Plusieurs pays ont adopté une politique de «dévaluation compétitive» pour aider leurs exportations. Pour les Etats-Unis, la racine du mal se trouve dans un yuan sous-évalué. Pékin contre-attaqueLe ministre brésilien des Finances Guido Mantega a piqué une vive colère à la fin de la semaine dernière. «Nous assistons à une guerre internationale des monnaies, a-t-il lancé. C’est une vraie menace pour nous, car cela affaiblit notre compétitivité.»
Quelques jours plus tôt, il était mis sous pression par la Fédération des industries de
São Paulo, la puissante organisation patronale, venue tirer la sonnette d’alarme: le real s’est apprécié de 28% depuis octobre 2008. Sa force constitue désormais un frein à l’exportation. Dès lors, elle a exigé que l’Etat déblo que une aide d’urgence à l’exportation et, parallèlement, introduise des mesures protectionnistes contre les importations. Le ministre n’a pas cédé mais, ce lundi, il a doublé la taxe sur les achats des obligations brésiliennes par des investisseurs étrangers dont le flux massif est un des facteurs qui font grimper le real.
Le cas brésilien n’est pas isolé. Ces dernières semaines, plusieurs pays se sont inquiétés de la hausse du cours de leur monnaie. Le
Japon a contre-attaqué: baisse du taux d’intérêt, création d’un fonds pour acheter des obligations et, pour la première fois en six ans, vente massive du yen pour pousser son taux de change vers le bas. La
Corée du Sud, autre pays hautement dépendant des exportations, est aussi intervenue sur le marché des devises pour baisser la pression sur le won.
Au premier semestre 2010, la Banque nationale
suisse (BNS) a massivement acheté des euros pour empêcher l’envol du franc. Il n’y a toutefois eu guère de répit. Maintenant, le franc flambe face au dollar. La Banque centrale brésilienne aurait acheté des dollars pour contenir le real.
L’euro grimpe aussi inexorablement, ce qui inquiète les exportateurs européens. Il a atteint mercredi son plus haut niveau depuis huit mois par rapport au billet vert qui, lui, ne cesse de dégringoler. Cette situation arrange les entreprises américaines et répond à la volonté de l’administration Obama de doubler les exportations en dix ans. Le dollar plonge aussi à cause d’une politique de la planche à billets qui inonde de liquidités une l’économie convalescente. Pour les économistes, cette politique, comme celle du
Japon, de
Suisse, du
Brésil et de
Corée du Sud constituent une forme de «dévaluation compétitive» pour promouvoir leurs exportations.
a faiblesse du dollar, principale monnaie dans le commerce international et dans les réserves nationales, est en effet une angoisse pour de nombreux pays. C’est la raison pour laquelle la
Chine, la
Russie, le
Brésil, tout comme les grands exportateurs de pétrole et autres matières premières, poussent à détrôner le billet vert.
Pékin a déjà réduit la part de la monnaie américaine dans ses réserves, qui atteignaient 2450 milliards de dollars en juin.
Il y a ensuite le cas particulier de la monnaie chinoise, le renminbi ou yuan. Dans le rôle du principal accusateur, les
Etats-Unis estiment que le taux de change contrôlé et volontairement sous-évalué par
Pékin est la racine du mal. Cette politique permet de réaliser des excédents commerciaux et de constituer des réserves gigantesques, alors que cette masse aurait pu financer des activités économiques en
Chine et dans le monde. Les administrations américaines successives menacent de nommer
Pékin comme «manipulateur» de son taux de change, ce qui permettrait au Congrès de surtaxer les importations chinoises. Pas plus tard que la semaine dernière, un projet de loi a été voté dans ce sens. Il entrera en vigueur seulement s’il est ratifié par le président Obama.
Jusqu’ici passifs sur ce contentieux, les Européens ont rejoint les
Etats-Unis, à l’occasion du Sommet Asie-Europe cette semaine à
Bruxelles, dans la critique de la politique chinoise de change.
Pékin a reconnu plus d’une fois la nécessité d’une réforme. «Mais cela se fera sur la base des besoins propres à la
Chine et pas sous la pression étrangères», ne cessent de répéter les dignitaires du régime.
Pékin a mis fin à sa politique de parité fixe en juillet 2005 en attachant le yuan à un panier de devises. Sa monnaie est alors graduellement remontée jusqu’à fin 2008. Durant les deux années suivantes, elle n’a plus bougé, jusqu’à la réintroduction d’un système semi-flexible en juin 2010. Hier, le Fonds monétaire international (FMI) et le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner ont appelé la
Chine à libéraliser son régime de change.
Le débat sur les devises a lieu régulièrement dans des forums internationaux (G8, G20, FMI). Mais la «dévaluation compétitive» pratiquée ces derniers mois exacerbe les tensions. Mercredi, le premier ministre chinois Wen Jiabao s’est déclaré favorable à un régime de change stable, ajoutant qu’un yuan instable serait un désastre pour la
Chine et le monde. «Les Etats risquent de se lancer dans une guerre des monnaies et compromettent les chances d’une reprise économique durable», a averti le directeur du FMI Dominique Strauss-Kahn mercredi à
Washington. Pour sa part, son chef économiste Olivier Blanchard s’en est pris au
Brésil,
appelant les pays émergents à ne pas résister à l’appréciation de leur monnaie.