Salut Jean-François et Jean-Mi, je vous réponds à tous les deux en même temps.
Akasuna vient d'envoyer un post intéressant (à mon sens)
- comment se fait-il que tu aies envie de rester dans un pays aussi noir et dangereux, où malgré ton fusil à pompe tu risques ta peau à tout instant ?
Oh, c'est tout simple la réponse et on pourrait peut-être dire que ce qui se passe au
Paraguay et qui semble effrayer tout le monde n'est pas pire que ce qui se passe ici et là dans certains coins du
Mexique en passant par l'
Amérique centrale. Il faut l'appliquer à tous les pays dont la police est corrompue jusqu'à la moelle
Je ne risque pas ma peau à tout instant fort heureusement, c'est ton impression, car ça bouscule nos habitudes d'Européens qui à force d'être sécurisés, encadrés depuis plus de 60 ans de paix commencent à avoir peur de leur ombre. Enfin, je n'ai pas l'impression de risquer ma peau au quotidien, car sinon et comme tu le dis je serais rentré depuis longtemps et ne n'y ferais pas venir mes enfants.
C'est un peu curieux ce que je vais dire, mais le fait d'avoir un petit arrière-goût d'insécurité m'a fait redécouvrir la valeur de la vie et je me suis rendu compte qu'en
France, je ne vivais pas au sens propre du terme, complètement embarqué dans le tourbillon du boulot. Tu sais, ça fait un peu comme quand tu sors d'un examen médical où tu t'es fait une vieille frayeur et où tu apprends que tu n'as rien, tout ce qui te semblait être une montagne, tout à coup perd une dimension dérisoire... D'ou l'expression bien réelle " les événements et les choses n'ont de valeur que celle qu'on leur donne"... à méditer ? Ici, je vis tout court !
Tout simplement j'applique les mêmes règles de sécurité que si j'habitais
Marseille, Saint-Denis ou Stains, mais en pire. Car dans ces trois villes, il y a aussi des endroits où je n'irais pas me balader seul la nuit.
Mais la vie c'est comme ça, les touristes qui ne vont pas prendre des risques proportionnellement beaucoup moins élevés en
France, curieusement ne vont pas hésiter à les prendre dans des pays comme l'
Amérique du Sud sans se poser de question... Inconscience, effet vacances-découverte ?
- Comment se fait-il qu'autant de voyageurs (tous ne se limitent pas aux "incontournables") réussissent à rentrer de l'Amérique latine sans problème majeur ?
Parce que la majeure partie d'entre eux restent dans les circuits touristiques, et ceux qui ne se limitent pas aux incontournables voyagent quasiment tous avec le guide du routard ou le petit futé à la main. Ils ne s'aventurent donc pas dans les zones à risques, car ces endroits sont y bien indiqués, sur des informations de gens comme nous.
Après, c'est tout simplement un problème de fréquence, de malchance et de probabilité.
Je me rappelle qu'à l'époque où tous les babas-cools allaient à
Katmandou, la majeure partie sont arrivés et revenus sains et saufs... Mais combien de jeunes couples se sont fait trucider en cours de route pour ne pas avoir écouté les mises en garde de leurs rabats-joie de parents.
Ce sont justement ces jeunes qui partent sac au dos et auxquels il n'est rien arrivé qui sont dangereux pour les autres en en dédramatisant les contextes à leur retour.
- Le cas des deux malheureuses jeunes femmes de San Lorenzo a certes été extrêmement médiatisé, mais il est statistiquement insignifiant au regard des millions de personnes qui voyagent chaque année en Amérique latine (4,8 millions de visiteurs étrangers en 2007 rien que pour l'
Argentine).
Faux ! ce cas a été médiatisé, je ne sais pas pourquoi. Mais rien qu'en 2010, deux Français, un couple de Belges, une Belge seule et un Allemand se sont fait assassiner par des voleurs dans mon petit village d'
Aregua et aux alentours. Ca n'a pas fait une ligne dans les journaux étrangers. Evidemment, les ambassades ne vont pas s'en vanter, ils ont des quotas, comme les flics pour les contraventions.
La Belge, je m'en rappelle, un gars l'a braquée à Luque avec un révolver pour lui piquer son sac. Elle le lui a donné mais en résistant, 1ere erreur ! mais le jeune voleur a eu le dessus et il est parti avec son sac sans rien lui faire. Mais ensuite le voleur l'a doublée...en vélo ! je sais c'est cocasse, tu vois un peu le super-voleur se tirer sur sa bicyclette en pédalant comme un malade... Au lieu de se dire "chouette, je suis encore en vie, je le laisse partir" elle n'a rien de trouvé de mieux que de lui courir après en criant "au voleur". Le gars l'a abattue à bout portant.
Et je ne parle pas de ce qui se passe près de la frontière bolivienne (zone à très haut risque) ainsi qu'à Cuidad Del Este, ce sont des zones dans lesquelles je fais comme le dit JC Chegringo : je respecte les règles et surtout, je ne pose aucune question !
A cuidad Del Este, il y a la zone franche que tout le monde connaît (j'imagine toi aussi Jean-Mi) dans laquelle tu peux acheter la dernière contrefaçon de l'iPad une kalachnikov ou un char d'assaut. Amuse-toi à poser la moindre question indiscrète, tu vas voir ce qui va t'arriver, et personne ne t'en posera de questions à toi !
Ensuite et si on parle de proportions et pourcentages il y a 4000 soldats Français en Afghanistan et 74 morts en dix ans soit 7 par an sur 4000. En appliquant un coefficient facteur risque, tu verras qu'il est presque plus risqué de vivre ici à l'année que d'aller faire la guerre en Afghanistan ; CQFD. Mais tu verras aussi que si tu es commercial dans une entreprise française et que tu es sur la route tous les jours, tu as beaucoup plus de risques de mourir d'un accident de la route en
France ou en
Belgique que de vivre dans le Far West paraguayen. Donc les statistiques et les chiffres, on peut leur en faire dire des choses...
Donc et pour résumer, je ne pense pas que le
Paraguay soit bien pire que d'autres pays, simplement vous en savez un peu plus que sur les autres, car j'y vis et que je vous raconte les aventures de Tintin au
Paraguay. Mais si demain un correspondant se met à faire la même chose au
Venezuela, vous n'aurez plus envie d'y aller non plus ! Donc c'est un faux problème, car "savoir" ne change rien au fonctionnement profond des pays.
Il faut enlever le bandeau qu'on a sur les yeux pour voir les choses et les gens comme ils sont, quand on connaît le danger on peut s'en prévenir.
Tout le monde peut venir en toute tranquillité, à condition de respecter les consignes de sécurité et de ne pas poser de questions indiscrètes, et sans oublier son Routard ou son Petit Futé (je ne corresponds dans et avec aucun des deux)
On vit une époque formidable !