Voyajou · 30 octobre 2016 à 9:06 · 55 photos 213 messages · 26 participants · 15 969 affichages | | | | À: Voyajou · 15 juin 2017 à 11:34 Message 61 de 213 · Page 4 de 11 · 1 128 affichages · Partager Alors, quelques brins de la France du Sud?
Quand la prose est belle (en fait la moche je la zappe mais tu le sais) je la préfère de très loin en brins voire en brindilles plutôt qu'en pavé donc qu'ils soient de France ou d'ailleurs tes brins je les prends et je les savoure...
Dolma | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Dolma · 13 octobre 2017 à 17:53 · Modifié le 21 oct. 2017 à 17:20 Message 62 de 213 · Page 4 de 11 · 1 029 affichages · Partager Je vous offre un Mocaa ?
Colonisation, traite, apartheid.
Qu'ils peignent ou sculptent, qu'ils photographient ou filment, les artistes africains contemporains puisent leur inspiration dans une histoire douloureuse. Celle du continent. Et plus qu'ils y puisent, sans doute s'impose-t-elle à eux -breuvage amer.
D'une salle sombre où défile sur de multiples écrans une somptueuse fresque vidéo en noir et blanc où des files de Noirs portent le monde, à la suivante éclaboussée d'or et de lumière, l'entrée en matière est fulgurante. Plus loin, des corps rutilants, des armes, de la fureur. Au fil des salles et des corridors, contrainte architecturale oblige, l'expérience sera inégale mais toujours les artistes sembleront proches de leurs racines -à l'exception peut-être des contributeurs afro-américains.
Le Zeitz Mocaa (Museum Of Contemporary Art Africa) est construit dans les anciens silos du port du Cap d'où le pays exportait ses céréales vers l'Europe. Prouesse architecturale que l'évidage chirurgical de ces fûts longtemps la plus haute construction de l'Afrique subsaharienne pour en conserver l'esprit et laisser place au nouvel usage. On pénètre en silence au cœur du grand orgue d'une cathédrale.
Artistes Noirs, visiteurs Blancs, financements blancs, travailleurs Noirs. Une histoire de blé toujours, exporté dans le passé, désormais importé. Hier des milliers de paysans et d'ouvriers, désormais un investisseur et dix millions de touristes.
Scénographie perfectible. Une minorité d’œuvres majeures individuellement mais l'intention d'une force collective. Péché de jeunesse probablement puisque la majorité des œuvres présentées à l'ouverture (22 septembre 2017) sont issues d'une collection personnelle. Le fondateur en est conscient qui voit son initiative comme une plate forme à enrichir. Cependant, communication oblige, le Mocaa évoque le MoMA ou la Tate comme s'il jouait déjà dans cette cour. Dans le même temps il aspire à la visite des Africains de toutes conditions et dispose en entresol d'un education centre. Considérant que dans une salle d'environ cent cinquante mètres carrés aux proportions canoniques sont exposées seulement quatre petites photographies, il faudra en effet un sérieux travail d'explication aux habitants des townships qui partagent des cabanes d'infortune par familles entières. Et comme la place ne manque pas, l'établissement d'un espace dédié à la mémoire des lieux aurait toute sa pertinence.
Le Musée partage les silos avec un nouvel hôtel de trop haute gamme – une nuit kitch international y coûte six mois de salaire d'une femme de chambre- au sommet duquel un bar surplombe la ville. En mode toupie défilent les ports, l'urbanisation, la montagne et l'océan. Jusqu'à Robben Island où fut détenu Mandela. On y sert un café serré avec une pointe d'acidité digne des meilleurs mokas.
Nombre de villes portuaires ont désormais « réhabilité » leurs docks désaffectés (mal aimés ?). Si c'est souvent réussi, ces nouvelles affectations sont toujours troublantes.
(étrange coïncidence : ces notes fugitives d'une première visite sont couchées dans un carnet de moleskine offert par... Nespresso)
Le site du musée: zeitzmocaa.museum/
*
Valises diplos
La décision d'envol prise tardivement, les offres des compagnies habituelles apparaissaient sans attrait alors qu'Ethiopian Airlines déployait des ailes accueillantes et surclassait pour une poignée de birrs. Va pour la route de l'est et l'Afrique dès le décollage.
A Roissy, la file d'enregistrement des bagages du Paris/ Addis-Abeba est un lent et interminable serpent. Chaque passager pousse un empilement pyramidal de valises savamment organisé mais ondulant : quelque chose d'une harde de diplodocus, retour vers Jurassic Park. La cabine du cargo ne sera occupée qu'aux trois-quart mais le poids embarqué en sera certainement inchangé.
Atterré, j'exprime ma gratitude à ma cothurne incapable de renoncer à sa petite entreprise d'import-export et qui trouve mille façons de remplir, à l'aller comme au retour, une valise de soute -mais une seule. Valise diplomatique dont je ne découvre que tardivement l'indispensable contenu.
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Cambrioleurs
Et d'une espèce qui n'aurait ni lu Arsène Lupin ni écouté Jacques Dutronc.
Marlene habite une petite ferme grande comme un canton et l'hiver a été rude. En particulier elle a eu fort à faire avec les babouins affamés qu'elle éloigne comme elle peut, s'interdisant le seul moyen radical. Alors qu'elle était en ville, les gentlemen baboons sont entrés dans la maison en brisant les vitres, ont ouvert placards et réfrigérateurs, pillé le tout, déféqué le surplus et dévasté le reste.
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Agriculture et développement
Je m'obstine à entretenir un minuscule carré de pelouse, héritage des Anglais au désert. Au moindre manquement elle se délite – et des manquements il n'en a pas manqué tandis que je cultivais ailleurs. Je resème deux ou trois lignes de Kikuyu grass qu'à lire les instructions du sachet il conviendrait de fertiliser. Alors s'opposent deux écoles : compost ou minéral ? Les tenants de la première arguent de sa durabilité, de son innocuité et du fait que la plante devant synthétiser les nutriments par elle-même en serait renforcée. Ceux de la seconde mettent en avant l'efficacité et la rapidité d'une nutrition pré-digérée facilement assimilable.
De même il conviendrait de ne pas donner à ceux qui manquent de tout mais de leur apprendre à se débrouiller par eux-mêmes.
Je n'ai pas souvenir d'une incarnation précédente en Kikuyu mais dans l'actuelle, si j'ai un besoin ce n'est pas d'une morale de nanti.
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« Le meilleur moyen de se payer un costard, c'est de travailler ».
De leurs abris à l'écart, par dizaines ils sont venus à pied jusqu'à la ferme. Point de soleil encore lorsqu'ils embarquent dans les bennes de pick-up. Vêtus de hardes déchirées et coiffés de bonnets ajourés par l'usure ils se blottissent contre la froidure. Dix minutes de piste avant de pouvoir se réchauffer tout le jour au bout de pelles et de pioches.
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Denver est un sans-dent, au propre comme au figuré. Cependant, un sourire étincelant – dans les yeux. Seule manière de l'effacer: le réprimander. Alors, regard éteint et bouche ronde. En conséquence de quoi je ne lui adresse plus que des félicitations.
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La blonde Colleen les portait longs, parfois fleuris, ondulant aux bises printanières. Puis est arrivée la saison des foins, la voilà tondue, et bientôt fanée.
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De mémoire d'Anglais et même d'Afrikaner, de plus loin encore les Khoisans en attestent, jamais la pluie n'avait oublié les lieux avec une telle constance durant tant d'années.
Que le désert manque d'eau, quoi de plus habituel me direz-vous. Mais voilà que la société locale des jardiniers a reçu en grande pompe une délégation de Capetoniens en quête de plantes sobres. Cape Town bénéficie d'un climat méditerranéen aux précipitations hivernales mais en ce début de printemps ses réserves d'eau sont à 27% alors qu'elles devraient avoisiner 80%. Il se dit que déjà les hirondelles ne volent plus jusqu'ici.
L'idée d'un sacrifice humain suit son cours et enfle le camp de ceux qui pensent que ce Breton fraîchement débarqué serait tout indiqué. Je vais troquer ma baguette de sourcier contre un casse-tête.
*
Au pignon d'une dépendance tourné vers la savane j'ai ménagé une large ouverture pourvue d'une fenêtre à guillotine d'époque. J'ai disposé à l'intérieur une fauteuil de toile, une table pliante et deux malles-poste puis éparpillé quelques objets fétiches.
Sur un rebord de brique une parfaite réplique de voiture tout terrain en bois, comme en sculptent les enfants d'ici. Je regrette, mais je ne partirai pas en Toyota.
*
| | | À: Voyajou · 14 octobre 2017 à 8:38 Message 63 de 213 · Page 4 de 11 · 984 affichages · Partager Bonjour Jean Luc, On a beaucoup ta petite ville du Karoo et j'aime encore une fois beaucoup ta prose. Mais trêve de plaisanterie, j'aimerais retourner à Cape Town rien que pour voir ce fameux musée! | | | À: Voyajou · 14 octobre 2017 à 20:53 Message 64 de 213 · Page 4 de 11 · 960 affichages · Partager Hello l'infatigable voyageur,
J'aime toujours autant tes nouvelles, bravo 
Toyota tu ne veux point et Def tu ne veux plus ? | | | À: Voyajou · 15 octobre 2017 à 8:09 Message 65 de 213 · Page 4 de 11 · 948 affichages · Partager bonjour Jean Luc
Que te dire de plus que les autres n'ont dit car je ne veux pas alourdir l'ensemble de ton récit, mais en tout cas j'adore tes petits morceaux d'Afrique Pour moi ce sont des tesselles qui composent une mosaïque et quand tout est en place on commence à entrevoir la complexité de ce monde là.Dans mon bout de Bretagne j'aime à lire ce qui décrit si bien ces endroits que je découvre année après année et qui illuminent mon quotidien les jours de crachin et de morosité. À se croiser un jour ici ou là bas, Sylvie et Sylvain. | | | À: Magryelle · 15 octobre 2017 à 10:29 Message 66 de 213 · Page 4 de 11 · 934 affichages · Partager On a beaucoup ta petite ville du Karoo
Pardon : 'on a beaucoup aimé ta petite ville du Karoo' | | | À: Magryelle · 16 octobre 2017 à 16:53 Message 67 de 213 · Page 4 de 11 · 898 affichages · Partager Tu feras bien de visiter le Mocaa. D'autant que mes notes sont un peu sévères : depuis que je suis dans le bush je ne pense qu'à y retourner. Et j'avais bien compris que tu avais été si enchantée par la petite ville où j'ai mes habitudes qu'un mot t'en avait manqué. | | | À: Max68 · 16 octobre 2017 à 16:55 Message 68 de 213 · Page 4 de 11 · 896 affichages · Partager Merci Jeff. La roue carrée du mythique Defender ou la vilaine perfection du Levant, voilà ma quadrature. | | | À: Slpb56 · 16 octobre 2017 à 17:01 Message 69 de 213 · Page 4 de 11 · 892 affichages · Partager Lorsqu'il s'agit de compliments, ce n'est jamais ni trop ni lourd.  Tu as été bien inspirée de passer par là. Je pensais écrire et tu m'apprends que je suis en réalité un mosaïste : tout s'explique. Il me restera à ne pas me mélanger les tesselles. | | | À: Voyajou · 16 octobre 2017 à 20:07 Message 70 de 213 · Page 4 de 11 · 871 affichages · Partager Bonsoir Jean Luc, et oui, mosaïste aussi! | | | À: Voyajou · 21 octobre 2017 à 17:23 · Modifié le 5 nov. 2017 à 8:22 Message 71 de 213 · Page 4 de 11 · 829 affichages · Partager Les pintades en Afrique AustraleOh bien sûr, elles ne portent pas crinière ni trompe, leur corne réduite à une crête, leur taille celle d'un ballon de rugby, aussi en parle-t-on rarement dans les rapports de safaris. Et jamais dans un restaurant ou les rayons d'un magasin je n'en ai vu la carcasse. Alors qu'elles trottent en nombre dans le bush, toujours affairées, et jusque dans l'espace public des banlieues chics où personne ne s'avisera de les plumer. Pourtant leur chair est à la fois fine et goûtée, rien de commun avec la volaille domestique. On me dit qu'il est possible, à l'occasion, d'en trouver dans une boucherie reculée de l'arrière pays (c'est loin-loin). Ou qu'il convient de les chasser soi-même. Mais il est une autre espèce de pintade. C'est ce que m'apprend en gloussant délicieusement une jeune amie installée depuis dix ans au Cap. La voilà picorant frénétiquement dans ses réserves -mais où donc l'ai-je mis?- avant de revenir brandissant l'objet de la traque: un bouquin ! Une vie de pintade en Afrique du Sud, publié par une française correspondante locale de journaux septentrionaux, est une lecture savoureuse. Bien que jeune plume l'auteur n'est pas une perdrix de l'année : qu'elle visite une sangoma ou écume les shebeens de Soweto avec ses copines arc-en-ciel, qu'elle fuck off un car-jacker ou déguste des vins dans une propriété huppée de Stellenbosch, Sophie Bouillon mijote des portraits craquants, épicés à sa façon. (Accessoirement, j'ai grâce à cette lecture grandement enrichi mon lexique : eye-liner, blush, nail bar...) P.S. Je survolai le dernier chapitre intitulé « Du sexe opposé » et ses rubriques Donneur d'orgasmes, Draguer au bénitier, Let's talk about sex, baby !, Sexcapades pour white only, Sappho en liberté, etc, quand pour la première fois, vous n'allez pas le croire, une petite équipe de pintades traversa ma tranche de désert. Ma prochaine lecture est toute trouvée : Le livre de la jungle. Déjà j'enfile mon mini-short en peau de zébi. *
Double cultureLa petite ville où j'ai mes habitudes s'est développée sur les terres fertiles d'une vaste ferme établie au pied de la montagne qui l'abreuve. C'était le temps des pionniers quittant les villes et les rivages avec un char à bœufs contenant toutes leurs possessions. L'équipée prenait fin près d'une rivière ou d'une fontaine. Aujourd'hui encore la petite ville préserve ses smallholdings, propriétés de quelques hectares où croissent luzerne et arbres fruitiers et paissent moutons et chevaux. Parallèlement elle s'enorgueillit de posséder la troisième plus ancienne bibliothèque du pays -c'est dire si une double culture irrigue les lieux. *
Le parrainLe nouveau voisin venu d'Europe centrale et dont l'origine de la fortune divise mariait son fils. La petite ville redoutait des escadrons d'hélicoptères et des norias de limousines. En lieu de quoi deux frelons et une demi-douzaine de 4x4 de luxe, les autres invités venus comme ils sont. Et voilà l'homme redouté, bâti comme une pyramide inversée, coup de poing et gâchette faciles, débonnaire empapillonné au volant d'un antique GMC débâché, conduisant les mariés. *
PolyactifsNombreux sont ceux qui occupent plusieurs métiers (que font les syndicats?). Le matin, Sipho est serveur dans un coffee shop, l'après-midi il lave les voitures. Brent est coiffeur et élève des poules et des moutons. Volgens écrit des livres prometteurs de bien-être, torréfie les meilleurs cafés du district, tient table ouverte pour le lunch et vend les œufs de ses poules heureuses. Madelyn est chanteuse, journaliste et répétitrice de français mais le recordman est Herman qui donne des cours de yoga, de massage et de cuisine (séparément), gère avec son partner indien un restaurant où ils servent principalement des produits locaux (une gageure), enfin détient une carte d'agent immobilier. Il arrive qu'il pratique l'aromathérapie avec un excellent curry. Quant aux habitants du township voisin, la plupart rencontrent les plus grandes difficultés à décrocher un seul travail. *
Bush raveNuit noire et silencieuse hors le souffle léger du feu de mesquite (Prosopis glandulosa), sentinelle inépuisable qui veillera jusqu'à l'aube. Soudain l'envie d'une autre musique, alors Keith Jarrett élève La Scala, retenue et flamboyance jusqu'au chaos, et un final de premier matin du monde. Qu'ils exécutent Bach ou eux-mêmes, tous passent leurs jours, puis leurs soirées, encordés au piano. Parmi les seconds, quelques improvisateurs de génie. Les premiers sont comme des traducteurs, des interprètes les seconds, comme les écrivains, font face à une partition blanche. Alors se fait la différence entre l'artisan et l'artiste. *
La semaine du goûtUn autre legs des Anglais est une plate forme de nourrissage des oiseaux suspendue à la ramure d'un ficus. Il arrive que j'y serve un quignon, en échange de quoi j'essaie de les faire chanter -sans grand succès : ils réclament un contrat je n'ai pas mieux réussi à leur interdire le survol de mon espace aérien. Mais voilà que j'ai oublié trop longtemps dans un recoin du réfrigérateur un petit reste de risotto aux fruits de mer (ce qui, je vous l'accorde, n'est guère locavore). Ma commensale parie qu'ils ne mangeront que le riz, dédaignant le poisson qu'ils ne connaissent pas, ne serait-ce qu'en carré pané. Je soutiens le contraire: ces carnivores féroces gobent au vol sauterelles et papillons plus grands que leur bec et les secouent jusqu'à ce que syncope s'en suive. Ils goûteront bien un tentacule ou une moule safranée. Quelques heures plus tard, verdict sans appel, les oiseaux du désert ont fait le fin bec : ils ont dédaigné... les petits pois. Mais nulle trace de protéines marines. *
Question de goût encoreJe redoutais ce moment mais il était inévitable. Sa réputation l'avait précédée et nous nous étions à l'occasion croisés dans l'anonymat réciproque. Très ancienne famille locale, propriétés illimitées, réputation de pas facile. J'ai accepté, sans savoir où je mettais les pieds, l'invitation à visiter un chantier quand crisse un pick-up 4x4 blanc d'où descend d'un air décidé un missile. 'La propriétaire' me souffle mon guide-architecte soudain blêmi. Haute et fine taille, yeux lac salé balayés d'une crinière ondulante argentée, chaussée de bottes de cuir, dégaine de prédateur, ascendant guépard. Pendant les présentations elle me toise, semble évaluer la situation comme s'il s'agissait d'un dating. Se détend enfin et nous souhaite la bienvenue chez elle. Sa benne chargée, elle repart comme elle est venue. Sans moi (comme on dit au poker lorsqu'on renonce à surenchérir). *
Il fait anormalement froid ce printemps et c'est encore la faute du réchauffement climatique : des bataillons d'icebergs se sont détachés du continent antarctique et encerclent à demi le pays. Peu en chaut à l'Atlantique, habitué des frimas chez son cousin du nord, mais l'Indien frémit. *
Je voudrais bien que le poète me dise en vers (et contre tout, alors même que je suis à l'envers du monde) pourquoi cette princesse chaussée de vair avec qui je partageais un verre de mint julep avant le décollage, une taiseuse à qui il faut les tirer les vers, pourquoi donc -ce ne peut-être la couleur du désert- est-elle ici ce soir alors qu'elle habite Vaires (Marne) ? * | | | À: Voyajou · 22 octobre 2017 à 11:01 Message 72 de 213 · Page 4 de 11 · 781 affichages · Partager droguée à la première piquouse sans oseille pour me payer ma dose je me shoote aux lectures de tous les camés des terres australes. Comme fournisseur inside tu en imposes. A ta gazelle aux sabots de vairs, le salut d'une native de Vaires. | | | À: Mamsissi · 24 octobre 2017 à 10:05 Message 73 de 213 · Page 4 de 11 · 734 affichages · Partager Quel sort, pour une native de Vaires, de se trouver ainsi démunie ! Jeune cigale, n'auriez-vous pas outrepassé la permission de minuit accordée par Monsieur votre père ? Mais qu'importe la thune, il est d'autres fortunes. Ton pseudo me rappelle ce panneau qu'on trouvait à l'entrée du Lesotho par le Sani Pass: " Lesotho is not for sissies".
Merci pour la drogue douce des compliments. | | | À: Voyajou · 24 octobre 2017 à 11:05 Message 74 de 213 · Page 4 de 11 · 724 affichages · Partager | | | À: Voyajou · 4 novembre 2017 à 9:42 Message 75 de 213 · Page 4 de 11 · 669 affichages · Partager Misère (2x2)Je n'ai pas osé lui demander dans quelles circonstances il les avait perdues, mais il ne les a plus, ni l'une ni l'autre. Il remonte avec une infinie lenteur la petite pente de l'interminable Church Street -j'espère seulement qu'il n'est pas en quête d'un miracle. Clopinant en retrait, vêtue de guenilles flamboyantes, comme elle hors d'âge, sa femme progresse au pas des roues. L'un et l'autre semblent dépourvus de forces – démunis par force. Mais comment ce cul-de-jatte fait-il pour que de l'assise de son fauteuil roulant manuel dépassent encore des bas de pantalon élimés ? *
3x3, puis 4x4Infléchi sur sa canne, il entreprend de quitter le coffee shop dépourvu de rampe d'accès. Le chemin est mal aisé mais connu. Deux marches d'abord, tout schuss (crac-crac-clop), puis virage à droite entre des jardinières et une barrière à laquelle il s'appuie. Encore deux degrés franchis. Arrivé sur le plat, c'est une souffrance de le voir projeter pour presque rien une jambe après l'autre. Sa femme, alerte ronde, a déboulé les escaliers et est installée à la place du mort depuis belle lurette. Le vieil homme contourne la voiture puis se hisse à la place du pilote à la force des bras. Alors, le moteur V6 essence de la Jeep Wrangler feule. Il sera chez lui, en bas de Church Street, en moins de temps qu'il ne lui en aura fallu pour quitter le café. *
8x8Per-Paol Jacq (appelons-le ainsi) est le rédacteur en chef d'une revue consacrée aux voyages en véhicule tout-terrain. Notre correspondance remonte à quelques années, lorsqu'il a décidé d'acheter un 4x4 en Afrique du Sud, mais le voilà qui me rend visite. Alors qu'il glose mois après mois sur la crème du marché, que ses fonctions l'amènent à tester des véhicules intouchables, que croyez-vous qu'il acquît pour ses vacances ? Un Defender du siècle dernier! C'est à n'y rien comprendre. Dans l'allée les deux bêtes côte-à-côte accouplées font un 8x8 convaincant. *
ImagineJ'assistais à la conférence d'un vieux sage Xhosa -visionnaire myope- qui dans sa jeunesse fuma la dagga en compagnie de John Lennon -Imagine! « En premier lieu, il s'agira d'éradiquer les religions (par apposition au frontispice des lieux de culte de bandeaux noirs : Prier tue L'abus de crédulité nuit grave). Ensuite de quoi les frontières seront d'autant plus facilement abolies qu'elles n'auront déjà plus guère d'existence physique. L'étape la plus longue sera le métissage obligatoire et généralisé. Enfin, il restera à répartir équitablement les ressources. Alors, plus de mauvaises raisons pour la castagne entre les variantes de l'espèce. » Tous les auditeurs, comme un seul -et moi avec, conscient pourtant qu'il ne s'agirait que d'un recommencement, un reset, et qu'il faudrait alors reprogrammer, cultiver la nature humaine- souscrivirent sur le champ leur adhésion au projet nous étions prêts à nous battre pour imposer une telle vision...
Avec ce sens de la charité qui lui est consubstantiel , mon prochain sur le banc m'envoie son coude dans les côtes, évanouissant le songe : je m'étais assoupi durant le prêche du révérend -on connaît la musique- qui est le ticket d'entrée imposé pour écouter la mélopée d'un chœur d'hommes réputé. Un Imagine bimillénaire demeuré lui aussi au stade de l'incantation. *
Avoova (Est-ce l'année de la volaille en Afrique du Sud?) Dans l'autruche tout est bon. D'abord élevée pour ses plumes (il y a un siècle, une véritable pintade occidentale ne sortait pas sans elles), elle l'est désormais principalement pour sa peau, pour la viande (d'un maigre intérêt au regard de la concurrence locale sauvage) et accessoirement pour les œufs (qu'il faut casser au marteau avant de cuisiner une omelette pour une douzaine avec un seul d'entre eux). Et voilà que reprenant l'usage des Bochimans qui en faisaient des colliers et des bracelets, Avoova utilise les coquilles brisées pour réaliser des objets d'art. Cette initiative communautaire occupe une cinquantaine d'artisans mosaïstes dans un atelier interdit au public. Certaines pièces nécessitent plus d'un mois de travail : peindre, composer, assembler, incruster, polir. C'est le plus souvent réussi, harmonieux, d'une extravagance sobre évitant le kitsch. *
EvolutionSelon le sage, pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre. Et voilà que nous élevons un tamagotchi et tenons un blog tandis que croissent les déserts. *
Little Madame Sans-GèneAssise à la terrasse de l'hôtel historique qui, question épopées en a entendu d'autres, elle s'adresse à son miroir, un modèle argenté rehaussé d'une pomme, qu'elle tient à vingt centimètres de son visage et regarde intensément : Nous avons vu des animaux par miiiilliers... et les cinq big five aussi... et Robert a bien failli mourir... (interrompue par le miroir qui pose une question) ... oui il fait beau... enfin, non... ce n'est pas comme chez nous... c'est variable... (intervention du miroir curieux) ... la voiture est bien, oui... mais la conduite... C'est l'heure creuse dont profitent les habitués les regards se croisent, s'accentuent les sourcils puis chacun repique vers sa lecture. Je suis tout à l'opposé de la terrasse mais j'entends le récit épique comme si elle me criait dans l'oreille et c'est d'autant plus irritant que cette langue étrangère m'est familière. Frein rongé, je m'approche de leur table pour les informer qu'il n'est pas certain que la maigre assistance soit intéressée, surtout en français. La petite madame s'interrompt puis reprend deux tons en dessous, Robert fait des yeux ronds comme s'il venait de voir le sixième big five. *
RestaurationVeld restoration, c'est le métier de Sue. Plus qu'un métier, c'est sa mission, son grand oeuvre. Il s'agit de semer ou de planter dans le veld des espèces végétales indigènes et d'éradiquer les aliens. Ne lui parlez pas de palmiers, de cactus ou des mesquites, pourtant adaptés et répandus : ils ne sont pas d'ici. Installés non par les vents ou la crotte d'antilope mais par la volonté de l'homme. Son propre jardin est un manifeste, elle n'y intervient d'aucune manière. Sable, cailloux, arbustes étiques, c'est sa morale. Ses ancêtres sont arrivés de Hollande il y a plus de trois siècles mais elle n'envisage nul retour qui permettrait au veld de retrouver ses habitants originels. *
Tourterelles (C'est bien l'année de la volaille en Afrique du Sud) L'impression qu'on peut bien se réfugier n'importe où dans le monde, elles seront là. Leur entêtant roucoulement me scie les nerfs. Quoi, si peu de vocabulaire et dans une seule langue pour s'imposer ainsi sur la scène internationale ? J'ai ressorti mon lance-pierre qui a tenu en respect plus d'un babouin au bivouac. La cible est plus petite, ma précision est en progrès. Quant aux projectiles, pas d'inquiétude : j'ai un tas de gravier de rivière en attente d'allées (environ 162 000 projectiles). * | | | À: Voyajou · 4 novembre 2017 à 10:56 Message 76 de 213 · Page 4 de 11 · 650 affichages · Partager Un Defender du siècle dernier! C'est à n'y rien comprendre.
C'est le coté mythique de la bête et sa, pseudo, fiabilité qui l'ont attiré
elle l'est désormais principalement pour sa peau, pour la viande (d'un maigre intérêt au regard de la concurrence locale sauvage)
C'est vrai que trouver autre chose que de la viande de bœuf, dans un restaurant, en AFS relève de l'exploit et pourtant la viande d'autruche est très bonne, j'en consomme régulièrement en France.
Et voilà que reprenant l'usage des Bochimans qui en faisaient des colliers et des bracelets, Avoova utilise les coquilles brisées pour réaliser des objets d'art.
Leurs réalisations sont très belles
Assise à la terrasse de l'hôtel historique qui,
C'est dans ta région cet hôtel ? | | | À: Voyajou · 4 novembre 2017 à 12:03 Message 77 de 213 · Page 4 de 11 · 632 affichages · Partager Moi aussi, je suis une lectrice silencieuse, mais admirative. Ce carnet est magnifique et très instructif.
Nous venons de rentrer de l' Afrique du Sud, Cape Town et sa région. Malheureusement, nous n'avons pas eu le temps de visiter le nouveau musée d'art contemporain. Il faut parfois faire des choix et les nôtres se portaient plutôt sur la nature et la randonnée.
Merci Jean-Luc pour ce partage. 
Carmen | | | À: Voyajou · 4 novembre 2017 à 17:05 Message 78 de 213 · Page 4 de 11 · 604 affichages · Partager | | | À: Max68 · 15 novembre 2017 à 9:17 Message 79 de 213 · Page 4 de 11 · 534 affichages · Partager Oui, mais non. Je sors de dix jours à 2x1 (un vélo pour les néophytes), sac sur le dos (quand je pense que certains s'y adonnent par plaisir  ), le temps d'identifier la panne (une histoire de durite, encore) de trouver la pièce (à Durban, finalement), d'envoyer le paiement, de la recevoir et de la poser. Finalement, le Defender correspond parfaitement à ma conception du voyage: place à l'imprévu. | | | À: Ticapi · 15 novembre 2017 à 9:23 Message 80 de 213 · Page 4 de 11 · 530 affichages · Partager Merci d'être sortie de ton silence parce que, quoi qu'en dise le proverbe, c'est la parole d'argent qui fait l'or d'un forum.  Note qu'il est possible de randonner au Mocaa en utilisant les escaliers noirs en colimaçon qui desservent les cinq ou six niveaux. | Carnets similaires sur l'Afrique du Sud: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 3 873 visiteurs en ligne depuis une heure! |