Bonjour Dolma, rien ne change mais rien n'est pareil à l'échelle individuelle. 15 ans déjà, les années passent et s'enfuient sans nous le dire. Les aspirations ne sont plus les mêmes, parfois on aimerait bien qu'elles le restent et on se bat pour.
Parmi les grandes dates je me souviens de 2008. Depuis un certain nombre d'années je ne peux plus parler de vacances car l'âge de la retraite a sonné depuis, depuis je n'ose le dire, à notre époque où le combat est rude pour savoir si l'on revient à 62 ans.
Mais se bercer d'illusions sur sa longévité, et essayer d'y croire c'est un bon remède pour le moral et pas besoin de pilules du bonheur.
En tout cas, une fois de plus je me suis remis assez sérieusement à l'escalade et j'ai de bons espoirs concernant quelques grandes voies.
Le secret, c'est de s'entourer de copains et copines qui te boostent, te bousculent et ne te laissent pas t'apitoyer sur le temps qui passe. Le résultat est là, certes on ne se tire plus dans un surplomb sur un doigt, mais la technique de pied en escalade, c'est comme l'équilibre à vélo, ça reste et on retrouve très vite de magnifiques sensations. Comme à ses débuts on reste tout surpris de constater que les chaussons d'escalade tiennent sur rien, tout du moins sur pas grand chose.
Le plaisir de grimper en tête, assez loin du dernier piton, procure comme une impression d'invulnérabilité, peut-être d'éternité, en tout cas un sentiment de jeunesse. Depuis 8 mois que j'ai repris un entraînement relativement assidu, je ne dirais pas que je me meus comme à vingt ans mais le plaisir est bien là. Je le ressens presque aussi brut qu'à ma première grande voie, houlà là, il y a longtemps. C'était au mont Aiguille, je devais avoir dix-sept ou dix-huit ans. J'en garde un souvenir précis, même si ce n'était pas une très grande voie difficile. Le rocher n'était même pas très sûr dans cette face est. On dit parfois que les grandes amours peuvent se ternir ou s'affadir avec le temps, mais les vraies, fortes et inouïes qui vous emportent, volent par de là les années et restent intactes, voire se subliment.
Je vais donc partir pour quelques jolies parois avec l'émotion et l'appréhension de mes vingt ans, même si mon épouse me regarde d'un air un peu désabusé en pensant très fortement sans l'exprimer : mais quand va-t-il comprendre que ce n'est plus de son âge.
Voilà, je te souhaite Dolma de belles vacances peut-être sur ce rivage atlantique que nous a décrit à plusieurs reprises de façon remarquable sur ce forum.