.../... Suite et fin J42 - 1er juillet
Nous reprenons la piste ensablée.
Comme il est l’heure de déjeuner, Marjorie, qui est libre cet après-midi, nous propose d’aller manger dans un lieu que j’avais vu sur le net en préparant le séjour, mais que je n’aurais pas inscrit dans mon itinéraire
a priori, un refuge animal. Un peu comme notre SPA, mais sur une superficie démentielle (je ne sais plus combien de m2) :
Best Friends Animal Society (Angel Canyon) (5001 Angel Canyon Road, ouvert tous les jours de 8h à 17h), abritant 1700 animaux, et offrant une sépulture de choix aux meilleurs amis de l’homme dans un cimetière que je qualifierai de déjanté.Pour ceux qui seraient intéressés par la visite du sanctuaire : il faut réserver.
bestfriends.org/...t-our-utah-sanctuary
Il y a sur place un restaurant végétarien où, pour 5$ par personne (j'ai bien écrit cinq

), on dispose d’un buffet à volonté. Il est quand même de bon ton de déposer son obole dans la petite boîte à l’entrée pour soutenir l’action de cette association.
Franchement, peut-on trouver plus belle terrasse pour un repas si bon marché, face aux collines du Grand Staircase Escalante ?
Le cimetière
Il est parsemé de mobiles géants, qui tintent avec la brise, diffusant comme une douce musique.
Il y a même une artiste locale qui peint des pierres à déposer sur les tombes.
14 h - Marjorie, qui travaille également dans une galerie de photos (Walt Thirion, 238 West Center Street), nous propose de venir en découvrir les œuvres, et comme nous ne sommes pas forcément bousculés, nous y faisons un tour. Waouh ! Je me dis que je ferais mieux de ranger mon matériel

et de laisser s’exprimer les vrais pros qui, eux, rendent vraiment hommage à la région

.
La galerie est très impliquée dans la sauvegarde environnementale de la région et reverse une partie de ses bénéfices à des associations. Qui a dit que les Américains n’avaient aucun sens écologique ?
Marjorie, photographe donc à ses heures, me dédicace une de ses jolies cartes postales, ce qui me touche beaucoup et nous nous séparons avec émotion, ce qui paraît un comble quand on pense que l’on ne se connaît pratiquement pas : juste quelques heures passées ensemble.
Kanab
- J’avais prévu Kanab en J43, pour rejoindre St George en partant du Grand Canyon North.
La ville était aussi sur l’itinéraire de mon plan B si la Cottonwood avait été impraticable, juste pour la montrer à mes cousins, car nous l’avions déjà visitée en 2012.
Mais, toujours optimiste, je ne sais pas pourquoi, j’étais confiante au moment où j’avais préparé l’itinéraire. Sur le terrain un peu moins, mais nous avons eu de la chance.
"Kanab est un mot Païute (tribu amérindienne) désignant un panier, fabriqué avec du bois de saule, et utilisé par les mères pour transporter leur enfant sur leur dos.
Les toutes premières tentatives de colonisation de Kanab remontent à 1858, les explorateurs anglo-saxons ayant compris que cette terre fertile était idéale pour l'élevage de bétail. Toutefois les colons sont rapidement repoussés par les indiens. Mais l'
Utah est, depuis 1847, habité par les pionniers mormons installés dans la région du
Grand Lac Salé (exode menée par Brigham Young, homme d'église converti au mormonisme en 1832 et gouverneur de l'
Utah de 1851 à 1858). Parallèlement à la tentative de colonisation ratée des anglo-saxons, en 1857, Brigham Young charge le missionnaire Jacob Hamblin de négocier avec les indiens Païute, Moqui et
Navajo afin de partager le territoire. Les années 1860 seront donc pour Kanab et sa région, une lutte incessante entre indiens, colons et mormons. Puis, en 1870, le fort de Kanab devient un important comptoir commercial. Une ville se construit tout doucement et quelques mois plus tard, la première école est construite. Le chemin de fer est encore loin, mais en 1871 le Deseret Telegraph s'installe en ville et relie ainsi Kanab au reste du pays.
Quelques décennies plus tard, le climat agréable de la région attire les producteurs hollywoodiens. En 1922, ils découvrent les Vermilion Cliffs et en font le décor principal du film
The Deadwood Coach
, western de 1924.
Ainsi, durant un peu plus de 50 ans, l'industrie cinématographique fournit à la ville de Kanab une forte impulsion économique, aidée à la fin des années 50 par la construction du barrage de
Glen Canyon.
Kanab et ses alentours ont longtemps servi de toile de fond à de nombreux films et séries télévisées. La ville a ainsi pu se constituer un joli patrimoine Old West.
Quand, en 1922, la Fox Film Corporation arrive à Kanab pour le tournage de The
Deadwood Coach, il faut embaucher du personnel pour s'occuper de la logistique. Ainsi, c'est la toute jeune société de transports Parry Brothers, dirigée comme son nom l'indique par les frères Parry, qui est chargée du transport des acteurs et du matériel entre les différents sites de tournages. Whit, Chaunce et Gron Parry comprennent immédiatement que se dessine là l'avenir de leur compagnie et incitent ensuite d'autres sociétés de production hollywoodiennes à venir travailler dans la région.
Ainsi, en 1931, les frères Parry achètent à Kanab une belle demeure victorienne afin de la transformer en hôtel-restaurant. Le Parry Lodge est né. Les frères font ensuite du porte-à-porte à
Hollywood afin de vendre leurs services, armés de tonnes de photos de Kanab et de sa région. Le Parry Lodge devient alors le quartier général d'une multitude d'équipes de tournage. C'est le célèbre réalisateur William Wellman qui, appréciant beaucoup la ville de Kanab, la baptise alors affectueusement « Little
Hollywood ». (sic)
Le célèbre réalisateur: je crois bien n'avoir vu aucun de ses films

. Il va falloir y remédier

.
La ville a vu passer nombre de grands noms du 7e art. Cette activité a périclité dans les années 80 avec la baisse de l’engouement pour les westerns. Il faut dire aussi que les westerns plus modernes se tournaient ailleurs (en
Espagne par exemple pour ne citer que ceux que je connais le plus, ceux de Sergio Leone.... que je pourrais regarder en boucle).
En plein boom du cinéma dans les années 40, la Metro Goldwyn Mayer y construisit un studio en extérieur. Les décors ont été déplacés dans la ville. C’est une association à but non lucratif qui s’en occupe :
Frontier Movie Town (297 West, Center Street). Nous ne l’avons pas revu cette année, mais à l’époque, nous avions bien aimé.
Le cinéma en
Utah 
: on ne saurait compter le nombre de films qui y ont été tournés, certains même relativement récents.
Je n’ai pas épluché tout ce que l’on peut faire à Kanab puisque, quel que soit le choix, nous ne ferions qu’y passer. En version rapide (expérience 2012), on peut y consacrer 2/3 h sans s’y ennuyer. Aujourd’hui, ce sera la version express : le
Parry Lodge, le
Visitor Center (745 US-89) et un tour de ville en voiture suffiront.
Parry Lodge (89 E Center St)
L’hôtel a vu passer des centaines d’artistes parmi les plus glorieux, d’autres un peu moins. On peut voir leur portrait dans la galerie à l’entrée de l’hôtel. Les John Wayne, Clint Eastwood, Gregory Peck, John Wayne, Lee Van Cleef, Frank Sinatra, Maureen O’hara, Olivia de Haviland et tant d’autres noms prestigieux y côtoient des acteurs plus modestes. Il est amusant d’y voir un ancien président alors qu’il n’était qu’un acteur de série B. Et même notre pauvre Annie Girardot y a son portrait.
L’hôtel est toujours en activité aujourd’hui.
Je suis sûre que j’ai dormi l’après-midi (et oui, encore

), car je n’ai aucun souvenir de la route depuis Kanab jusqu’à la fin de la Kaibab Forest, et pas la moindre photo.
Grand Canyon North Rim
Ayant vu déjà deux fois la South Rim, nous avions envie de découvrir le
Grand Canyon sous un angle plus sauvage, moins couru.
Nous entrons à 17h15 dans le
Grand Canyon, la température a chuté à 18° et de gros nuages noirs apparaissent. Lorsque nous arrivons au
Grand Canyon Lodge, les routes sont trempées.
On ne peut pas accéder à la réception en voiture : il faut la laisser sur le parking devant le Visitor Center; ça, c’est plutôt embêtant, vu qu’il se remet à pleuvoir. Heureusement, l’hôtel a tout un bataillon de voiturettes qui chargent bagages et visiteurs et les amènent à destination, à fond la caisse sur les chemins qui zigzaguent en pente à travers les cabines. Notre chauffeuse (attention hein, pas de mauvaise interprétation

) est hilare : ça a l’air de beaucoup l’amuser ce circuit. Trempés nous sommes, les bagages aussi.
Nous mettons à profit une éclaircie très courte pour découvrir notre premier point de vue (à partir du parking du Visitor Center):
Vue depuis la terrasse de l’hôtel (sur l’arrière):
On comprend mieux le sens du mot éclaircie quand on pense que 10 minutes séparent les deux photos

: le soleil était reparti à la vitesse de l’éclair.
Un escalier permet d’accéder à un promontoire en contrebas (à droite de la photo).
Et bien, ça promet pour demain !
Le soir, pas moyen de dîner au restaurant : il aurait fallu réserver. L’idéal, pour vous éviter de faire la même erreur que moi: réserver sur le site
www.grandcanyonforever.com/dining
ou téléphoner: 928-638-8518. Les réservations seront ouvertes le 1er février pour l’année prochaine.
On se rabat sur la cafète à côté où nous mangerons une soupe qui n’aura de mérite que celui de nous réchauffer.
A la veillée on peut tout à loisir flâner dans le hall de l’hôtel, dans d’énormes fauteuils en cuir bien confortables,
ou aller discuter sur la terrasse avec une boisson chaude, dans le noir absolu, hormis la lumière du feu de cheminée qui ne nous réchauffe en rien du tout, même au plus près. C’est juste pour le feeling, et le feeling ce soir, il est glacial. Nous n’y ferons pas de vieux os.
Une lampe électrique sera la bienvenue pour retourner à la cabine (plus un parapluie dans notre cas).
Nous passerons une nuit sur place, dans ces petites cabines tout droit sorties des images d’Epinal que l’on a en tête en pensant au Far West. Quel romantisme !
On peut très bien s’imaginer en pionnier à la découverte de l’Ouest. Et peut-être bien qu’à l’époque ils l’auraient trouvée d’enfer notre cabine.
Pour apprécier, il faut faire abstraction de tout le reste (je vous aurai prévenus

).
Nous avons opté pour la Pioneer Cabin, donnée pour 6 personnes.
Elle est minuscule, d’un confort spartiate, trèèèèès spartiate, la propreté est douteuse, les lits auraient besoin d’être changés, la salle de bain est exiguë:
- une chambre avec un grand lit (bon, celui-là, pour le confort, ça peut aller),
- l’autre avec 2 lits superposés et un canapé lit.
Ce dernier est tellement crasseux et défoncé que je me demande qui pourrait bien avoir le courage de dormir dedans

.
Le nombre de couvertures est limité : penser à vérifier en entrant dans la cabine.
JP et moi avons pris les lits superposés et ce n’est pas un lit inconfortable qui saurait nous empêcher de dormir : on a juste vérifié s’il n’y avait pas de traces de bed bugs. Pas fous non?
Dodo d'une seule traite, malgré la pluie qui tambourine sur les fenêtres.