Lesotho post-traitement
Ne vous attendez pas à ce que je vous présente sous ce titre quelque misérable cliché retraité par l'intelligence artificielle : elle n'a pas atteint un niveau suffisant. Confirmation en phonetos ci-dessous.
Il s'agit plus naturellement de bactéries intelligentes et aventurières qui, l'automne arrivant, ont pressenti et devancé le moment de descendre de l'estive. Et pourquoi pas en voiture, ça changerait du saute-mouton.
Ce qu'elles n'avaient pas prévu c'est de se retrouver à mille kilomètres de là, dans le désert.
Ces bestioles peuvent-elles en concevoir une vengeance? Sans avenir, agonisantes, elle me soufflent une pneumonie à moitié invalidante en guise de cadeau d'anniversaire.
Le médecin débonnaire en retraite ici me congédie en riant de sa blague. Il vient de m'expliquer, joignant presque le geste à la parole, comment une femme doit contrôler la température de l'homme.
Entre la consultation et les antibiotiques je m'en sors pour une bonne semaine de salaire de jardinier. Je ne risque pas de le rencontrer ici. D'autant que rien de tout ça n'est remboursé, même si les médicaments sont de contrefaçon.
*
Le mal des mâles
Ils ont en partage un corps massif et musculeux mais pas plus que chez leurs maîtres austères et pieux la sexualité récréative n'est de mise chez les béliers.
Ils sont pourtant la substantifique moelle de ces lieux si secs que des larmes ne reste que le sel.
Ainsi les voit-on désœuvrés, la mine neurasthénique, tourner dans des enclos réduits. Pas même un combat à se mettre entre les cornes puisqu'il serait sans enjeu.
Dans quelques mois il faudra mettre les bouchées doubles, à un pour cinquante, vierges ou pas, cavaler à travers des milliers d'hectares, passer et repasser pour assurer. Et se battre comme s'il n'y en avait pas pour tout le monde alors qu'on n'est quand même pas en
Chine.
Stop aux cadences infernales !
Halte à l'exploitation de l'animal mâle !
[On peut écouter en complément
Animal on est mal de Manset]
*
Fuir toujours
Le père de Mary élevait des vaches laitières au
Zimbabwe lorsque le Président Mugabe, héros de l'indépendance, décida faute de mieux de donner les terres agricoles aux vétérans de son armée.
Pour sa famille comme pour d'autres, l'alternative était simple : partir debout ou les pieds devant.
Ils s'installèrent dans la voisine
Zambie, les compteurs à zéro.
Là, le paludisme ne tarda pas à emporter le père. Ce qu'il restait de la famille s'installa à
Johannesburg où Mary passa son adolescence.
Entre temps les vétérans occupant les fermes avaient mangé les vaches laitières.
Une fable de La Fontaine à l'envers.
(Le nouveau président du
Zimbabwe, aussi pragmatique que son prédécesseur était dogmatique, propose aux fermiers Blancs de revenir moyennant non pas la pleine propriété de terres qu'ils avaient obtenu par la force et rendues sous la même contrainte, mais sous bail emphytéotique. Où en sera le monde dans un siècle?)
Bien mariée Mary voyagea au gré des affectations dont quelques années à
Atlanta où naquit un de ses enfants. Puis elle changea d'avis et de monture et la voici fraîche amoureuse s'installant dans la
Karoo.
Voilà un an que ce couple de belle occasion a décidé de quitter
Johannesburg. Maison vendue dans un marché déprimé ils sont arrivés ici en mars dernier.
En février, sortant d'un restaurant où ils avaient leurs habitudes, comme pour une dernière fois, entre le portier et la voiture ils avaient chacun un pistolet sur la tempe. Pas d'autre issue que de se laisser dépouiller. Josi n'allait pas les lâcher sans un dernier tribut.
Ils vivaient dans huit cent mètres carrés au cordeau, leur cottage en fait quatre vingt délabrés. Ils sont heureux comme des réfugiés croyant être arrivés à bon port.
*
Breizh touch
Jamais encore je n'avais assisté à un tel phénomène dans le Grand
Karoo continental. Bien sûr nous connaissons les orages soudains qui dans leurs flots emportent nos limons nous laissant plus démunis encore.
Cette fois, depuis plus de vingt heures il pleut sans discontinuer, nous en sommes à 47 millimètres, ce qui représente un trimestre de précipitations du temps où on les mesurait.
*
Belle mer
C'est mon anniversaire. Nous allons à la mer faire des frisettes dans les rouleaux.
Elle n'a pas changé, toujours aussi grande gueule. Sifflant, fumant, fulminant. Grondant sans relâche. Je me félicite de n'être pas tombé dans les rets d'une sirène, parce qu'avec une belle-mère pareille.
Dans le désert nous avons une plante assez résistante, un peu envahissante et pas très jolie. Il arrive qu'on l'éloigne et que par respect, ou est-ce par pitié, on la repique avec une feinte application. Son nom vulgaire est 'langue de belle-mère'.
Nous avons aussi une cactée silencieuse de la taille d'un strapontin et qui en épouse la forme. Hérissée de piquant on la nomme 'siège de belle-mère'.
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Des boites
Le samedi matin c'est course colorée dans le
kopjie. Les gamins du township y viennent en nombre pour le plaisir du sport, peut-être, mais aussi pour celui d'être conduits en ville en voiture et d'y recevoir une récom-panse.
Cette semaine, Barbara, résidente secondaire riche et oisive mais généreuse est de la partie. Lorsqu'elle stationne sa Jaguar devant le Saturday Market et en ouvre les portes, un, deux, trois... sept, huit, neuf gamins en bondissent comme des ressorts. Elle vient de saluer chaleureusement les policiers qui n'ont pas compté le nombre de ceintures.
Au marché, les petits génies assaillent le stand de Pandora. D'origine grecque elle confectionne toutes sortes de mignardises végétariennes délicieuses. Elle ouvre ses boîtes qui comme par magie se retrouvent vides en cinq secondes chrono. Le reste de la semaine elle se consacre à nombre d'activités au service de la communauté.
*
Big Coca
Cet homme jeune déshabillé de hardes est né après l'apartheid. Il fait les poubelles du Mac Do, récupère ce qui est comestible et brûle les emballages pour se réchauffer.
Le nouveau président de la République d'
Afrique du Sud était un cacique de l'African National Congress, le parti de Mandela. Mis à l'écart il y a une vingtaine d'année il s'est reconverti dans les affaires avec les appuis qu'on devine. Il a bâti une fortune aussi colossale qu'expresse en trustant, entre autres, les concessions Mac Donald et Coca Cola pour le pays.
Le voilà en demeure d'agir.
Peu de choses ont changé ici finalement -sauf à considérer que changer la couleur de l'argent constituerait un progrès en soi. Inégalités, violence, racisme, corruption, ségrégation spatiale, incompétence, chômage, obésité, ces problèmes et d'autres sont plus aigus aujourd'hui qu'hier et sur ces critères l'
Afrique du Sud est souvent en tête -ou bien est-ce en queue- du classement.
Ce pays me déchire comme il l'est.
*
(Si les pilotes d'Air France dont la seule force est de nuisance veulent bien suspendre non pas leurs vols mais leurs exigences indécentes, je serai bientôt la-haut.)
Images attachées:
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