AEROPORT -
Suvarnabhumi, un Eldorado au parfum de scandale
A quelques jours de son ouverture, l’aéroport de Suvarnabhumi, objet de nombreux scandales, laisse beaucoup d’incertitudes. La lettre d'information et d'analyse francophone, Focus Asie du Sud-Est, consacre ce mois-ci un dossier complet aux dessous de ce projet "thaksinesque" à l’image de la politique du Premier ministre
Vue intérieure d’un des halls de départ (photo Ariya Aruninta, FASE)
Le moins que l’on puisse dire est que
Suvarnabhumi (prononcer souwanaphoum) se sera fait attendre. Initié il y a cinquante ans, le projet du nouvel aéroport traînait d’une administration à l’autre jusqu’à ce qu’en 2001 l’entreprenant Thaksin prenne les choses en main. Mais voilà, il semblerait que l’efficacité du Premier-ministre-chef-d’entreprise rime aussi avec conflits d’intérêts, opacité et corruption, ce qui devrait réserver quelques surprises aux usagers.
Ouverture chaotique en perspectiveLa lettre d'information francophone
Focus Asie du Sud-Est met en lumière ce mois-ci dans un dossier de six pages les dessous d’un projet miné par les conflits d’intérêts politiques et financiers au cœur de nombreux scandales de corruption.
Selon le mensuel francophone, l’ouverture de
Suvarnabhumi, prévue le 28 septembre, laisse tout d’abord présager une transition avec
Don Muang quelque peu chaotique. L’aviation civile internationale a averti que
Suvarnabhumi ne serait pas prêt pour une exploitation commerciale à cette date, tandis que les firmes aéronautiques, elles, s’inquiètent des conditions de déménagement et d’installation depuis l’ancien aéroport, dans la nuit du 27 au 28. Certaines ont d’ailleurs commencé à annuler des vols le 28 afin d’éviter la pagaille.
Plus grand, plus cher, moins pratiqueAvec une architecture ultra-moderne et des chiffres impressionnants qui en font un des plus grands aéroports de la région, jusqu’à son nom qui évoque un Eldorado mythique d’
Asie du sud-est,
Suvarnabhumi promet des améliorations, que ce soit en terme d’image, de service ou de retombées économiques pour le pays. Mais cela ne devrait pas aller sans quelques déceptions.
Tout d’abord, souligne FASE,
Suvarnabhumi devrait être moins concurrentiel que son prédécesseur et la plupart de ses voisins. La taxe d’aéroport sera 40% plus chère qu’à
Don Muang passant de 500 à 700 bahts dès février 2007, et les droits d’atterrissage pour les compagnies aériennes vont augmenter de 15%.
Par ailleurs, la desserte s’annonce plus compliquée... à moins d’y mettre le prix. Les taxis réguliers devraient en effet être relégués à 3 kilomètres de l’aérogare et accessibles seulement par un service de bus. Seuls seront disponibles sur place les fameux taxi-limousines, au moins 5 fois plus chers, et dont les analystes indiquent que la propriétaire ne serait autre que l’épouse du Premier ministre en personne...
Tout porte à croire en effet que Thaksin et son entourage se sont octroyé un juteux monopole par un contrôle abusif de l’accès aux contrats liés à l’aéroport, n’hésitant pas semble-t-il à réorienter le schéma d’exploitation du site à leur avantage. Et cela devrait continuer avec le projet farfelu mais non moins intéressé de création d’une ville
Suvarnabhumi.
Pierre Queffélec (www.lepetitjournal.com
Bangkok) Mardi 12 septembre 2006