Bonjour Fred,
Ton message fait écho avec une citation que j'ai découverte hier :
"les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde" (Ludwig Wittgenstein).
Je trouve que ça illustre bien ce qu'on vit au retour d'un voyage qui nous a enrichi de partages, découvertes, rencontres, bref... enrichi de nombreuses émotions.
On ne parle plus tout-à-fait le même langage que celui des proches qui n'ont pas bougé. Comment se comprendre ?
"Ils" écoutent une fois notre récit, quelques anecdotes, comme on regarde une fois des photos de vacances qu'on classe vite sur une étagère, et qu'on oublie. Sauf qu'un tour du monde, un long voyage, ça se range pas sur une étagère... ça change le cours d'une vie, ça change irrémédiablement le rapport à la vie, aux choses, aux gens.
Et c'est une fibre qui reste étrangère à ceux qui ne l'ont pas vécue. On ne parle pas le même langage. Au mieux on déroute, souvent on lasse, au pire on fait peur : ça met l'autre en question dans ce qu'il est, ce qu'il a, dans ces certitudes.
Peut-être faut-il aller vers ceux qui connaissent l'ailleurs. Vers d'autres voyageurs, ou des futurs voyageurs en quête de rudiments de ce langage. Et aussi vers des personnes qui vivent aujourd'hui près de nous et qui viennent d'ailleurs.
Pourquoi pas vers les réfugiés qui cherchent ici un accueil, une attention, des échanges, du partage, dans un langage dont nous avons justement les bases.
Il y a aussi la mobilité professionnelle (nationale, à défaut d'internationale). Ça permet de changer d'environnement, même si on ne change pas de culture ni d'organisation sociétale.
Jusqu'au prochain vrai voyage, qu'il est d'ailleurs presque vital d'avoir comme projet sous le coude.
En fait, il faut se trouver les moyens de continuer le voyage ici. Parce que le ranger sur les étagères, c'est abandonner ce qui nous a enrichi. C'est pas entendable. ça fout le blues....
Cordialement
Murielle