Bonjour,
Mon ami et moi avons attrapé tous les deux en même temps la dengue en Août en
Thailande. Lui a eu la forme bénigne (quelquefois fièvre, un peu nauséeux et beaucoup de démangeaison sur tout le corps). Et en ce qui me concerne, j'ai eu la forme grave : la dengue hémorragique.
Pour repartir du début, nous n'avons pas pu rencontrer, avant notre départ pour la
Thailande, de médecin spécialisé dans les maladies tropicales (plus de RV disponible à l'hôpital), nous avons donc juste consulté notre médecin traitant avec qui nous avons juste parlé du palu (pas de vaccin nécessaire pour la zone où nous allions). Nous sommes donc partis en
Thaïlande ignorants en ce qui concerne la dengue.
Ainsi, nous nous sommes davantage concentrés à nous passer du répulsif le soir (en pensant au moustique du palu qui sévit le soir et la nuit) plutôt que la journée (le moustique de la dengue sévit aussi le jour).
Pour ma part, chronologie des symptômes en
Thailande :
- Nausées et vomissement (nous avions pensé à la bénigne turista, donc nous ne nous sommes pas inquiétés)
- Quelques fièvres nocturnes (pas de thermomètre sur soi, donc on pensait que c'était l'adaptation difficile à la chaleur locale)
- J'ai commencé à avoir un mal de jambes étrange (impression d'avoir mal aux os) mal qui s'est accentué de jour en jour (pour ensuite remonter jusqu'aux hanches) accompagnée d'une grande fatigue.
- J'avais continuellement un goût de fer dans la bouche.
- J'ai commencé à saigner un peu des gencives (j'ai pensé à scorbut bénin lié à un manque de vitamine C, car je ne mangeais pas beaucoup => une croyance erronée voudrait que le scorbut ne touche que les pays du tiers-monde
www.passeportsante.net/....aspx?doc=2003020501
). J'ai donc acheté en pharmacie des compléments alimentaires contenant de la vitamine C.
Jusqu'à ce que mon mal de jambes s'accentuant et un malaise général me poussent enfin à consulter une clinique après 3-4 jours de symptômes :
Prise de température => 38, 5 °C. Tension normale.
Prise de sang (avec résultat 1h après) démontrant un taux de plaquettes à 48 (quasi-absence de coagulation) contre un taux normal avoisinant les 350. Autant dire que si j'avais eu mes règles là-bas, je ne serai pas à l'heure qu'il est en train d'avoir la chance de vous écrire maintenant.Solution prise par les médecins : me mettre sous perfusion de dextrose (et parfois vitamine et antibiotiques).
Puis, un peu plus tard, les médecins décèlent dans mon sang les anticorps correspondant aux antigènes du virus de la dengue hémorragique. Décision de me transférer avec ma perf sur un hôpital situé sur l'île voisine où je resterai dans ma chambre 2jours-3 nuits durant, avec la perf qui commençait à me faire bien mal à la main et prise de sang tous les jours.
Sortie d'hôpital pour trouver un hôtel proche de l'hôpital afin de revenir facilement pour prises de sang de contrôle : je n'ai plus mal aux jambes, j'ai moins de nausées qu'avant, mes plaquettes ne sont plus au seuil critique mais ne sont pas encore à la normale (le risque d'hémorragie n'est pas nul), manque d'appétit que je dois surmonter pour faire remonter les plaquettes, je ne bats pas la campagne non plus mais je me sens bien mieux !
Quelques jours après la sortie, énième prise de sang qui cette fois m'annonce joyeusement un taux normal de plaquettes...mais un taux de transaminases anormal (env. 400 pour les ASAT et env. 800 pour les ALAT au lieu des taux normaux compris entre 16 et 32) => Risque d'insuffisance hépatique conduisant au jour du décollage (retour pour
Paris) à ce que le médecin (de l'hôpital de
Bangkok cette fois) me déconseille de prendre l'avion prévu le soir-même. Pourtant je me sentais bien...mais pour le coup, grosse inquiétude. (Pour le fin mot de l'histoire, j'ai quand même pris l'avion et tout s'est bien passé)
De retour en
France je dois attendre que les transaminases descendent (env. 100 de moins par mois, c'est rès long), je vais bien (pas de faiblesse générale) mais je dois éviter alcool, médicaments et aliments lourds à digérer sous peine d'avoir des nausées +/- importantes voire si je me gave, de frôler l'insuffisance hépatique (crise de foie nécessitant une hospitalisation si j'ai bien compris).
Si j'ai quelques conseils à donner aux voyageurs :
- veiller à bien consulter le médecin spé. des maladies tropicales à l'avance avant votre départ
- se protéger contre les moustiques la nuit ET le jour
- pour les femmes : si possible, prendre ses précautions pour ne pas avoir ses menstruations en vacances
- conseil perso : éviter dans la mesure du possible, de partir seul en voyage : j'étais bien contente que mon chéri soit à mes côtés tout le long pour m'accompagner dans l'inconnu vers lequel nous menaient ces imprévus..
- ne pas négliger l'existence d'autres maladies que le palu telles que l'encéphalite japonaise, le dengue, etc peut-être moins fréquentes que le palu (et à tort beaucoup moins médiatisées) mais tout autant dangereuses.
Il faut savoir que la dengue hémorragique, c'est au début, 1 "chance" sur 5 de clamser et une fois les symptômes hémorragiques enclenchés, s'il n'y a pas de prise en charge médicale appropriée, mort en moins de 24h.
Données issues de l'OMS :
apps.who.int/...les/WHA55/fa5519.pdf