Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied 321 · 27 janvier 2008 à 14:39 · 33 photos 193 messages · 48 participants · 66 505 affichages | | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:05 · Modifié le 5 août 2025 à 14:27 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 41 de 193 · Page 3 de 10 · 4 093 affichages · Partager 26 octobre - Ban MosochangLe premier falang depuis dix-huit ans
Je reprends ma route, vers le sud-est, sans regagner les hauteurs, poursuivant un cheminement le long de la rivière, sur un étroit sentier qui serpente ainsi continuellement en fond de vallée, puis franchit, ici de la forêt, là des espaces plus ouverts. Au cœur de ces derniers, je retrouve systématiquement les herbes géantes et envahissantes, des végétaux dont le sommet me dépasse fréquemment, encombrant les passages qu'il faut alors forcer à l'aide des bras. À nouveau, le sentier oblige à très régulièrement entrer dans le cours d'eau, à le traverser puis le retraverser sans cesse. Noyé au sein de nappes de brouillards matinaux, cet environnement est alors empreint d'allures tantôt oppressantes, tantôt enchanteresses. Quelques minuscules rizières irrigables sont disséminées aux abords de la rivière, je m'y arrête de temps en temps, à la grande surprise de quelques paysans qui y œuvrent paisiblement.
Le nombre très restreint de journées me restant disponibles implique que je ne me permette aucun incident majeur de parcours, qui alors me ralentirait dangereusement. Je m'étais ainsi aujourd'hui résolu à consacrer toute la durée du jour à marcher, mais le premier village atteint est un de ceux qui font bondir mon cœur puisqu'il s'agit d'un des plus beaux hameaux Yao que je n'ai jamais visités jusqu'ici. D'une dimension très honorable, il réunit une bonne soixantaine d'habitations qui s'étalent, d'une façon plus ou moins disparate, sur quelques mamelons de terre nue. C'est à nouveau un de ceux que je qualifie de "primitifs", absolument aucun matériau manufacturé n'ayant été employé pour bâtir ses huttes. Je ne peux alors, bien que la journée soit loin d'être achevée et en dépit de mes promesses antérieures et mes impératifs calendaires, résister au plaisir d'y faire halte pour une nuit.
Parvenu dans son enceinte, je me fais conduire jusqu'à la hutte du nay ban par le premier homme que je rencontre. Beaucoup de villageois sont absents, partis travailler dans les rizières, mais bientôt, beaucoup de ceux demeurés ici, rapidement informés de mon arrivée, s'agglutinent autour de moi, se tenant pour l'heure à une distance respectueuse de quelques mètres. Je me retrouve ainsi, alors que je me suis installé sur un tabouret bas que l'on m'a apporté devant la hutte, promptement cerné par une bonne cent cinquantaine de personnes, enfants, adultes et vieillards confondus, autant de paires d'yeux me scrutant avec insistance et surtout curiosité. L'homme qui m'a accompagné à travers le village est âgé de soixante-et-onze ans exactement. D'un tempérament particulièrement avenant, et même vif, voire un peu déluré, il semble singulièrement cultivé par rapport à la moyenne ayant cours ici, du moins pour ce que j'ai pu constater depuis le temps que je parcours à pied ce type de zones reculées du pays. Autour de ma belle mappemonde que je n'ai pas tardé à tirer de mon sac, il m'énumère un nombre impressionnant de références culturelles, historiques et géopolitiques, toutes exactes pour ce que je peux en juger. Mon album d'illustrations qui montre l'ensemble des tuniques traditionnelles des divers groupes ethniques de la région plaît lui aussi toujours autant et c'est, comme chaque fois, un vrai plaisir "d'écouter" les Yao le regarder, d'entendre leurs incessantes réactions de surprises, d'enthousiasmes ou d'étonnements à la vue des photos, et qui se traduisent, le plus souvent, comme je l'avais déjà mentionné précédemment, par de douces exclamations modulées, presque chantées, d'une manière très charmante.
Dix-huit personnes, toutes générations confondues, cohabitent dans la hutte du nay ban qui m'accueille. Ce soir, en l'honneur de ma présence, deux poules sont égorgées. Je ne me fais toutefois pas d'illusions sur la frugalité du repas qui en résultera pour chacun des nombreux mangeurs qui auront à se les partager, sans aucun doute tous autant affamés que moi. Dans l'après-midi, j'étais pourtant parvenu à m'enquérir d'un peu de nourriture dans une hutte voisine, mais elle n'a consisté qu'en un étonnant et surtout infâme mélange froid de pastèque insipide et de tofu fermenté, cette préparation déjà subie à deux reprises ces deux derniers jours et qui semble définitivement être une "spécialité" des Yao de la région. Un supplice que ces quelques bouchées que je n'ai eu d'autre choix que d'avaler, par politesse, à m'en donner véritablement la nausée.
Ce soir à nouveau, de nombreuses personnes, au fur et à mesure qu'elles rentrent au village, viennent me rendre visite ou, plus exactement, viennent observer l'étranger, et la hutte se retrouve alors rapidement pleine à craquer. Mon vieil homme cultivé m'explique cette curiosité exacerbée par le fait que je suis le tout premier falang, le tout premier Blanc occidental, que la plupart les enfants contemplent aujourd'hui puisque le précédent de mes congénères qui s'était également aventuré jusqu'ici le fit dix-huit ans auparavant. Ce fut lui aussi un Français, mais contrairement à moi, le tourisme n'était pas l'objet de sa visite étant donné que, pour sa part, il "travaillait" et était en outre légalement accompagné d'un guide officiel lao. D'après mon vieil homme je suis, sans aucun doute, le tout premier touriste à parvenir ici. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:07 · Modifié le 5 août 2025 à 14:26 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 42 de 193 · Page 3 de 10 · 4 087 affichages · Partager 27 octobre - Ban Pamlang MaïL'opiomanie (4)
Une belle journée, bien que d'un cheminement un peu laborieux. Je me suis en effet égaré une première fois peu après avoir quitté le hameau de Ban Mosochang et ai alors dû, après plusieurs essais infructueux qui me menèrent sans cesse dans des fourrés à peine pénétrables, rebrousser chemin, revenir au village afin de solliciter quelques indications complémentaires de la part de ses habitants. Le trajet se présenta ensuite durant un moment sans encombre avec une voie unique, sans bifurcations problématiques. Il fut surtout magnifique, longeant d'abord un nouveau cours d'eau, dans le lit duquel il fallut toutefois à nouveau passer autant de temps que sur ses berges, celles-ci envahies de papyrus et autres hautes plantes aquatiques. Presque tout du long, de profonds bassins d'eau translucide appelant à la baignade. La savane aux herbes géantes fit bientôt place à de la forêt particulièrement dense, presque sombre et que d'aucuns jugeraient peut-être un peu oppressante. De très grands arbres, des fougères arborescentes, des bosquets de bambou gigantesques, chaos de larges tiges entrecroisées. Comme souvent, sur les sentiers éloignés des villages, il fut parfois étroit et à peine tracé, car trop peu emprunté et foulé, la végétation reprenant partout continuellement ses droits. Quelques heures dans ce décor, un enchantement, un environnement sauvage dans lequel il est aisé d'imaginer, bien qu'invisible au marcheur peu suffisamment discret malgré lui, une vie animale prégnante, tant le milieu est vaste et inviolé.
Je l'ai appris hier grâce au nay ban du village de Ban Mosochang, je devrais théoriquement aujourd'hui effectuer un raccord avec le parcours d'une première balade réalisée un an plus tôt dans la région, une première belle boucle en pays Yao, alors que j'arrivais à l'époque de la direction opposée, c'est-à-dire du sud. Je pressens que, parvenu au terme de celle-ci, et donc des deux séjours additionnés, j'aurai désormais sillonné la totalité des villages Yao du secteur, à savoir ceux de cette région isolée située à l'ouest de la piste carrossable qui mène à l'extrême nord de la province, et qui par ailleurs scinde celle-ci en deux. Pour l'heure, je fais halte dans un premier village, le raccord avec le parcours de l'an passé devant avoir lieu dans le suivant, que je visiterai donc à cette occasion pour la seconde fois. À nouveau, les lieux sont quasiment déserts, presque l'ensemble des villageois, en tout cas ceux valides et aptes à ces travaux, étant partis œuvrer dans les rizières, ne résidant alors plus ici que quelques adultes, principalement des personnes âgées, ainsi que les plus jeunes enfants. Je suis interloqué par le fait que quelques gamins semblent me reconnaître. Un signe qui ne trompe pas, outre le constat que je leur parais résolument "familier" et que ma présence, cela n'est pas coutume, n'effraye presque aucun d'entre eux, ils me miment un jeu de jonglage, un petit divertissement que je connais bien puisque je l'offre parfois aux villageois, en recourant à de simples pierres, et qui les réjouissent généralement beaucoup. Cela me surprend énormément, car je sais, sans contestation possible, que je ne suis encore jamais parvenu jusqu'ici, ni l'an passé, ni auparavant. J'abrège ma visite, le temps d'engloutir un frugal repas, puis reprends ma route.
Il me faut désormais quitter cette vallée, regagner les hauteurs pour redescendre dans celle adjacente. Peu avant de débuter l'ascension, je rencontre quelques familles Yao, elles sont venues travailler durant quelques journées d'affilée dans leurs rizières les plus distantes de leur village. Durant tout ce temps, elles logent dans de petits abris de fortune, de ceux qui sont toujours construits dans ce type de rizières isolées. Bien que, contrairement aux Akha ou aux Taï Lü par exemple, les populations dites "chinoisantes" tels ces Yao ou encore les Hmong et les Hô, ne construiront jamais leurs demeures sur pilotis, ces éphémères abris de rizières le seront pour leur part au contraire toujours. C'est en effet un impératif, car ici, à proximité immédiate de la forêt, il est indispensable de se protéger, de se tenir hors de portée, la nuit notamment, des bêtes "nuisibles", serpents et autres reptiles, rongeurs, sangsues, insectes et arachnides plus ou moins dangereux et qui, nombreux, hantent ces environnements.
Parvenu plus haut, je m'égare à nouveau et alors, par accident en quelque sorte, j'effectue finalement la jonction avec le parcours réalisé l'an dernier dans le même secteur. Cette jonction se produit dans le village de Ban Pamlang Khao, c'est-à-dire le village de Pamlang d'en haut. Je fais cependant là face à un spectacle de désolation puisque ce village a depuis lors été abandonné, a transmigré dans sa totalité, l'ensemble de ses habitants l'ayant désormais déserté. Plus une seule âme y réside et les huttes de bois, de bambou et de chaume se présentent dorénavant dans un état déjà avancé de délabrement. Certaines ne sont plus que des "carcasses" de demeures, d'autres ont commencé à s'effondrer, mais surtout, le plus spectaculaire consiste en ces "nappes" de végétations qui naissent ici ou là puis, inexorablement, se répandent sur les sols de terre auparavant continuellement maintenus dénudés par les incessants passages et foulements de pieds des hommes et des bêtes. Ainsi, la forêt n'a pas tardé à reprendre ses droits. Néanmoins, plus que l'aspect de dépérissement du village, je crois que le plus saisissant est le silence absolu dans lequel le lieu baigne désormais. Ceci est d'autant plus déroutant que je me remémore avec précision les moments passés là un an plus tôt, alors que l'endroit était toujours empli de vie domestique. J'effectue rapidement un cliché du lieu, du même emplacement, un peu surélevé, que j'avais déjà utilisé l'an passé pour le photographier une première fois, lorsque la place était encore habitée. La juxtaposition des deux images devrait être intéressante. Si ce village a transmigré, c'est possiblement encore une fois en raison d'une insuffisance d'eau disponible à proximité immédiate. J'avais en effet déjà remarqué, l'an dernier, le très faible débit de l'unique source proche du hameau. J'ai aujourd'hui voulu retourner vérifier son état, mais l'endroit était désormais totalement envahi par la végétation.
Voici alors ce qui explique pourquoi plusieurs enfants, dans le dernier village traversé, celui de Ban Mosochang, m'y avaient dûment reconnu. C'est parce qu'ils m'avaient aperçu une première fois ici, un an plus tôt, à l'occasion de mon précédent passage dans la région et avant que leurs familles ne décident d'abandonner ce village.
Je ne m'éternise pas dans cet endroit à l'atmosphère relativement désolante et redescends sans tarder vers le fond de la vallée pour tâcher de retrouver, aux abords du torrent, un sentier dont je n'aurais normalement jamais dû m'écarter. Je le rejoins assez facilement, et tout irait pour le mieux si ce n'était que, comme trop souvent à l'occasion de ces fins de périples, de profondes et douloureuses crevasses apparaissent à nouveau sur mes plantes de pieds et sur lesquelles il est vain d'essayer d'y appliquer des pansements quelconques puisque, sous l'action de l'eau et de la boue, ils ne tiennent pas en place durant plus de quelques instants. Cela m'oblige à ralentir mon allure et ma démarche, modifiée malgré moi en compensation de la douleur, en provoque d'autres aux articulations. Il me faudra alors peut-être un peu plus de temps que je ne l'espérais pour rejoindre la piste carrossable.
Venant donc désormais de faire la jonction avec un des itinéraires déjà parcourus l'an passé, je connais le prochain village qui m'attend, celui de Ban Pamlang Maï, c'est-à-dire " le village de Pamlang d'en bas", ainsi que probablement deux ou trois autres que je rejoindrai plus tard. Il n'était pas dans mes intentions de repasser par ici cette année, et je n'ai alors pas apporté de copies des photographies des villageois réalisées à l'époque. J'espère que ceux-ci ne m'en tiendront pas rigueur.
Alors que depuis deux jours je n'avais plus prêté attention à la présence d'opium dans les villages, voilà qu'il a distinctement réapparu aujourd'hui, en chemin en quelque sorte et à deux reprises, à travers la rencontre avec deux pauvres hères en route entre deux hameaux. Le premier, c'est en pleine activité que je l'ai surpris, dans un de ces minuscules abris de rizière dans lequel j'avais décidé de faire halte pour me reposer durant quelques instants. Ce n'est pas la première fois que je croise des opiomanes en chemin, opérant là où ils se trouvent, c'est-à-dire en pleine nature, ne pouvant visiblement patienter plus longtemps avant de s'administrer une nouvelle ration d'alcaloïdes. Par le passé, cela m'est même arrivé à quelques reprises en forêt, et j'ai notamment le souvenir d'une rencontre avec des cueilleurs de pousses de bambou, deux femmes et un homme, ce dernier s'étant alors improvisé une très rudimentaire couchette avec quelques feuilles sèches répandues sur le sol avant de s'atteler à sa tâche. Une autre fois, j'en surpris un, à peine dissimulé au milieu de broussailles bordant un chemin, qui passait lui-même à proximité d'une petite parcelle de rizière isolée. Je n'avais cette fois perçu la présence de l'individu, se tenant pour sa part seul et blotti au creux d'une légère dépression, qu'il avait tapissée de paille prélevée dans la rizière adjacente afin de se protéger de l'humidité du sol, que grâce aux effluves opiacés émanant de sa pipe.
Passé l'effet de surprise provoqué par mon apparition inattendue, l'homme rencontré aujourd'hui m'a gratifié d'interminables litanies de paroles d'abord absolument incompréhensibles. J'ai seulement commencé à en déceler quelques bribes lorsqu'il fut question de sa condition de pauvreté extrême et de ses problèmes de santé, descriptions qui ne m'étaient par ailleurs pas nécessaires tant son aspect extérieur suffisait à me prouver ses propos, visage étique et au teint cireux fiché sur un corps décharné. Le ton était donné, il espérait de la sorte faire appel à ma sensibilité, et donc me soutirer quelques milliers de kips, mais il n'était pas un mendiant et je lui ai alors au contraire proposé un échange, quelques billets froissés contre trois ou quatre pipes de son opium qu'il me préparerait. Nullement plus, car comme pour la plupart des non aficionados, disons plutôt des profanes, au delà de cette quantité cela procure peu de sensations supplémentaires si ce n'est, à l'occasion, une étrange nausée, voire des réactions vomitives. J'aime toutefois l'odeur si caractéristique du produit en combustion et surtout l'observation de la technicité particulière indispensable à ces opérations si emblématiques de fumerie. Le marché conclu, nous voici donc couchés tous deux en chien de fusil, à même le sol de bambou souple et mouvant du fragile abri élevé sur pilotis, nous faisant face, la petite lampe à huile dûment positionnée entre nous. De grosses sections de troncs du même matériau que le plancher étant utilisées en guise d'oreillers, le rituel, déjà maintes fois observé et décrit par le passé, notamment avec une certaine précision plus haut à l'occasion de la journée du 8 octobre, peut alors débuter.
Confection d'une boulette d'opium sur l'extrémité de la longue aiguille, "cuisson" de celle-ci sur la flamme de la petite lampe, sans jamais cesser de régulièrement la malaxer entre le pouce et l'index pour en évaluer continuellement la consistance et la mettre en forme, enfin insertion de l'aiguille dans le foyer de la pipe, puis rapide retrait afin que la boulette y reste bien accolée, et que cette aiguille laisse place à un indispensable orifice qui fera office de cheminée d'aspiration. La pipe est prête, son embouchure est alors orientée dans ma direction. Il suffit désormais d'approcher son foyer au-dessus de la lampe et de l'incliner de manière à ce que la boulette d'opium soit à peine léchée par la pointe de la petite flamme, puis d'aspirer les effluves produits. Tous ces gestes et ceux qui suivent, tout du long de la combustion du produit, nécessitent précision, adresse et dextérité, afin notamment de ne pas risquer de brûler la précieuse substance. C'est donc à l'homme, expérimenté, qu'ils incombent et qui reste en charge de continuellement repousser l'opium vers le centre du foyer, autour de la cheminée, toujours à l'aide de l'aiguille, au fur et à mesure de sa liquéfaction, de sa cuisson et de son évaporation finale. Une pipe d'opium se fume en une seule et très longue prise, une unique aspiration continue et qui peut durer d'environ trente secondes à une minute, sans pauses, l'expiration s'effectuant simultanément par le nez. L'opium boue désormais, il crépite, puis s'évapore. Le produit utilisé ici est pur, de toute première fumerie, il ne s'agit pas de dross, de ce résidu de drogue qui s'accumule à l'intérieur de la pipe et qui, une fois récupéré, peut être consommé une seconde fois.
Le deuxième opiomane rencontré aujourd'hui était en chemin, nous nous sommes croisés au milieu du torrent, dont il fallait sans cesse traverser le cours à gué. Je n'ai pas compris la majeure partie des propos dont il tenait visiblement à me faire part. De son petit et crasseux sac d'épaule dépassaient ostensiblement l'embouchure de sa pipe, ainsi que le manche d'une grosse cuillère en fer blanc dont il se sert pour collecter puis recuire le dross. Comme le précédent rencontré peu auparavant, celui-ci était jeune, âgé de moins de trente-cinq ans, et arborait le même "physique de l'emploi", exagérément reconnaissable, une physionomie générale asséchée, un teint cireux et grisâtre, des cheveux en bataille, des vêtements en charpie et cheminant par ailleurs pieds nus.
Le village de Ban Pamlang Maï que j'ai désormais atteint est situé en vallée, mais est implanté sur une légère surélévation du terrain, formant comme un promontoire surplombant le torrent. Sur la cinquantaine de huttes qu'il comptabilise au total, un bon tiers d'entre elles ont dorénavant, et sans aucun doute définitivement, adopté la tôle ondulée légère en remplacement des traditionnelles, mais beaucoup plus périssables, toitures de chaume ou d'herbes à paillote. Ce n'est donc plus réellement un village "primitif", comme j'aime parfois à qualifier ceux dont la totalité des matériaux mis en œuvre pour bâtir les huttes proviennent de la forêt, mais un de ses "quartiers", localisé sur la face ouest du promontoire l'est toutefois resté et il pourrait permettre de réaliser une belle photographie le matin, notamment s'il se maintenait en partie masqué par quelques nappes de brouillard. L'avantage aujourd'hui est que l'ensemble des villageois se souviennent très bien de moi, de mon précédent passage ici un an plus tôt et que les contacts se font immédiatement chaleureux et enjoués avec la plupart d'entre eux, visiblement heureux de me voir réapparaître. | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:08 · Modifié le 5 août 2025 à 14:26 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 43 de 193 · Page 3 de 10 · 4 086 affichages · Partager 28 octobre - Ban Soulane NoySans titre
La nuit précédente fut abominablement peu reposante. Le raffut a débuté avec les rongeurs, très actifs autant sous ma paillasse, où ont été répandus nombre de courges et d'épis de maïs, que sur les poutres de la charpente, auxquelles sont suspendues différentes céréales, séchant là en d'innombrables gerbes. Puis, dès 2 heures du matin, une chorale de tous les coqs du village s'est mise en train. À 4 heures, c'est la mère de famille qui s'est levée pour s'atteler, à seulement quelques pas de moi, aux premières des nombreuses tâches et activités domestiques qui vont l'occuper toute la journée, pour l'heure à l'égrenage de maïs et à la préparation de la nourriture des cochons. Lorsque vers 5 heures elle s'est un peu apaisée, les coqs ont repris leurs refrains assourdissants et qui n'ont ensuite plus cessé jusqu'au lever du jour. Bref, j'ai trop peu dormi, ayant de plus régulièrement frissonné sous une unique et trop fine couverture, en outre trouée et passablement crasseuse.
Ce matin, ayant repris mon chemin, je me suis à nouveau égaré, à user d'un temps précieux pour, probablement en grande partie, tourner en rond durant plus de quatre heures, avec à la clé une bonne dose d'affolement, et même un petit début de panique. Le genre de moment où l'on se demande ce que l'on est venu faire dans un tel endroit et si cela en valait réellement la peine. Les villageois de Ban Pamlang Maï me l'avaient pourtant vigoureusement soutenu de la sorte : « C 'est simple, tu longes le torrent pendant deux heures seulement et là tu trouveras le prochain village, celui de Ban Houaychoung. Tu n'as pas à monter dans les hauteurs de tout le parcours ». Cependant après deux heures trente de marche à relativement vive allure, toujours pas d'indice du village promis, et finalement parvenu à l'extrémité de la vallée, uniquement un cul-de-sac ne laissant d'autre choix que de regagner les hauteurs, mais cette fois via un sentier au tracé de plus en plus confus, comme un passage de bêtes au travers duquel il fallut sans cesse se courber et écarter des bras la végétation qui l'encombrait. À ce stade il ne me restait indéniablement plus qu'à retourner d'urgence et tant bien que mal au village de Ban Pamlang Maï, après au total plus de cinq heures de perdues, autant dire la journée entière. J'ai ensuite néanmoins compris mon erreur, ayant assez stupidement suivi un affluent du torrent au lieu de celui-ci. J'en fus d'autant plus surpris que la direction empruntée, régulièrement contrôlée à la boussole, me semblait pourtant adéquate, filant presque continuellement vers l'est. Revenu au village de Ban Pamlang Maï je me suis dit qu'en me dépêchant un peu, il ne me serait pas trop tard pour reprendre aujourd'hui même le chemin. Aussi, après m'être invité chez le nay ban à avaler une rapide collation, un peu de riz froid et un petit poisson fumé, j'ai recruté deux gamins pour me guider au moins sur le début du trajet, afin de m'assurer cette fois de ne pas repartir dans une direction erronée. Braves gars, de pas plus de dix et douze ans, qui n'ont pas craint une seconde d'accompagner un falang hors du village, sans aucun adulte. Durant la marche ils se sont même mis à me poser tout un tas de questions de nature sensiblement naïve du type : « Est-ce qu'il y a des rivières chez toi ? Et des montagnes ? Et des buffles ? Et des rizières ? etc. ».
À nouveau, il m'a fallu passer presque autant de temps dans le lit du cours d'eau que sur ses berges. Parvenu à Ban Houaychoung, un lieu déjà visité l'an dernier, tous les villageois rencontrés m'ont dûment reconnu et certains ont même insisté pour que j'y reste la nuit. Je me suis néanmoins contenté d'une très rapide traversée, d'une halte de pas plus de quinze minutes, le hameau suivant, celui de Ban Soulane Noy, n'étant distant que d'une seule heure de marche supplémentaire. J'ai en effet décidé de l'atteindre aujourd'hui, afin de tâcher de boucler demain la toute dernière étape, celle qui me ramènera à la piste carrossable. J'aimerais aussi avoir le temps d'y recruter dès ce soir un guide pour ne pas avoir à effectuer seul ce dernier tronçon. C'est ainsi que j'avais déjà procédé l'an dernier, sur les conseils des villageois, et ce fut une sage précaution tant cette étape s'avéra effectivement plutôt laborieuse. Pour l'instant, j'ai aujourd'hui cumulé près de huit heures de marche rapide et une certaine fatigue me gagne, sans compter les douleurs provoquées par mes plaies aux pieds.
Ce soir à Ban Soulane Noy, pour ce qui devrait être ma toute dernière nuit parmi les villageois montagnards, je me suis invité dans une hutte choisie un peu au hasard, en veillant simplement à ce qu'elle soit "primitive", c'est-à-dire faite uniquement de bois, de bambou et de chaume. Mauvais choix cependant, car quatre membres de la famille laissent paraître de sérieux symptômes de dégénérescence, atteints d'évidentes tares mentales. Et comme si cela ne suffisait pas, les deux femmes de la maison sont goitreuses, une pathologie que l'on observe assez fréquemment à travers tout le pays. Conséquence de ce handicap provoqué le plus souvent par une carence en iode, la gorge, plus exactement la glande thyroïde, gonfle exagérément, jusqu'à former une énorme protubérance saillant à l'avant du cou.
Dans le village on se souvient aisément de mon précédent passage ici, un an plus tôt, et pour cause, j'étais déjà à l'époque le premier falang, le premier Blanc occidental, aperçu dans les parages depuis fort longtemps et pas un seul autre n'a même depuis lors pointé le bout de son nez dans le coin. Je montre mon album d'images ethniques, désormais en piteux état après tant de semaines de manipulations par plusieurs centaines de paires de mains plus ou moins crasseuses, et les villageois font immédiatement allusion aux photographies que j'avais moi-même effectuées ici un an auparavant. N'ayant malheureusement initialement pas eu le projet de repasser par ce groupe de villages cette année, je n'ai pas apporté de copies de ces photographies-là. Alors, plutôt que de laborieuses explications qui risqueraient par ailleurs de sembler peu crédibles, je préfère inventer un petit mais expéditif mensonge et raconter que, tandis que je faisais étape quelques semaines plus tôt dans une pension chinoise de Phongsaly, je m'y suis fait voler un sac qui les contenait toutes. | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:08 · Modifié le 5 août 2025 à 14:25 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 44 de 193 · Page 3 de 10 · 4 083 affichages · Partager 29 octobre - Boun NeuaDernière étape
That's all folks ! Ça y est, c'est terminé. Pour la première fois depuis trente-neuf jours, ma prochaine nuitée sera tarifée puisque je serai de retour "en ville", à nouveau hébergé dans une pension. Je quitte alors le village de Ban Soulane Noy très tôt ce matin et me mets en route dès l'aurore, car je veux m'accorder le maximum de chances de pouvoir intercepter le minibus quotidien qui devrait passer sur la piste carrossable, à l'endroit où je la rejoindrai, en fin de matinée. J'estime à environ six le nombre d'heures de marche qui vont m'être nécessaires pour y parvenir, non pris en compte un arrêt inévitable dans un dernier village et à condition que je ne musarde pas en chemin. Il s'agit d'un trajet en deux étapes, la traversée d'un ultime village Yao étant en effet au programme à mi-parcours. Le cheminement, en raison de mes blessures aux pieds qui se font de plus en plus douloureuses, devient pénible. Sur le coup, je vais jusqu'à me dire qu'il est cette fois temps que tout cela se termine, sachant toutefois pertinemment que pas plus tard que demain je regretterai cette pensée et que ces sentiers, ces montagnes, ces villages et leurs habitants me manqueront déjà. Hier soir à Ban Soulane Noy je suis parvenu à convaincre un homme de me guider durant la première moitié du parcours, jusqu'au village Yao de Ban Sakhane. Cela n'a pas été une mince affaire de le décider étant donné que nous sommes en pleine période de moisson et que la totalité des bras "valides" est alors nécessaire dans les rizières, mais aussi parce que, dans ces endroits reculés, la proximité d'un étranger continue parfois d'en intimider certains, lorsqu'il n'est pas carrément craint.
Deux itinéraires sont envisageables pour parcourir cette dernière étape. Une voie nord-est, la plus courte, nécessite de franchir une rivière majeure, la Nam Pakone, à gué comme c'est le cas pour tous les cours d'eau de la région, mais cette fois sur une section difficile, dans une zone où le courant se fait particulièrement turbulent, voire violent. Je m'y étais risqué une première fois l'an dernier et ce fut un échec, moi et les deux jeunes hommes qui m'accompagnaient ce jour-là ayant dû abandonner après deux ou trois tentatives avortées et une belle frayeur à la clé. Nous nous étions donc résignés à faire demi-tour, car les menaces d'être emportés étaient réelles et la journée fut perdue. Parvenu à Ban Sakhane, les villageois m'affirment que le niveau de l'eau n'est cette fois pas aussi élevé qu'il le fut certaines autres années et que la traversée s'effectue pour l'heure sans peine et sans présenter de danger. J'hésite alors, mais décide tout de même de renoncer, car ne pouvant désormais plus me risquer à gaspiller une seule journée. Il ne m'en reste en effet plus qu'une "en réserve", qu'il est préférable de conserver en cas de pépin qui surviendrait durant l'interminable trajet de trois jours qui me ramènera dès demain vers la capitale, Vientiane. J'opte donc pour la voie sud-est, qui est la plus longue, mais qui permet de franchir la rivière Pakone sans aucun danger, dans un secteur où le niveau de l'eau reste élevé, mais le courant calme.
Mon guide progresse à vive allure et ne m'adresse la parole qu'une seule fois en plus de deux heures, pour fièrement me désigner ses belles rizières que nous pouvons apercevoir au début du parcours, après seulement quelques dizaines de minutes de marche. Rendu à l'étape, au dernier village Yao, celui de Ban Sakhane, je ne parviens pas à le convaincre de poursuivre à mes côtés jusqu'à la piste et dois par ailleurs me "battre" pour ne pas avoir à accepter une invitation à manger, dans une hutte dans laquelle il m'a conduit. Je dois en outre rapidement persuader un homme du lieu de prendre le relais pour me guider dans ce qui va composer dorénavant, je m'en souviens très bien depuis l'an passé, un labyrinthe de voies sur cette fin du périple. L'individu que je recrute finalement est jeune, âgé d'environ vingt-cinq ans, et lui non plus ne m'adresse pas la parole. Il a emporté un fusil, une de ces longues pétoires artisanales, mais une seule occasion de l'utiliser se présente en chemin, en l'espèce d'un très gros écureuil sombre, du genre Ratufa, que j'ai repéré le premier, mais qui a rapidement fui dans les denses feuillages.
C'est la "fête des sangsues" durant presque la totalité des trois dernières heures du parcours. La plupart de celles qui "m'embrassent" rappliquent immédiatement vers le sang déjà servi en surface par mes plaies aux pieds et se logent rapidement à l'intérieur de celles-ci. Je dois alors régulièrement les en extirper, les arracher à l'aide de brindilles de bois.
Un village Akha est situé à l'endroit où le sentier fait jonction avec la piste carrossable. Y étant parvenu trop tardivement l'année précédente pour pouvoir intercepter le minibus, j'y avais alors passé une nuit. Nous surplombons et apercevons enfin ce hameau depuis le tout dernier col. Arrivés là, mon guide Yao m'annonce qu'il ne souhaite pas s'y rendre, mais au contraire rebrousser immédiatement chemin et nous nous séparons donc à ce moment. La piste carrossable, qui sillonne en creux de vallée, m'est bien visible, et sur une longue distance en amont, durant presque toute la descente qu'il me reste à parcourir. Soudain, je l'aperçois de très loin, le minibus, progressant à lente allure sur cette piste de terre défoncée, évitant tant bien que mal les nombreux nids-de-poule. Il ne me faut plus perdre une minute et je dois impérativement me mettre à courir, sac au dos et douleurs aux pieds, si je veux avoir une chance de l'intercepter, ce qui n'est pas du tout assuré. C'est long, je suis exténué. Enfin, il ne me reste plus qu'à franchir un cours d'eau, à gué, remonter vers le village, puis à le traverser, sous les regards ahuris de quelques Akha qui me voient ainsi débouler, seul, d'une improbable direction, celle de la montagne, celle des secteurs les plus reculés. Je suis toutefois persuadé que la plupart me reconnaissent, car il est quasiment assuré que pas le moindre autre touriste n'ait fait halte ici depuis mon précédent passage un an auparavant. De plus, je portais à l'époque les mêmes vêtements qu'aujourd'hui et le même parapluie géant, si emblématique et qui fait toujours sensation parmi les villageois, est à nouveau ficelé sur mon sac à dos d'où il dépasse largement.
Mes efforts sont récompensés, car je parviens à faire stopper le véhicule alors qu'il me reste encore un peu plus de deux-cents mètres à parcourir, gesticulant autant que je le peux pour être au plus tôt repéré du chauffeur ou d'un des passagers, mais c'est finalement un vieillard qui se tient au bord de la piste qui, m'ayant aperçu et deviné mes intentions, lui fait signe de s'arrêter. Haletant, ruisselant de sueur et à l'allure totalement débraillée, je bondis dans le minibus qui repart aussitôt. J'avais apporté quelques photographies réalisées ici l'an dernier, car j'étais assuré, de par l'emplacement privilégié de ce hameau, d'y repasser au moins une fois durant ce séjour, mais dans la rapidité de l'action, je n'ai même pas eu le réflexe d'abandonner aux villageois le petit paquet que j'avais pourtant préparé à leur attention. J'en suis bien déçu, j'espérais vivement avoir le temps de passer là ne seraient-ce que quelques instants en attendant ce transport.
Le parcours est inévitablement lent, cahoteux et poussiéreux sur une telle piste de terre, si sèche et abîmée, mais je suis enfin assis et mes pieds s'en félicitent. Ces robustes minibus, que l'on rencontre de plus en plus fréquemment dans le nord du pays depuis quelques années, où ils remplacent progressivement les archaïques songteaw et d'autres improbables véhicules de transports collectifs bricolés, ont été récemment gracieusement cédés, d'occasion bien sûr, par la Corée. Ils sont prévus pour accueillir vingt-sept voyageurs précisément, mais il n'est pas rare d'en emprunter qui en entassent pas loin du double. Par chance, celui-ci n'est pas bondé puisque nous sommes seulement une vingtaine de passagers au total à y prendre place. Sans trop de surprises pour la région, des villageois de cinq ou six ethnies différentes s'y trouvent, en plus des Lao Loum : un jeune couple Hô et leur bébé, un homme, deux femmes et deux enfants Akha, une femme Taï Dam, un homme Yao reconnu à son typique sac d'épaule, quelques Taï Lü et il est certain que, parmi les personnes restantes, certaines soient Phounoy, une minorité fortement représentée autour de la petite ville de Phongsaly localisée un peu plus à l'est, mais que plus aucun signe distinctif, vestimentaire ou autre, ne permet désormais d'identifier. Celles-ci ne tardent pas à me questionner sur les raisons de mon apparition dans un tel endroit.
Nuit dans le petit bourg de Boun Neua, dans une des deux sordides mais si économiques pensions chinoises puisque la chambre, la case plutôt, voire le "placard à dormir", se loue pour dix-mille kips la nuit, soit environ quatre-vingts centimes d'euro. Comme souvent dans ce genre de bouge, il suffit de soulever le morceau de tissu ou de toile de nylon crasseuse et troué qui protège une minuscule table de bois pour y dénicher une longue aiguille d'acier, un des indispensables accessoires du fumeur d'opium puis, sur la surface de cette table, apercevoir différentes traces de brûlures infligées là par les toxicomanes. | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:09 · Modifié le 5 août 2025 à 14:25 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 45 de 193 · Page 3 de 10 · 4 083 affichages · Partager 30 octobre - OudomxaïTransports (4)
Cent soixante-dix kilomètres, neuf heures trente de trajet. Le bus, arrivant de Phongsaly, était inévitablement déjà bien empli, tant de passagers que de marchandises répandues en vrac çà et là, quand nous y prîmes place à notre tour. Nous avons donc continué de nous y entasser, et dans ces conditions, autant dire que la règle est celle du chacun pour soi, aucune préséance ayant cours à ce sujet. Je suis parvenu à m'attribuer un de ces tabourets d'enfant en plastique, à l'assise haute de moins de vingt centimètres, qui sont universellement utilisés dans les allées centrales de la plupart des bus "de campagne" du pays afin d'en optimiser le remplissage. Installé aujourd'hui en tête de cette allée, juste devant une première pile de sacs de riz qui l'encombre - et dont on se sert également comme assises - ceux-ci se déplacent vers l'avant, de manière presque imperceptible, mais inexorablement, à chacun des freinages sensiblement brusques du véhicule, nous poussant du même coup, moi et mon précieux tabouret, toujours un peu plus loin, et les trop faiblardes accélérations ne suffisant bien sûr jamais à inverser la tendance. Mes genoux se rapprochent ainsi peu à peu de mon menton tandis que ceux de mes nombreux compagnons d'infortune, qui pour leur part doivent tant bien que mal se maintenir debout, me cernent de toutes parts.
Bien qu'axe majeur du nord du pays, unique voie de circulation terrestre permettant d'atteindre la ville de Phongsaly, la capitale de la province du même nom, les deux tiers du cours de cette "route" qui rejoint Oudomxaï ne sont restés jusqu'à ce jour qu'une vétuste piste de terre, désormais exagérément abîmée et poussiéreuse, qui sillonne cette région montagneuse et alterne sans discontinuer les montées et les descentes, et surtout les virages. C'est un trajet réellement pénible, suffocant, durant lequel il faut sans cesse arbitrer entre l'ouverture des fenêtres pour obtenir une aération suffisante ou leur fermeture pour se protéger des nuages de poussière incessants. Dans ces conditions, les vomissements de passagers sont bien entendu fréquents et certains d'entre eux, peu coutumiers des transports, endurent de véritables supplices. À l'arrêt dédié au repas de mi-journée, dans un village situé sur l'une des trois seules intersections que comprend l'ensemble du parcours, quelques passagers nous quittent pour une correspondance, mais beaucoup plus nombreux sont ceux qui nous rejoignent. Par chance, je n'ai toutefois pas à abandonner mon précieux tabouret pour économiser de la place et ce surplus de voyageurs m'apporte finalement un relatif avantage puisque je n'ai même plus besoin de m'agripper là où je pouvais lors de chaque cahot et virage, étant désormais parfaitement maintenu en place, littéralement compressé au milieu d'une dizaine de compagnons. | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:09 · Modifié le 5 août 2025 à 14:24 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 46 de 193 · Page 3 de 10 · 4 079 affichages · Partager 31 octobre - Luang PrabangTransports (5)
Aujourd'hui un programme substantiellement allégé avec environ deux-cents kilomètres pour un peu plus de six heures de trajet, sur une petite route de campagne toujours aussi sinueuse sur la majorité de son parcours, mais cette fois asphaltée, bien que par endroit criblée de nids-de-poule. Je me suis levé avant 6 heures et ai ainsi pu acquérir le tout premier ticket pour une place dans le tout premier bus de la journée reliant Luang Prabang. Conséquence, j'ai pu sélectionner le meilleur siège, tout à l'avant, près du chauffeur, et celui-ci s'amuse à me faire choisir les disques de molam à écouter, dont il m'est bien sûr impossible de déchiffrer le texte des pochettes. | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:10 · Modifié le 5 août 2025 à 14:24 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 47 de 193 · Page 3 de 10 · 4 077 affichages · Partager 1er novembre - VientianeTransports (6)
Hier soir à Luang Prabang, j'ai pu à nouveau converser avec des congénères occidentaux, après tout de même pas moins de quarante-deux jours d'abstinence. Nous sommes en effet ici très nombreux, nous autres touristes, à nous agglutiner dans le cœur historique de cette petite bourgade où se visitent quelques dizaines de pagodes bouddhistes que l'Unesco a eu la bonté d'inscrire à sa liste du "patrimoine mondial de l'humanité". Des familles entières et tutti quanti. On y mange des pizzas et des pancakes, on y joue au religieux laotien en prenant part au Tak Bat, la cérémonie d'aumône matinale des moines, on y achète des " Packs 3 days adventures" qui nous emmènent vers les forêts proches, pour y marcher trois pas, faire un peu de rafting, de radeau de bambou ou de balades à dos d'éléphant maltraité, pour traverser deux ou trois villages - toujours les mêmes, sélectionnés par les opérateurs - et y passer la nuit, mais en aucun cas chez l'habitant, trop blasé de ces visites qui se succèdent sans cesse, donc plutôt à l'écart dans une maison d'accueil construite et réservée spécifiquement à cet effet. Pour le coup, venant à peine de quitter une des régions les plus reculées et sauvages du pays, je dois reconnaître que l'immersion forcée dans cette foule m'offre une transition un peu brutale.
Réveil à nouveau très matinal aujourd'hui, toujours afin de m'assurer une place de choix dans le premier bus en partance vers Vientiane, pour ce qui constituera ma troisième et dernière étape de retour vers la capitale. Un trajet qui s'effectue en dix ou onze heures sur une route cette fois en bon état, mais éternellement sinueuse à travers les montagnes.
Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, je suis monté dans un bus "VIP". Un bus VIP est un véhicule strictement identique aux autres, mais auquel de hideux courts et inamovibles rideaux plissés à flonflons ont été suspendus en haut des vitres, ainsi que devant le rayon à bagages, pour tâcher de le masquer. Résultat, si on n'est pas placé côté fenêtre, on ne peut rien observer des magnifiques paysages de montagne que nous traversons. Deuxième avantage du bus VIP, il promet l'air conditionné, mais dès 10 heures du matin, c'est-à-dire dès que les brumes nocturnes laissent place aux premiers rayons du soleil, qui viennent alors frapper continuellement la carrosserie, on se résigne à ouvrir les fenêtres pour libérer le trop-plein de chaleur. Troisième et dernier avantage du bus VIP, durant le trajet cinquante centilitres d'eau, ainsi qu'une pâtisserie industrielle chinoise, sont distribués à chaque passager, mais seuls nous autres touristes nous laissons berner par la promesse de ces avantageux mirages. Résultat, si jusqu'hier encore je me retrouvai seul occidental dans les quelques transports empruntés ces trois derniers jours, l'unique passager lao du bus et moi-même sommes aujourd'hui assis tout à l'arrière du véhicule, la plus inconfortable des places, celle où l'on subit le plus intensément les effets des cahots et des virages. J'en ai rapidement compris la raison, tous mes congénères occidentaux avaient réservé leur billet depuis au moins la veille, dans une agence touristique ou même directement par l'intermédiaire du personnel de leur guesthouse, moyennant une commission augmentant encore son coût déjà prohibitif. Bref, j'aurais dû prendre le temps de choisir un de ces bons vieux bus locaux, j'ai stupidement bondi dans le premier aperçu.
Mesure en vigueur depuis déjà plusieurs années afin de tenter de dissuader toute attaque des résistants Hmong survenant sporadiquement sur cet itinéraire, il arrive encore qu'un militaire armé, mais vêtu en civil, escorte les bus qui empruntent cette fameuse route numéro 13 reliant Luang Prabang à Vientiane. Sa kalachnikov, il la porte généralement ostensiblement en bandoulière pour bien annoncer, dès le départ de la gare de bus, sa présence dans le véhicule. Celui qui nous accompagne aujourd'hui a cependant eu une idée lumineuse en essayant cette fois, tandis qu'il parcourait l'allée centrale pour une première inspection de l'habitacle, de naïvement tenter de la camoufler sous son blouson. Opération impossible au regard de la dimension de l'engin, la crosse en dépassait ainsi au niveau de sa hanche. Une jeune touriste anglo-saxonne l'a immédiatement remarquée et s'en est aussitôt alarmée, déclenchant un début de mouvement de panique parmi les passagers. Le type a alors rapidement dû faire marche arrière et lancer à haute voix des « No ploblem ! No ploblem ! militaly ! militaly ! ». | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:10 · Modifié le 5 août 2025 à 14:24 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 48 de 193 · Page 3 de 10 · 4 075 affichages · Partager 2 novembre - VientianeDim-sum et soupes de nouilles
Repos, et repas. J'ai déniché une petite gargote qui, comme tant d'autres petites gargotes, prépare des soupes de nouilles. Celle-ci cependant sert aussi des dim-sum, les "tapas chinoises", que l'on rencontre en quantités et diversités inouïes en Chine, et à Hong-Kong plus spécifiquement. Les dim-sum (prononcer "dime soume") se consomment à n'importe quel moment de la journée. Ce sont de petites portions enfermées dans des boîtes de bambou rondes, des paniers aux bases ajourées et empilés jusqu'à dix ou quinze au-dessus d'eau en ébullition. Le contenu de chacun d'eux cuit ainsi à la vapeur, qui se répand d'un panier à l'autre grâce à leurs bases ajourées. On effectue sa sélection à vue, en ouvrant soi-même le premier panier de chaque pile pour s'informer de ce qu'il contient. Ici, dans ma petite gargote, on ne retrouve pas les centaines de variétés proposées dans certaines autres de Hong-Kong, mais de la quinzaine de choix disponibles, tous sont excellents. Au fond de chaque panier est d'abord disposé soit un fragment de feuille végétale - de salade, de choux ou encore de bananier - afin que la préparation n'y accroche pas, soit une coupelle de porcelaine. Chaque panier contient le plus souvent trois ou quatre bouchées identiques : raviolis variés et autres pâtes farcies de crevettes, de bœuf, de poulet ou de porc, boulettes de viande diverses marinées, pinces de crabes, crustacés, viandes en sauce, œufs de caille, tofu, griffes de volailles, etc. Autant j'apprécie moyennement ces dernières lorsqu'elles sont grillées au barbecue et qu'il faut les ronger jusqu'aux os, autant là, cette fois complètement ramollies sous l'effet de la cuisson à la vapeur et baignant dans une sauce remarquablement épicée, avec la chair qui se détache alors naturellement des phalanges, c'est un vrai régal. Les dim-sum se mangent avec des baguettes, et avant de les engloutir on trempe la plupart de ces préparations dans une coupelle de sauce de soja pimentée. Les dim-sum ne sont donc pas une spécialité du Laos, mais dans les gargotes qui les servent et aussi dans tant d'autres, qui pour leur part s'y consacrent exclusivement, il y a les soupes de nouilles.
Dans les villages de plaine du nord du pays, s'il y a une gargote, il peut arriver que la soupe de nouilles soit le seul plat proposé, et la recette, unique. Préparée en moins de deux minutes, c'est un grand bol d'environ un litre et demi contenant soupe, nouilles de riz, et généralement, mais pas systématiquement dans les villages les plus démunis, quelques fines lamelles de viande de bœuf, de porc ou de poulet, qui auront cuit durant quelques secondes seulement dans l'eau bouillante juste versée. Une assiette de condiments et d'herbes est presque toujours servie en accompagnement et elle contiendra ce dont le gérant a pu se fournir le jour même. Cela variera alors entre pousses de soja, citron vert, menthe, coriandre, ail, cresson, salade, liseron d'eau, sortes de très longs haricots verts et encore d'autres végétaux dont je ne connais pas les dénominations. Une série d'assaisonnements est par ailleurs en permanence disponible sur les tables, rangés à côté des pots contenant baguettes et cuillères, et l'on s'en sert largement : sauce de soja, sauce de poisson et d'huître, vinaigre, piments en sauce, en purée ou séchés et pilés, sel, poivre, glutamate de sodium, sucre, gousses d'ail, arachides broyées, pâté de poisson fermenté, etc. Avec tout ceci à portée de main, chacun procède comme il le souhaite. Par exemple, les herbes peuvent être grossièrement déchirées à la main, puis mélangées à la soupe ou directement portées en bouche entre deux "baguettées" de nouilles. Alors, baguettes tenues d'une main et cuillère de l'autre, l'offensive peut débuter. Tous les effets d'aspirations et de déglutitions sont autorisés, même s'ils se font particulièrement sonores. Les éventuels éclats d'os restés fichés dans la viande sont ostensiblement et sans gêne recrachés au sol. Il est recommandé que les baguettes soient en bambou, celles en plastique ou, pire encore, en inox, étant proprement inadaptées, car les nouilles n'y adhèrent pas correctement. Si l'on a abusé du piment, pas toujours aisé à doser tant qu'on ne l'a pas testé, on se retrouve rapidement en nage et le flot au nez.
Ici à Vientiane, même si on est loin du vaste choix disponible dans la Thaïlande voisine, la variété des soupes de nouilles proposées est toutefois autrement plus conséquente que dans les campagnes. Les nouilles elles-mêmes sont d'ailleurs de natures et de formes plus diversifiées et parfois avantageusement remplacées ou complétées par des raviolis. Les viandes peuvent être du canard laqué ou d'autres préparées en boulettes ou finement découpées. La peau de volaille frite est également intéressante. Le phöe, la soupe de nouille, peut commencer à être consommée dès 5 heures du matin, constituant pour beaucoup, moi le premier, un petit-déjeuner de choix. Elle peut aussi bien entendu être servie tout au long de la journée, et jusque tard le soir. Certaines gargotes particulièrement réputées pour leur recette, qui est parfois unique, ne désemplissent pas.
Le flegme de la visite m'atteint une fois de plus. Pour parcourir les quelques temples de la ville, certains étant réellement charmants et tous encore en activité, il faut soit se lever tôt, soit accepter de le faire durant le reste de la journée, donc sous une accablante chaleur. Comme à Luang Prabang hier, la capitale historique qui en abrite de bien plus nombreux, autrement plus spectaculaires, flamboyants et anciens, ce n'est pas encore cette fois-ci, lors de ce énième passage dans ces endroits, que je découvrirai leurs trésors. Alors, au programme aujourd'hui, soupe de nouilles, visite des marchés touristiques et locaux, dim-sum, coupe de cheveux, dim-sum, internet, déambulation le long du Mékong, dim-sum. Mes villages du lointain Nord me manquent déjà. | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 15:11 · Modifié le 5 août 2025 à 14:23 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 49 de 193 · Page 3 de 10 · 4 121 affichages · Partager 3 novembre - VientianeUn temple
Hier soir, rencontre avec T., étudiant français, correcteur-stagiaire pour une année à la rédaction du journal Le Rénovateur, la médiocre, oserais-je dire pitoyable, publication francophone quotidienne de la capitale du Laos, que la France, probablement nostalgique de son ancienne colonie, persiste à subventionner alors que personne ne l'a jamais lu et ne le lira jamais. Je dis bien publication de la capitale puisqu'elle ne se déniche que dans sept ou huit points de vente de la ville et nulle part ailleurs dans le pays. La quantité d'exemplaires tirés n'excède pas cinq cents les meilleurs jours. Cet étudiant m'a ainsi un peu décrit la chose de l'intérieur. Les journalistes, au nombre de cinq à sept au total, et tous fonctionnaires du Ministère de l'Information, sont lao, un seul est français, lui aussi plutôt simple correcteur que journaliste. Beaucoup des articles sont copiés soit sur le canard anglophone concurrent, le Vientiane Times, pourvu d'un budget indéniablement plus conséquent, soit directement sur le web. Ces articles en langue anglaise sont alors ensuite passés à la "moulinette" de l'outil de traduction de Google, puis transférés dans un traitement de texte où les journalistes se chargent de les maquiller un peu. Il ne reste ainsi plus qu'à les transmettre aux deux Français qui finiront d'arranger tout cela. Seules quelques insipides brèves locales sont réellement rédigées par les fonctionnaires. On ne fait pas de politique dans Le Rénovateur, on se tient à carreau, on ne froisse surtout personne. Quelques faits-divers, de froids comptes-rendus d'évènements mineurs ou de cérémonies officielles, avec chaque fois d'incontournables et monotones énumérations des individus présents, dont l'opportunité de rappeler l'existence est là inespérée.
Dernières heures dans le pays puisque le décollage est planifié pour ce soir. Instants toujours un peu moroses et qui se termineront d'ailleurs de la même manière avec les ennuyeuses formalités et attentes aéroportuaires, puis les inconfortables et ô combien inintéressants trajets aériens. Pour ne pas trop penser à ces réjouissances annoncées, le programme de la journée comprendra, dans l'ordre, soupe de nouilles, visite d'un temple, dim-sum, puis départ en tuk-tuk vers l'aéroport. Après quarante journées passées dans mon Nord en compagnie de montagnards tous animistes, la visite d'un seul temple bouddhiste ne me permettra en aucun cas de rééquilibrer la parité, mais avant de quitter le pays, de côtoyer au moins une fois un lieu dédié au culte qui est pratiqué par un peu plus de la moitié de ses habitants.
Le Wat Sisaket, le temple visité, est plutôt joli. C'est le seul de la ville que j'avais déjà visité auparavant, ainsi au moins je ne courrais pas le risque de la déception. Comme souvent, l'accès au temple proprement dit est protégé par un haut mur, une palissade qui est ici abritée du côté intérieur par une petite toiture, composant alors comme une coursive. Sur toute la périphérie de celle-ci, ainsi que sur les parois internes du temple, s'alignent des milliers de représentations du Bouddha, des moulages de bronze principalement et qui le montrent dans diverses postures. Les plus grandes de ces représentations, d'une échelle d'un à deux tiers environ, sont déposées au sol ou sur des estrades tandis que les plus petites, de quelques centimètres de hauteur seulement, sont insérées dans des milliers de niches murales. Toutes sont anciennes et de belle facture. Les postures et les expressions des visages, arborant leurs fameux énigmatiques sourires, sont réellement gracieuses et exhalent la sérénité. | | | À: 321 · 27 janvier 2008 à 16:34 · Modifié le 2 juin 2009 à 19:27 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 50 de 193 · Page 3 de 10 · 4 112 affichages · Partager Dans quelques jours j'essayerai de dessiner une p'tite carte du parcours, que je poserai ici.
A + 321 | | | À: 321 · 29 janvier 2008 à 16:35 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 51 de 193 · Page 3 de 10 · 4 058 affichages · Partager merci | | | À: 321 · 30 janvier 2008 à 13:26 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 52 de 193 · Page 3 de 10 · 4 050 affichages · Partager Salut! Je ne lis que très rarement les carnets de voyage, mais là, chapeau, c'est passionnant! Ecoute, si tu as des versions WORD de tes deux récits, peux-tu m'envoyer ton adresse mail en PM? J'aimerais te lire autrement qu'à l'écran! Même si, du coup, tu me files des complexes pour publier mes propres "récits"!  En tout cas bravo, c'est très courageux de voyager en baroudeur comme ça, je l'ai fait, plus jeune, en Espagne, l'hiver, c'était déjà assez rock n roll (plans glauques, flics,...). En Indonésie, je l'ai fait (motivé, comme toi, sans doute, par cette curiosité d'aller là où personne ne sait comment c'est... ce qu'il y a après etc), mais avec un pote du coin, et moins longtemps... Bonne route et à bientôt! | | | À: Mohamma2 · 31 janvier 2008 à 13:34 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 53 de 193 · Page 3 de 10 · 4 036 affichages · Partager Merci, ça fait très plaisir quand quelqu'un y trouve un intérêt. Tu as mon adresse mail en MP.
A + 321 | | | À: 321 · 31 janvier 2008 à 14:18 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 54 de 193 · Page 3 de 10 · 4 028 affichages · Partager Bonjour,
Je suis bien intéressé aussi pour avoir cela en Word ou PDF. Surtout pour ma femme qui ne supporte pas la lecture sur ecran.
D'avance merci.
Michel | | | À: 321 · 1 février 2008 à 21:54 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 55 de 193 · Page 3 de 10 · 4 014 affichages · Partager Merci pour ce récit captivant. Peux-tu me l'envoyer en document word pour avoir le plaisir de le lire et le relire. Quel plaisir de voir encore des derniers aventuriers | | | À: 321 · 3 février 2008 à 10:53 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 56 de 193 · Page 3 de 10 · 3 998 affichages · Partager Super intéressant ton périble! 
As tu des photos pour illustrer ce voyage?
Peux-tu aussi me l'envoyer en document word ? Merci bcp. | | | À: Thanos · 3 février 2008 à 18:02 · Modifié le 20 sep. 2013 à 3:46 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 57 de 193 · Page 3 de 10 · 3 993 affichages · Partager Salut,
Merci de ton commentaire ! Je t'ai envoyé mon adresse mail. Pour les photos, j'en ai bien quelques-unes mais elles sont toutes sur papier, j'essayerai d'en faire scanner 2 ou 3 autres ces prochains jours (sans prétention, elles sont prises avec un simple petit appareil compact à pellicules).
A + 321
...Ban Moukhang, Femme et enfant Akha
| | | À: 321 · 7 février 2008 à 16:16 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 58 de 193 · Page 3 de 10 · 3 973 affichages · Partager Un grand merci pour ce récit. C'est la 1e fois que je lis un récit aussi passionnant et intéressant.
Gaëlle | | | À: Galine · 15 février 2008 à 21:09 · Modifié le 1 juin 2009 à 19:13 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 59 de 193 · Page 3 de 10 · 3 935 affichages · Partager De rien...!
...Jeunes filles Yao, Ban Thong Neu
J'ai découvert que les espèces de larges cravates portées par les femmes et jeunes filles Yao, formées par deux ou trois centaines de fils de soie tressés de couleur rose fuchsia quasi fluorescents et suspendues devant leur buste avaient deux fonctions : les embellir encore bien sûr (c'était donc possible) mais aussi, lorsqu'elles se tiennent assise près des maisons pour broder, sous l'auvent formé par la toiture, composer une surface réfléchissante, réverbérant la lumière naturelle extérieure sur leur gorge, le dessous de leur menton, l'intérieur de leurs mains, le cœur de leurs travaux d'aiguille, subtiles et élaborées broderies. Lorsque je m'en suis rendu compte, j'ai vraiment cru que la jeune fille disposait d'une petite lampe placée entre les jambes. Ça, c'est comme le coup des caractères chinois brodés sur les bonnets, c'est le subtil et discret raffinement des femmes Yao à son comble. En tout cas, je ne suis pas peu fier de ma découverte car je suis certain que peu le savaient.
...Enfants Yao, Ban Tashiluang
| | | À: Ellega · 15 février 2008 à 21:19 · Modifié le 1 juin 2009 à 19:00 Re: Laos, aux confins de la province de Phongsaly, quarante jours de lentes balades à pied Message 60 de 193 · Page 3 de 10 · 3 930 affichages · Partager Merci ! Très heureux que cela t'aie plu ! A + 321
...Jeunes femmes Akha, Ban Phoutang May
...Femme Akha, Ban Phousoung
(...)Le nombre de pièces et de chaînettes d'argent ornant les coiffes des femmes Akha diminue au fil des années pour, à un âge avancé, lorsqu'elles deviennent grand-mères, ne plus subsister seulement que deux ou trois d'entre elles et la structure de bambou enrobée d'étoffe de coton noir ; les mères les ont progressivement léguées à leurs filles, tout au long de leur croissance (...). | Carnets similaires sur le Laos: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 27 400 visiteurs en ligne depuis une heure! |