Devinettes bambara
De tous les genres littéraires (contes, légendes, proverbes, etc.), les devinettes sont une exclusivité pour les enfants. Ils en sont friands, qu’on soit dans la cour de l’école, sur la place publique du village le soir au clair de lune, ou réunis autour du feu de la cuisine, les petits bambara aiment jouer aux devinettes. Il existe même de véritables « soirées-devinettes » organisées par des enfants. Les devinettes sont significatives d’un certain rapport au monde et aux choses de la vie ou du quotidien mais c’est avant tout leur fonction divertissante qui semble prédominer …
Quant à leur forme, les devinettes constituent une unité structurale faite par une dialectique « question-réponse ». Et il y a une réciprocité entre la question et la réponse, combinaison basée sur des rapports d’analogie, par le jeu des métaphores et des paradoxes …
Voici les devinettes bambara, au nombre de 25, toutes traduites en français et munies en partie de commentaires. Amusez-vous bien ! …
1 :
N ye bin ye
a bè jeninen
sa bè a kònò
a ma jeni.
– O ye sira ye.
J’ai vu de l’herbe
elle est brûlée
un serpent y est
il n’est pas brûlé.
– C’est la route.
(Jolie métaphore pour la route dans une savane noircie par le feu)
2 :
Mògò dò sara
a wulila
– O ye ntori ye.
Quelqu’un est mort,
il s’est levé.
– C’est le crapaud.
3 :
Ni n taara sira kan
n bè jalaba kura sòrò
– O ye sa ye.
Quand je pars sur la route
je trouve un ruban neuf
– C’est le serpent.
4 :
A ka baara kè tuma bèè ye
a da tuma ye
– O ye bilali ye.
Le seul moment où elle travaille,
c’est quand elle est couchée.
– La natte.
5 :
Gaba sumantan.
– O ye sankolo ye.
Grand hangar sans ombre:
– C’est le firmament.
6:
Ne ni mògò bè kèlè la
ni n ye a gosi
n bè n yèrè gosi
– O ye soso ye.
Je me querelle avec quelqu’un :
quand je le frappe
je me frappe moi-même.
– C’est le moustique.
7 :
Fen dò bè n bolo
ni n bè taama la
a bè kuma
ni n ye n jò
a bè a dadè.
– O ye samara ye.
J’ai une chose
quand je marche,
elle parle
quand je m’arrête
elle se tait.
– La sandale.
(Les sandales, appelées sabara ou samara en bambara, ne retenant le pied que par devant, produisent un léger claquement pendant la marche)
8 :
Mògò fila bè taa yaala
filanannò tè yen.
– O ye musokònòma ye.
Deux personnes se promènent
il n’y a pas de trace de la deuxième.
– C’est la femme enceinte.
(L’enfant que porte sa mère au ventre est aussi un être humain)
9 :
Ka filen fila waa
dò ma bò dò ye.
– O ye dugukolo ni san kolo ye.
Ecarter deux calebasses:
l’une n’est pas sortie de l’autre.
– C’est la terre et le ciel.
(La terre et le ciel sont vus ici comme les deux moitiés d’une calebasse correspondant très bien l’une à l’autre. Probablement une allusion à une certaine vision de l’univers)
10 :
A bè n flè
n b’a flè.
– O ye soda ye.
Cela me regarde,
je regarde cela.
– C’est la porte.
(De quelque côté qu’on se tourne dans une maison, on a toujours une porte devant ou derrière soi. Une cour bambara est souvent entourée de nombreuses cases)
11 :
N taara n bènkèso
n taara a sòrò
u bè bèè yèlèn kogo la
– O ye basa ye.
Je suis parti chez mon oncle maternel
et j’ai trouvé qu’ils
sont tous montés sur le mur.
– C’est le margouillat.
(Les margouillats passent leur journée à courir sur les murs ensoleillés)
12 :
Ni n ye n ka so boli
ka taa dugu dò la
n seginna
n ma a sennò ye.
– O ye kurun ye.
Quand j’ai chevauché
pour aller dans un village,
au retour
je m’ai pas vu de traces.
– C’est la pirogue.
(Une pirogue ne laisse pas de traces sur l’eau)
13 :
N bè yan
n bè Bamakò
– Hakili don.
Je suis ici
je suis à Bamako.
– C’est l’esprit.
(L’esprit peut se rendre n’importe quel lieu, les distances ne le dérangent pas)
14 :
I bè taama la
i teliyara
a man di i ye.
– Finyè don.
Tu marches,
tu vas vite
ça ne te plaît pas.
– C’est le vent.
(Il n’est en effet pas agréable d’être poussé par le vent)
15 :
U bè yèlè nyògòn fè
u bè datugu nyògòn fè.
– O ye nyèkiliw ye.
Ils s’ouvrent ensemble,
ils se ferment ensemble.
– Ce sont les yeux.
16 :
A bè fini don tuma bèè,
nka a tè fini bò.
– O ye nònsi ye.
Il met toujours des habits
mais il n’enlève pas les habits.
– C’est le caméléon.
17 :
A ka dògò
dunun tè o fè
nka a bè dòn kè
hali faama bè taa yen.
– O ye dugumènè ye.
Cela est petit
cela n’a pas de dunun (tambour)
mais on danse
même le chef va là-bas.
– C’est la fourmi.
(Certes, une fourmi n’a pas de tambour pour faire bouger et gesticuler les gens, comme pour une danse. Mais ses piqûres et ses plaies ont le même effet. Et même le chef ayant le droit à des privilèges particuliers n’est pas épargné par cette foutue bestiole. Elle agit selon la devise "Les mêmes droits pour tous" !)
18 :
A bè ba kò
bari a bè bakokan mèn.
– O ye tulo ye.
Cela est derrière le fleuve
mais cela entend le bruit du fleuve.
– C’est l’oreille.
(L’oreille entend beaucoup de choses mais sur de longues distances)
19 :
N mòkè ye den wolo
cè tè
muso tè.
– O ye tonsofin ye.
Mon grand-père a engendré un enfant
ce n’est pas un homme
ce n’est pas une femme.
– C’est une chauve-souris.
(La chauve-souris est vue comme un être bizarre, à la fois une sorte d'oiseau et une souris. Faut-il aller jusqu’à considérer la souris comme symbole de la féminité , est un peu surélevé par des pierres, endroit un peu frais et ombragé où les serpents aiment se trouver)
25 :
N ye fen dò sòrò
a tè dun
nka, ni a ye fen dò minè
o bè dun.
– O ye duguròsa ye.
J’ai trouvé une chose,
elle ne se mange pas
mais si elle prend autre chose
celle-ci se mange.
– C’est le ver de terre.
(Le ver de terre n’est pas mangeable pour l’homme mais p.ex. les poules le mangent. Et les poules en revanche sont bien consommables pour l’homme. De plus, elles pondent des œufs qui sont mangés)
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Bonne lecture !
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