Voyajou · 30 octobre 2016 à 9:06 · 55 photos 213 messages · 26 participants · 15 964 affichages | | | | À: Rjulie95 · 31 mai 2018 à 21:11 Message 161 de 213 · Page 9 de 11 · 1 079 affichages · Partager Je suppose que le couple qui s'est fait détroussé s'en sort sans dommage physique.
En effet, ils sont rodés. Dans ce contexte, le plus souvent, si tu te laisses dépouiller tu as la vie sauve. Mais ce n'est pas toujours le cas, en particulier dans des circonstances sans témoins. Tu le sais: les premières victimes de la violence dans ce pays sont les habitants des townships.
Bonne récupération si ce n'est pas déjà de l'histoire ancienne.
Je suis rentré avec une fièvre de cheval. Pour preuve, la plupart des compétitions hippiques programmées dans l'ouest de la France au mois de mai sont annulées pour cause de rhinopneumonie équine.
Par la grâce des pilotes d'Air France, le retour direct en onze heures Le Cap- Paris s'est transformé en un Le Cap- Dubai- Paris de vingt heures. Passerait encore le retard, mais c'était sur Emirates, une des meilleures compagnies du monde. Sauf que moi, j'évite scrupuleusement de voler avec les compagnies du golfe: surpayer le pétrole à des mecs, au prétexte qu'ils sont assis dessus, pour leur permettre ensuite de nous casser la gueule, non merci. Je ne suis pas certain que Air France acceptera de prendre en compte mon préjudice moral -par ailleurs incalculable. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Voyajou · 1 juin 2018 à 7:54 Message 162 de 213 · Page 9 de 11 · 1 026 affichages · Partager Je ne suis pas certain que Air France acceptera de prendre en compte mon préjudice moral -par ailleurs incalculable
Tu te contenteras des 600 euros par passager prévu par le règlement européen. Ça tombe bien, c'est pile poil le prix d'un aller retour air France pour Joburg. Voilà ton prochain voyage assuré... | | | À: Voyajou · 7 octobre 2018 à 9:58 · Modifié le 14 déc. 2018 à 9:35 Message 163 de 213 · Page 9 de 11 · 927 affichages · Partager Que le lecteur en quête d'exploits, que la lectrice assoiffée d'aventure me pardonnent : ils ne liront ici que de minuscules histoires d'expatrié intermittent.
Des nouvelles des ânesDe part et d'autre de la ville historique, au nord un township de huit mille habitants au sud, un refuge où se gobergent un cent d'ânes dont les propriétaires n'avaient plus l'usage ou pas les moyens de les conserver. Les uns comme les autres se partagent peu ou prou la même surface, quelques dizaines d'hectares, plus fertiles chez les ânes. Le cours de l'âne a quintuplé depuis que les Chinois en utilisent la peau dans leur pharmacopée : le remède serait souverain contre l'insomnie. Amère et tardive revanche d'un animal réputé dormir debout. Récemment, lors d'une vente aux enchères, le refuge -qui se dit sanctuaire- s'est porté acquéreur de deux cent nouveaux pensionnaires que, faute de surfaces et de ressources, il cherche à placer. Sans cette intervention, les baudets finissaient à la boucherie en alimentation pour animaux. Il est désormais possible d'adopter un âne virtuellement, comme on le fait pour les enfants très pauvres. J'hésite entre Thyme, Rosemary et Parsley : avec des noms pareils ils feraient un bobotie acceptable. *
La poutreA l'entrée de ce coffee shop, refuge aux portes d'un désert qui est ce qui reste d'une mer, cet écriteau annonçant qu'il faudra désormais siffler son milk-shake sans paille : « Les pailles en plastique sont la principale source de pollution des océans, faisons un geste ». On lui souhaite d'être durable. Pour ma part, ce sera un full english breakfast, avec couverts s'il vous plaît. *
Proust maraîcherJ'avais une maison dans une île, désertée l'hiver, et qui ne portait plus de jardins que d'agrément. Chaque semaine, par le courrier, venait du continent un maraîcher qui s'annonçait dans les villages d'un tonitruant « chouuux, carrooottes » devenu son sobriquet. Il était toujours accompagné d'un jeune aide qui souvent changeait. Les insulaires désœuvrés, friands d'anecdotes, en tiraient des conclusions entendues. Lorsque je viens ici, en Afrique du Sud, parvenu à l'orée du désert qui est comme une mer, je ne manque jamais de savourer un excellent coleslaw (émincé de choux et de carottes en sauce). L'effet madeleine est immédiat. *
Je vous ai apporté...Est-ce parce que le printemps tardif empêche les fleurs qu'invitée à dîner cette longue femme rousse apporte des asperges vertes, fines et fermes? C'est un cadeau précieux, rare, que cultive Sue, la gourou du Karoo. Elle aura tiré parti du sable ingrat et d'une eau parcimonieuse. Une autre fantaisie de Sue est d'élever des tilapias dans des bassins d'eau de montagne. J'espère qu'ils ne seront pas l'objet d'un prochain cadeau. La botte d'asperges est ficelée de raphia avec une tablette de chocolat noir. What else ?*
Fourmis noires, fourmis rougesAu mitan d'une nuit sans lune, en longues processions silencieuses, ils ont colonisé le coteau par l'est, à l'opposé de l'habitation, par là où les chiens ne les percevraient pas. Pour la circonstance mieux dotés que d'autres, ils n'ont pas même eu besoin de se noircir le visage de suie. Les femmes portaient sur la tête le maigre baluchon de leurs possessions: quelques fripes, une casserole, un potjie. Un enfant pendu à chaque main, pour certaines un autre à venir. Les hommes ployaient sous quelques planches, des tôles. D'autres épaulaient des épieux, les pioches et les marteaux. Tous avaient le couteau dans la poche. Au matin, la police en dénombra quatre cent. Déjà ils creusent. Déjà s'élèvent les premiers poteaux d'une ville nouvelle. Il n'y aura ni eau courante, ni électricité. Ces colons ont eu la délicatesse de se poser au-delà des vignes, là où la pente devient trop forte et le froid plus vif. Pourtant, nul plancher, nul châlit ne leur offrira des nuits horizontales. Le vigneron désemparé assiste, impuissant, à l'installation d'une colonie sur ses terres ancestrales. L'immémorial combat pour la terre qui ne se règle que par la force. Le droit est pour lui mais il doute. Fera-t-il appel aux Red Ants (Fourmis Rouges), ces brigades de sécurité privée dont les membres vêtus de combinaisons rouges (c'est moins salissant), casqués et armés de matraques, vident les squats en quelques heures?
Finalement, soutenu par les autorités, il s'y est résolu -les municipalités elles-mêmes n'y ont-elles pas recours ? Les fourmis rouges sont arrivées par pleins camions. Casqués benalla mais rouges et visières baissées, brandissant de longues barres à mine, protégés par leurs boucliers, ils ont fait sortir les habitants de leurs abris d'infortune et, méthodiquement, les ont détruits sans ménagements. L'un deux transporte à bout de bras deux enfants qu'il évacue. Ils opèrent sous le contrôle de la police qui se tient en retrait. Plusieurs occupants seront été interpellés pour s'être défendus ou avoir jeté des pierres.
Une des égéries des squatteurs se prénomme Zola. Un article de presse titre « The soul of the Red Ant » Un peu de jazz:
*
Tonnerre de Brest!La soirée est douce, venu de l'Océan Indien le premier alizé de printemps, a joué à saute-montagne. Soudain, dans le relief, des éclairs appariés, longs et doux, dont on ne perçoit pas le fracas. Après quelques minutes parvient un roulement sourd, rond, constant. Enfant, mon père m'enseigna comment calculer à quelle distance nous nous trouvions de l'épicentre de l'orage en fonction du temps que mettaient à nous parvenir le son et la lumière. Là, ça ne marche pas. Changement d'hémisphère ? Spécificité locale ? La lumière devient continue, le grondement enfle : un 4X4 lancé à pleine vitesse sur la piste. *
« Qualité export »Cette formule, selon quelle est inscrite sur un produit manufacturé par un pays riche ou dans un pays pauvre revêt des qualités diamétralement opposées. Les abats d'un poulet breton « qualité export » ne trouveraient guère preneur en France mais iront bien pour l'Afrique où, au passage assaisonnés de subventions communautaires, ils pénaliseront la production locale. À l'inverse, les fruits sud-africains « qualité export » sont ce qui se fait de mieux localement. *
Le bon grain et l'ivraieLa piste longe la propriété sur quelques centaines de mètres, tout comme le petit canal -douve dérisoire- qui nous amène l'eau de la montagne. Ce canal, cimenté de maigre, souvent fissuré ou effondré, abreuve une flore spontanée, du palmier à la luzerne, qui n'aurait pas droit de cité à une couronne racinaire de là. Le vieux Shaun est venu de loin, du township où furent relégués ses parents. Il tire une minuscule charrette où gît un grand sac encore plat. Armé d'une petite faucille, il coupe ras les pieds de luzerne florissants côté manant. Le sac s'arrondit vite, une grossesse de neuf minutes. Les quelques lapins qu'il élève dans sa cour ne sont pas moins bien logés que lui mais leur subsistance est assurée pour les jours à venir. De mon côté, dans le jardin d'agrément qui est comme une insulte, la luzerne est une mauvaise herbe coriace. Je suis né du bon côté de la douve qu'il ne franchira pas, qui est une Méditerranée, je n'en suis pas fier. Je viens vers lui portant des sacs de toile qui ont contenu du terreau et dont j'imagine qu'il fera meilleur usage que moi. Je les lui propose et le voilà confondu en remerciements. Pour évacuer ma gêne, sans doute, je lui fais observer que ce n'est pas un cadeau : il doit désormais remplir tous ces sacs. Nous rions. | | | À: Voyajou · 11 octobre 2018 à 18:08 Message 164 de 213 · Page 9 de 11 · 851 affichages · Partager Je ne suis ni assoiffée d'exploits ni en quête d'aventure, je n'ai donc rien à te pardonner ! Il me suffit de lire tes minuscules histoires comme toujours parfaitement ciselées pour me ravir et partir en voyage...
Dolma | | | À: Voyajou · 11 octobre 2018 à 19:28 Message 165 de 213 · Page 9 de 11 · 840 affichages · Partager Une toujours aussi belle plume, merci à toi | | | À: Voyajou · 11 octobre 2018 à 21:11 Message 166 de 213 · Page 9 de 11 · 827 affichages · Partager Enfin de retour ces "minuscules histoires" qui nous ravissent tellement. Elles se sont faites rares mais "chut" j'ai mauvaise grâce à me plaindre moi qui s'extériorise si peu sur le forum. Merci encore de nous les faire partager. | | | À: Voyajou · 19 octobre 2018 à 9:26 Message 167 de 213 · Page 9 de 11 · 777 affichages · Partager Oui, mais non. Je sors de dix jours à 2x1 (un vélo pour les néophytes), sac sur le dos (quand je pense que certains s'y adonnent par plaisir  ), le temps d'identifier la panne (une histoire de durite, encore) de trouver la pièce (à Durban, finalement), d'envoyer le paiement, de la recevoir et de la poser. Finalement, le Defender correspond parfaitement à ma conception du voyage: place à l'imprévu.
Bonjour M'sieu Jean, je commence à penser que finalement ça ne te déplaît pas tant que ça le vélo. En effet, pour s'y adonner pendant 10 jours, faut bien qu'il y ait une petite envie quelque part! Toi et qqes autres m'avez fortement inspiré des endroits magnifiques à rouler en vélo et de mon côté, je ne désespère pas de vous convaincre des joies du 2 roues. D'ailleurs, Michel et toi avez déjà orienté notre prochaine virée: Swartberg et Die Hell.... Pendant que j'y suis, je donne une petite astuce pour les néophytes du VTT: même avec un bon cuissard, sur de longues distances, on a parfois quelques brûlures au niveau du "truc" qui est posé sur la selle. Oui, oui à un certain moment on peut avoir le feu aux fesses. Il est dès lors conseiller d'y appliquer délicatement un peu de vaseline ou qqchose du genre. Mais qui se balade avec un tube de vaseline dans sa sacoche??? Personne de normalement constitué. Par contre, et particulièrement en AFS, on a tous un tube de Labello en train de fondre au soleil... et bien, figurez-vous que ça dépanne bien! V'la une astuce à la Mc Gyver  Après, chacun gère le côté multi-usage du produit miracle comme il veut.
Bravo pour le Nissan, c'est quand même une bonne roulotte, j'aurais du suivre mon instinct dès le début et investir dans une japonaise au lieu de me retrouver en rade avec le Discovery! Mais bon, ça m'a permis de tester la solidarité sudaf dans les lieux les plus reculés du pays et me faire quelques potos apprentis mécanos / pro de la débrouille en milieu hostile.  Moi aussi, je fais partie de la majorité silencieuse qui lit des contes, alors garde le cap moussaillon! Enfin, vu que j'essaie de lire un peu à travers les lignes, et par curiosité malsaine, je me permets de te demander de manière officielle si tu n'es pas en train de réaliser une partie de mes voeux que ce têtard de Père Noël n'a jamais voulu m'accorder: vis-tu en Afrique du Sud? A bientôt M'sieu Jean! | | | À: Dolma · 26 octobre 2018 à 10:37 Message 168 de 213 · Page 9 de 11 · 744 affichages · Partager Tu es une lectrice pour qui les mots se suffisent à eux-mêmes, pour qui ils n'ont nul besoin d'une histoire pour exister. Tu es une lectrice enchantée par la mélodie lorsqu'ils font leurs gammes. Une poète. | | | À: Max68 · 26 octobre 2018 à 10:38 Message 169 de 213 · Page 9 de 11 · 742 affichages · Partager Toi qui me fais parfois l'effet d'un Africain en mal du pays, qui tentes des ailleurs mais toujours y reviens, merci d'être passé en attendant de mettre tes roues tout au sud du continent. | | | À: Zabazou · 26 octobre 2018 à 10:44 Message 170 de 213 · Page 9 de 11 · 739 affichages · Partager C'est que, voyez vous, je ne puis passer ma vie à raconter des histoires ici.
Je ris encore de nos folles escapades à Sainte-Hélène. Du vent qui vous décoiffait le bibi. Je vous dois bien une histoire minuscule sortie du chapeau (mais un poil capillotractée).
Les hommes d'ici, lorsqu'ils sont fermiers ou broussards, portent de larges couvre-chefs de cuir ou de toile maculés de sueur, les gars des villes sont coiffés d'une casquette américaine de marque, les élégants ne confient leur précieuse personne qu'à des panamas. Les dames vont souvent tête nue ou arborent de larges chapeaux dont la matière, la forme et les couleurs révèlent un peu de ce qu'ils protègent.
Les hommes d'ici, lorsqu'ils ne sont pas chefs, se protègent du soleil inhumain sous des bonnets de laine. Les plus audacieux gonflent le rasta emblématique. Les femmes qui parfois commandent portent des fichus mais vont souvent tête nue sous une coiffure apprêtée, hélas issue du trafic d'organes : des cheveux raides venus d'Asie. Ni voiles, ni chapeaux chinois, pas encore.
Tout en bas de l'échelle ruminent les moutons qu'on prive de leur toison isotherme au début de l'été et qui naissent quasi-chauves. Puisque personne ne pense à leur tricoter un bonnet ils forment dans les champs nus des grappes où chacun engage la tête entre les gigots de l'autre. Voilà pourquoi ils vont tous dans la même direction. | | | À: Boulwai · 26 octobre 2018 à 11:00 Message 171 de 213 · Page 9 de 11 · 732 affichages · Partager Ton astuce a retenu toute mon attention mais je me méfie des produits multi-usages. J'ai donc décidé de ne pas envisager de longues distances à vélo.
Je suis un-tiers-mi-temps du voyage... 
Moi aussi, je fais partie de la majorité silencieuse qui lit des contes, alors garde le cap moussaillon!
Bien, Capitaine ! | | | À: Voyajou · 26 octobre 2018 à 11:11 Message 172 de 213 · Page 9 de 11 · 724 affichages · Partager Je suis un-tiers-mi-temps du voyage... 
.. Et à l'instar de ceux du spectacle, tu es aussi un artiste... dans ton genre | | | À: Voyajou · 26 octobre 2018 à 13:32 Message 173 de 213 · Page 9 de 11 · 707 affichages · Partager Ta prose est toujours aussi belle, j'apprends des mots en te lisant 
Serais-tu allez à st Hélène qui est maintenant reliée par avion ? Une destination qui me fait rêver surtout par ce qu'elle représente plus que par ce qu'il y a à faire | | | À: Rjulie95 · 27 octobre 2018 à 9:48 Message 174 de 213 · Page 9 de 11 · 670 affichages · Partager Non, je ne suis pas allé à Sainte Hélène mais dans une discussion évoquant l'ouverture de la liaison aérienne, nous avions un peu déliré avec Zabazou. Bien que sans message depuis un an, cette discussion est toujours en tête de la rubrique dédiée sur VF.
Tiens, voilà une brassée de mots pour le week-end. | | | À: Voyajou · 27 octobre 2018 à 9:51 · Modifié le 14 déc. 2018 à 9:39 Message 175 de 213 · Page 9 de 11 · 668 affichages · Partager SexismeLa Pataugas est à l'arpenteur des sables ce qu'est le Land Rover au sauteur de dunes. Elles sont de même génération et toutes deux avaient déserté. La godasse la première, la bagnole il y a trois ans. Mais toutes deux sont des phénix. La chaussure revint d'abord, le véhicule, ce sera l'an prochain. Sauf que le futur Defender sera une vulgaire voiture et que la Pataugas nouvelle est fragile : j'ai une testeuse maison, qui les met à genoux en moins de deux ans. Au moment de les renouveler, il ressort que ne sont plus au catalogue que les tailles à partir du 41 (par chance, ma testeuse n'est ni Berthe ni geisha), c'est à dire plus souvent adaptées à ce coureur qu'était l'homme qu'aux petons de Lucy. Alors, comme si un rapace y connaissait quoi que ce soit en cordonnerie, on se rabat sur Aigle qui plagie éhontément son concurrent défaillant. Une copie très seyante mais qui oublie un point essentiel : la sculpture. Les crampons trop profonds sont à bord droit alors qu'ils étaient évasés sur la semelle originale. Les cailloux y restent bloqués. Du coup, ma testeuse revient du désert dans un tintamarre de camion minier. Dans dix ans j'aurais de quoi construire une nouvelle maison. *
Ah ! ça ira, ça ira, ça ira (Les marcheurs s'essoufflent mais ils ont un plan B : le plan vélo. A ce train là ils vont finir la quinquennat en voiture de fonction.) Ici, dans l'ancien monde, marcher n'est pas une option pour la majorité. Elle marche par défaut. Dès l'aube, chaussés de godillots, les travailleurs marchent sur les pistes où croisent quelques femmes bondissantes fuselées de rose -mignonnes, pas toujours. Les plus riches des pauvres enfourchent de vieux vélos, frusques flottantes pour seuls freins, et se font dépasser par des athlètes moulés flashy, mollet long et cuisse de grenouille, pectoraux en mode soufflerie, énervés sur des machines titanesques. *
CollectorHaute stature, longue chevelure sombre aux mèches rebelles qui sont des bouclettes contrariées, pupille bleu pale et regard lointain, peau sombre et traits indo-européens, quelque chose du fils de Henri Fonda et de Pocahontas. Ainsi se présente Ivan à qui nous louons des locaux inoccupés tandis qu'il attend les siens, là où, en provenance du Cap, il s'installera dans la petite ville. Ce quadra déjà vintage est collectionneur et fournit des musées dans tout le pays ou le casting mécanique de tournages son domaine de prédilection est la ferraille, de préférence motorisée. Comme il faut bien se détendre, il pratique le moto-cross en compétition. Dans les rayonnages bottes, combinaisons et casques, un ensemble par marque de moto, sont soigneusement rangés. Coté voiture il fait fort et j'envisage ou de tripler le loyer ou d'exiger qu'il règle en nature. Voici dans quel équipage il a l'outrecuidance de me rendre visite !
*
CamouflageAu Blue Whale, de la terrasse étroite qui se termine en poupe et forme une dunette, nous scrutons vainement l'Océan Indien en quête du mythique mammifère marin. La baleine bleue aurait choisi cette couleur pour échapper aux harpons pas si pacifiques de l'océan voisin. C'est assez réussi : même les meilleures Zeiss sont bredouilles. Pas une blanche, pas une grise, pas une bosse. Elles jouent à cache-cachalot. Elle avait beau être intensément de la partie, augmentant les chances de surprendre une élégante de cent tonnes au bain de minuit, mais peut-on tout demander à la Lune ? *
Guerre ou paixUne paire de pigeons en Bretagne, ça va. Ici, trois paires, bonjour les dégâts. On ne s'entend plus roucouler et lorsque ces bestiaux s'avancent, la piétaille volante décolle. Le pigeon nuit à la diversité. Un peu partout dans le monde les colombidés se sont adaptés et prennent beaucoup de place au détriment des autres espèces – toute ressemblance... Ici, ils sont chez eux. Ils m'y ont précédé et seront encore là bien après mon départ. Une petite douzaine de spécimens dont je peine à déchiffrer l'organisation sociale, qui me semble être à géométrie variable, a fait sienne ma propriété. Lorsque je m'enquière de leur titre, ils roucoulent. Lorsque muni de mon lance pierre je les chasse en visant les genoux, ils piaillent, s'envolent et... reviennent. Lorsqu'à l'aube, dans un silence absolu et une fraîcheur fugitive, je savoure le thé noir en croquant de blonds shortbread, ils sont déjà à l’œuvre, arpentant bruyamment les toitures de tôle. Ils sont chez eux, on dirait des nationalistes bornés. Le nid de résistance est à la rupture de deux toitures qui forme un abri aux vents dominants. En plus il est couvert par débordement, comme s'il s'agissait de se protéger de pluies qui n'ont plus cours. J'ai tout tenté, y compris la posture de l'épouvantail agité. Rien n'y fait et je ne peux pas passer ma vie à la chasse. Profitant d'une longue échelle de passage, j'ai fourré le foyer en gestation (ici, c'est le printemps) d'un bouquet d'acacia agrémenté de feuilles charnues d' aloe ferox. Allez donc nicher ailleurs ! Dès le lendemain, j'observe que mes défenses ont été visitées mais l'ennemi s'est retiré. Le surlendemain, le doute n'est plus permis: les lignes bougent. Le troisième jour, mon treillis est dégagé et le vent mauvais me l'apporte comme un trophée.
Plus tard dans la journée, une fine tourterelle se pose sur un fil à linge, calme, assurée, pas du tout effarouchée même si je garde mes distances. Au crépuscule, un grand faucon se joue des courants d'air entre montagne et vallée avant de piquer.
En quelques heures, comme dans le bureau ovale, faucons et colombes se sont succédé. Pour l'heure, je poursuis cette guerre picrocholine. Ecce homo.*
CurriculumCette nouvelle entreprise tente de prendre sa part du marché localement florissant de l'entretien des propriétés. Après une longue liste de compétences, si hétérogène qu'elle sème le doute, le prospectus conclut en slogan : « honnêteté, fiabilité, prix bas ». Si le troisième argument est si trivialement universel, les deux premiers sont moins communs. S'agit-il d'une publicité comparative ? Est-ce à dire que les entreprises établies seraient malhonnêtes et peu fiables ? Imagine-t-on en France pareille réclame où ces qualités semblent si naturelles qu'on ne saurait s'en prévaloir (et pourtant...) ? Et Facebook, par exemple, peut-il revendiquer ne serait-ce que les deux premières ? *
Bagdad cafeUn voisin immédiat dont la limite aux fantaisies se trouve heureusement située assez loin de ma terrasse est passionné de culture locale. Il a pourtant -ou bien en est-ce la cause?- travaillé partout dans le monde pour le compte de multinationales mais s'est retiré assez jeune. Parmi ses manies sont les windmills, sans qu'il soit pour autant un Don Quichotte -mais il en a dans la manche. Il ne peut vivre sans avoir dans son champ de vision un de ces Meccano qui, grâce au vent, pompent l'eau vers des réservoirs. Il vient d'en ériger un qui me tient lieu de girouette et d'anémomètre. Ceux qui ont la chance de voyager dans les vastes régions chaudes et arides, où des hommes résistent pourtant, visualisent aisément l'engin si caractéristique et qui est comme une enseigne pour la soif alors que son cousin batave est celle de la faim. *
« Jésus pour tous »Ainsi est intitulée l'invitation à se retrouver au parc municipal en soirée. Il est recommandé d'apporter son pique-nique mais l'alcool, privilège des officiants, est prohibé. Peu convaincu que je suis par l'ambition universelle, c'est l'occasion de voir ce qu'il en est dans cette Babel arc-en-ciel où pullulent les obédiences. Le parc est situé dans le township, dès les abords quelque chose cloche : j'identifie des voitures stationnées qui ne sont pas celles des habitants de cette partie de la ville. Confirmation dans l'enceinte avec une trentaine de Blancs assis par terre ou installés dans leur fauteuil de camping. Les Africains dont les ancêtres occupaient ce continent avant que la bougeotte ne s'empare des Européens sont plus de cinq cent. Si la proportion reflète celle du pays, ce mélange, qui n'est pas un melting pot, n'est pas si fréquent hors les grandes villes. Sur la scène, des chœurs d'enfants -chair à canon-, des rockeurs amènes, des finals en alléluias, pas de prêche.
Le samedi suivant, des membres de la New Apostolic Church sont venus de loin pour chanter les louanges de Dieu. Une quarantaine d'hommes quadragénaires forment le chœur principal de cette chapelle du christianisme dont la très grande majorité des membres sont Africains. Ils ont du coffre, même si les T-shirt sont plutôt tendus en-dessous des pectoraux, ils chantent fort et bien, dansent un peu en roulant des hanches. C'est, ma foi, assez émouvant. * | | | À: Voyajou · 28 octobre 2018 à 0:06 Message 176 de 213 · Page 9 de 11 · 625 affichages · Partager Le poids des mots...de Voyou. Le choc des photos... une bagnole | | | À: Kate · 28 octobre 2018 à 11:03 Message 177 de 213 · Page 9 de 11 · 611 affichages · Partager Tu aurais préféré : Le choc des photos... le voyou ? | | | À: Atila · 28 octobre 2018 à 11:41 Message 178 de 213 · Page 9 de 11 · 597 affichages · Partager Oui. | | | À: Kate · 30 octobre 2018 à 14:01 Message 179 de 213 · Page 9 de 11 · 546 affichages · Partager Je m'étais pourtant efforcé d'utiliser un cadrage éprouvé : le trois-quart arrière.  Je ne prends plus de photos (le Lumix reste en France). Tout au plus quelques captures au téléphone comme on les ferait au lasso.
Il me semble avoir déjà posté un selfie dans un carnet précédent (j'étais à la fourche d'un arbre, en mode Tarzan saisi d'un doute). | | | À: Voyajou · 24 novembre 2018 à 15:09 · Modifié le 14 déc. 2018 à 9:45 Message 180 de 213 · Page 9 de 11 · 479 affichages · Partager Chants de foire
Jusqu'alors le salon annuel du livre se tenait dans une propriété historique, l'une des plus belles de la ville, on allait des jardins aux salons, canapés en main on s'asseyait à l'ombre de ficus centenaires et les conférences se tenaient dans le petit théâtre privé. Cette année, ça se passe au champ de foire, là où deux semaines plus tôt on adjugeait des lots de bestiaux et déambulait parmi les stands de machines agricoles. Il est question d'élargir l'audience de l'événement. Alors certes les barbecues surchauffaient, comme les groupes de country, mais malgré la venue de gros tirages, et dans leur sillage de jolies femmes, la littérature n'a guère élargi son champ. *
Blacksmith
Où est le bien, où est le mal Noir comme le diable Chaud comme l'enfer Insaisissable Seigneur de guerre (B.Lavilliers)
Il n'est qu'à moitié black, ne s'appelle pas Smith, et pourtant Kashief est forgeron Dans l'ancienne petite église catholique devenue trop grande pour la poignée de fidèles, il a installé une forge d'enfer. Épais tablier de cuir fauve, masse de muscles prolongée d'une masse, il martèle un fer plat sur l'enclume énorme lorsque je parais au seuil son antre. Il suspend son geste et sourit. Il sculpte la ferraille ancienne, équipe ses oiseaux d'ailes de voitures, façonne en fleurs des socs usagés et ses portails semblent des graminées ondulant dans la savane. Kashief est musulman, ils ne sont guère nombreux à la ronde. Il pratique sa foi autant que faire se peut et vit librement avec une tisserande blanc d'ivoire. *
L'enfer
(Que les esthètes et les romantiques me pardonnent, il est encore question de voiture -mais pas que)C'est arrivé sur la piste de Die Hel (L'enfer) qui dans les Montagnes Noires n'est pourtant même pas une rouge. Un voyant s'est allumé signalant qu'une portière était mal fermée, qu'un cahot l'aurait décrochée. Vérification faite, il n'en est rien mais le voyant reste au rouge. Les vibrations infernales fatiguent le lourd commodo d'essuie-glace qui baisse d'un cran et voilà les balais étonnés radotant sous le soleil. Je numérote mes abattis. Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Mon intelligence naturelle les voit fermées mais l'intelligence artificielle les dit ouvertes. C'est elle qui commande la fermeture électrique mais il faut qu'elles soient au préalable mécaniquement fermées, ce qui est le cas mais elle ne veut rien savoir. Il est donc impossible de verrouiller la voiture puisque sur ces modèles il n'y a même plus de serrure accessible à une clef. Seule l'informatique permettra d'identifier et de localiser la panne.
La concession la plus proche est située de l'autre côté de la montagne. Je pars avec la nuit, grimpe en même temps que le soleil. Le thermomètre de bord descend. Il affichera zéro degré juste au passage du col et y restera longtemps pendant la descente de la face sud qui jamais ne voit le soleil. Dès l'ouverture à sept heures et demie, la voiture est prise en charge, le réceptionniste m'assure que dans deux heures ce sera réparé. Lorsque je reviens, aucun mécanicien ne s'est encore penché sur la question. Une heure encore et les portières sont ouvertes mais ne ferment toujours pas. Puis on l'abandonne là. Enfin, à midi, l'ordinateur localise la panne. Une simple connexion électrique débranchée par les vibrations. Bien sûr, on n'y accède qu'après avoir démonté ceci et cela, mais dans une heure, c'est sûr, ça roule. Il y a dans cette concession une petite dizaine de commerciaux et autant d'administratifs, mais, ce jour-là, seulement cinq mécaniciens. Tous les employés sont Blancs, ce qui est désormais rarissime, à l'exception des deux techniciennes de surface. Lorsqu'on représente une telle marque, deux solutions pour améliorer les performances : embaucher des mécanos Noirs ou inverser le ratio commerciaux/techniciens.
J'ai eu tout le temps de faire mon shopping de produits qui amélioreront l'ordinaire. Du poisson frais dont un angelfish de presque trois kilos qui est comme un ange sans ailes, en plus lourd. Du cheddar au lait de chèvre maturé dix-huit mois. Des fraises, du fenouil. Des raccords de plomberie pour l'irrigation.
En fin de journée, je rentre par la montagne, laisse à main gauche la piste de Die Hel, secoue la voiture pour tester la réparation. L' angelfish va arriver en tartare. Tout à coup, la sono joue African sunrise de Omar Sosa : mon téléphone, en charge dans la boite à gants et sans doute en manque de good vibrations fait le show. Mais il s'est trompé d'heure. *
US go home !
D'abord, je l'ai vue marcher, fuselée dans des collants indécents et malséants. 1,85m, 60-60-60, 52 kg toute mouillée mais il ne pleut jamais, gaulée comme une trique, imc squelette, moi pas en pâmoison. Longue chevelure sombre, visage fermé. Postérieurs de guépard efflanqué, arpentant les pistes comme les rues de l'aube au crépuscule avec une souplesse empruntée, chaussée d'une sorte d'après-ski en peau retournée. Un phasme trop voyant. Puis j'ai appris qu'elle avait des vues sur ma maison. Non mais ! Elle vient d'acquérir un terrain plus loin, mitoyen du champ d'amis et dans celui de leur vision. Doit-on craindre une construction à son image ? Elle possède et anime une chaîne de studios de yoga. Elle est américaine. *
Avec le temps
C'est une piste très ancienne qui conduit du plateau à la rivière et que tracèrent des éléphants qui savaient déplacer cinq tonnes à la force du mollet. Longtemps après leur extermination on s'avisa de l'intelligence de cette trace qu'élargit alors un bulldozer motorisé. Abandonnée puis oubliée, il en reste la saignée au flanc de l'escarpement. Il faudra en dégager un acacia mort de soif qu'un coup de vent dans le défilé aura abattu et plus d'une fois combler de pierres des ravines. Des springboks filent comme s'ils avaient un léopard aux trousses (le léopard est ici au sommet de la chaîne alimentaire), des babouins observent la situation de ce regard faussement indifférent, un peu condescendant, qui les caractérise, des rapaces patients tournoient (la proie est un peu grosse quand même). Lorsque j'atteins la rivière, je me félicite de n'être pas encombré d'un maillot de bain : son lit est un taillis de fynbos et jusqu'au barrage de retenue on roule dans la mémoire d'un lac. *
Les causes perdues
Au commencement, ils entreprirent de restaurer les jardins de l'église anglicane, taillant et repiquant, arrosant le dimanche. C'était leur éden temporel -et temporaire : faute de soutiens, ils ont abandonné. C'est à nouveau un jardin anglais.
Elle s'essaye à l'animation du club de Scrabble, cinq membres : un paraplégique inconsolé de la mort de son mari, jouant à la vitesse de qui a oublié le temps. Une petite dame alignant de petits mots qui font du chiffre. Un diplomate à la retraite ne posant que des mots longs comme un discours. Le fondateur du club, coiffé d'un bonnet qui doit ralentir le flux neuronal. Il s'épuise à la collecte de fonds pour le club d'échecs du township, activant ses recettes d'antan, pour moins de joueurs que l'échiquier ne compte de pièces. Après dix années passées ici, à soixante quinze ans ils envisagent de retourner à Johannesburg. *
Escroquerie en bande organisée (Black Friday)
Le premier distributeur d'ameublement du pays, une banque et une compagnie d'assurance joignent leurs savoir-faire pour une offre incluant mobilier, crédit et assurance. Vous convoitez un canapé dont le prix comptant est de 10 000 rands mais ne pouvez l'acquérir qu'à crédit. Pendant trois ans, outre un premier versement de 1 000 rands, vous payerez 627 rands/mois. Nulle part n'apparaît le taux du crédit (c'est trop abstrait pour les clients) mais le débours total est signalé en petits caractères : 22 572 rands. En trois ans, vous aurez payé 2,2 fois votre canapé. A en tomber sur le cul ! Dans ce package, même si vous n'en avez plus depuis longtemps, vous payez une assurance perte d'emploi, sans doute au cas où vous en retrouveriez un dans un pays où le taux de chômage officiel frise les 30%, soit du même ordre que le taux des « services » appliqué à votre canapé. Même si le taux d'inflation est de 7%, le différentiel est injustifiable. Malgré les mises en garde des services de l'état et les campagnes de presse, les affaires continuent.
P.S. Une publicité dans un quotidien français m'informe que je peux acheter une Renault financée par un crédit à 0,99% (on voit bien que le boss est interné au Japon). Qui a dit qu'on ne prêtait qu'aux riches? *
Expédition
Avec des amis, nous partons en convoi (deux 4X4, un de trop) vers une destination lointaine (quelques heures de piste), un lieu où il n'y a rien. Lui se défonce à vélo dans la montagne, il est sur une mauvaise pente. Elle est professeur émérite de yoga. Deux activités qui m'allongent illico. Il s'agit d'être prévoyants et prudents. Brain storming, check list et tutti quanti. C'est du sérieux. Je n'en fais pas autant pour trois mois sur les routes. *
Rendez-vous manqué
Ce soir, la Lune se réveille au nord-est. Elle est hostie dans le calice d'un col -comment naissent les rites ? Nous sommes dans la calotte antarctique, le soleil pas encore couché lui fait des appels de phares. Elle en rougit. Il poursuit sa course et bientôt elle pâlit. * | Carnets similaires sur l'Afrique du Sud: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 8 628 visiteurs en ligne depuis une heure! |