En route !
Il avait fallu prendre les billets à la dernière minute et le transfert intercontinental ne se présentait pas comme une sinécure. Qui d'autre qu'un Breton en route pour les lointains a la chance de bénéficier d'une étape en gare de Marne-la-Vallée ? Une étape, que dis-je ? Un séjour : cinquante minutes entre deux trains.
Je gagne sans entrain le parvis maudit, d'où la gare elle-même semble croquignolette. La vue sur les attractions est comme une invite. Un dirigeable s'élève, retenu par un câble. Il doit être possible de larguer cette amarre mais le vent souffle du sud. Passer par les pôles pour rejoindre l'
Afrique du Sud, même pour l'atmosphère romantique, ne me fait pas sauter au plafond. Je convoque Harry Potter qui échoue à inverser le souffle d'Éole (ses prétendus pouvoirs, c'est du vent!) et Buffalo Bill refuse de m'aider à braquer le ballon de cirque.
Beaucoup - et pas seulement des enfants qui bénéficient de circonstances atténuantes- sortent de l'antre avec une paire d'oreilles supplémentaire, en moumoute ou en plastique : qu'est-ce qui se passe entre ces quatre oreilles ?
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Des classes (lutte)
La classe économique du premier avion n'est qu'aux trois quarts pleine. En affaires c'est pire encore (ou mieux, c'est selon) : six sièges occupés pour une vingtaine disponibles. Paradoxalement, sur ce trajet, la classe la moins déficitaire pour la compagnie est la première, inexistante.
Le second vol est blindé : Ethiopian, qui est chez elle à Addis, nous entasse dans un appareil nettement plus petit.
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Bzz bzz buzziness
Au sud d'
Addis-Abeba une vingtaine d'immeubles sont en cours de (médiocre) construction. Serrés les uns contre les autres, chacun empilant dix étages et développant une cinquantaine d'alvéoles. Vont s'entasser là des milliers d'ouvrières qui butinaient jusqu'alors dans la savane. Dans dix ans, lorsque leur compétitivité sera mise à mal, les usines du monde s'en iront plus loin. Elles resteront là, leurs ailes atrophiées.
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Casser les bonbons
Dans la chic
Stellenbosch, je marche un bouquet à la main. C'est une composition sobre, élégante et minimaliste de proteas et de fynbos qui semble impérissable.
Un bouquet magique qui me vaut des sourires féminins de sept à soixante-dix-sept ans, hors de portée lorsque j'ai les mains dans les poches (à croire qu'elles n'aiment pas les manchots).
C'est tellement bon que je me devine sourire.
Jusqu'au moment où un jeune homme me glisse « You are so romantic! ».
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Le monde comme il va
Pas même en écriture inclusive je ne vous parlerai de ce maraîcher bio transgenre devenu fabricant de salades transgéniques dans une ferme verticale hors-sol implantée sur la façade d'un immeuble. Transgresser, ce n'est pas mon genre.
Sur les formulaires scolaires, les mentions père & mère sont remplacées par : parent 1, parent 2. Parent alpha, parent bêta, mais réversibles.
En
Bretagne, dans l'estuaire en bas de chez moi, les beaux bars ne fraient plus dérangés qu'ils sont par l'incessant va et vient du plastique flottant -les bateaux.
Ici, dans les supermarchés, les fruits, les légumes, la volaille et le porc sont immangeables d'avoir perdu leurs racines.
Last trip advisor : la compagnie de pompes funèbres prie l'orpheline de répondre à son enquête de satisfaction. Elle les envoie au diable.
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Ta race !
Aérogare d'
Addis-Abeba, des salles d'embarquement mitoyennes pour deux avions à destination de l'
Afrique du Sud, décollage à vingt minute d'intervalle. Sans prendre en compte les Indiens (nous y reviendrons), vers
Le Cap, 70% de Blancs, 30% de Noirs, vers
Johannesburg c'est l'inverse.
Au Cap, seize guichets ouverts à la police des frontières, pour un avion de trois cent places. Pour la première fois depuis une douzaine d'années, je vois dans une des guérites une femme blanche.
Le vignoble du Swartland (pays noir) produit des vins de qualité médiocre. Malgré sa promesse de prune et de banane, ce rosé (un métissage ?)
Blanc de Noir ne fait pas exception.
Sur une affiche de campagne, le candidat libéral au poste de Premier Ministre de la province promet un accès équitable à l'emploi. Ici, depuis un quart de siècle, la discrimination positive privilégie les postulants noirs dans l'accès aux fonctions publiques, officiellement et quitte à embaucher moins qualifié s'il le faut. Le candidat est un Blanc, son nom est Winde (le vent).
Partout, on revisite l'histoire. On promeut, on déboulonne. Voilà une nouvelle victime : Gandhi. L'icône planétaire se voit reprocher des propos tenus alors qu'il était avocat en
Afrique du Sud mais aussi plus tard. Il jugeait « indigne » que les Indiens soient assimilés aux
indigènes plutôt qu'aux Blancs et plaidait que Européens et Indiens étaient de même
souche.
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6... 9... 12 mm
Ce ne sont pas les calibres alignés sur le râtelier mais le résultat du crépitement assourdissant des hallebardes sur les toitures de tôle, d'un criblage méthodique du plancher des moutons. Pour la première fois depuis des mois il est tombé 12 mm de pluie en moins d'une heure. Ce qui glisserait sur les plumes d'un goéland en
Bretagne est ici comme une bénédiction.
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Les Chinoises
Bien sûr il y a Mme Zuckerberg. Mais que le fils de John l'Irlandais et de Sonia la Sud-Africaine, que celui de Philip le Sud-Africain et de Mariejke la Flamande, tous deux courant les continents comme ailleurs on prend le bus, que ces deux jeunes gens prometteurs soient mariés à des Chinoises ne relève-t-il pas d'un complot occidental contre la
Chine dont le déficit de ce
genre est notoire?
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Dagobert
Dans la rue, la pâleur de ses cuisses zébrant un jean noir pré-déchiré en
Chine, il croise son Yin : une jeune femme dont les longues jambes noires strient un jean blanc aussi déchiqueté que le premier. S'ils échangeaient, la misère serait tout de même moins visible.
Lorsqu'un colosse afrikaner dépose au
charity shop une paire de pantalons dont il s'est lassé, les couturières bochimanes la dédoublent encore pour habiller leurs petits grands hommes, fins comme des flèches.
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S.O.S. Plumbing (délit de fuite)
Fuite est un mot qui résume bien les errements du
Zimbabwe depuis près de quatre décennies (ce pays est à la fin du siècle dernier ce que le
Venezuela est au début du 21è : assis sur des trésors naturels, ruinés par des dogmes).
La mise en fuite des fermiers d'abord, celle des capitaux qui s'ensuivit entraînant celle de millions d'habitants vers les pays voisins.
La fuite en avant du président-dictateur.
Et maintenant, la fuite des œuvres d'art : la moitié des collections du MOCAA (Museum Of Contemporary Art Africa) actuellement présentées sont celles d'artistes de ce pays et sont prêtées (en réalité, louées) par les musées gouvernementaux de ce qui fut le grenier à grain de l'
Afrique Australe.
Il est heureux de constater que l'éteignoir n'est pas venu à bout de la flamme créatrice, et qu'à un gouvernement sans perspectives résistent des lignes de fuite.
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Volatil(e)s, de la volaille et des gaz qui nous enserrent
Dans les rues de
Paris, une oie blanche brandit cette apostrophe « Plus de pingouins sur la banquise, moins au gouvernement »
Ici, nous n'avons pas de banquise mais des colonies de pingouins (il faut voir ceux de Betty's Bay déambulant dans le village déserté par les hommes). De plus, un gouvernement éclairé prend des mesures à la hauteur des enjeux climatiques: l'électricité est coupée plusieurs heures par jour.
Tant d'injustice entre nord et sud est en effet révoltante.
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