Devinettes bambara (Mali)

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TA
Devinettes bambara

De tous les genres littéraires (contes, légendes, proverbes, etc.), les devinettes sont une exclusivité pour les enfants. Ils en sont friands, qu’on soit dans la cour de l’école, sur la place publique du village le soir au clair de lune, ou réunis autour du feu de la cuisine, les petits bambara aiment jouer aux devinettes. Il existe même de véritables « soirées-devinettes » organisées par des enfants. Les devinettes sont significatives d’un certain rapport au monde et aux choses de la vie ou du quotidien mais c’est avant tout leur fonction divertissante qui semble prédominer …

Quant à leur forme, les devinettes constituent une unité structurale faite par une dialectique « question-réponse ». Et il y a une réciprocité entre la question et la réponse, combinaison basée sur des rapports d’analogie, par le jeu des métaphores et des paradoxes …

Voici les devinettes bambara, au nombre de 25, toutes traduites en français et munies en partie de commentaires. Amusez-vous bien ! …

1 : N ye bin ye a bè jeninen sa bè a kònò a ma jeni. – O ye sira ye.

J’ai vu de l’herbe elle est brûlée un serpent y est il n’est pas brûlé. – C’est la route.

(Jolie métaphore pour la route dans une savane noircie par le feu)

2 : Mògò dò sara a wulila – O ye ntori ye.

Quelqu’un est mort, il s’est levé. – C’est le crapaud.

3 : Ni n taara sira kan n bè jalaba kura sòrò – O ye sa ye.

Quand je pars sur la route je trouve un ruban neuf – C’est le serpent.

4 : A ka baara kè tuma bèè ye a da tuma ye – O ye bilali ye.

Le seul moment où elle travaille, c’est quand elle est couchée. – La natte.

5 : Gaba sumantan. – O ye sankolo ye.

Grand hangar sans ombre: – C’est le firmament.

6: Ne ni mògò bè kèlè la ni n ye a gosi n bè n yèrè gosi – O ye soso ye.

Je me querelle avec quelqu’un : quand je le frappe je me frappe moi-même. – C’est le moustique.

7 : Fen dò bè n bolo ni n bè taama la a bè kuma ni n ye n jò a bè a dadè. – O ye samara ye.

J’ai une chose quand je marche, elle parle quand je m’arrête elle se tait. – La sandale.

(Les sandales, appelées sabara ou samara en bambara, ne retenant le pied que par devant, produisent un léger claquement pendant la marche)

8 : Mògò fila bè taa yaala filanannò tè yen. – O ye musokònòma ye.

Deux personnes se promènent il n’y a pas de trace de la deuxième. – C’est la femme enceinte.

(L’enfant que porte sa mère au ventre est aussi un être humain)

9 : Ka filen fila waa dò ma bò dò ye. – O ye dugukolo ni san kolo ye.

Ecarter deux calebasses: l’une n’est pas sortie de l’autre. – C’est la terre et le ciel.

(La terre et le ciel sont vus ici comme les deux moitiés d’une calebasse correspondant très bien l’une à l’autre. Probablement une allusion à une certaine vision de l’univers)

10 : A bè n flè n b’a flè. – O ye soda ye.

Cela me regarde, je regarde cela. – C’est la porte.

(De quelque côté qu’on se tourne dans une maison, on a toujours une porte devant ou derrière soi. Une cour bambara est souvent entourée de nombreuses cases)

11 : N taara n bènkèso n taara a sòrò u bè bèè yèlèn kogo la – O ye basa ye.

Je suis parti chez mon oncle maternel et j’ai trouvé qu’ils sont tous montés sur le mur. – C’est le margouillat.

(Les margouillats passent leur journée à courir sur les murs ensoleillés)

12 : Ni n ye n ka so boli ka taa dugu dò la n seginna n ma a sennò ye. – O ye kurun ye.

Quand j’ai chevauché pour aller dans un village, au retour je m’ai pas vu de traces. – C’est la pirogue.

(Une pirogue ne laisse pas de traces sur l’eau)

13 : N bè yan n bè Bamakò – Hakili don.

Je suis ici je suis à Bamako. – C’est l’esprit.

(L’esprit peut se rendre n’importe quel lieu, les distances ne le dérangent pas)

14 : I bè taama la i teliyara a man di i ye. – Finyè don.

Tu marches, tu vas vite ça ne te plaît pas. – C’est le vent.

(Il n’est en effet pas agréable d’être poussé par le vent)

15 : U bè yèlè nyògòn fè u bè datugu nyògòn fè. – O ye nyèkiliw ye.

Ils s’ouvrent ensemble, ils se ferment ensemble. – Ce sont les yeux.

16 : A bè fini don tuma bèè, nka a tè fini bò. – O ye nònsi ye.

Il met toujours des habits mais il n’enlève pas les habits. – C’est le caméléon.

17 : A ka dògò dunun tè o fè nka a bè dòn kè hali faama bè taa yen. – O ye dugumènè ye.

Cela est petit cela n’a pas de dunun (tambour) mais on danse même le chef va là-bas. – C’est la fourmi.

(Certes, une fourmi n’a pas de tambour pour faire bouger et gesticuler les gens, comme pour une danse. Mais ses piqûres et ses plaies ont le même effet. Et même le chef ayant le droit à des privilèges particuliers n’est pas épargné par cette foutue bestiole. Elle agit selon la devise "Les mêmes droits pour tous" !)

18 : A bè ba kò bari a bè bakokan mèn. – O ye tulo ye.

Cela est derrière le fleuve mais cela entend le bruit du fleuve. – C’est l’oreille.

(L’oreille entend beaucoup de choses mais sur de longues distances)

19 : N mòkè ye den wolo cè tè muso tè. – O ye tonsofin ye.

Mon grand-père a engendré un enfant ce n’est pas un homme ce n’est pas une femme. – C’est une chauve-souris.

(La chauve-souris est vue comme un être bizarre, à la fois une sorte d'oiseau et une souris. Faut-il aller jusqu’à considérer la souris comme symbole de la féminité , est un peu surélevé par des pierres, endroit un peu frais et ombragé où les serpents aiment se trouver)

25 : N ye fen dò sòrò a tè dun nka, ni a ye fen dò minè o bè dun. – O ye duguròsa ye.

J’ai trouvé une chose, elle ne se mange pas mais si elle prend autre chose celle-ci se mange. – C’est le ver de terre.

(Le ver de terre n’est pas mangeable pour l’homme mais p.ex. les poules le mangent. Et les poules en revanche sont bien consommables pour l’homme. De plus, elles pondent des œufs qui sont mangés)

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Bonne lecture !
TA Taamaden Veteran ·
Devinettes bambara (petites rectifications)

Je suis très désolé d’avoir présenté une devinette en double (2/22). En remplacant la devinette no.2, j’offre une autre, très jolie celle-ci aussi :

2 : An ye fen dò ye tuma o tuma ka a sòrò an ma a wele a bè dumuni nènè an nyè. – O ye dimògò ye.

Chaque fois que nous voyons une chose avant que nous l’appelions elle goûte le repas avant nous. – C’est la mouche.

En plus, bien sûr, je voulais dire que L’oreille entend beaucoup de choses même sur de longues distances, en outre, excusez !, parfois, moi, Germanophone, j’oublie de me trouver sur un forum francophone où "clitoris" est bien sûr de genre masculin, donc le clitoris, tandis qu’au monde germanophone, "clitoris" est bien sûr de genre féminin, die Klitoris (franchement, à ce point, je ne comprends pas les Français) ...

Dans cette discussion, quasi une petite île bambara, je ne veux pas cacher qu’en bambara, "clitoris" veut dire byèkisè (< byè-kisè ‘vulve-grain’) ou aussi kerekisè (kisè a toutes sortes de significations dont "grain, graine, semence, pépin, amande, balle, germe, …", donc une "petite partie dure d’un tout". En bambara, il n’y a généralement pas de distinction de genre …

Bonne journée !
VA Valfrat ·
Bonsoir Taamaden,

Merci beaucoup pour ces devinettes J'adore !!! J'en ai envoyé une, par mail, à un ami de Bobo Dioulasso en bambara (il parle dioula et bambara) Et il a trouvé ! Je crois que je vais lui en envoyer une autre...

Ka wula hèrè

Valérie
TA Taamaden Veteran ·
I ni sògòma, Val !

I ka kènè ?! E somògòw ?!

Merci beaucoup pour votre réponse ... Vous avez bien raison : ces devinettes sont magnifiques. J'adore aussi (j'aime surtout 2, 8, 12, 14, 17, 20, 24, 25). Par exemple, je trouve impressionnant que ces enfants considèrent un être comme un homme, un humain, un être qui n'a pas encore vu le monde (dans 8, musokònòma). Pour moi, un avis prestigieux ! ... Je pourrais présenter encore 50 ... alors, trop c'est trop !

Ai-je bien compris, vous avez fait ce jeu avec cet ami et il a deviné juste, c'est correct ?! Je vois, ça fonctionne, donc, mes félicitations aussi à Bobo (j'ai une amie, Allemande, elle aime beaucoup Bobo-Dioulasso). Très bien ...

Ka dimansi hèrè, H.
VA Valfrat ·
Nsée Ko kagni O ka kènè

Tout à fait. Je lui ai envoyé la 4. et là je viens de lui envoyer la 7 J'attends la réponse !

Mais comment avez-vous recueilli ces devinettes ? Directement auprès des enfants ?

Ka dimansi hèrè

Val
TA Taamaden Veteran ·
I ni su, Waliri !

No.4, je la trouve pas facile. Ah, no.7, très bien aussi ... S'il va réussir ?!

La plupart d'elles sont prises d'un livre mais 3 ou 4 sont recueillies par moi ...

Ka su hèrè.

H.
TA Taamaden Veteran ·
Bonjour Mme,

pour compenser une possible attente prolongée, j’offre la possibilité de vous essayer à un vire-langue bambara au cas où la muse vous taquinerait ... Donc, essayez de le parler le plus vite possible. Voici …

Nònò nògò o nògò Sugulanònò nyògòn Nònò nògòlen tè.

(pour info : le ò est prononcé comme le o français dans bord, sortir et tort, par contre, le o est prononcé comme le o français dans bosser, mot et sot, ou comme le au français dans faux, paume et saut, la prononciation de la nasale palatale ny correspond au gn français dans baigner, montagne et soigner) ; voir en haut où vous avez écrit kagni. C’est ça mais en bambara, gn n’existe pas. On écrit correctement ka nyi. En orthographe bambara actuelle, le ò s’écrit par un c inversé, le ny par une lettre phonétique (voir ICI) mais tous les deux ne passent pas sur ce forum)

Enfin, j’aurais plaisir de connaître le résultat quant à no.7. Merci d’avance !

Bonne réussite !

petit additif : toutes les devinettes en haut sont originales mais - si nécessaire - leur orthographe a été rectifiée par moi. Les devinettes sont recueillies dans plusieurs régions du Mali et donc notées par le bambara de la région corrélative. Et, bien sûr, ces variantes diffèrent du bambara standard. P.ex. la devinette "mouche" a été recueillie à Sikasso, et là, on dit limògò et non dimògò . Mais dimògò est bambara standard). Et j'ai eu l'intention de les présenter en bambara standard ...
TA Taamaden Veteran ·
PARDON,

j'ai oublié de présenter la traduction française :

Nònò nògò o nògò Sugulanònò nyògòn Nònò nògòlen tè.

« Si sale que soit le lait, il n’y a pas de lait qui est aussi sale que celui qui est vendu sur le marché ».

H.
VA Valfrat ·
I ni wula Taamaden

Ko be di ?

C'est ce qu'on dit à Bobo Dioulasso. Je ne sais pas si c'est typiquement du dioula de Bobo ou si cela se dit aussi en bambara. En fait je ne connais pas le bambara. J'ai juste quelques notions de dioula. Je crois savoir que le dioula vient du bambara, qu'il aurait été diffusé par les commerçants (dioula voulant dire aussi commerçant) Corrigez-moi si je suis en train de dire des bêtises !!!

Et merci de corriger mon orthographe Mais est-ce que l'orthographe bambara s'applique aussi au dioula ? En bambara j'aurais du écrire jula au lieu de dioula - c'est ça ?

Quant à mon ami il m'a répondu : O ye seen ye

Il n'est pas tombé loin !

Merci pour la traduction, j'allais vous la demander. J'avais compris que cela parlait de lait sale. mais je n'avais pas su vraiment traduire.

Ka wula hèrè

Val
TA Taamaden Veteran ·
I ni su, Valérie !

C'est ce qu'on dit à Bobo Dioulasso. Je ne sais pas si c'est typiquement du dioula de Bobo ou si cela se dit aussi en bambara.

Ce que je peux dire : je ne connais pas ko be di ? ni ko ka nyi. Moi, je dis toujours E bè di ? "Tu vas comment ?" ou aussi I ka kènè ? "Es-tu en bonne santé ?" ou bien o ka nyi "C’est bien !" ou, pour p.ex. adresser un compliment à une femme, E cè ka nyi kosèbè "Tu es très belle !" … Donc, vos formules avec ko semblent être typiques pour le dioula (voir aussi le titre du manuel de Dumestre en bas) …

Bien sûr, il y a aussi des formules avec ce ko en bambara. D’abord, pour être très précis, il s’agit de deux ko différents (à ton haut) en bambara (et en dioula également) : 1. ko "affaire ; besoin ; fois ; …" et 2. ko "dire" qui est un verbe défectif et dont la fonction est un prédicat de parole ("défectif" veut dire que ce verbe n’accepte aucune marque d’énoncé sauf la marque de passé tun pour constituer le groupe verbal d’une proposition) …

Exemples bambara pour 1. :

o ko bè ne ye "j’en ai besoin" ko joli ? "combien de fois ?" ko caman "souvent" ko kura "une nouvelle fois, de nouveau" dòlòko bè n ye "j’ai envie de bière"

Exemples bambara pour 2. :

i tògò ko di ? "comment t’appelles-tu ?" ko mun ? "qu’est-ce que tu dis ?" ko di ? "n’est-ce pas ?"

Je crois savoir que le dioula vient du bambara, qu'il aurait été diffusé par les commerçants (dioula voulant dire aussi commerçant). Corrigez-moi si je suis en train de dire des bêtises !!!

Vous ne dites pas du tout des bêtises. Cependant, si vous dites que le dioula vient du bambara, ce n’est pas correct : d’abord, le dioula est une variété du mandingue. Le mandingue pour sa part fait partie de la famille des langues mandé, elle-même rattachée à la super-famille Niger-Congo (il y en a quatre super-familles ou phylums en Afrique ; les trois autres sont les langues nilo-sahariennes, les langues afroasiatiques et les langues khoisan) dans la classification de Greenberg. Les langues mandé se répartissent en deux branches : la branche (nord-)ouest et la branche (sud-)est. Le mandingue fait partie de la branche (nord-)ouest. et à la fois est le groupe le plus important de la famille mandé, d’après le nombre des locuteurs et le territoire occupé par ces les variantes. Voici la liste des langues appartenant à la branche (nord-)ouest … :

Soninké (terme ancien est sarakolle ou sarawulle) : Mauritanie, Mali, Sénégal Bozo : Mali Bòbò (aussi bobo-fin, bobo-fing, sya) : Burkina Faso, Mali Sooso (aussi susu) : Guinée, Sierra Leone Yalunka (aussi jalonké) : Mali, Guinée, Sierra Leone Vai : Liberia, Sierra Leone Kònò : Sierra Leone Jògò (aussi ligbi et numu) : Côte d’Ivoire, Ghana Wela (aussi hwéla) : Côte d’Ivoire, Ghana Ligbi : (voir jògò) Numu : (voir jògò) Jeri (aussi jeli) : Côte d’Ivoire Jalkuna (aussi blé) : Burkina Faso Koranko (aussi kuranko) : Sierra Leone, Guinée Mandingue : (voir en bas) Sembla : Burkina Faso Dzuun (aussi duun) : Burkina Faso, Mali Jò : Mali, Burkina Faso Mende : Sierra Leone, Liberia Bandi (aussi gbandi ou gbande) : Liberia Loko : Sierra Leone Looma : Liberia, Guinée Kpelle : Liberia, Guinée

Les variétés locales du mandingue résultent d’un processus de différenciation ne remontant pas à plus de quelques siècles et constituent un continuum dialectal plutôt qu’un groupe de langues apparentées. Même entre les parlers les plus éloignés, les pourcentages de lexique commun restent très élevés, et l’intercompréhension peut seulement se trouver perturbée par des évolutions phonétiques, parfois très divergentes, qui, à première vue, peuvent gêner la reconnaissance des variantes locales d’un même terme. Par contre, les langues mandé constituent une famille de langues dont l’unité originelle, un proto-mandé, peut être établie par les méthodes de la linguistique comparative (très difficile en Afrique par manque de documents écrits), mais dont la séparation remonte à plusieurs millénaires. Donc, tous les deux, le bambara et le dioula, ont la même origine (c’est assez sûr), mais de dire que l’un s’est constitué de l’autre, n’est certainement pas correct ...

Les régions traditionnellement occupées par des populations dont la langue première est l’une des variantes du mandingue constituent une proportion plus ou moins importante du territoire des pays suivants : Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Guinée-Bissao, Mali et Sénégal. Des populations de langue mandingue se trouvent aussi, mais plus marginalement, en Sierra Leone et au Liberia. La prédominance du mandingue est particulièrement marquée au Mali. En fin de compte, le continuum du mandingue comprend une vingtaine de variantes et plus dont les principales, c.à.d. les plus parlées sont le bambara (la plus parlée du tout !), le dioula et le maninka … :

Bambara (aussi bamana ou bamanankan) : Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire Boka (aussi bo ou bolon) : Burkina Faso Dioula (1) : Mali (aux environs de la ville de Sikasso) Dioula (2) : Burkina Faso Dioula de Kong : Côte d’Ivoire (aux environs des villes de Kong et Bondoukou) Dioula R.C.I. (aussi dioula véhiculaire ou dioula urbain) : Côte d’Ivoire Wojènèkan (aussi dioula d’Odienné) : Côte d’Ivoire Worodugukan : Côte d’Ivoire Koyagakan : Côte d’Ivoire Korokan : Côte d’Ivoire Wasulunka : Côte d’Ivoire, Guinée, Mali Mauka (aussi maukakan ou mau) : Côte d’Ivoire Konyanka : Guinée Manenka : Sierra Leone, Guinée Manden-Maninka : Guinée, Mali Mèèka (aussi marka ou dafing) : Burkina Faso Maniya (aussi manya) : Libéria Kita-Maninka : Mali Kagoro (aussi kakolo) : Mali Khassonké (aussi xasonga) : Mali Maninkaxanwo : Mali, Sénégal Nyoxolonkan (aussi maninkaa) : Sénégal Mandinka : Gambie, Guinée-Bissau, Sénégal Diakhanké (aussi jaxana) : Guinée, Sénégal

Le nom de dioula couvre plusieurs entités différentes. D'abord, il s'agit du dioula comme langue véhiculaire en Côte d'Ivoire et au Burkina Faso dont le nombre de locuteurs est 3 à 4 millions (pour le Burkina) et 5 à 7 millions (pour la Côte-d'Ivoire). Secundo, dioula est le nom commun des variétés mandingues locales dans les deux pays, surtout en Côte d'Ivoire, où leur nombre dépasse 25. Troisièment, dioula est, dans ces pays, à peu près synonyme de "mandingue": tout Maninka ou Bambara venant dans ces pays est considéré comme un Dioula. Le nom dioula provient du mot mandingue jula qui, et vous l’avez dit correctement, veut dire "commerçant". Cela reflète une réalité historique (mais aussi moderne) : la pénétration des Mandingues au nord de la Côte-d'Ivoire, puis à l’ouest du Burkina Faso, se passait sous forme d'une expansion commerciale. Même aujourd'hui, les Dioula occupent la niche sociale des marchands et financiers, mais aussi des artisans. D'ailleurs, ils ne fuient pas les autres professions: un grand nombre de Dioula sont des agriculteurs, des chauffeurs de taxi et de minibus, des mécaniciens, des militaires...

Ajout important : les termes de Mandé et Mali sont à l’origine deux variantes du même terme, et quelques explications sont nécessaires pour éviter des confusions et des bêtises. Le terme du Manden ou Mandé est du tout au tout un terme géographique désignant la haute vallée du Niger, de part et d’autre de l’actuelle frontière entre le Mali et la Guinée. Mali est à l’origine une simple variante de ce terme (et n’a rien, absolument rien à voir avec le substantif mali "hippopotame" !!!), usitée dans les langues de peuples voisins des Mandingues mais pas par les Mandingues eux-mêmes. Cette région a été au 12e siècle le centre à partir duquel s’est constitué un empire, que les Mandingues eux-mêmes désignent du même terme de Manden, mais qui est généralement désigné par les historiens comme Empire du Mali. Les linguistes ont de leur côté repris le terme de Mandé pour désigner la famille linguistique, au sens génétique du terme, dont fait partie le mandingue (voir en haut). Dans ce sens, le terme linguistique de Mandé s’applique de façon arbitraire à une famille incluant des langues qui historiquement et géographiquement n’ont rien à voir avec le Mandé ou Mali au sens géographique ou historique du terme. La séparation des langues mandé remonte en effet à plusieurs millénaires, et rien ne permet de localiser leur ancêtre commun dans la région où s’est développé il y a les quelques petits siècles l’Empire du Mali. En fin de compte, au moment des indépendances, le terme de Mali a été repris pour désigner le nouvel Etat dont le nom était à l’époque coloniale le Soudan Français : une désignation purement symbolique. Le Mali d’aujourd’hui n’englobe qu’une partie de l’ancien Empire du Mali, et englobe par contre des territoires qui n’ont jamais fait partie de l’Empire du Mali.

Et merci de corriger mon orthographe Mais est-ce que l'orthographe bambara s'applique aussi au dioula ? En bambara j'aurais du écrire jula au lieu de dioula - c'est ça ?

Dioula est l’orthographe française, jula est l’orthographe mandingue, que ce soit le bambara, le dioula ou le khassonké, tout simple. L’orthographe bambara s’applique au bambara, l’orthographe dioula s’applique au dioula. Je n'ai pas d'infos plus précises mais les deux sont assez pareils, j’ose même dire que la grande majorité des règles orthographiques sont identiques en bambara et en dioula, si toutes, je ne sais pas … J'ai déjà lu plusieurs articles concernant le dioula du Burkina, avec des exemples dioula, sans avoir constaté des différences frappantes en l'orthographe dioula et celle du bambara ...

Quant à mon ami il m'a répondu : O ye seen ye Il n'est pas tombé loin !

En fait, il n’est pas tombé loin. Mes félicitations, bravo ! Sen et sabara appartiennent ensemble indubitablement, oui …

Merci pour la traduction, j'allais vous la demander. J'avais compris que cela parlait de lait sale. mais je n'avais pas su vraiment traduire.

La traduction n’est pas facile. En fait, on sait vite que ce vire-langue parle de "lait" (nònò), de "saleté ; salir" (nògò) et de "lait vendu au marché" (sugulanònò). En principe, il s’agit d’une seule phrase qui est incorrecte, ou disons plutôt, qui n’est pas complète ; son auteur a abandonné un élément, à savoir l’auxiliaire mana. Je ne sais pas pourquoi mais je suppose qu’il l’a abandonné pour augmenter la difficulté de prononcer cette phrase (ce qui est bien son intention). Donc, la phrase tout à fait correcte est :

Nònò mana nògò o nògò sugulanònò nyògòn, nònò nògòlen tè.

Ici, il s’agit d’un énoncé très particulier où la subordonnée constitue le premier formant (Nònò mana nògò o nògò sugulanònò nyògòn) dont le verbe (nògò) figure, à la forme nue, c.à.d. sans toute marque prédicative, dans une construction redoublée en o (nògò o nògò). La principale, une prédication non-verbale, figure à la fin du tout (nònò nògòlen tè). Ce type d’énoncé se trouve presque exclusivement dans des proverbes, dictons et vire-langues bambara. En ce qui est la construction redoublée, Dumestre parle d’une "proposition concessive en o" …

J’espère avoir répondu de manière satisfaisante à toutes vos questions !

Enfin, si cela vous intéresse, pour apprendre le dioula, je recommande ce manuel :

Dumestre, Gérard/Georges L.A. Retord (texte)/Alexandre Dagry (photos) 1974. Kó di ? : Cours de dioula. Abidjan : Université d’Abidjan.

Ala ka su hèrè caya ! K’an kelen kelen wuli !
VA Valfrat ·
I ni wula, Taamaden !

Désolé d'avoir tardé à répondre mais je n'étais pas disponible ces jours-ci.

Merci d'avoir pris le temps d'écrire cette longue réponse. je ne m'attendais pas à tant de précisions ! Il a fallu que je le lise plusieurs fois ! c'est très intéressant. mais je sens un passionné ! Je trouve aussi l'histoire des langues passionnantes. elles rejoignent l'histoire des hommes et de ses migrations.

J'avais acheté quelques petits livres pour apprendre le dioula. ils sont écrits par des Bobolais.

Mais je ne suis pas très douée pour apprendre les langues - malheureusement et à mon grand regret ....

Ka dimansi hèrè

Kofè kè

Valérie
TA Taamaden Veteran ·
I ni sògòma, Valérie,

pas de souci, votre réponse n’est pas, pour moi, en retard. Vous avez peut-être constaté que moi aussi, je ne répondais pas tout de suite. Ne suis pas sur le forum jour par jour.

C’est vraiment une grande joie de lire que vous intendez ou même êtes déjà en train d’apprendre le dioula burkinabé. Je ne sais pas desquels livres vous vous servez précisément mais je sais qu’il existe bien un petit cercle de linguistes au BF qui s’occupe avec une attention touchante et plein de compétences du dioula parlé dans ce pays. Je pense en particulier à Mohamadou Diallo et Alou Keïta (Université de Ouagadougou). Donc, je suppose qu’il existe bien de manuels adaptés qui y circulent pour apprendre cette langue.

Même si vous n’êtes pas "très douée pour apprendre les langues", je suis sûr que vous apprenez vite pour être en mesure de saluer et pour savoir vous entretenir au marché par exemple. A mon avis, ça vaut la peine de le faire : si vous causez un peu au marché avec disons une namasatigi, une femme qui vend des bananes, vous savez après que l’apprentissage valait la peine ... Juste les femmes jouissent de parler avec un étranger en leur langue, elles l’estiment beaucoup. Et, sans doute, avoir un ami là-bas, c’est idéal …

Même si vous êtes au mieux équipée de livres/manuels pour apprendre le dioula, j’ajoute les quelques références intéressantes :

DAFS 1979. Lexique de base jula. Ouagadougou.

ORD des Hauts-Bassins. Département de linguistique, Université de Ouagadougou. Coopération suisse. 1986. Lexique thématique jula-français, français-jula. 192p.

Tera, Kalilu/Fritz Goerling/Randall Groff 1991. Julakan sebecogo ani a kumadenw sigicogo. Orthographe et grammaire pratiques du dioula.* ILA, SIL Abidjan. 80p.

I ni julakankalanni ! (bon apprentissage du dioula)

Ka dògòkun hèrè, H.

* Petite explication : julakan (< jula-kan "dioula-langue") = langue dioula sebecogo (< sebe-cogo "écrire-manière") = manière/façon d’écrire = orthographe ani = et a = pronom personnel 3s. Fonction déïctique, renvoie à julakan kumaden (< kuma-den "parler-élément") = élément de/du parler = mot, parole kumadenw = forme au pluriel de kumaden sigicogo (< sigi-cogo "poser-manière") = façon de poser = installation, montage, ordre kumadenw sigicogo = façon comment ranger les mots = montage des mots = grammaire (pratique)
VA Valfrat ·
I ni su, Taamaden,

Merci pour les références de livres.

Personnellement, j'ai 2 livres de Dakuyo Aïssata, Dioula facile tome 1 et 2 Apparemment cette linguiste a animé une émission télé "Initiation à la transcription du dioula" sous le nom de Mme Sanou.

Et un livre de Denis Batienon, Cours d'initiation au Dioula.

J'avoue qu'en France je ne les consulte pas très souvent ! C'est plus facile de se motiver quand on est sur place.

Et le prochain voyage au Burkina Faso n'est pas encore programmé !

Ka su hèrè

Val
TA Taamaden Veteran ·
I ni tile, Valérie !

Merci pour ces références !

Il y a vraiment peu de manuels dioula (le plus connu est à mon avis celui de Dumestre). En fait, assez difficile de les trouver dans une libraire en France (plus possible à un département de linguistique africaine, p.ex. l'INALCO de Paris) ...

C'est plus facile de se motiver quand on est sur place. Oui, c'est vrai. J'ai plusieurs livres achetés à Bamako.

Serait-il possible de me donner les références complètes (titre exact, sous-titre, maison d'édition, lieu d'édition, année d'édition, auteur(s), volume ...). Je suis en train de compiler une bibliographie bambara avec des références relatives aux langues mandingue ?! Si oui, cela ne presse pas du tout !

Ka dimansi hèrè, Herbert
VA Valfrat ·
I ni wula Herbert !

Voici les références :

Dioula facile Tome I de Dakuyo Aïssata/Sanou - Collection DAK (Ouagadougou) - année 2007 (2ième édition) Dioula facile Tome II de Dakuyo Aïssata/Sanou - Collection DAK (Ouagadougou) - année 2004

Dans ce tome 2 l'auteur parle d'un tome III à paraître : Dioula facile lexique - mais je ne l'ai pas trouvé. je ne sais même pas s'il est vraiment sorti !

Cours d'initiation Dioula de Denis Batienon - Faso Livres (Bobo Dioulasso) - année 2005

J'ai mis toutes les références indiquées sur les livres. Ce sont visiblement de petites éditeurs locaux.

J'ai aussi un petit recueil de contes :

An ka mènni kè cekorobaw fè

mais là, il n'y a que le nom de l'imprimerie : Imprimerie de la savane Bobo Dioulasso et même pas l'année.

Bon j'espère que cela va vous aider

Ka wula hèrè, Valérie
TA Taamaden Veteran ·
I ni tile, Valérie !

Merci pour les données ... Oui, cela m’aide beaucoup. (petite question : "Sanou", c’est un deuxième auteur ?! Si oui, vous ne connaissez pas le prénom ?!)

Ala ka Nowèliseli diya ! Ala ka san wèrè jira i na !

Herbert
VA Valfrat ·
I ni su Herbert,

Dakuyo Aïssata et Sanou sont une seule et même personne.

Elle avait pris le nom de Mme Sanou dans son émission télévisée "Initiation à la transcription du dioula". C'est une émission qu'elle a animée pendant plusieurs années à la Télévision Nationale du Burkina (TNB).

Elle a un DEA en linguistique et travaille depuis 1978 à l'Institut National d'Alphabétisation (INA).

J'ai recueilli ces renseignements sur la 4ième de couverture de son manuel.

Ala ka Nowèliseli diya ! Ala ka san wèrè jira i na !

Valérie
YV Yvesmarie14 ·
Bonjour / Bonsoir a tous ,

Je suis curieux , de trouver traduction pour des chansons Alpha Blondie Lalogo dont je joins le "link"

http://youtube/E19QYWQZevk

Il semble asser difficile de trouver des translations du language (dialects associes) ...

Merci a l'avance ...

Yves

I ni su Herbert,

Dakuyo Aïssata et Sanou sont une seule et même personne.

Elle avait pris le nom de Mme Sanou dans son émission télévisée "Initiation à la transcription du dioula". C'est une émission qu'elle a animée pendant plusieurs années à la Télévision Nationale du Burkina (TNB).

Elle a un DEA en linguistique et travaille depuis 1978 à l'Institut National d'Alphabétisation (INA).

J'ai recueilli ces renseignements sur la 4ième de couverture de son manuel.

Ala ka Nowèliseli diya ! Ala ka san wèrè jira i na !

Valérie

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