Je fais comme lui, avec mes billets dans la main gauche. Aussitôt, je sens qu'on me plante de l'argent dans la main droite.
Hop ! C'est fini ! L'opération n'a duré qu'une poignée de secondes, et le gars file écluser sa bière dans la masse des anonymes.
Là, forcément, grosse inquiétude...Ce mec m'a sûrement arnaqué, mais impossible de vérifier dans la foulée. Et si c'est le cas, je suis marron. Je me vois pas aller demander des comptes à ces types là. Discrètement je compte ma liasse qui est imposante, même la toute petite monnaie est en billets. Pourtant, le compte y est, au yuan, au mao, au fen près.
Je suis soulagé, finalement, j'ai eu affaire à des honnêtes gens... !
Respectons les conventions, et tout ira bienPas de risque avec ce trafic si on le pratique dans les règles : rapidité, efficacité, discrétion et surtout, pas d'embrouille. Cela veut dire qu'elles doivent être respectées par les deux parties. Je vais pouvoir le vérifier dans deux autres occasions.
Le deuxième fois, c'était dans le bus qui nous amenait de Xi'an, au site de l'armée en terre cuite de l'empereur Huang Di. Là c'est le contrôleur qui s'est carrément assis en face de nous. L'échange a eu lieu sous la serviette en cuir qui contient les tickets et la recette. Je ne sais pas s'il a utilisé son propre fric ou celui de la caisse. Tout ça sous le regard de quelques passagers, mais notre homme avait l'air de s'en moquer royalement.
Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
Police ! Police !La troisième fois, c'était dans la rue, à Canton. Nous étions à sec de monnaie locale et je me disais que ce serait bien de pouvoir changer. Prémonitoire. On flânait, un peu au hasard, quand je sens dans mon dos qu'un mec nous rejoint à pas pressés. A peine j'entends le fameux : - Change money ?- Yes- How much ?Je donne mon prix et, tout en continuant de marcher, prépare mon argent. Mais le gars s'évapore dans la foule des promeneurs. Bon, tant pis me dis-je. Pourtant, quelques instants plus tard, je sens à nouveau une présence derrière moi. Ma main reçoit une grosse liasse de billets, et je vois mon gars filer devant nous sans attendre que je lui passe le change. Si on était parti en courant à ce moment là, il aurait été marron. Mais ce n'est bien sûr pas un risque à prendre. Le mec est juste devant nous, anonyme parmi les autres promeneurs. Il doit avoir des yeux derrière la tête, ou plutôt des complices qui nous surveillent. Il ralentit, j'arrive à sa hauteur, lui glisse la liasse de billets dans la main. Puis je l'entends aussitôt : - Police, police ! et comme par magie, il disparaît sans même avoir vérifié ce que je lui donnais.
Les opérations de change constituent le seul acte de « délinquance » auquel nous ayons été confrontés. En 1985, tout le monde est encore honnête, la population comme ses "délinquants". Les gens ne sont pas encore corrompus par le tourisme et l'argent. Ca en frôle même la naïveté. Les choses vont vite évoluer ! Malgré la curiosité parfois oppressante de la population, jamais on ne s'est senti en insécurité. Même sentiment en 2018, mais cette fois, le flicage m'est apparu bien plus sévère.
Prochain épisode : 1985 - 2018, du Moyen-Age à la révolution technologique. Promenade dans Pékin et ses alentours. | | | À: Sarana · 16 avril 2020 à 12:08 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 6 de 178 · Page 1 de 9 · 4 481 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre Sarana le 22 avril 2020 à 14:22.)
| | | À: Sarana · 16 avril 2020 à 19:06 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 7 de 178 · Page 1 de 9 · 4 443 affichages · Partager Très intéressant, je vous lis avec plaisir. | | | À: Gaura · 16 avril 2020 à 20:06 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 8 de 178 · Page 1 de 9 · 4 433 affichages · Partager Merci, l'aventure continue, j'ai du temps pour écrire, vive le confinement | | | À: Sarana · 17 avril 2020 à 11:35 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 9 de 178 · Page 1 de 9 · 4 408 affichages · Partager Je suis tombé sur votre carnet par hasard. c'est un bonheur de vous lire  J'ai l'impression de remonter le temps, c'est très instructif et j'ai hâte de lire la suite. Un vrai scénario de film | | | À: Tsukuru · 17 avril 2020 à 11:51 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 10 de 178 · Page 1 de 9 · 4 402 affichages · Partager Merci, le chapitre trois est en cours d'écriture. J'essaye d'en faire un par jour. Moi aussi j'ai hâte de pouvoir repartir | | | À: Sarana · 17 avril 2020 à 14:01 · Modifié le 12 mai 2020 à 10:40 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 11 de 178 · Page 1 de 9 · 4 394 affichages · Partager CHAPITRE 31985 - 2018 : du Moyen-Age à la révolution technologique. Immersion comparative dans Pékin et ses alentours.Monsieur Deng n'avait sans doute pas imaginé la fulgurance avec laquelle son pays allait changer. Une génération a suffi pour passer du Moyen-Age à la vie moderne, non sans effets pervers. Pour une vision complète de Pékin 2018, voir mon carnet " sur la route de la soie "
Le sens du collectifNotre hôtel est encore à la chinoise, tant du point de vue de l'hygiène que du confort. Pour les besoins naturels, chez les hommes comme chez les femmes, c'est « à la romaine ». Une pièce sombre, bétonnée, traversée par une rigole ou coule un flot douteux et odorant de... je vous dis pas quoi, des trucs plus ou moins naturels. On pose culotte au-dessus de la rigole et si on a la chance de ne pas être seul, c'est un bon endroit pour entamer la conversation. Les chinois n'ont forcément aucune pudeur dans ce lieu exotique, ils ne retiennent rien de ce qui les encombre, surtout pas dans la discrétion. La plupart des toilettes publiques sont ainsi, même dans la capitale.
Pour les douches, c'est collectif, comme les vestiaires de stade de mon enfance. Danièle est allée chez les femmes à un moment très fréquenté. Forcément, ça attise ma curiosité : - Alors, ça s'est passé comment ? - Ben toutes les femmes me regardaient, bien sûr, et pas discret ! Ce qu'elles observaient le plus, c'était le bas de mon ventre, histoire de bien vérifier que nous sommes anatomiquement identiques.
[2018L'auberge de jeunesse, dans le vieux Pékin, est aux normes sanitaires. Elle manque d'exotisme...]
Les achats : pas facile l'anonymat !Les magasins d'état, déjà rares, sont chers et quasiment vides. Les fonctionnaires désoeuvrés qui y moisissent te dissuadent d'y entrer. Pour se ravitailler, le mieux est de recourir aux petits commerçants. Leurs étals fourmillent dans toutes les rues. C'est l'occasion d'acheter des fruits frais. Pas loin de l'hôtel, il y en a justement un. Allons-y acheter quelques bananes...
Le temps de s'y rendre à pied, tu es tout de suite repéré et il y a toujours quelques badauds pour te suivre, de près ou de loin. Pas méchants, pas agressifs, mais simplement curieux. Tu t'arrêtes, ils s'arrêtent. Tu repars, ils repartent, et puis ils disparaissent pour laisser la place à d'autres.
Une fois devant l'étal, il faut se faire comprendre. Pas besoin de parler, il suffit de pointer ce que tu désires et d'indiquer la quantité. Sauf que... si tu montres cinq doigts, par exemple, en chinois ça ne veut pas dire cinq. Pas plus que deux ou dix doigts. Du coup, ça rallonge le temps de conversation. Et du coup, ça rameute de plus en plus de badauds qui viennent s'agglutiner autour de toi jusqu'à former une foule compacte. Je mens pas, c'est vrai. On a eu des attroupements de plusieurs dizaines de personnes. Certains même se demandent si tu es réellement un être de chair et d'os. Alors ils se faufilent vers toi et hop, ils te touchent le bras pour s'assurer et se rassurer. Et comme en plus, j'ai les yeux bleus... ça exacerbe leur curiosité.
La scène va se reproduire avec plus ou moins d'intensité tout au long du séjour. Au début, on ne sait pas trop comment réagir, après on s'habitue et on s'en amuse, à la fin, ça devient vraiment ch...
[2018Pas besoin de faire un dessin, ça a commencé avec Mac Do...]
Le meilleur moyen de circulerLe premier jour, pas encore bien repérés géographiquement, on a pris le bus. Là aussi, mes préjugés quant aux vertus du socialisme sur l'éducation des masses, le sens du collectif, ont volé en éclat. Il faut faire sa place dans le troupeau agglutiné à l'arrêt puis tenter de monter à bord en jouant des coudes, avant même que le bus ne soit arrêté. Pas le choix, si tu veux entrer, faut écraser les autres. Une fois dedans, c'est « chantaient les sardines ».
Bon, on n'a pas de leçons à donner parce que ça m'a tout de suite rappelé la cohue pour aller au restaurant universitaire. Le mieux, c'est de faire comme la majorité de la population : à vélo. Les loueurs ne manquent pas, le prix est dérisoire, et les bécanes... d'un autre âge.
J'ai fait du vélo à Amsterdam, Copenhague, Oslo, en Allemagne, dans toutes ces villes où la petite reine est bien installée sur son trône. Et bien, elles n'arrivent pas à la cheville de Pékin 1985. Il n'y a pas de pistes cyclables ; la piste, c'est toute la rue ou toute l'avenue. Ici, tout déplacement d'homme et de marchandise se fait avec deux ou trois roues, pousse-pousse, charrette à bras ou tractée... et comme tout ça avance à des allures différentes (certains même font carrément du sur place), ça génère des encombrements. Aux grands carrefours, la masse agglutinée est impressionnante. Fort heureusement, des feux ou des agents de circulation régulent tout ça, sinon ça ne passerait jamais. Les plus sympathiques embouteillages que j'aie jamais vu.
Et pour ce qui est des voitures, ben y'en a pas, excepté quelques taxis et aussi les rares limousines noires aux vitres teintées des cadres du parti. Sinon, bien sûr, quelques camions crachoteurs et les bus.
[2018Les pistes cyclables sont empruntées par les deux roues électriques (ceux à moteur sont interdits). Le reste appartient aux bagnoles. Pékin est encerclée par cinq ou six rocades constamment embouteillées. Le métro a englouti la population pédestre. Tout au long de l'avenue Chang An, la grande artère qui traverse la capitale, je suis quasiment seul sur la piste à faire du vrai vélo. Le reste, quatre ou cinq files dans chaque sens, appartient aux bagnoles. Le moral en prend un coup.]
1985, Pékin : place Tian An Men
Les "hutong", le coeur de la villeLe quartier tout autour de la cité interdite, au coeur de la ville, appartient au petit peuple de Pékin. Des familles entières, deux ou trois générations, s'entassent ici dans des maisons minuscules et basses. On y circule par des rues étroites en terre battue : les hutong. Ici, c'est un fourmillement de vie, comme on en connaît encore dans certaines villes d'Asie. Les artisans qui travaillent dans la rue côtoient les retraités qui jouent au jeu de go ou aux échecs, la cigarette au bec, ou encore les enfants qui galopent partout... Les plus petits, avec leur culotte fendue derrière, n'ont pas besoin d'aller au pot. La vie y est si dense que même à vélo, on est souvent obligé de mettre pied à terre. Et on ne passe pas inaperçu. Se perdre dans ce labyrinthe est un régal des sens.
[2018Les hutong ont été rasées, une partie seulement est préservée (en fait reconstruite à neuf), mais façon UNESCO. Tout est propre, les façades harmonisées, les rues goudronnées et aseptisées. Et comme partout, en Chine comme ailleurs, le petit peuple a été rejeté sans ménagements loin de là, dans les cités dortoirs de la grande banlieue.]
L'air : polémique sur la couleur du cielLors de la préparation des jeux olympiques d'août 2008 à Pékin, les médias occidentaux en particuliers, ont alerté sur le fait que l'air de Pékin était si pollué qu'on ne voyait pas le ciel, en dépit des dispositions prises par les autorités chinoises pour purifier l'atmosphère : fermeture des usines polluantes, réduction de la circulation automobile... Malgré cela, il flottait toujours une brume opaque sur la ville. « C'est tout à fait normal, affirmaient ces mêmes autorités, c'est à cause du climat, il y a trop d'humidité dans l'air. »
Bizarre, bizarre. J'ai repris mes souvenirs et mes photos. Non, mille fois non, en août 1985, le ciel au-dessus de Pékin était bel et bien d'un beau bleu lumineux. Un mensonge de plus des autorités chinoises, on a l'habitude.
[2018Alors là, je suis agréablement surpris. Malgré la réputation de ville polluée, malgré la circulation d'enfer en périphérie surtout, malgré les centrales au charbon, et bien le ciel est bleu. Réalité quotidienne ou simple coup de chance climatique ? Les deux roues passés à l'électrique y sont en sûrement pour quelque chose. J'ai pu le constater en comparant par exemple avec l'enfer de Katmandou. Mais ce n'est qu'un déplacement de pollution. A quand le retour des vélos à pédales ?]
Pieds bandés et col maoJe vous le disais, la rue à elle seule est un spectacle à part entière. Les chinois de 1985 sont du genre plutôt impudique. Ca ne gène pas les femmes en jupe de s'accroupir jambes écartées pour se reposer. Les dessous ne sont pas très affriolants, alors la tentation est mineure.
Au hasard des promenades, on rencontre encore des vieilles femmes qui avancent en dodelinant du bassin. Si on regarde de plus près, en baissant les yeux, on voit que leurs pieds sont minuscules. Elles ont été victimes de la tradition des pieds bandés. Pour qu'une fille soit plus facilement vendue pour mariage, on lui enserrait les pieds dans des bandages pendant toute sa période de croissance. La pratique a été abandonnée au début du 20° siècle, mais elle a perduré jusqu'en 1950, date a laquelle le pouvoir communiste l'a totalement interdite.
La plupart des hommes ont troqué la tunique uniforme Mao contre une chemise blanche. C'est plus pratique par ces chaleurs. Mais la tenue adoptée par le grand timonier, donc antique référence, subsiste encore. On repère ainsi facilement ceux qui appartiennent à la nomenklatura du parti et tiennent à le faire savoir. Certains groupes d'enfants arborent encore le foulard rouge.
[2018Je n'ai pas retrouvé de pieds bandés, ni de costumes Mao d'ailleurs. Là, pas de regrets. Pour les enfants, voir la photo au-dessus.]
Les grands sites : visites confidentiellesPas de Pékin sans la grande muraille, le temple du ciel, le palais d'été, la cité interdite, les tombeaux des Ming... c'est au patrimoine UNESCO.
Pour les sites à l'extérieur de la ville, il y a les bus, tout simplement. La difficulté est de savoir d'où ils partent. Une fois dedans, il ne leur faut pas très longtemps pour atteindre leur objectif. Ce qui ralentit la circulation, ce sont les charrettes, tracteurs, vélos, piétons... mais pas les autres véhicules. La route pour la grande muraille, une fois sorti de la ville, c'est une petite route de montagne.
Je n'entre pas dans le détail des visites, ces grands sites sont certes fréquentés, mais raisonnablement. Je pense qu'on ne devait être qu'une centaine pour la cité interdite. Imaginez un peu, la grande cour impériale presque pour vous seul ! Les prix d'entrée sont dérisoires. Et puis surtout, dans tous ces lieux, nous ne sommes qu'une poignée de visiteurs étrangers. On est en Chine et on y reste, avec tout ce que cela implique de folklore local. Les touristes chinois sortis de leur campagne, c'est une attraction en soi !
Tian An MenLa place de la paix céleste, la plus vaste au monde, c'est le lieu de condensation des autochtones. Hier comme aujourd'hui, la capitale est leur premier lieu de pèlerinage, et la place son espace le plus emblématique. Elle est encerclée par les petits vendeurs de thé et autres raviolis, abrités de la chaleur par l'ombre des arbres qui l'entourent. Les paysans en vadrouille viennent y honorer les symboles de la république populaire. On y dort, on y bouffe, on y boit, on y fume, on s'interpelle, on y crache. Oui on y crache, comme partout d'ailleurs, au restaurant ou dans le train. Et comme les bancs publics ça n'existe pas, il en faudrait trop, on s'accroupit n'importe où, n'importe quand, comme pour... je dis pas.
[ 2018Une autoroute pour aller à Badaling, un parking gigantesque rempli par les bus des tours opérateurs. Des portions nouvelles de grande muraille ont été restaurées dans d'autres lieux tant la demande est énorme. J'ai renoncé à y revenir. J'ai opté pour une autre solution, et bien m'en a pris (voir mon carnet sur la route de la soie )
Cité interdite : il y a des quotas en cas d'affluence, c'est à dire tout l'été. 80.000 visiteurs par jour ! Il faut parfois réserver plusieurs jours à l'avance, et c'est plutôt cher. Du haut de la colline du parc Jingshan, on a une idée de la foule à l'intérieur. Je n'y suis pas allé.
La place Tian An Men est un bunker à ciel ouvert. Des barrières infranchissables l'entourent et il faut passer par des portiques de sécurité pour y entrer. Les chinois pointent leur carte d'identité (un bip et bingo, tu es localisé), les étrangers montrent leur passeport. Une large avenue déserte l'encercle. Le centre est occupé par la horde des touristes mondialisés qui tournent en rond dans leur enclos. Du haut de l'entrée de la cité interdite, le grand timonier observe tout ça d'un regard désabusé, protégé par des gardes immobiles, figés dans leurs uniformes. On ne passe pas !
Le gouvernement a lancé plusieurs campagnes anti crachat. Ce fut laborieux, la coutume étant bien ancrée. Aujourd'hui, en ville, ça ne se fait pratiquement plus, et surtout pas dans la jeunesse éduquée. Si tu vois un mec (ou une femme) cracher, qui plus est en position accroupie, c'est sûrement un paysan en vadrouille.]
Prochain épisode : prendre le train, une affaire pas si simple que ça. | | | À: Sarana · 17 avril 2020 à 14:06 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 12 de 178 · Page 1 de 9 · 4 390 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre Sarana le 22 avril 2020 à 14:26.)
| | | À: Sarana · 17 avril 2020 à 15:21 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 13 de 178 · Page 1 de 9 · 4 372 affichages · Partager Je monte avec toi! 
PS : je te fais même un sourire chinois...je ris jaune! | | | À: Sarana · 17 avril 2020 à 19:46 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 14 de 178 · Page 1 de 9 · 4 348 affichages · Partager Bonsoir, J'adore ce genre de carnet de voyage. Un mix entre les premiers explorateurs et les touristes 2.0. J'ai fait un séjour d'environ 7 semaines en 2015 dont une partie en territoire un peu perdue du Sichuan et ces latrines romantico/puante.
N'y avait-il vraiment pas un Lonely Planet ou du même genre à cette époque ? Même succinct ? Image attachée: | | | À: Triskelion · 17 avril 2020 à 21:30 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 15 de 178 · Page 1 de 9 · 4 340 affichages · Partager Peut-être pour le Lonely, mais j'ai préféré le guide en français. Mais il ne disait rien sur les hébergement et les transports. | | | À: Sarana · 18 avril 2020 à 10:34 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 16 de 178 · Page 1 de 9 · 4 314 affichages · Partager Je suis toujours vos pérégrinations de 1985 avec bonheur et envie. J'ai hâte de monter dans le train avec vous 
Quelle réalité se cache derrière ces images édulcorées de bonheur populaire que nous distille le parti communiste chinois ?
J'espère qu'à la fin de carnet, nous ne serons pas déçu de cette réalité. | | | À: Sarana · 18 avril 2020 à 11:06 · Modifié le 12 mai 2020 à 10:44 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 17 de 178 · Page 1 de 9 · 4 308 affichages · Partager CHAPITRE 4 : un billet de train pour Xi'an, pas si simple que ça
Facile me direz-vous, il suffit d'aller à la gare... C'est ce que nous faisons dès le lendemain de notre arrivée à Pékin. Par précaution, dans nos voyages, en arrivant dans un lieu, on commence toujours par chercher le moyen d'en sortir. L'avenir va nous donner raison.
La gare centrale de Pékin vaut son pesant de cacahuètes. C'est le fourre tout des ruraux qui quittent la capitale. C'est une vraie gare du tiers monde, une sorte de gigantesque hôtel miteux en plein air, les voyageurs connaissent. Le hall étale un grand nombre de guichets devant lesquels s'alignent d'interminables et bruyantes files d'attente. Tout est écrit en chinois, mais je repère celui qui à priori semble être notre destination : Xi'an. Là aussi la file est interminable et surtout, très gros problème, c'est que le guichet est fermé !
Pékin : la gare centrale. Photo : Jacqueline et Jean-Pierre
J'essaye tant bien que mal d'obtenir des informations, mais alors là, comprendre et se faire comprendre en mandarin basique, c'est mission impossible. Personne ne sait quand ça va ouvrir. En plus, j'ai le vague sentiment que ce guichet n'est peut-être pas le bon, ou en tout cas, ne nous est pas destiné. Aucun étranger dans toutes ces files d'attente. Et dans la gare non plus...
Roue de secours... Dans le guide, rien n'est dit sur les trains pour Xi'an, ni sur aucune destination en général. Mais une petite phrase nous informe que pour contourner les obstacles, on peut obtenir des billets dans le grand hôtel de Pékin. Demain, nous y passerons, on verra bien. Ce sera plus cher, mais au moins, on pourra sortir de là.
Le grand hôtel est situé sur l'avenue Chang'an, non loin de la cité interdite. C'est le seul endroit luxueux de la ville, celui dans lequel séjourne le gratin des diplomates, hommes d'affaires et touristes friqués. Le portier m'examine d'un oeil suspect quand nous y entrons, surtout moi, avec mon jean coupé en bermuda façon baba cool. Mais il nous laisse entrer. Ouf, ici on va au moins pouvoir s'expliquer en anglais. - Bonjour, nous cherchons à acheter des billets de train pour Xi'an, Il paraît qu'on peut le faire ici.- Je ne sais pas trop, mais attendez dans la salle de restaurant, quelqu'un va venir, On s'installe le temps de commander un thé. Arrive un grand gaillard, chinois, jeune, bien fait et bien mis de sa personne. Nous lui expliquons notre problème. - Oui je vais pouvoir vous aider. Revenez demain ici à la même heure, j'aurai des billets pour vous.
Ce type, impossible de savoir qui c'est. Qu'est-ce qu'il a à voir avec l'hôtel? Pourquoi faut-il passer par lui ? Qu'a-t-il à gagner là-dedans ? Est-ce seulement un curieux, un flic, un affabulateur ? Toutes questions sans réponse, juste le sentiment que "c'est pas très clair tout ça". Mais ça se passe au grand hôtel, pas dans une gargote de banlieue, alors rien à craindre en principe,
... à plat !Le lendemain, à l'heure dite, nous patientons dans la salle de restaurant toujours devant une tasse de thé. Le portier m'a laissé entrer sans tiquer, j'ai mis une tenue plus correcte. Notre gars n'est pas là, ça sent le roussi, mais comme chinois ne rime pas avec ponctualité... Nous patientons....
Finalement il arrive. J'essaye de deviner à sa tête la réponse à toutes mes questions, mais rien à faire, c'est un stoïque pure souche. - Alors, vous avez nos billets ?- Ben c'est à dire que non, pas aujourd'hui. Et d'inventer je ne sais quel prétexte pour se justifier. - Mais peut-être que si vous revenez demain...
Bon là j'ai compris, c'est bon mon gars, arrête de te foutre de notre gueule. Demain, ce sera pareil qu'aujourd'hui, et nous on veut quitter Pékin dans deux jours. Manifestement ce type n'est pas là pour ça, ses raisons sont opaques, et elles le resteront. On se casse d'ici.
Une seule solution, retourner à la gare et faire le forcing !
Retour à la case départLe lendemain, retour à la gare. La situation n'a pas changé : file d'attente et guichet fermé. On n'a pas le choix, faut attendre que ça ouvre, ou bien que la chance frappe à notre porte...
...et c'est ce qu'elle fait, très rapidement.
Juste à côté de la file passent deux jeunes étrangers de type européen. Ceux-là ont l'air d'être sûrs d'eux, de là où ils sont et de là où ils vont. Vite je les interpelle : - Vous avez acheté des billets de train ? Comment avez-vous fait ?- C'est facile, vous voyez ce couloir à gauche. Il y a un escalier. Vous descendez au sous-sol et là, vous allez voir, il y a un guichet spécial pour les étrangers.
Le guichet spécial étrangers est désert. Aucun panneau n'indiquait son existence dans la gare, rien dans le guide, juste une simple affichette sur la porte. En quelques minutes nous obtenons nos réservations en train couchette classe dure pour le lendemain.
Payés en billets de Monopoly, naturellement.
Prochain épisode : le "Qi Feng Shui", le soigneur se fait soigner | | | À: Sarana · 18 avril 2020 à 11:09 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 18 de 178 · Page 1 de 9 · 4 306 affichages · Partager (Ce message a été supprimé par le membre Sarana le 22 avril 2020 à 14:21.)
| | | À: Sarana · 18 avril 2020 à 12:12 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 19 de 178 · Page 1 de 9 · 4 297 affichages · Partager Bon alors on a les billets de train, mais on ne monte pas encore dedans ? | | | À: Tsukuru · 18 avril 2020 à 12:17 Re: Été 1985 : un voyage de noces hors du commun dans la Chine pop Message 20 de 178 · Page 1 de 9 · 4 293 affichages · Partager patience, patience... | Carnets similaires sur la Chine: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 5 568 visiteurs en ligne depuis une heure! |