Mercredi 13 Août : Epupa
Après un nouveau stop ravitaillement, nous partons pour Epupa. La piste est plutôt bonne dans sa première partie, mais devient dans son dernier tiers - à partir de Okongwati - caillouteuse et vibrante, ultra-vibrante devrais-je dire. Nous croisons beaucoup de troupeaux de chèvres ou de vaches sur la route en chemin.
A l’arrivée, le camping communautaire est déjà bien plein. Nous nous installons dans un des rares emplacements restés libres, quand débarque un groupe avec trois voitures qui se déploit dans celui d’à côté. Comme les emplacements ne sont pas délimités, ce sera dès lors une guerre des positions pour conserver un minimum d’espace vital : dépliage et installation de la table, des chaises, étendage de linge. L’idée me traverse même l’esprit, après avoir évité de peu un frisbee en pleine tête, de contrer l’envahisseur en lâchant mes fauves avec un ballon.
En milieu d’après-midi, sous je ne sais quel coup de folie (l’agitation et le bruit des voisins peut-être ?), nous décidons d’aller voir les chutes. Or pour bien les voir, il faut s’éloigner un peu sur un sentier qui longe le Kunene. Mal nous en a pris : le soleil tape dure et notre aînée manquera de s’évanouir d’un coup, malgré sa casquette et sa bouteille d’eau. Son père doit la porter, avec force d’encouragements - et aussi de claques - pour qu’elle reste consciente, jusqu’à l’ombre d’un arbre où elle reprendra du poil de la bête. Plus de peur que de mal, mais nous ne sommes quand même pas très fiers. Nous retournons donc au campsite, où les enfants resteront à lire ou à jouer à la DS (oui, j’avoue : nous avons accepté qu’ils emportent la chose avec eux, mais c’est quand bien pratique pour acheter la paix de temps à autres). Leur père et moi-même allons à tour de rôle revoir les chutes en fin d’après-midi et profiter de la belle luminosité : ce soir, il ne faut pas trop en demander aux enfants.




Alors que nous préparons le dîner, une autre voiture arrive et le seul espace libre - je parle bien d’espaces et pas d’emplacements, ceux-ci ont été attribués depuis bien longtemps - est juste derrière notre voiture : on replie en partie nos tentes pour les laisser passer et ils arrivent à s’installer dans les quelques mètres carrés entre nous et la rivière. Tout cela pour dire que les emplacements au fond du camp sont peut être grands, encore faut-il que (1) il n’y ait pas un groupe de 12 personnes qui s’installe à côté de vous (2) que vous n’ayez pas à partager votre emplacement, sinon le promiscuité est rude.
La nuit, pour la première fois, il ne fraîchira par vraiment.
Jeudi 14 Août : Epupa-Opuwo
Le lendemain matin, nous partons en ballade le long du Kunene de bonne heure pour profiter de la fraîcheur et ne pas réitérer l’expérience de la veille : on poursuit le chemin jusqu’aux plages à la recherche des crocodiles. Des crocodiles, nous n’en trouverons pas - en toute honnêteté, c’est d’ailleurs peut être mieux comme cela - mais la ballade est l’occasion d’admirer une nouvelle fois les chutes et de se dégourdir les jambes, d’escalader aussi quelques rochers à la demande insistante des enfants. Sur les conseils du guide d’un groupe déjà croisé à Opuwo, nous montons aussi un peu plus haut que le fameux sentier, ce qui permet d’avoir un vision encore plus globale des chutes. Quand on parle DES chutes, ce n’est pas un abus de langage : il y a vraiment une multitude de chutes et en montant, on peut (presque) toutes les embrasser d’un seul regard. On voit aussi très bien le contraste brutal entre les berges du Kunene verdoyantes avec des palmiers en veux-tu-en-voilà et le reste des terres aride et sec.


De retour de la promenade, le conseil parental décide que l’on ne restera finalement pas une deuxième nuit à Epupa, pourtant conçue au départ comme une étape repos à deux nuits : il y a beaucoup de monde sur le camping et notre groupe de 12 a prévu de rester, donc côté détente et repos c’est à revoir ; nous ne nous voulons pas non plus réitérer l’expérience de la promenade sous le soleil et puis nous nous sommes déjà bien reposés à Opuwo.
Nous repartons donc à Opuwo. Nous pique-niquons en chemin avec notre désormais bien rôdé système des salades-composées-préparées-avant-partir-dans-des-
boîtes-en-plastique-qu’il-n’y-a-plus-qu’à-sortir-et-à-assaisonner-au-moment-du-repas. Nous ne sommes pas installés depuis une minute, au milieu de nul part nous semble-t-il, qu’arrive une jeune Himba d’environ douze-treize ans, accompagnée de son jeune frère. Ils s’installent tout deux à quelques mètres de nous. Juste retour des choses, nous serons attentivement observés pendant tout notre repas. Ils, et surtout la petite fille, sont vraiment fascinés par nos mœurs étranges : je crains qu’il y ait eu malheureusement quelques chèvres égarées dans l’histoire.
Le soir, nous nous installons à l’Oreness camp, en camping cette fois. Les douches sont froides, mais comme il y fait nuit noire par manque de fenêtres, que l’électricité ne se déclenche qu’à 18 heures, que j’explique que j’ai bien l’intention de faire se doucher les enfants avant 18 heures parce qu’à cette heure-là, il fait froid, et que donc ce serait vraiment bien si l’on pouvait avoir de la lumière avant, j’obtiens le droit d’utiliser les douches des bungalows qui, elles, ont une fenêtre… mais surtout de l’eau chaude. Pas fait exprès mais bien joué.
Vendredi 15 Août : Opuwo-Kamanjap
Surprise au petit-matin : il y a de la rosée sur nos tentes, c’est bien la première fois. Le ciel est aussi couvert. Mon tendre et cher m’explique que c’est une illusion d’optique et qu’une fois le soleil levé, le ciel sera grand bleu comme d’habitude. Et bien non! Une fois le soleil levé, le ciel est toujours blanc gris, voire gris carrément foncé à l’est. « Oh! Oh! On dirait bien qu’il va pleuvoir! »
Nous petit-déjeunons et plions bagages dans un froid durablement glacial. Nos mains sont tout engourdies : contrairement à d’habitude, le soleil n’est pas là pour réchauffer l’atmosphère passées les premières minutes de fraîcheur.


Aujourd’hui nous avons une journée à combler : celle que nous n’avons pas passée à Epupa.
Nous partons pour Kamanjap. Les nuages disparaissent rapidement mais le fond de l’air restera frais toute la journée : impossible de rester à l’ombre sans mettre des manches longues.
La route entre Opuwo et Kamajap est entièrement goudronnée sauf sur une petite portion encore en construction. Nous ne nous arrêtons pas à Hobatere auquel nous avions téléphoné la veille ; il n’y a plus de place ni en camping ni en lodge. En logeant le parc d’Etosha, nous voyons des animaux à plusieurs reprises : zèbres et oryx notamment. Petit arrêt à Kamanjap le temps de refaire les provisions de victuailles, d’essence et d’argent liquide. Nous atterrissons finalement au camping du Rustig Toko lodge. Royal! Le camping est à 2/3 kilomètres de la ferme : trois emplacements géants très bien aménagés, bien espacés les uns des autres… Le feu servant à chauffer l’eau est même encore allumé : il y a de l’eau chaude et luxe rare, même pour faire la vaisselle. Nous sommes seuls loin de tout et nous avons l’impression d’être au bout du monde.
Après-midi ballade dans les kékés (aïe, ils piquent les kékés), ramassage de bois pour faire un grand « feu de joie » le soir, foot…

Ce soir, nous vivons un véritable drame familial : en voulant les égoutter, le père renverse environ le tiers de pâtes dans le sable Or, ces pâtes, elles ont été dûment fantasmées durant une partie de l’après-midi avec préparation d’une sauce tomate maison, et tout, et tout, et tout. C’est aussi le plat unique du dîner. Résultat : le père est furieux et quasi-boude ; la mère rigole devant l’ampleur des dégâts ; notre 8 ans commence à pleurer pour les mêmes raisons ; et notre 10 ans commente « Et ben dis donc, il a presque tout mis par terre, Papa! Comment il a fait ?», ce qui, avec le rire de la mère, n’arrange pas l’humeur du père.
Nous nous répartissons la pénurie. Puis c’est soirée feu de camp. Heureusement que nous avons ramassé beaucoup de bois car la soirée est glaciale et tout le monde est bien content de pouvoir se réchauffer auprès du feu avant et après le repas.
Au moment du coucher, j’intercepte cette conversation entre les enfants : le 8 ans « N’empêche, j’ai encore faim, moi » ; la 10 ans : « Te plains pas les parents en ont eu encore moins et en plus ils sont plus grands ».