Elections sénatoriales : la « chasse aux sorcières »
BangkokPar Malto C.
Par le hasard du calendrier, les Thaïlandais seront appelés une nouvelle fois à se rendre aux urnes le 19 avril prochain, pour élire cette fois leurs sénateurs. Si la Chambre Haute est par essence neutre de toute interférence politique, le front anti-gouvernemental People Alliance for Democracy (PAD) veut démasquer les candidats considérés comme trop proches du Thai Rak Thai, le parti de l'ex-Premier ministre qui contrôle le pays depuis février 2001. Une chasse aux sorcières annoncée vendredi dernier par Sondhi et Chamlong, les «tombeurs» de Thaksin, qui ont affirmé devant 50000 personnes réunies sur l’esplanade du
Palais royal vouloir continuer leur combat jusqu’à ce que le pays sorte définitivement de l’ère Thaksin...
Les leaders du PAD craignent que le Thai Rak Thai ne soudoie des candidats qui ont de bonnes chances d’être élus, et ainsi peser de son influence sur la Chambre, en charge de nommer les membres des différentes commissions et agences de contrôle du pouvoir exécutif (Commission Anti-corruption, Commission Electorale...).
Or l’un des nombreux reproches qui ont visé le gouvernement Thaksin ces cinq dernières années est justement d’avoir réussi à contrôler ces organismes indépendants en influençant, par l’intermédiaire de commissions sénatoriales elles-mêmes «favorables», le choix de leurs représentants. L’élection du 19 avril revêt donc une importance primordiale car les sénateurs garantissent le bon fonctionnement du système d’Etat démocratique. Or on peut craindre que les Thaïlandais, appelés à élire leurs sénateurs au suffrage direct, aient une connaissance limitée du rôle de la Chambre Haute, et fassent leur choix plus par rapport à l’influence du candidat dans leur communauté que par rapport à ses compétences et ses engagements de citoyenneté. Il suffit d’ailleurs d’interroger quelques personnes au hasard dans la classe moyenne éduquée pour s’apercevoir que peu sont capables de faire la différence entre un sénateur et un député...Bref, le risque, dénoncé par l’opposition de voir des sénateurs «retournés» par le parti dominant la Chambre basse existe.
La campagne d’information véhiculée par les Démocrates et le PAD afin de «griller» les candidats sous influence politique risque pourtant d’avoir peu d’effet : d’une part parce que le pays sort à peine de trois mois de crise, ce qui risque de provoquer une certaine lassitude des électeurs qui pourrait déboucher sur un taux de participation très faible. Conséquence : le «vote pour un numéro» a de grandes chances de l’emporter sur le vote «de conscience», notamment en province, perpétuant la tradition électorale thaïlandaise du vote d’influence...
Seule la commission électorale, comme cela a déjà été le cas il y a 6 ans lors des premières sénatoriales au suffrage universel, pourra annuler un résultat en cas de fraude dénoncée et organiser un nouveau scrutin.
Pour ne rien faciliter, les électeurs seront appelés une nouvelle fois à voter dans 38 circonscriptions où aucun candidat n’a pu obtenir le quota de votes suffisant pour être élu député, et dans une autre où le candidat unique s’est retiré. Ces partielles détermineront si l’Assemblée pourra être constituée avant le 2 mai comme l’impose la loi et si par conséquent un gouvernement avec à sa tête un nouveau Premier ministre pourra être nommé. Les partis d’opposition ont confirmé qu’ils continueraient à boycotter les élections, tandis que le PAD dénonce comme anticonstitutionnelle la décision de la Commission Electorale d’ouvrir ces élections partielles à d’autres candidats qui ne se sont pas présentés au premier tour.
Le schéma de sortie de crise qui a pris forme avec la décision de Thaksin Shinawatra de laisser vacant son siège de Premier ministre, risque encore de prendre «un certain temps» avant de se matérialiser, au risque de voir le pays, qui supporte actuellement les grandes chaleurs de la saison chaude, entrer dans une période de «glaciation» qui pourrait, si elle durait, être défavorable à sa croissance.