Haridwar aimante des millions de fidèles hindous pour le festival de Kumbh Melale 14/1/2010 à 8h01 par Béatrice Le Bohec (AFP)
Ecumant, bouillonnant, le Gange couleur d'émeraude attirait comme un aimant mercredi des milliers de pèlerins hindous dans la ville d'Haridwar, située là où le fleuve sacré dévale les montagnes de l'Himalaya, à la veille de l'une des plus grandes fêtes religieuses au monde.
Kumbh Mela est le plus grand festival religieux au monde ©AFP
Dans une ambiance effervescente et sous un soleil éblouissant, des familles entières venues de toute l'
Inde, des sages drapés de tissu orange --couleur sacrée dans l'hindouisme--, des couples affluaient dans un même élan vers les ghats d'
Haridwar, vastes esplanades au bord du fleuve traversé de forts courants.
Une file de pélerins, un maigre baluchon sur l'épaule, croisait des policiers à cheval en cours d'inspection dans les faubourgs d'
Haridwar, l'une des villes les plus sacrées du pays, tandis que des dizaines de piétons arpentaient les ponts au dessus du Gange.
Le festival "Kumbh Mela" qui se tient à partir de jeudi pour trois mois de festivités permet aux dévôts de se laver de leurs péchés et d'interrompre le cycle de la réincarnation au cours de bains rituels dans les eaux sacrées du fleuve.
Dans un pays où les fêtes religieuses sont courantes, la "Kumbh Mela" demeure une fête à part vu son ampleur et l'énorme effort logistique qu'elle impose. Cinq millions de fidèles sont attendus jeudi par la municipalité. Avant le lever du soleil, ils s'immergeront pour le premier des quatre bains rituels du festival mais déjà, certains s'aspergeaient hier avec ferveur, dans une âcre odeur d'encens.
Des femmes en saris se déshabillaient prestement, s'entraidant pour dégrafer un soutien-gorge, et torses nus se lavaient sur la dernière marche du ghat, munies de bols en cuivre ou d'écuelles en fer. A leurs côtés, des hommes en caleçons tentaient plus audacieusement quelques brasses avant de remonter se frictionner avec des serviettes.
Un sadhou, mystique professionnel ayant choisi la voie de l'ascétisme pour atteindre la
"lumière intérieure" et la libération des choses terrestres, tordait sa longue barbe blanche pour la faire sécher, cachant sa nudité avec une pièce de tissu noir de la forme d'un string.
"Le Gange signifie beaucoup pour nous. Dans notre religion, c'est un fleuve très pur et très énergétique. C'est pourquoi je dis que c'est un peu ma mère", a expliqué à l'AFP Manish, un étudiant en école d'ingénieurs venu de
New Delhi. Torse nu et en jean, le jeune homme de 19 ans prit quelques gouttes d'eau dans le creux de ses mains avant de les joindre en signe de recueillement.
Pour Nemendra Singh, un joueur de cricket de 24 ans, se baigner dans le fleuve est tout simplement une
"renaissance du corps".
"On peut vraiment sentir que l'émotion monte", estimaient pour leur part George et Susan Leonard, des touristes retraités de
Chicago qui ont voulu placer leur voyage en
Inde sous les auspices du Gange.
Au loin, des policiers anti-émeute munis de boucliers prenaient position pour prévenir les mouvements de foule. Des forces paramilitaires ont été déployées autour des lieux de baignade et des équipes de déminage ont été dépêchées. Quarante postes médicaux seront en outre chargés de soigner les inévitables blessés. Le festival commémore une bataille de la mythologie hindoue entre les dieux et les démons se disputant une cruche remplie du nectar de l'immortalité. Lors de la bataille, quelques gouttes tombèrent dans quatre endroits différents: les villes d'
Allahabad,
Haridwar,
Ujjain et
Nasik. La Kumbh Mela alterne entre ces quatre villes et se tient tous les trois ans.