Bonjour,
Je serais presque malicieusement tenté de te demander si tu es allé voyager en
Thailande entre temps.
Que ce soit en tant que touriste ou en tant qu'expatrié, il faut bien reconnaitre que le sujet de la royauté ne figure pas dans les centres d'intérêt des occidentaux. Ni des autres non thais, à mon avis. Quant aux thais, et le Covid n'a vraiment rien arrangé, beaucoup d'entre eux s'activent chaque jour pour assurer leur subsistance et payer les crédits, principalement celui du véhicule.
Le sujet politique n'est évidemment pas le premier abordé dans les échanges et encore faut-il pratiquer une langue de manière avancée pour communiquer sur le sujet.
Quelques considérations éparses qui me viennent à l'esprit :
- au moyen-âge en Europe, la royauté était de droit divin, c'est-à-dire que seul Dieu était au-dessus du roi et le roi était roi parce que c'était la volonté de Dieu. En
Thailande, le statut royal est au moins de ce niveau.
- en
Thailande, la loi définit clairement le délit de lèse-majesté. Non seulement il est interdit de critiquer le roi mais aussi sa famille et cela peut même s'étendre à ses animaux de compagnie.
Il y a 17 ans, un
suisse pour l'occasion fortement alcoolisé a eu l'idée de taguer des affiches représentant le roi et son épouse. Il s'en est suivi le prononcé d'une peine de prison de 10 ans. Et encore, la peine a été réduite de moitié parce qu'il a reconnu sa culpabilité.
Le roi l'a certes gracié quelque temps après mais un séjour dans une prison thai, puis une expulsion quand on est marié à une thaie et qu'on était dans le pays depuis 10 ans...
- il arrive souvent que les personnes qui séjournent plus ou moins longtemps dans le pays aient un réel coup de coeur pour ses habitants; il y a chez eux une concentration de spontanéité, de gentillesse et ma foi de drôlerie comme en en rencontre rarement dans bien d'autres pays. Il n'est pas étonnant que parmi nous beaucoup défendent leur foi, leurs traditions et l'organisation dont ils se sont dotés. Certes, à travers plusieurs commentaires on perçoit qu'il y en a qui semblent se montrer plus royalistes que le roi. Parfois il peut y avoir une petite part de bêtise ou de sensiblerie, parfois c'est parce qu'ils ont adopté leur pays d'adoption et puis qu'avons-nous à donner comme leçons quand nous voyons comment les choses évoluent chez nous.
- ce débat me rappelle les discussions à propos des compagnies aériennes que des voyageurs souhaitent boycotter car ce sont celles de nations qui complotent dans notre dos. Dans de telles discussions, finalement chacune des parties a raison et aucune n'a tort.
Le seul argument me paraissant difficilement discutable c'est que ceux qui décident de passer une longue partie de leur vie dans un pays ne peuvent et ne doivent pas se comporter comme les citoyens dudit pays. Comme le disent beaucoup d'expatriés, ils sont de simples invités et n'ont pas à se mêler des questions politiques voire économiques. Quelque part, c'est les respecter.
- si on se plonge un peu dans l'histoire des dernières décennies, on constate que le roi en question a donné l'impulsion pour bien des réalisations bénéfiques à la population. Je pense notamment à de nombreux barrages, des zones d'artisanat local (OTOP, One Tambon, One Product), des parcs nationaux et d'une manière générale il a fortement contribué à porter son pays dans le vingtième siècle. Ajoutons que c'était un homme calme, discret et qu'il a su répondre présent en sillonnant le pays et en soutenant les sinistrés lors de catastrophes naturelles.
Plusieurs générations ont ainsi connu un seul roi et en le perdant ils ont pour toutes ces raisons ressenti la perte du père de la nation.
Dans ce sujet, on ressent une fois de plus le choc des cultures. Je me dis parfois que dans ces cas il vaut mieux garder ses considérations pour soi.