| La tête en gondole Kancékonpar · 7 mai 2014 à 22:06 44 messages · 9 participants · 3 374 affichages | | | | 7 mai 2014 à 22:06 La tête en gondole Message 1 de 44 · Page 1 de 3 · 1 482 affichages · Partager Pas besoin d’un coach pour savoir que certaines situations dans la vie requièrent plus de maîtrise de soi que d’autres. Pour ma part, j’aurais tendance à croire que prendre un air détaché autour de la machine à café et réclamer une augmentation à mon patron (quand chaque matin de la semaine qui précède l’entretien, j’émerge du plumard, complètement explosée, le haut de pyjama bon à essorer, et qu’au bureau, l’individu répète à l’envie que le budget n’a jamais été aussi serré que cette année) demande plus d’efforts que de regarder une collègue dans le blanc de l’œil en l’assurant que, ah mais si, on a pris un vrai plaisir à lire le bouquin qu’elle s’est chargée de choisir au nom de toute l’équipe pour fêter un nouveau tour de cadran... Sur la base d’une expérience toute récente, je peux affirmer de façon catégorique : c’est le contraire qui est vrai. Il est bien plus acrobatique de raconter des salades à une collègue sympathique que d’écouter le boss débiter des conneries.
Il semblerait que ma collègue prenne goût à me mettre à l’épreuve. Il y a un an, elle avait déjà insisté pour me faire partager un de ses bonheurs de lecture (La promesse de l’océan de Françoise Bourdin). Le moment venu, j’étais restée assez évasive dans ma critique "Tu sais, je suis plus aimantée par la littérature moyen-orientale ou nord-américaine que bretonne, mais bon, l’histoire est assez bien emmenée...". Pour cette fois, j’ai eu droit à un joli paquet cadeau avec à l’intérieur Juste avant le bonheur d’une certaine Agnès Ledig (Albin Michel), inconnue à mon bataillon, mais dont le quatrième de couverture nous apprend qu’elle a été le "Coup de cœur" du grand prix des lectrices de Femme Actuelle. J’ai longtemps repoussé l’échéance de lire l’ouvrage qui s’empoussière depuis des mois sur ma table de nuit, mais printemps rimant avec dépoussiérage, renouveau et plein d’énergie, je m’y suis collée une bonne fois pour toutes le weekend dernier.
Inutile de tourner autour du pot, le bouquin se dévore en quelques heures et c’est tant mieux. Plus vite on a avalé le morceau, moins on risque l’indigestion. En résumé, il s’agit d’un conte de fée moderne, Blanche Neige revisité à la mode tarte flambée-galette au beurre (eh oui encore la Bretagne). Si on cherche à pénétrer un peu plus en profondeur dans la matière du roman, on dira que l’histoire est celle de Julie, une jeune mère célibataire "qui fait partie de ces gens que le destin épargne peu", bref la fille qui, à vingt balais, a perdu ses illusions (et parait-il sa dignité), et rame de galères en galères, en particulier au boulot. Elle est caissière dans un supermarché quelque part en Alsace et doit supporter les coups de gueule et la misogynie de son "connard" de patron. Jusqu’au (beau) jour (très beau même comme on le découvrira plus tard), où un quinqua dénommé Paul franchit le seuil télésurveillé du supermarché. Paul dont on apprend dès les premières pages que sa femme l’a plaqué quelques semaines auparavant, et qu’il vit depuis de bières et de pizzas surgelées, non pas par manque de moyens (le type est blindé de thunes) mais parce qu’il est infichu de se faire cuire des pâtes. Paul a beau être un ingénieur confirmé, ça ne l’empêche pas de se gourer en appuyant sur la touche "raisins" alors qu’il a mis des pommes dans son caddie. L’occasion fait le larron. C’est ainsi que Paul et Julie vont se parler, au grand dam des ceusses qui font la queue à la caisse... Paul est ébloui par le sourire de Julie et l’invite le jour même à boire un pot. Puis de fil en anguille euh... en aiguille, à l’accompagner pour les vacances qu’il a prévu de passer en Bretagne, dans sa maison de vacances.
(...) | | | À: Kancékonpar · 7 mai 2014 à 22:14 Re: La tête en gondole Message 2 de 44 · Page 1 de 3 · 1 476 affichages · Partager (...)
Ayant la fâcheuse tendance, comme bon nombre de lectrices, à vouloir me glisser dans la peau des personnages principaux, soit parce qu’ils sont proches de mes sentiments soit parce que leur quotidien me rappelle le mien, je dois avouer que, pour le coup, il m’a fallu fichtrement me remettre en question. Parce que si à chaque fois, j’arrivais à une caisse en m’disant "merde, j’ai encore oublié de peser mes tomates", et j’en profitais pour inviter le caissier tout sourire à boire un coup (j’ai bien dit "boire" un coup...), j’aurais le foie perforé depuis des lustres. Mais bon je m’égare....
On l’aura compris, c’est bien d’un conte de fée moderne qu’il s’agit. On apprend à la fin que "la princesse a ouvert le pont-levis pour laisser entrer le Prince Charmant et ses grandes vagues toutes douces". Désolée d’insister mais, à aucun moment, des sentiments négatifs tels que la rancœur ou même la jalousie ne m’ont rongée, ni même égratignée... A moi aussi, il m’est arrivé des histoires inouïes. Bien sûr, comme tout un chacun, j’suis "pressée par l’urgence d’être heureuse". Certes je vis pas un truc renversant tous les jours, certes le dernier court-circuitage généralisé du à un télescopage amoureux remonte à pfff... quelque temps, mais je crois être une femme assez assumée et moderne, en tout cas assez à l’aise dans mes boots et mon jean (j’évite toutefois les slims et les t-shirts au dessus du nombril, tout comme les talons compensés qui, à mon goût, sont une insulte à l’esthétique du pied...), pour ne pas tomber dans chacun des pièges de mièvrerie tendus par ce genre de littérature...
Sans parler du style d’écriture, ou plutôt de la course à la vulgarité à laquelle se livre l’auteur-euh. En vrac quelques morceaux choisis : Paul a un fils, Jérôme, approximativement de l’âge de Julie, qui fait partie du voyage et qui, lui aussi, se trimballe son lot de casseroles. Il est supposé profiter des bouffées d’iode pour redonner un petit coup de lifting à son moral. Sa femme dépressive a avalé une boite de tranxènes, le voilà veuf. Et scandalisé à l’idée que son humaniste de père cède aux charmes d’une Circé qui pourrait être sa fille. Mais Julie, jeune femme émancipée, n’a pas la langue dans sa poche et le provoque à tout va : "Ce serait un bon gros pigeon. Il doit bien faire dans les quatre-vingts kilos, au bas mot. Je ne suis pas allée vérifier, mais son torse n’a pas l’air couvert de plumes. J’opterais plutôt pour les poils". Plus tard, à l’occasion d’une sortie en haute mer, Julie et Jérôme se laisseront rattraper par leur libido euh... la nuit : "- Il faut faire le noir dans notre cerveau. - Tu me fais rire, il fait déjà plus noir que noir. J’ai l’impression d’être un suppositoire dans un derrière". Hmm...
C’est dans cette même veine, tendance Femen décomplexée, que Julie élève Lulu, son fiston blond et innocent comme le sable : "Il faut que je prouve à Lulu que ce n’est pas parce que je suis une femme que je suis moins performante qu’un homme. Je veux qu’il comprenne que la femme est l’égale de l’homme. Quand il sera grand, il n’enverra pas bobonne aux fourneaux...". La rivalité avec le fils de Paul ne dure qu’un temps (celui d’un jogging matinal sur la plage) jusqu’à ce que notre héroïne prenne le dessus "Parce qu’elle est comme ça, Julie. Ni hautaine ni méprisante. Mais là quand même savourant sa victoire...".
Bien évidemment le roman n’aurait pas d’épaisseur dramatique si un accident (dont je me retiendrai bien de révéler ici les détails) ne venait pas plomber l’ambiance insouciante qui commençait tout juste à ensoleiller la vie de tous les protagonistes. Pour les personnes sensibles, aux paupières fragiles que des crises lacrymales à répétition ont tendance à froisser voire à gondoler, je conseille d’emblée de recourir à un soin anti-poches défatiguant et lissant, au mieux quelques heures avant d’attaquer la deuxième partie du livre. Quoi qu’une fine tranche de concombre appliquée sur chaque paupière pendant une bonne dizaine de minutes fera tout aussi bien l’affaire. Renouveler l’action aussi souvent que nécessaire.
Afin de conclure sur une note ouverte et généreuse, je dirais que je n’hésiterai pas à refourguer le bouquin à la première occasion. Avis aux amateurs. | | | À: Kancékonpar · 7 mai 2014 à 23:40 Re: La tête en gondole Message 3 de 44 · Page 1 de 3 · 1 457 affichages · Partager Sinon, tu as plus long comme message(s) pour dire que tu n'as pas aimé un bouquin  ? | | | À: Kujila · 8 mai 2014 à 7:44 Re: La tête en gondole Message 4 de 44 · Page 1 de 3 · 1 442 affichages · Partager Sinon, tu as plus long comme message(s) pour dire que tu n'as pas aimé un bouquin  ?
Mais comment n’y ai-je pas pensé avant ? Le smiley comme modèle de concision et de puissance argumentative !
Tiens, voilà qui devrait te plaire, sweety. Tu ne pourras pas me reprocher le hors-sujet puisqu’il s’agit d’une petite causerie sur la nonchalance des voyages : "Pour moi le voyage idéal est sans but ou sans terme précis, et se définit par ses haltes et ses étapes plus que par son itinéraire. Il s’enrichit aussi de l’état d’esprit et de la nonchalance avec lequel le voyageur accepte de s’abandonner à ces moments particuliers" (Patrick Manoukian)
Ben moi c’est pareil, j’aime m’arrêter où il me plaît et m’épancher à ma guise, que je cause de la plasticité d’une tranche de jambon ou d’un bouquin affligeant. Mais il y a assez de messages sur le forum, à forte teneur en images, pour que tu trouves ton bonheur. | | | À: Kancékonpar · 8 mai 2014 à 8:00 Re: La tête en gondole Message 5 de 44 · Page 1 de 3 · 1 435 affichages · Partager Je pense juste qu'il y a peut-être d'autres sites pour les critiques littéraires en herbe non  ?
Sur un forum, un texte trop long comme c'est le cas ici est en général un repoussoir pour au moins 90 % des utilisateurs... Faire court pour être lu... C'est un conseil quoi... | | | À: Kujila · 8 mai 2014 à 22:08 Re: La tête en gondole Message 6 de 44 · Page 1 de 3 · 1 401 affichages · Partager Je pense juste qu'il y a peut-être d'autres sites pour les critiques littéraires en herbe non  ?
Sur un forum, un texte trop long comme c'est le cas ici est en général un repoussoir pour au moins 90 % des utilisateurs... Faire court pour être lu... C'est un conseil quoi...
Ouaouh le coach... C’est chouette, le forum a vraiment besoin d’internautes modèles et zélés comme toi, des pros de la gâchette azerty qui savent flairer la racaille à deux kilomètres, ramener les moutons égarés dans le droit chemin, conseiller à chacun(e) quoi poster, où, sous quel format, comment le rendre le plus light possible pour que le message atteigne le summum de sa rentabilité.
Au lieu de nous fatiguer avec tes leçons de morale à deux balles, tu crois pas que t’aurais été mieux inspiré de nous parler ici d’une lecture récente ou ancienne qui t’ait pas laissé indifférent ? Ah pardon, pour ça, encore faudrait-il que tu captes les subtilités qu’implique la notion de "différence"...
Alors comme je suis pour l’échange de bons procédés, à moi de te donner un conseil. Et si tu essayais d’appliquer quotidiennement un baume à base de musc et de bile d’ours qui agit merveilleusement contre les hémorroïdes du cerveau ?
PS. A l’heure où je t’écris, l’horoscope de ma semaine à venir s’affiche sur mon prompteur. Il ne saurait être plus à propos : "La synthèse que vous opérez de tous les éléments en cause vous conduit à suivre impérativement vos convictions profondes. La soudaineté peut surprendre d’aucun(e)s." | | | À: Kujila · 9 mai 2014 à 1:07 Re: La tête en gondole Message 7 de 44 · Page 1 de 3 · 1 384 affichages · Partager Je pense juste qu'il y a peut-être d'autres sites pour les critiques littéraires en herbe non  ?
Sur un forum, un texte trop long comme c'est le cas ici est en général un repoussoir pour au moins 90 % des utilisateurs... Faire court pour être lu... C'est un conseil quoi...
Je dois faire partie des 10% alors car j'ai dévoré ce texte très drôle, bien écrit. J'ai beaucoup aimé. Et toi tu aurais du faire encore plus court en nous évitant ta réponse inutile. Si tu n'aimes pas, passes ton chemin. C'est fatiguant à la fin toute cette méchanceté gratuite de plus en plus courante sur VF. | | | À: Daisyone · 9 mai 2014 à 7:56 Re: La tête en gondole Message 8 de 44 · Page 1 de 3 · 1 377 affichages · Partager Je dois faire partie des 10%
Probablement  ...
Il faut déjà lire deux feuillets de texte avant de comprendre quel livre est évoqué... | | | À: Kancékonpar · 9 mai 2014 à 14:17 Re: La tête en gondole Message 9 de 44 · Page 1 de 3 · 1 358 affichages · Partager ... je n’hésiterai pas à refourguer le bouquin à la première occasion. Avis aux amateurs.
Kantupar, pourriez-vous le déposer sur le seuil de la maison en Bretagne? Avec la critique ci-dessus portée à la main sur les pages de garde (des annotations dans les marges seraient un plus)? Vous pourriez, en échange, choisir entre de la littérature sauvage -école de Missoula- ou des galettes de Pont Aven à l'abri d'une tôle gondolée (pas les deux, hein, vidéo-surveillance oblige!) | | | À: Kancékonpar · 9 mai 2014 à 16:42 Re: La tête en gondole Message 10 de 44 · Page 1 de 3 · 1 341 affichages · Partager Blanche Neige revisité à la mode tarte flambée-galette au beurre (eh oui encore la Bretagne)
La tarte flambée est bretonne ? Et le kouign amann est corse, peut-être ? J'ai été tellement choqué que ma lecture s'est arrêtée là. | | | À: Lepiaf · 9 mai 2014 à 17:20 Re: La tête en gondole Message 11 de 44 · Page 1 de 3 · 1 326 affichages · Partager Peut-être qu'aux nourritures bourratives et pesantes, tu préfères les envolées plus légères ? | | | À: Lepiaf · 9 mai 2014 à 17:31 Re: La tête en gondole Message 12 de 44 · Page 1 de 3 · 1 317 affichages · Partager ma lecture s'est arrêtée là
Dommage! Plus loin on apprend que l'héroïne travaille en Alsace puis suit son prince en villégiature en Bretagne. Ce qui pourrait expliquer la formule "à la mode tarte flambée-galette au beurre". (mais je ne suis pas l'auteur-euh) | | | À: Voyajou · 9 mai 2014 à 17:35 Re: La tête en gondole Message 13 de 44 · Page 1 de 3 · 1 311 affichages · Partager En même temps, évoquer un livre en se contentant de raconter l'histoire sur plus de la moitié du texte, à quoi bon ? | | | À: Kujila · 9 mai 2014 à 17:39 Re: La tête en gondole Message 14 de 44 · Page 1 de 3 · 1 310 affichages · Partager Oui, mais ça, Pugilat  , tu l'as déjà écrit! | | | À: Voyajou · 9 mai 2014 à 17:52 Re: La tête en gondole Message 15 de 44 · Page 1 de 3 · 1 302 affichages · Partager Oui, mais ça, Pugilat  , tu l'as déjà écrit!
Hé non  ! Ou alors, prouve-le moi... | | | À: Kujila · 9 mai 2014 à 17:55 Re: La tête en gondole Message 16 de 44 · Page 1 de 3 · 1 298 affichages · Partager Je voulais dire que tes trois premières interventions reprennent toutes le même reproche: c'est trop long. J'aurais dû développer plus longuement!  Personnellement j'ai eu plaisir à lire Kancékèrevient. | | | À: Voyajou · 9 mai 2014 à 18:00 Re: La tête en gondole Message 17 de 44 · Page 1 de 3 · 1 291 affichages · Partager Je voulais dire que tes trois premières interventions reprennent toutes le même reproche: c'est trop long.
Ma dernière intervention avait surtout pour but de reprocher un résumé de l'histoire, ce qui ne constitue pas une critique d'un livre ou d'un film ; l'histoire peut être éventuellement tout au plus évoquée. C'est le travers dans lequel tombe la majorité des (mauvais) critiques littéraires ou cinématographiques : commencer par en raconter l'histoire dans les détails... | | | À: Kujila · 9 mai 2014 à 18:06 Re: La tête en gondole Message 18 de 44 · Page 1 de 3 · 1 284 affichages · Partager Ne crois-tu pas que pour Oùestelle, plus que d'une critique littéraire stricto sensu, il s'agissait avant tout d'un exercice de style? Que chacun est libre d'apprécier ou pas. | | | À: Voyajou · 9 mai 2014 à 18:15 Re: La tête en gondole Message 19 de 44 · Page 1 de 3 · 1 276 affichages · Partager la littérature sauvage -école de Missoula
Pourrais-tu développer cette notion de sauvage pour école de Missoula  parce que ça m'intéresse bigrement  mais, au secours, n'en fait pas 15 pages  !
Kujila, je peux te comprendre 
Dolma | | | À: Dolma · 9 mai 2014 à 18:23 Re: La tête en gondole Message 20 de 44 · Page 1 de 3 · 1 269 affichages · Partager Dolma, qui en sait plus que moi sur cette littérature, se moque! (une phrase, douze mots, trois signes de ponctuation, soixante-cinq signes ou espaces: ça va?  ) | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 714 visiteurs en ligne depuis une heure! |