Après trois semaines passées à Chiang-Raï, je décide de prendre le bus pour la province de Tak.
Mon objectif est la mythique '' the death highway-Umphang'' encore jamais parcouru à vélo en une journée. La construction de cette route qui démarre de Mae-Sot, ville frontière avec la
Birmanie commença en 1968 pour faire office de frontière et en faire une ligne de démarcation entre la
Thaïlande et la
Birmanie. De 1969 à 1983 cette route fut le théâtre de nombreuses attaques de la part des Birmans, beaucoup de personnes périrent dans ces attentats. Pour plus d'informations, voir le site :
www.geocities.com/...ojects/deathhighway/
Après un long voyage en bus, j'arrive enfin à Tak. Mon vélo n'a pas souffert du trajet. Je pars à la recherche d'un hôtel pas trop onéreux, j'en trouve un, assez rapidement, J'en profite pour me reposer un peu. Après une bonne sieste, je vais aller repérer le marché du matin, et par hasard je passe devant un magasin de vélo et j'en profite pour discuter avec le propriétaire au sujet de la route de la mort. Ce dernier pense que je suis fou de vouloir la faire en une journée, trop difficile, trop dangereux. De toute façon, je vais me la parcourir cette route, je suis déterminé.
Avant tout, je dois me rendre à Mae-Sot ce que je réalise le lendemain matin. Le trajet Tak--Mae-Sot est un parcours montagneux long de 91 Km pour un dénivelé de 1410 mètres. Le bitume est parfait et la route est large. Il y a pas mal de camions poussifs dans les montées, il m'arrive de les doubler à vélo. J'arrive sans encombre à Mae-Sot ou le commerce de la pierre (jade de
Birmanie, émeraude...) est bien présent.
Se loger à Mae-Sot n'est pas un souci, il y a beaucoup d'hôtels et de guest-house. Cette fois-çi, je choisis la formule confort au Siam-Hôtel avec télé satellite, chambre et salle de bain impeccable pour seulement 200 baths la nuit. L’après-midi, j'en profite pour me balader en ville et visiter un magnifique temple proche de mon hôtel et à deux pas du marché.Après avoir visité ce magnifique temple couleur or, je me rends à la station de police, afin d'avoir des informations plus précises sur la dangerosité actuelle de la route de la mort. Un policier me dit que c'est beaucoup trop dangereux et pour mieux s'exprimer, il passe rapidement son pouce sous sa gorge : ça ne me rassure pas du tout ! Que faire ? Je décide de rendre une visite aux militaires qui veillent sur la frontière et ces derniers m'affirment que cette route est sous contrôle : aucun problème.
Mon sourire revient, Je vais pouvoir réaliser mon rêve : m'offrir la route la mort à la force du mollet. Afin de me rassurer, je vais immédiatement m'acheter un grand poignard au marché de Mae-Sot. Si je me fais agresser, je pourrais défendre chèrement ma peau.Après une nuit à me poser beaucoup de questions sur mes chances de réussite de ce trajet hors norme, je pars boire le café au marché dés 4 heures 30. Ensuite, je retourne à mon hôtel pour préparer tranquillement mes affaires, 15 kilos arrimés sur mon vélo Gary Fisher indestructible.
À 5 heures 40, je pars de MaeSot pour UmPhang, ''the hell revisited''. Les dix premiers kilomètres sont relativement plats, puis la route s'élève d'un coup à plus de 10 %. Heureusement que cela ne dure pas longtemps. J'arrive sur un haut plateau vallonné avec de magnifiques paysages. Quelques kilomètres plus loin, je dépasse le check point des gardiens du parc national, la route remonte de plus belle, la pente est très raide sur quelques kilomètres où je prends facilement du dénivelé pour finalement déboucher sur une crête en altitude. La route qui doit faire la largeur de cette crête épouse au mieux les formes de la montagne : tantôt la route est très raide puis redescend subitement pour remonter immédiatement.De vraies montagnes Russes sur plusieurs kilomètres pour finalement descendre jusqu’à un pont formant un tournant à plus de 120°, impossible de prendre de l’élan pour monter la terrible pente.
Après avoirs franchis le pont, la route monte droit dans la pente sur quelques kilomètres et a cet instant, une voiture me croise avec un militaire à l’intérieur en me balançant un grand sourire tous en levant le pouce. Arrivé à un col, je redescends en direction d'un village Thaïlandais puis suivi d'un village de réfugiés Birmans très impressionnant à flanc de montagne avec des militaires Thaï pour veiller sur tout ça.Après le village de réfugié Birmans, je me sens pousser des ailes : Um-Phang est dorénavant à seulement 80 kilomètres ! Je suis encore en pleine forme, le moral au plus haut, la route est aérienne, le temps magnifique, la route de très bonne qualité avec de beaux paysages.
Après une montée bien roulante, je descends une route très raide pour remonter en face aussitôt, pas besoin de freiner et record de vitesse battue: 84 Km/h !
Puis la route ne fait que monter et monter, je prends du dénivelé c'est sur et certain. Mais la pente ne s'arrête pas, et c'est raide, mais raiiiiiide ! et ce silence à faire peur, je suis seul sur cette route qui jadis était très dangereuse: un silence de mort règne. À un moment, c'est tellement dur que je pense à m'arrêter et à attendre qu'une voiture passe...je chasse vite cette mauvaise idée de ma tête car d'après ma carte et mon compteur et mon altimètre : Um-phang ne doit plus être très loin et l'altitude de ce village doit être à environ 200-300 mètres: tôt ou tard, je finirai par redescendre.
Quelque kilomètre plus loin, j'arrive sur une crête avec quelques montées très raides sur une route abîmée. Puis j'arrive à une station de police sans policier, juste un montagnard qui se repose et me file de la flotte et il me dit que la route va bientôt redescendre : ça me regonfle le moral. Je reprends le vélo et quelques kilomètres plus loin, j'entame une longue descente ou je suis obligé de m'arrêter pour reposer mes avant-bras et laisser refroidir mes jantes tellement qu'elles chauffent à cause des patins de freins.
Au bas de la descente, je trouve un petit village, et j'en profite pour me ravitailler en eau et en gâteaux. Puis quelques kilomètres plus loin je me retrouve en face d'une belle montée très raide mais heureusement très court, la descente n'est pas terrible car c'est de la piste sur un bon kilomètre tous en passant un petit village avec les autochtones qui me regardent comme si j'étais un extra-terrestre.
Les paysages sont magnifiques et préservés. Le dernier kilomètre avant Um-Phang est une petite montée : ça ne finit jamais ! Très fatigué de ce long trajet de 168 Km et 3640 mètre de dénivelés, je trouve une guest-house très sympathique.Deux jours de repos plus tard, je retoune à Mae Sot à vélo sans aucun souci, sauf une grosse frayeurs ou en allant trop vite dans une descente, j'ai failli me retrouver dans la vallée.