Je tenais enfin l’occasion de jouer un rôle dans cette aventure.
« - Tu sais sur quelle route ?
- Ce n’était pas sur la route, mais dans un champ.
- Tu as perdu la roue de secours de ta voiture dans un champ ?
- Oui, je n’ai pas mon permis alors je ne conduis que dans les champs. »
Devant cette explication irréfutable, je lui propose d’aller la chercher dès le lendemain matin et d’en profiter pour fouiner un peu aux alentours.
La nuit se passe.
Seul. (C’est la partie mélodramatique du récit. On se croirait dans un film de Bergman.)
Je suis réveillé le matin par le son mélodieux d’un jeu télévisé. Je sors la tête de la tente et regarde dehors. Mon autre voisin est arrivé pendant la nuit. Il vient vers moi (du moins vers ma tête, le reste de mon corps athlétique étant resté sagement dans la tente) et m’interpelle.
« Bonjour, j’m’appelle
Maurice.
Bonjour. Pas moi. »
Visiblement, il n’a pas saisi la nuance et continue.
« Vous z’avez vu la petite d’à côté ? Pas mal, hein ?
- Je ne sais pas, pas vue (parfois il faut savoir mentir)
- Vous devriez ! J’ai d’jà essayé de lui offrir une bière mais elle a refusé ! C’est dingue non, une bière !
- Excusez-moi mais mon bain va refroidir» lui dis-je en disparaissant.
J’attends un long moment pour être sûr qu’il ne va pas revenir et je me faufile jusqu’à la tente de ma voisine. Je frappe à la porte (liberté littéraire).
Elle m’ouvre. Zut, déjà habillée. Je lui propose de partir sur le champ chercher sa roue. Elle se dirige vers la voiture garée un peu plus loin. Je monte sur le siège passager. Le temps du trajet je découvre plusieurs choses. Je sais pourquoi on appelle ma place la place du mort. Je sais pourquoi elle n’a toujours pas son permis. Et enfin je redécouvre l'efficacité de la prière car nous arrivons vivants sur le site.