Buffelsbaai
Il y a longtemps que les buffles ne viennent plus à la plage. Depuis que les touristes ont investi les lieux. Le village est édifié sur une dune conique, et, du camp installé sur une éminence littorale, seul le sommet émerge de la brume matinale. Un petit air de Mont St-Michel.
Les enfants font de la luge sur des cartons qu'ils abandonnent au bas des pentes parfois le carton leur échappe et ils terminent en roulé-boulé dans des gerbes de rires. Des surfeurs patients guettent les rares moments planants sous le regard indifférent des familles ensablées. Des bataillons de maçons montent des briques dans les dernières dents creuses.
Les lagons s'emplissent et se vident, formant dans le sable des rus rapides. Dans le parc naturel les huîtriers sont maquillés comme les écaillères des halles de Lorient. Les vagues et les récifs n'en finissent pas de se quereller bruyamment.
Pourquoi cette attirance commune pour l'Océan ? Une nostalgie amniotique ?
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Wild golf
Un fermier open avait aménagé un parcours de golf entre oliviers et fruitiers avant de vendre la ferme à un éleveur de bêtes sauvages. Ledit sauvage a livré les greens en pâture à des antilopes qui ne perdent rien pour attendre puisqu'elles prendront bientôt une balle dans une ferme de chasse.
Ma tranche de désert est un
practice acceptable même si les anciennes clôtures à moutons font des filets percés. Les acacias sont des drapeaux remarquables et les tuyaux de cent enfoncés à la verticale dans le sol pour conduire l'eau aux racines forment des trous faciles malgré les balles perdues.
Pour un drive à trois cent mètres, le désert est ouvert sans interruption, ni
fee. Il faut juste apporter ses
tees.
J.M.Coetzee, auteur sud-africain, prix Nobel de littérature, décrit amèrement ce qu'il tient pour un retour en arrière : son pays était sauvage avant que d'être domestiqué, puis cultivé. Ce qu'il observe désormais, c'est l'abandon des cultures vivrières sur les fermes, puis l'abattage des bovins et autres moutons pour les remplacer par des antilopes. Tandis que les ouvriers agricoles devenus sans emploi enflent les bidonvilles.
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Paradis perdu
Semis de printemps ou repiquage, les plantes potagères ont renoncé les premières. Fanées avant d'avoir donné. Puis le carré de gazon qui la rassurait a grillé. Après deux mois, les géraniums et d'autres délicates ont rendu l'âme. Et personne ne réagit.
Les oliviers sèchent au soleil et même les succulentes se rembrunissent. Enfin, l'arbre à poivre majestueux, sans doute désolé du spectacle ou ne supportant plus la solitude, a cessé de s'alimenter et perd ses feuilles. La surprise vient des bougainvilliers chargés de fleurs comme si de rien n'était, ou comme on fleurit une sépulture.
Madame de Wit est partie il y a six mois pour un autre jardin qu'elle disait merveilleux et où elle avait rendez-vous avec son mari.
Depuis, l'eau est coupée, le jardiner ne vient pas et la pluie non plus.
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L'impasse
Trois habitations sur trois cent mètres, cinq chiens dans la première, quatre chats dans la seconde et quatre molosses dans la dernière. Six bipèdes seulement. Un panneau, grimé en tête de chat exige qu'on y conduise lentement.
Dans
North End, le township, sans doute deux mille gamins dont les rues sont le terrain de jeu, pas un panneau demandant d'en tenir compte. Quelques chiens et chats faméliques errants.
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Small5
M'asseyant sur les pierres je romps par inadvertance un piège d'araignée dont les fils traînent désormais au sol. Arrive une fourmi affairée, comme elles sont toujours, qui se prend les pattes dans le filet. Elle se débat si bien qu'elle s'enroule et se retrouve comme dans un cocon, mais un cocon inconfortable. Une, puis deux et enfin quatre congénères trottent à son secours, il semble qu'elles la saluent et la rassurent. Chacune y va de son effort, tirant tant et si bien en tous sens que la captive se retrouve plus enserrée qu'avant. Il manque clairement une chef d'équipe. Parfois un fil se brise et l'hercule se retrouve sur le cul, mais on pourrait entendre le râle de l'étranglée. Le temps passe, elle fourmille encore, les sauveteurs s'acharnent. Et soudain la voilà écartelée, prête à rompre. Les autres sont comme à un tir à la corde mais la soie est solide. Shhfff, les fils et les tissus ont lâché et chaque équipe se retrouve avec la moitié de l'enjeu, toutes perdantes.
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20 mars, l'automne ?
Par delà les montagnes qui nous séparent de l'océan, et qui sont comme une digue retenant les nuées, la lueur des éclairs semblent provenir d'un phare désorienté qui aurait perdu son identité lumineuse. Nous sommes dans le désert, si loin de la mer. Parfois une série d'éclairs élevés forment des arabesques -la colère d'Allah ?- mais le plus souvent la lumière sourd comme d'un concert éloigné, de ceux-là qui tournent les vinyles à l'envers, et nous sommes trop loin de la scène pour avoir le son.
Une goutte sur le revers de ma main, la seconde sur son visage, une troisième sur sa jambe allongée et la quatrième... Pas de quatrième, plus rien. Prémices avortées.
Plus tard, d'un nuage d'arrière-garde, léger, gris mais la nuit, arrive la pluie. Si elle éteint le cigare j'arrête de fumer. Pour ce soir. Ce sera une lessive insuffisante et une douche de chat. Restent les cheveux dressés, vingt mille vains paratonnerres.
Après un long entracte, reprise en trombes, ça n'en finit pas, le producteur semblent disposer des moyens d'une banque centrale.
Au matin, la terre, ou ce qui en tient lieu, est humide sur une profondeur de trois centimètres. Il en faudra plus pour étancher les arbres et remplir les nappes mais les succulentes se régalent.
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Agenda (du) 21
7:30 Rendez-vous au garage pour les derniers réglages avant le
Kalahari botswanais. Dernière chance pour le Defender : au prochain lâchage au milieu de nulle part, je m'en sépare.
9:00
Réunion à la
Municipality pour négocier une révision parcellaire.
10:00 Visite d'une classe de l'école primaire du township
12:00 Cours de conversation française au collège
17:00
Réunion d'arnaqués. Une sorte de faux géomètre encaisse des honoraires pour un travail qu'il n'effectue pas (un job fictif ?) et dont nous serions les dernières victimes en date. On nous demande de nous associer à une plainte. Mais selon moi ce gars-là est plus incompétent qu'escroc. Est-ce que l'incompétence est un délit ?
19:00 Fermeture. On dirait qu'on serait en voyage, j'allume un feu et ouvre une bouteille de Down to Earth. « Dis, c'est quand qu'on renomade ? »
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Construire un feu
Une année de broussailles et d'élagage attendent le bûcher qu'il n'est pas question d'embraser en pleine sécheresse. En deux jours et une nuit, il est tombé vingt millimètres, dix pour cent des précipitations annuelles moyennes. Les environs sont donc assez humides pour ne pas brûler à la première flammèche fugueuse. Reste le vent, normalement prévisible, oiseau de nuit soufflant du sud mais il lui arrive de faire une sieste, de se lever donc, en plein journée.
Plusieurs dizaines de mètres-cubes sont soigneusement alignés en parallèle, dans l'axe du souffle. Il convient de mettre le feu sous le vent pour qu'à la fois attisé et contrarié il ne se bâfre pas trop vite.
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Déjà que j'y prends racines, j'hésite à planter un arbre du voyageur dans le jardin.
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Sur la terrasse, une paire de tennis vides camouflées armée de terre. Un papillon par l'odeur attirée en entreprend la visite. Le gecko fond et, soudain caméléon, attend au cou de pied.
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La nuit, le soleil, via la lune, fait scintiller des lumignons sur le glacis des feuilles des palmiers. Le vent électrique en fait des guirlandes clignotantes.
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Le bras armé d'une longue fourche aux dents serrées, ils écrèment la surface en gestes amples. On pourrait être à Ré ou à Guérande. Pourtant, même s'il reste beaucoup de sel dans le désert, au point que l'eau des puits est désormais saumâtre et exhale l'égout, ceux-là ne cueillent pas la fleur mais travaillent sur les bassins de la station d'épuration.
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