Un mythe mangé aux mitesUn mythe conçu à une autre époque et rattrapé par le siècle. Une que vous avez éreintée autant qu'elle vous a fatigué. Il a bien fallu se séparer, une fois de plus. Elle a d'abord été parfaite, des bosses elle en a pris, elle en a distribué. Puis elle s'est lassée de ce train d'enfer et moi de ses caprices.
La nouvelle est d'apparence plus modeste. Terminé la morgue de l'Empire, place à la suavité du Levant. Pas une carrière de star mais des états de service honorables. J'ai traversé l'
Amérique du Nord avec sa cousine tout au long d'un trimestre, par une diagonale en accordéon de la
Colombie Britannique à la
Floride, et j'ai souvent dormi dedans. Mais là-bas, on touche vite aux limites de l'exercice. Il s'agit maintenant d'évaluer ce qu'elle vaut dans le dur avant d'aller ramer dans les sables du
Kalahari ou de remonter les torrents au
Lesotho.
Les lieux d'exercice ne manquent pas dans le Northern Cape. Le Namaqua Costal est idéal pour le sable profond et les pistes secondaires du Richtersveld Community Conservancy pour la caillasse.
Bien que dépourvue de la souplesse articulaire indispensable pour grimper aux arbres, elle fera honneur à son nom, Pathfinder, même s'il conviendrait de raccourcir ses jupes en plastique et de la percher de quelques centimètres.
Quant à elle, ma copilote juge que c'est une voiture attentionnée.
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Jusqu'alors, dans la valise diplomatique, la bibliothèque ambulante voyageait dans une boite à chaussures : la littérature en marche. Cette fois, elle emprunte un coffret à vin fin : la littérature en zigzag. Dans les bons crus, les milles pages roboratives de
Microfictions 2018 (Régis Jauffret) que j'ai découpé en mille-feuilles et relié en livrets au scotch armé noir. Plus de souplesse dans le coffret et tendinite du coude évitée.
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Échappée belleAbriella, onze ans, vient d'établir un record du monde. Elle est la plus jeune personne à avoir nagé de
Robben Island au continent réalisant ainsi le rêve des détenus du régime de l'apartheid qui y étaient retenus.
Son frère est prénommé Alcapone : voilà une famille d'aventuriers.
A l'occasion de cette traversée, plus de deux cent mille rands ont été récoltés au profit d'un hôpital de la Croix-Rouge affecté aux enfants malades.
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La noblesse de l'eauAu Cap, la sécheresse prolongée et, dit-on, l'impéritie ont amené les autorités à recommander aux quatre millions d'habitants de ne pas utiliser plus de cinquante litres d'eau par jour et par personne. Faute de quoi, la dernière goutte d'eau du dernier robinet tomberait en avril. Ce
Day Zero est actuellement reporté à juin. Dans cette banlieue résidentielle fleurissent des panneaux « Borehole », « Boorgat », « Own water » ou « Eie water » rassurant chacun dans sa langue le passant : ces jardins babyloniens ne doivent rien à l'eau municipale. Mais tout à leur eau personnelle !
Dans la petite ville où j'ai mes habitudes, nous sommes mieux lotis : le plafond quotidien d'eau municipale est de quatre-vingt dix litres. La collectivité a mis en place un numéro de téléphone permettant de dénoncer les mauvais citoyens et assurant l'anonymat aux délateurs. D'ici qu'on les récompense d'un jerrycan du précieux liquide.
Le puissant forage qui alimenta les fantaisies versaillaises des Anglais a rendu l'âme depuis que l'an passé deux voisins ont creusé plus profond encore. Un autre forage, plus modeste, délivre un débit constant, comme un filet de survie. Il va falloir réduire encore les surfaces hydro-dépendantes, accélérer le retour à l'état originel. Des précurseurs ont déjà abandonné les racines de leur gazon, celles qui les reliaient à l'
Irlande, à l'
Angleterre ou la Hollande, à la
Bretagne.
D'autres n'envisagent pas le moindre changement, ce sont les seigneurs de l'eau, quelques centaines de personnes propriétaires des maisons historiques qui bénéficient de la « leiwater » dont le débit ne faiblit pas. Cette association possède ses propres captages dans la montagne et la distribue à ses ayants-droit via des canaux à ciel ouvert. On y voit des gamins s'y laver et des riverains écopant vers leur jardinet. Au-delà de cette tolérance, les propriétaires de l'eau s'opposent à toute ingérence et à tout partage. Chez tout seigneur, le déshonneur n'est jamais loin.
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Lorsqu'en voyage la lune le déroute, l'homoncule pense que c'est lui qui a bougé. Il faut qu'il cesse son agitation pour réaliser qu'elle se joue de lui, décolle quand elle veut et jamais deux soirs de suite du même endroit. Ce soir elle joue à cache-cache derrière l'intangible ficus aux mille feuilles cirées qui, vues de mon fauteuil, forment autant d'étoiles. Et le délicieux gin infusé aux plantes du
Karoo n'y est pour rien.
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Physique des fluidesLe Namaqua continental semi-désertique est réputé pour se couvrir de fleurs au printemps. Moins connu, sans doute parce qu'il ne peut-être traversé qu'en 4x4, le Namaqua Coastal n'est guère moins fleuri et l'est toute l'année grâce à l'humidité apportée par l'Atlantique. Certes, ce n'est pas la Hollande tulipière, mais les succulentes s'y plaisent et voilà de belles plantes, même sans fleurs.
Des emplacements de camping sont ménagés ça et là au bord de la grève mais le vent du sud qui accompagne le courant froid du Benguela ne mollit jamais. Les autorités du parc ont édifié des cercles de pierres de six mètres de diamètre et d'un mètre-cinquante de hauteur. Au centre, un emplacement où établir le feu. Le vent, surpris par l'obstacle redouble de violence dans l'abri dérisoire, attisant les flammes en tous sens. Au final, vous êtes grillé comme une saucisse à vingt mètres de l'océan que vous ne voyez plus, les yeux piqués de fumée.
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Hit the road JackAvant de rayonner en
Namibie, ce photographe allemand se targue d'avoir appris le baroud dans l'outback australien et dans le grand nord canadien.
Il vient d'éditer un livre de photographies à la maquette originale et enrichi de quelques trouvailles de mise en page mais ses clichés sont... communs.
Cela passerait s'il ne consacrait une dizaine de pages à la survie dans le bush et à son étiquette. Il a raison d'écrire que sur des pistes difficiles il est important de savoir où sont posées précisément les roues du véhicule. Sa proposition pour s'y exercer est la suivante : sur piste normale, viser une canette abandonnée, une crotte d'éléphant ou une termitière en formation et vérifiez dans le rétroviseur si elle est écrasée. Recommencez. Le problème est que les enfants d'ici façonnent les canettes d'aluminium en sculptures de subsistance, que les bousiers festoient de fèces d'éléphants et que personne n'a enseigné le code de la route aux termites.
Un Panzer.
Quant à sa consœur, photographe du
Cap se plaignant de mal vivre de son travail, cause ou conséquence, elle s'ecstasy surtout d'elle-même et ne manque pas une édition de l'AfricaBurn qui, fin avril, déchire aussi le silence du
Karoo.
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Appeaux et appelantsLe safari c'était la chasse puis, édulcoration de l'époque oblige, c'est devenu une affaire de photographes. Le déclencheur est moins douloureux que la gâchette, pour l'homme comme pour l'objet de son désir.
Mais voilà que le photographe dégaine son mobile sifflotant des appeaux enregistrés de voix d'oiseaux pour mieux les amener dans le viseur. Au point de les perturber parfois gravement.
Chasseur de trophées, chasseur d'images, y aura-t-il des oiseaux pour préférer la cartouche aux emmerdeurs à demeure?
(J'apprends que des drôles usent de drones voyeurs pour violer l'espace aérien des oiseaux, pour voler leur point de vue sans pour autant l'adopter)
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Bœuf au campingPour accompagner le ressac sur le littoral du Namaqua,
The Köln Concert (K.Jarrett); avec le froissement des petits rapides de la rivière Orange, dans le Richtersveld,
Universal Syncopations (M.Vitous); dans le silence du Cederberg,
Timbuktu (A.Bouhafa), musique du film éponyme, pour la douceur malgré la fureur.
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De la piste, les phares de la voiture projettent sur la montagne des éclats aléatoires. Il est temps de jeter l'ancre.
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J'aurais aimé avoir le statut de chemineau mais je marche comme un pied à reculons. J'ai du prendre la voie du garage.
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Un tourtereau hérisse sa crinière dorsale de plumes et, empruntant la démarche d'Aldo, tourne autour d'une congénère. Au moment de conclure, la tourterelle s'envole. Penaud, le planté s'intéresse soudain aux miettes du petit-déjeuner, bien décidé à ne pas lâcher la proie pour l'ombre.
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Une soirée trop ordinaireSont là Peter qui a fait le coup de poing en Rhodésie puis a dirigé une entreprise dans le KwaZulu Natal et vit désormais comme un réfugié dans son propre pays; John, entrepreneur en bâtiment; Ellen, chef de projet en coopération économique qui gère des fonds européens; Allan, mathématicien versé en climatologie, et d'autres.
Après quelques verres les africains noirs se voient parés de tous les défauts. Nul racisme apparent, ces gens-là sont simplement dans le constat, ils rapportent leurs expériences. Et ils en rient.
Je m'éloigne dans la nuit pour fumer une cigarette doublement salvatrice et me confie à un chat métis -enfin, gris.
Certains cumulent les handicaps : ils ont les défauts de qualités dont ils sont dépourvus.
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Voilà six jours que j'ai mijoté un agneau du
Karoo aux herbes locales. Voilà cinq soirs que d'opportunités en impromptus, de salades en
braais, il a fallu recevoir et être reçus tandis que l'agneau se les gèle au frigo.
C'est bien la peine de se réfugier dans le désert.
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