| L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Taamaden · 6 mai 2026 à 22:13 · Une photo 8 messages · 3 participants · 259 affichages | | | | 6 mai 2026 à 22:13 L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Message 1 de 8 · 259 affichages · Partager « Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible. » Jomo Kenyatta (p.7)
Le cube Maggi, une hégémonie sans partage, et bien d'autres choses encore
« The hopeless continent », titre The Economist , magazine britannique, en juillet 2000 sur l’ Afrique. Onze ans plus tard, le même magazine titre en revanche « Africa rising ». Les images de l’Afrique dans le Nord prospère oscillent constamment entre des scénarios apocalyptiques et projections enthousiastes. Un problème essentiel de telles images réside dans la généralisation qui y est associée. Si l’on observe le continent, des contrastes considérables apparaissent selon l’espace et le temps. Il ne faut pas s’étonner qu’une région du monde qui englobe des zones écologiques si différentes, entretient des liens si variés avec les autres continents, compte près de cinquante États-nations rien qu’au sud du Sahara et se caractérise par une grande diversité de langues, de systèmes de croyances et de parcours historiques, ne partage pas le moindre destin.
Et pourtant, pour de nombreuses personnes en dehors de l’Afrique, mais aussi pour de nombreux Africains et Africaines, le continent constitue une entité, définie par des critères tels que la couleur de peau, un passé colonial, la pauvreté et l’art de survivre. Jusqu’à présent, ces perspectives s’accompagnaient généralement de l’idée que l’Afrique devait ou aurait dû suivre une voie unique et ensemble, tantôt appelée développement, tantôt modernisation, parfois libération, puis économie de marché. Aucune de ces voies n’a tenu les promesses qui y étaient associées.
Les deux écrivains Alain Mabanckou et Abdourahman Waberi – l’un originaire du Congo, l’autre ayant grandi à Djibouti, tous les deux installés depuis longtemps en France et aujourd’hui professeurs dans des universités nord-américaines renommées ( Los Angeles, Washington) – en ont assez des scénarios pessimistes : « Nous sommes conscients que l'Afrique est dans le monde et le monde est dans l'Afrique. Il en est de même pour tous les autres continents tant nos destins sont inextricablement liés pour le meilleur et pour le pire. Nous refusons de percevoir l'Afrique comme un réservoir de malheurs ou un continent frappé d'une malédiction atavique et caractérisée par des affrontements ethniques. [..] C'est cette flamme passionnée que nous souhaitions graver dans un livre [..] une sorte de promenade à travers les cultures africaines, sans aucune exigence, chaque lettre de l'alphabet nous conduisant vers une notion, une pratique, un concept, un moment d'histoire, de littérature, de peinture, de politique, d'économie, de cuisine, etc. » (p.10-11). L’Afrique, écrivent-ils, est en passe « d'imposer une griffe, un style, une manière d'être au monde et en relation avec le reste du monde. » (p.11) Par conséquent, pour mettre des mots sur la diversité et le dynamisme du continent, les deux auteurs ont créé un « abécédaire buissonnier, une sorte de portrait ou plus exactement une mythographie qui donne à voir et à sentir le pouls d'un très grand continent dont la puissance culturelle est en train de se déployer sous nos yeux. Hier minorées, voire moquées, la voix et l'importance du Continent dans les affaires planétaires sont aujourd'hui indéniables » (p.11) qui contient plus de cent entrées, pour la plupart succinctes, écrites dans un style décontracté et désinvolte. Le ton optimiste, voire parfois exubérant, est donné dès la brève introduction. Le duo d’auteurs souhaite « entonner une chanson d’amour aux cultures de notre continent, à ses habitants d'hier et d'aujourd'hui, à ses ressources exceptionnelles et à sa spectaculaire planétarisation malgré une certaine pollution qui couvre encore notre ciel à cause de la durée inégalée des dictatures dans certaines de nos régions. » (p.12) Ce faisant, ils ne veulent pas se laisser trop distraire par les Afewerki-Biya-Bongo-Déby & Cie. d'aujourd'hui...
On y trouve bien sûr des hommages aux grands précurseurs tels que Frantz Fanon (« [..] ce fut une histoire d'amour et d'admiration que ne vinrent pas estomper les quatre décennies qui sépare sa naissance et la nôtre. Ajoutons que nous avons vu le jour tandis que le natif de Fort-de- France avait quitté, quatre ans plus tôt, le théâtre du monde dans la fleur de l'âge » p.141), Mongo Beti (« Il faut lire et relire Mongo Beti, un génie qui a su mettre sa notoriété au profit de cause souvent justes en Afrique comme la défense des couches opprimées. Sa place est déjà dans l'Histoire. Ses oppresseurs comme les dictateurs Ahmadou Ahidjo et Paul Biya ne peuvent pas concourir dans la même catégorie » ; p.64), le Malien Amadou Hampâté Bâ
(« La postérité a retenu surtout son rôle d'infatigable défenseur des cultures africaines. Son plaidoyer pour la collecte et conservation des savoirs traditionnels africains reste un grand événement pour tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Un jour de 1960, à la tribune de l'UNESCO, le natif de Bandiagara sonne l'alerte : ‹ [..] Puisque nous avons admis que l'humanité de chaque peuple est le patrimoine de toute l'humanité, si les traditions africaines ne sont recueillies à temps et couchées sur le papier, elles manqueront un jour dans les archives universelles de l'humanité. ›» p.51),
Kwame Nkrumah, « un des fondateurs du panafricanisme, père de l'indépendance du Ghana » (p.239), alors l'historien Cheikh Anta Diop, l’écrivain, poète et homme politique Aimé Césaire, et l’économiste et penseur Samir Amin mais aussi des hommages très bienveillants à certains intellectuels africains contemporains comme Souleymane Bachir Diagne et Achille Mbembe
(« Il y a quelques années, dans les milieux économiques dominants, une rumeur revenait souvent, déguisée le plus souvent sous les habits d'une analyse froide et scientifiquement éprouvée : l'Afrique ne sert à rien. Elle est un fardeau pour le reste de la communauté humaine. Avec son 2 % de part dans le commerce mondial, elle disparaitrait des radars boursiers qu'on ne s'en rendrait même pas compte. Alors ? Elle sera peut-être tirée vers le haut par les autres continents. Vouloir se dépasser est un pari fou pour les Africains, concluait-on. Arrogant ou inconscient, le président Nicolas Sarkozy déclarait devant un parterre d'étudiants et d'enseignants de l'université Cheikh-Anta-Diop à Dakar : ‹ L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire [..] Il ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. › C'était en 2007. Depuis des décennies, avec les seules armes de la raison, un intellectuel monte souvent au créneau pour battre en brèche les préjugés, les lectures paresseuses et les grilles malhonnêtes qui servent de faux nez à tous ceux qui, à l'instar de Nicolas Sarkozy ou de l'ancien journaliste Stephen Smith, par ignorance, mépris ou condescendance, défigurant le réel africain. Cet intellectuel n'est autre que l'historien et politologue Achille Mbembe. Cet héritier de Frantz Fanon, d'Amilcar Cabral, de Jean-Marc Ela et de Fabien Eboussi-Boulaga est né 1957 au Cameroun, en pays bassa. Très tôt marqué par les soubresauts d'une guerre fratricide, Achille Mbembe se fait le gardien de la mémoire des martyrs. Après de brillantes études à Paris, il part enseigner dans les meilleures universités américaines, mais l'appel du Continent est plus fort que le reste. A Dakar, il dirige un temps le CODESRIA (Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique) avant de rejoindre l'université du Witwatersrand de Johannesburg en Afrique du Sud. Même si l'auteur de Critique de la raison nègre (Editions La Découverte, 2015), passe quelques mois à l'université Duke, en Caroline du Nord, son poste d'observation reste l' Afrique du Sud. Depuis Johannesburg, Achille Mbembe scrute l'Afrique et le monde tout entier. Observateur lucide à la plume élégante et généreuse, Achille Mbembe sait mêler la grande et la petite histoire : ‹ Je suis bien né un jour de juillet, alors que le mois tirait vers sa fin. C'était en 1957, dans cette contrée d'Afrique que l'on nomma, récemment, le ' Cameroun', un souvenir de l'émerveillement qui saisit les marins portugais du XVe siècle lorsque, remontant le fleuve aux environs de Douala, ils ne purent s'empêcher d'y noter la présence d'une multitude de crustacés, et baptisèrent 'Rio dos Camaroes', c'est-à-dire la 'Rivière des Crevettes'. J'ai grandi à l'ombre de cette contrée sans nom propre, puisque, dans un sens, celui qu'elle porte n'est que le produit de l'étonnement de quelqu'un d'autre : une méprise, faut-il dire lexicale. › De cette méprise ou blessure, il a fait un levain, un tremplin pour composer une œuvre riche, reconnue à travers le monde. Pour dénoncer aussi les barrières et les barbares. Mais cela ne saurait être suffisant. Au milieu de ses camarades dans les cercles de la pensée et de l'action, Achille Mbembe défend avec passion et constance la dignité humaine et la beauté du monde. En cela, il accomplit la mission que Frantz Fanon lui a confiée. » (p.227-229),
ainsi que des entrées consacrées à des artistes et intellectuels moins connus, comme la journaliste et militante française Rokhaya Diallo, fille de parents sénégalais et gambiens, ou le cinéaste éthiopien Haile Gerima, qui vit depuis longtemps aux Etats-Unis. Autres nom de la politique, du sport, de la musique, l'art et la littérature : Kofi Annan, p.36 ; Barack Obama, p.243 ; Thomas Sankara, p.277 ; Ousmane Sow, p. 285 ; Yambo Ouloguem, p.250 ; Léopold Sédar Senghor, p.282 ; Mohamed Ali, p.30 ; Nuruddin Farah, p.146 ; Salif Keita, p.203 ; Ahmadou Kourouma, p.206 ; Ngugi wa Thiong'o, p.236 ; Winnie Mandela, p.224 ; Kylian Mbappé, p.226...
Les auteurs, qui s’attachent résolument à une « mythographie » (p.11) de l’Afrique, accordent enfin une attention particulière aux mouvements sociaux locaux, aux manifestations culturelles et aux aspects de la vie quotidienne. Y’en a marre, « qui signifait également 'y'en a marre de rester les bras croisés' » (p.320-321), est né il y a une bonne dizaine d’années au Sénégal en tant que mouvement citoyen de résistance pacifique et symbolise, soulignent les auteurs, le fait que la jeunesse africaine qui en a de plus en plus ras-le-bol « du cirque politique déployé en Afrique depuis les indépendances, comme le diraient nos parents, ‹ depuis le départ du Blanc ›... » (p.321) Un article complet est consacré au cube de bouillon Maggi, qui inonde les marchés africains depuis une bonne quarantaine d’années et jouit d’une immense popularité (« Il est partout en Afrique, de Dakar à Djibouti, et de Tanger au Cap. Il est dans toutes les casseroles, toutes le marmites. Les petites mains les mettent à toutes les sauces, dans tous les plats locaux ou acclimatés. Une hégémonie sans partage! On le retrouve dans les diasporas. Les balades gustatives à Paris, dans le quartier [..] » p.90). Les détracteurs lui reprochent non seulement d’avoir appauvri la diversité aromatique des plats locaux, mais aussi d’être nocif pour la santé. Et pourtant, « [l]es plus pauvres des Africains, ceux qui ne mangent plus qu'une fois par jour, quelques cuillerées de haricots blancs et une boule de foufou par exemple, sont les plus fervents usagers du cube magique. » (p.92-93)
Pour le fonio, « la nouvelle céréale à la mode. [..] De la famille des mils, le fonio est sans doute la plus ancienne céréale cultivée en Afrique de l'Ouest, et principalement dans sa partie subsaharienne, depuis des millénaires. [..] Facile à cultiver, économe en eau, le fonio pousse partout, sauf sur les terrains argileux. Longtemps négligée, car considérée comme la culture du pauvre, la céréale de fonio fait désormais la fierté des paysans qui la cultivent et la soignent comme la prunelle de leurs yeux » (p.156-157), les auteurs proposent d’emblée une recette détaillée, en laissant le lecteur savoir que « [n]ous ne résistons pas au plaisir de partager avec vous cette recette de fonio au poulet qui nous vient du Mali :
Ingrédients : 1 poulet 3 grosses tomates bien rouges 4 c. à soupe de tomate concentrée 4 gros oignons 1 gousse d'ail 1/2 verre d'huile 2 cubes Maggi ou sel 2 grosses carottes 1 navet 1 gros chou 2 grosses pommes de terre 1 céleri 1 sachet de fonio précuit 4 gombos (ou poudre gombo) sel, poivre
Préparation : 1. Préparez la sauce : lavez et découpez le poulet. Épluchez les oignons, l'ail et les légumes. 2. Dans une marmite, faites frire les morceaux de poulet. 3. Coupez, en très petits dés, les oignons, tomates, carottes, le navet et mettez le tout dans la marmite. 4. Mettez la tomate concentrée, salez et poivrez. 5. Faites mijoter pendant 15 min, puis rajoutez 2 l d'eau plus les morceaux de poulets cuits. 6. Laissez mijoter pendant 30 min, puis ajoutez l'ail et le célerie écrasés, plus le chou coupé en 4 et les pommes de terre coupées en 2. 7. Préparez le fonio : recouvrez-le d'eau tiède, puis laissez reposer pendant 15 min et faites-le cuire à feu doux. 8. Dans une petite casserole, faites bouillir les gombos et écrasez-les. 9. Mélangez les gombos écrasés au fonio cuit, puis salez. Servez chaud. » (p.158-159)
La comédie Black Mic Mac, sortie dans les salles françaises en 1986 et qui abordait la politique d’immigration de plus en plus restrictive de la Grande Nation à l’époque, fait également l’objet d’une entrée, tout comme Tim au Congo, la bande dessinée populaire, ou encore Jip’s Café (« [..] une petite Afrique en plein cœur de Paris, avec des passants qui s'arrêtent pour admirer les ‹ ambianceurs › sur la piste de danse ou assister aux événements culturels proposés par la maison » (p.194), un établissement africain à Paris qu’a déjà immortalisé Alain Mabanckou dans un des ses romans.
Le duo d’auteurs s’aventure également sur des sujets aussi épineux, tels que le djihadisme (p.119), le génocide au Rwanda (p.272), le franc CFA (p.82) ou la dictature (p.110). Alors que les deux trouvent ici un ton tout à fait approprié, maintes entrées laissent un goût un peu amer. Deux exemples : pourquoi le texte sur Barack Obama ne mentionne-t-il pas la grande déception de nombreuses personnes en Afrique, qui attendaient davantage de la politique africaine du premier président à des racines africaines des États-Unis que des paroles chaleureuses occasionnelles seulement ? Pourquoi les commentaires sur Winnie Mandela passent-ils sous silence le fait qu’elle était une figure emblématique très controversée du mouvement anti-apartheid en raison de son implication dans des enlèvements, des actes de torture et des meurtres de prétendus collaborateurs de l’apartheid ? Au lieu de cela, une compassion qui fait monter les larmes aux yeux : « On l'a souvent réduite au rang d'agent secondaire, d'épouse d'un grand homme » ou « La victoire venue, elle ne goûtera pas les fruits. Divorcée, isolée. Jamais elle ne sera une ‹ première dame › en robe de soirée, prenant la pose devant un parterre de chrysanthèmes. On la tiendrait loin des cercles du pouvoir » (p.224-225). À ce stade, j'aurais souhaité que les auteurs adoptent une attitude un peu plus critique...
Pour autant, ces "faiblesses" (si l'on peut les appeler ainsi) ne doivent pas faire de l'ombre à l'ensemble de cet ouvrage. Il n'en reste pas moins un livre instructif, parfois très divertissant, et souvent même, à sa manière, original.
Informations sur les livres (l'original français et la traduction allemande) :
Alain Mabanckou/Abdourahman Waberi. Dictionnaire enjoué des cultures africaines. Fayard, 2019. Alain Mabanckou/Abdourahman Waberi. Der Puls Afrikas. Eine Liebeserklärung von A bis Z. Reclam, 2022.
Hery
| | | À: Taamaden · 14 mai 2026 à 21:25 Re: L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Message 2 de 8 · 215 affichages · Partager Merci beaucoup pour ces notes de lecture.
J'ai relu l'an passé Je suis noir et je n'aime pas la manioc de Gaston Kelman. Il joue aussi sa partition du blues des Noirs avec un indéniable talent. | | | À: Taamaden · 15 mai 2026 à 11:03 Re: L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Message 3 de 8 · 195 affichages · Partager Supplément au message initial :
AVANT-PROPOS
À la recherche de l'énergie magnétique du Continent
Notre initiative d'écrire ensemble un livre date d'il y a longtemps. Nous nous connaissons en effet depuis les années 1990, l'un venant du Congo-Brazzaville, l'autre de Djibouti, tous les deux étudiants en France. En ces années donc, on assistait à la libération de Nelson Mandela et à la fin de l'apartheid tandis que beaucoup de nations africaines, à la suite du Sommet franco-africain de La Baule subordonnant l'aide de la France à la nécessité de l'installation de régimes démocratiques, tournaient le dos au marxisme-léninisme ou optaient, du moins sur le papier, pour le principe du multipartisme politique ( Bénin, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Congo-Brazzaville, Gabon, Niger, l'ex-Zaïre...). Mais cet élan, malgré l'optimisme des peuples africains, allait vite être terni avec le génocide des Tutsis au Rwanda, la guerre civile en Sierra Leone, au Liberia, le conflit entre l' Éthiopie et l'Érythrée, ou encore le renversement du régime tchadien d'Hissène Habré par son conseiller miltaire Idriss Déby aidé par la Libye de Mouammar Kadhafi... En dépit de ces zones d'ombre, nous demeurions optimistes quant à l'avenir de notre continent, et nous pensions que sa connaissance devenait de plus en plus impérieuse. Nos échanges tournaient autour de nos cultures respectives, celles de cette Corne de l'Afrique d'Abdourahman Waberi, lieu des enjeux géopolitiques les plus hétéroclites et celles de cette Afrique centrale d'Alain Mabanckou, territoire de la France libre pendant l'Occupation. Dans ces discussions, plusieurs réalités se recoupaient, d'autres étaient diamétralement opposées. Nous avions alors devant nous l'illustration de la multiplicité de nos mœurs, de nos us et coutumes. Chaque fois que nous nous rendions en Afrique, nous appréciions d'entendre ce vocabulaire urbain dans le quel la langue française côtoie les langues locales, démontrant plus que jamais que notre ère était désormais celle du mélange, celle du brassage, celle de la « civilisation de bronze », pour emprunter une formule du poète congolais Tchicaya U Tam'si.
Nous sommes conscients que l'Afrique est dans le monde et que le monde est dans l'Afrique. Il en est de même pour tous les autres continents tant nos destins sont inextricablement liés pour le meilleur et pour le pire. Nous refusons de percevoir l'Afrique comme un réservoir de malheurs ou un continent frappé d'une malédiction atavique et caractérisée par des affrontement ethniques. Nous sommes émerveillés par l'engouement des « diasporas africaines ». C'est cette flamme passionnée que nous souhaitions graver dans un livre, mais nous n'avions alors aucune idée précise du genre jusqu'à ce qu'un jour, prenant un pot dans le 18e arrondissement de Paris, comme nous en avions l'habitude, nous sommes tombés sur une sorte de promenade à travers les cultures africaines, sans aucune exigence, chaque lettre de l'alphabet nous conduisant vers une notion, une pratique, un concept, un moment d'histoire, de littérature, de peinture, de politique, d'économie, de cuisine, etc. Il va sans dire que l'Afrique de nos cœurs et de nos rêves est plus étendue que le Continent, et son histoire plus profonde que mille Wakanda. Voilà que toutes les diasporas (du Canada à l' Argentine en passant par Haïti, des archipels et rivages swahili à l'île Maurice en passant par Madagascar) et les populations noires des grandes métropoles (de Paris à Singapour et Melbourne) l'entourent avec affection.
Ce livre est un abécédaire buissonnier, une sorte de portrait ou plus exactement une mythographie qui donne à voir et à sentir le pouls d'un très grand continent dont la puissance culturelle est en train de se déployer sous nos yeux. Hier minorées, voire moquées, la voix et l'importance du Continent dans les affaires planétaires sont aujourd'hui indéniables. C'est dire que l'Afrique est en passe d'imposer une griffe, un style, une manière d'être au monde et en relation avec le reste du monde. Bien sûr il y a une dimension initiatique très forte dans notre projet, et nous avions longtemps discuté de son identité très marquée comme s'il s'agissait d'un film en couleurs et en émotions narré par un duo d'acteurs complices, sur fond d'éclats de rire car nous ne voulions pas nous habiller en tenue de ville pour entreprendre la tâche, nous étions plutôt décontractés, sans cravate, en jeans et baskets, afin d'accompagner les caprices de notre esprit et de convoquer, lorsqu'il le fallait, l'expérience tirée de nos différentes pérégrinations. Nous n'avions pas en ligne de mire l'exhaustivité, nous souhaitons ici entonner un chant d'amour aux cultures de notre continent, à ses habitants d'hier et d'aujourd'hui, à ses ressources exceptionnelles et à sa spectaculaire planétarisation malgré une certaine pollution qui couvre encore notre ciel à cause de la durée inégalée des dictatures dans certaines de nos régions. Nous avons donné à notre entreprise une forte identité visuelle et tenté de nous tenir loin des images d'Épinal et autres clichés sur l'Afrique sous-développée en quête de pain ou de sauveur à la peau blanche reconnaissable à son halo hollywoodien. Les échos aux questionnements de notre temps sont nombreux, ce qui a rendu l'entreprise plus complexe dans certains choix. Au contraire, loin d'être un obstacle, l'aspect éclaté du Dictionnaire et son goût assumé d'inachevé offrent au lecteur la liberté de creuser là où nous n'avons pas pu ou voulu nous attarder. Nous entendons continuer notre collaboration, et celui-ci est par conséquent une invitation à ouvrir d'autres dictionnaires, à feuilleter d'autres ouvrages de fiction, de théorie, d'histoire, d'images. Il est aussi, comme on s'en rendra vite compte, le fruit mûr d'une complicité qui ne nous a jamais quittés depuis que nous étions étudiants et que nous nous apprêtions à proposer nos premiers manuscrits aux éditeurs. Nous espérons enfin que son style enjoué fonctionnera comme une caméra électrisée par l'énergie magnétique de tout notre continent.
A. MABANCKOU, A. WABERI (p.9―13)
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
On ne peut que spéculer sur les critères qui ont présidé au choix de ces entrées. En tout cas, il en résulte un mélange hétéroclite et très éclectique, qui couvre un large éventail de personnalités, d'événements, de lieux, d'institutions et de thèmes. La diaspora africaine, à laquelle appartiennent d'ailleurs les deux auteurs, occupe une place importante dans ce recueil. Voici l'ensemble des entrées, par ordre alphabétique :
A
Abacost ― Addis-Abeba ― Adoua (bataille d') ― Afro ― Afrofuturisme ― Ali, Muhamed ― Amin, Samir ― Annan, Kofi ― Arlit ― Aventure (urbaine)
B
Bâ, Amadou Hampâté ― Bahia (San Salvador de Bahia, Brésil noir) ― Balai citoyen ― Baobab ― Batouala ― Beti, Mongo ― Bissap ― Black Mic-Mac ― Blogueurs ― Brazzaville
C
Café ― Cauri ― Césaire, Aimé ― CFA (franc) ― Château-Rouge ― Chéri Samba ― Coetzee, John Maxwell ― Cuba ― Cube Maggi
D
Dadié, Bernard ― Développement ― Diagne, Souleymane Bachir ― Diallo, Rokhaya ― Diawara, Manthia ― Dictature ― Diop, Birago ― Diop, Cheikh Anta ― Djebar, Assia ― Djihadisme
E
Écriture (de l'histoire) ― Enfant noir (L') ― Etats-Unis d'Afrique (Aux) ― Européen ― Évora, Cesária ― Exhibit-B
F
Fanon, Frantz ― Farah, Nuruddin ― Fardeau (de l'homme blanc) ― « Femme noire » ― Feymania ― Fonio ― Foufou ― France Noire (La)
G
Gerima, Haile ― Gide, André
H
Haïti ― Herero
I
Ibrahim, Abdullah ― « Indépendance Cha Cha » ― Interventions (militaires)
J
Jeunesse (lettre d'Amadou Hampâté Bâ à la) ― Jip's Café
K
Si Kaddour, Benghabrit ― Kasàlà ― Keita, Salif ― Keur Samba (le) ― Kimpa Vita (ou Dona Beatriz) ― Kourouma, Ahmadou ― Kwanzaa
L
Laâbi, Abdellatif ― « Little Ethiopia »
M
Mami Watta ― Mandela, Winnie ― Mbappé, Kylian ― Mbembe, Achille ― Monument (aux héros de l'armée noire)
N
Nardal, Paulette ― Ngũgĩ, wa Thiong'o ― Nkrumah, Kwame
O
Obama, Barack ― Omar, Ibn Saïd ― Ouologuem, Yambo
P
Pauline (lettre de Patrice Lumumba à sa femme) ― Présence Africaines
Q
Quinquéliba (ou Kinkéliba)
R
Réfugiés climatiques ― Rumba congolaise ― Rwanda (génocide des Tutsi)
S
Sanglot de l'homme noir (Le) ― Sankara, Thomas ― Sape ― Senghor, Léopold Sédar ― Sharif, Omar ― Sow, Ousmane ― Sy, Omar
T
Terre d'ébène ― Tintin au Congo ― Tirailleurs sénégalais
U
Ubuntu ― Uhuru
V
Valiha ― Vaudou ― Ventilateur (danse du) ou Leumbeul ― Vénus hottentote (Saartjie Baartman)
W
Wainaina, Binyavanga ― Wax
Y
Y'a bon « banania » ― Y'en a marre
Z
Zembla ― Zemidjian (Zem)
xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
www.monde-diplomatique.fr/2020/03/GALY/61524
www.lemonde.fr/...ue_6020777_3212.html
journals.openedition.org/...s/3464?lang=It#ftn84
Qu'il s'agisse d'un dictionnaire, d'une déclaration d'amour ou bien d'un manifeste, comme l'affirme le journal du Monde ( « Faux dico, vrai manifeste : Mabanckou et Waberi redéfinissent l'Afrique », le 27 nov. 2019), peu importe... Les deux auteurs ont trouvé, me semble-t-il, une forme originale et tout à fait réussie pour mettre des mots sur la diversité du continent africain à travers plus de 100 courts essais et réflexions pleins d’humour et de perspicacité. Un livre souvent personnel et toujours éclairant sur l'Afrique dont la riche tradition n'est que partiellement connue du monde – et qui évolue à une vitesse impressionnante.
Hery | | | À: Taamaden · 16 mai 2026 à 12:40 Re: L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Message 4 de 8 · 177 affichages · Partager Bonjour,
Merci beaucoup pour cette suggestion de lecture, ça m'a donné envie de le commander !
Parmi les noms cités il y en a beaucoup que je ne connais pas.
Rokhaya Diallo est assez connue en France, pendant plusieurs années elle a participé à une émission le soir sur RTL, " On refait le monde ", où des journalistes et " intellectuels " commentaient l'actualité française et internationale, elle parlait souvent de son vécu aux États-Unis où elle passait une partie de l'année, elle était également très souvent invitée à la télévision pour débattre avec des interlocuteurs aux idées très différentes des siennes. | | | À: Sinforosa · 16 mai 2026 à 17:07 · Modifié le 16 mai 2026 à 17:49 Re: L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Message 5 de 8 · 166 affichages · Partager Madame, bonjour !
Merci pour la réponse !
À vrai dire, je ne connaissais pas cette personne, mis à part son nom de famille, Diallo ( Jalo en bambara/bamanankan), qui est très répandu en Afrique de l'Ouest et au-delà. C'est un nom peul : les Peuls ( Fula, Fulani, Pulo...) sont traditionnellement des éleveurs de bétail qui, bien qu'ils soient aujourd'hui majoritairement sédentaires, restent très mobiles. Leur langue, le fulfuldé ( Fulfulde, Fulani, Ful, Peul, Pulaar...), est aujourd’hui parlée dans une vingtaine de pays d’Afrique, grosso modo du Sénégal jusqu’au Soudan. Cela explique aussi la grande dispersion du nom Diallo. Bien sûr, ce nom s’est depuis longtemps répandu dans d’autres groupes ethniques ; ainsi, mon professeur bambara s’appelait lui aussi Diallo, bien qu’il était un homme Bambara (il est malheureusement décédé).
C'est peut-être un peu comme le nom de famille allemand Müller (qui se dit Muller en France, Miller en Grande-Bretagne etc.)...
Si cela vous intéresse, je me fais un plaisir de vous présenter cette entrée :
Diallo, Rokhaya
Il nous est plus facile de parler des heurs et malheurs des communautés afro-européennes hors d'Europe. La distance aiguise le regard et apaise le cœur. Nous avons eu le privilège de discuter longuement avec Rokhaya Diallo à Dallas, au Texas, à l'occasion du 38e congrès de l'African Literature Association (la plus vieille société savante sur les littératures africaines) qui s'y est tenu du 11 au 15 avril 2012. Notre discussion portait sur les contours de ce qu'on appelle outre-Atlantique la « France Noire » et que nous avons vu emerger ces dernières décennies. À mille lieues de la vedette pressée et fermée sur elle-même, créée de toutes pièces pour les besoins du milieu médiatique parisien, que certains universitaires craignaient de voir débouler dans les allées du grand hôtel Adolphus, nous avons rencontré une femme ouverte et souriante, malgré le décalage horaire. Elle a su faire preuve, au cours des quatre longues journées studieuse, de beaucoup d'humilité et de patience. Elle écoutait attentivement avant d'avancer un argument. Née le 10 avril 1978, dans le 4e arrondissement de Paris, de parents sénégalais et gambien, Rokhaya Diallo est une journaliste, productrice et activiste française qui s'est fait connaître pour son combat contre toutes les formes de racisme et de discrimination. Cette « Française sans commentaires », comme elle le dit souvent avec un petit sourire, est devenue la voix et le visage de cette France, longtemps ignorée et minorée par la classe politique. Les journalistes de Libération qui lui ont tiré le portrait en 2009 ont bien rencontrée la même Rokhaya Diallo présente à Dallas : «... Menue, elle a à la fois du charme et du chien. En jeans, sans talons, boucles d'oreilles, petite chemise près du corps, elle est féminine, mais sans ostentation. Avec ses cheveux ras, on ne voit que son visage d'ange. » À l'époque, elle était encore présidente de l'association « les Invisibles » qui décerne depuis quatre ans des palmes d'un genre, comment dire ? redoutable : « les Y'a Bon Awards ». Nos étudiants états-uniens ont partagé notre engouement pour ces distinctions consacrées aux « pire propos racistes » prononcées par des personnalités publiques telles que les trois gagnants de la 6e édition de 2015 : l'ancien leader du Front national Jean-Marie Le Pen, l'humoriste Dieudonné et le polémiste Alain Soral. La liste des gagnants intéressera autant les politologues que les psychiatres. Les Invisibles revivifièrent le débat citoyen en usant d'une arme bien française : le rire et la chanson. Leur but ? Rien de moins que « déconstruire, notamment grâce à l'humour et l'ironie, les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l'identité française des Français non-Blancs » comme le définit leur site.* Cet humour-là est bien plus efficace que le moralisme bien-pensant des organisations antiracistes à l'ancienne telle SOS-Racisme. Rokhaya Diallo va à la rencontre du public, sillonne la France et fait son métier de présentatrice ou de productrice avec talent et constance. Elle écrit aussi. Son dernier ouvrage, À Nous la France ! (Michel Lafon, 2012), est un constat clair, précis et didactique. En quatre chapitres, elle démystifie beaucoup d'idées reçus. Depuis une bonne décennie, notre Parisienne est montée en puissance. Son combat contre le racisme, le sexisme ou l'islamophobie est reconnu en France comme en Europe et aux États-Unis. Nouvelle bête noire des racistes qui la vilipendent sur les médias sociaux, le travail que Rokhaya Diallo s'éventure à fournir ― témoigner du déferlement de la violence raciste, xénophobe, homophobe ou islamophobe ― et à porter sur la place publique ne semble pas prendre fin. En redoublant d'efforts et de vigilance, Rokhaya Diallo exprime son espoir de voir son pays, la chère et douce France, aborder l'avenir avec énergie et sérénite.
* www.helloasso.com/...ons/les-indivisibles
p.105–107
Bon week-end, Hery | | | À: Taamaden · 16 mai 2026 à 18:48 Re: L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Message 6 de 8 · 151 affichages · Partager Rebonjour,
Effectivement, comme l'écrivent les auteurs du livre, Rokhaya Diallo est " la bête noire" des racistes qui l'accusent de wokisme, mais elle a du répondant et sait se défendre.
J'ai vu qu'il y a aussi une entrée " Cuba " et " Bahia ", je suppose que c'est pour la santeria, très présente à Cuba où à chaque Vierge et à chaque Saint catholique correspond un orisha, syncrétisme que l'on retrouve au Brésil avec le candomblé.
A Cachoeira, dans l'état de Bahia j'avais assisté à la fête de la Boa Morte, bel exemple de syncrétisme entre le catholicisme et le candomblé, ce sont des femmes descendantes d'esclaves qui mènent les processions et les danses rituelles, chaque année cette fête attire des groupes de femmes afro-américaines venues des USA pour y assister ; l'année où j'y étais le chanteur Carlinhos Brown était également présent parmi le public qui suivait la procession.
A Salvador da Bahia j'avais visité la "Casa do Benin " et j'avais appris que de nombreux descendants d'esclaves étaient retournés en Afrique, on les appelle " os retornados " au Brésil et " agoudas " en Afrique, notamment au Bénin où j'ai lu qu'on retrouve les origines brésiliennes dans certains noms de famille et dans certaines fêtes. Cette visite m'a donné envie de visiter le Bénin pour en savoir plus, cela fait un moment que j'y pense (j'attendais de voir ce qui allait se passer après les élections de cette année).
Encore merci pour vos messages très instructifs ! | | | À: Sinforosa · 17 mai 2026 à 13:34 Re: L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Message 7 de 8 · 132 affichages · Partager Bonjour !
Merci beaucoup pour ces récits évocateurs de vos expériences à Bahia, pour ce lien avec l' Afrique que l'on ressent à travers vos mots. J'ai presque l'impression que vous avez un peu anticipé Mabanckou/Waberi. Merci, merci !
Le fait que le duo d'auteurs ait justement inclus « Bahia » ainsi que « Cuba » (ou encore « Haïti » (« Nul besoin d'être grand voyageur pour souligner que Haïti est issu du ventre bouillant de l'Afrique. » p.173)), mais surtout « Bahia » (« Bahia est la perle du Brésil, et qui dit Bahia dit Afrique noire. La présence de l'Afrique y est dense. Nous parlons ici des centaines de millions de captifs transformés en esclaves, en choses. Des strates d'Afrique, sédimentées, agglomérées les unes aux autres. Des millions d'Ashanti, de Peuls, de Yoruba, d'Ibo, de Bakongo, d'Ovimbundu et d'autres groupes. Il nous a été donné de visiter nombre de pays et nous devons reconnaître qu'il n'est pas de région dans le Nouveau Monde où le mot Afrique résonne avec autant d'évidence que la baie de Salvador de Bahia. Avec évidence, mais aussi avec force et joie, comme certains on pu l'éprouver dans les romans de Jorge Amado, natif de Bahia, ou dans les photos de l'ethnologue Pierre Verger. » p.53 ou « Par une de ces ironies dont l'histoire a souvent le secret, la présence des esprits, des peuples et des totems africains est plus prégnante à Salvador de Bahia aujourd'hui la fameuse São Salvador de Bahia de Todos Os Santos, tel est son nom officiel puisque les Brésiliens ne lésinent pas sur les noms à rallonge ― qu'à Luanda ou à Cotonou, où les esprits vivent reclus, et délaissés, dans les arrière-cours poussiéreuses ou au fond de la brousse angolaise et béninoise. » p.54) dans leur sélection, témoigne de leur intelligence, mais aussi de leur clairvoyance vis-à-vis de l'immense complexe dit Afrique. Et cela montre aussi, à mon avis, que le livre repose sur une idée directrice, qu’il est donc bien plus qu’une simple compilation de noms, etc. Sur ce point, je suis tout à fait d'accord avec le journal Le Monde. L'exemple contraire est un autre dictionnaire, celui d' Hervé Bourges, Dictionnaire amoureux de l'Afrique , un recueil (je suis presque tenté de dire) aléatoire de noms surtout, mais pas de « Bahia », pas de « Cuba », pas d'« Haïti », pas de « Frantz Fanon »... Cela en dit long, du moins pour moi (sans dire, le livre de Bourges est loin d'être mauvais, non, pas du tout, mais n'arrive pas à la cheville de Mabanckou/Waberi, loin de là)...
Je vous souhaite aussi un beau dimanche, beau comme chez nous !
Hery | | | À: Taamaden · 17 mai 2026 à 15:12 · Modifié le 17 mai 2026 à 15:28 Re: L'Afrique: un coup de cœur pour un continent Message 8 de 8 · 125 affichages · Partager Bonjour,
Je ne sais plus dans quel musée brésilien j'avais lu cette phrase du Père jésuite Antonio Vieira " O Brasil tem seu corpo na América e sua alma na Africa " (le corps du Brésil est en Amérique et son âme est en Afrique) et c'est d'autant plus vrai à Bahia (population, fêtes, cuisine, etc...).
A Salvador da Bahia j'avais acheté des livres de photos de Pierre Verger (magnifiques photos en noir et blanc de la population, des cérémonies du candomblé, etc...) et un livre de recettes avec quelques unes de ses photos et des textes expliquant les mythes des orixas et les origines africaines de certains plats de Bahia comme l' acarajé qui était une offrande pour les orixas.
Sur YouTube j'avais vu des reportages du chef de cuisine Joao Diamante, il est de Salvador da Bahia est il est parti au Bénin pour découvrir les origines de la cuisine de Bahia, il y a retrouvé les origines de l' acarajé et de la feijoada, le plat national brésilien, il a aussi rencontré des habitants qui ont des noms de famille portugais, ce sont des petits reportages très intéressants (Joao Diamante, Origens - Um chef brasileiro no Benin, Youtube).
A la Casa do Benin de Salvador da Bahia j'avais assisté à une conférence sur les quilombos, des communautés formées par les esclaves en fuite dans des régions reculées, les descendants de ces esclaves y vivent toujours, ce sont des bourgs pauvres mais qui résistent.
Sinon, dans les musées brésiliens qui présentent souvent des expositions remarquables, le thème de l'esclavage et de la résistance des populations noires revient souvent.
En tout cas je vais acheter ce livre qui m'a l'air très intéressant ! | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 016 visiteurs en ligne depuis une heure! |