Salut Pierre, salut Michel,
J'espère vraiment ne pas vous avoir choqués. Je sais qu'en
France c'est souvent mal vu de parler de race, alors que chez nous c'est naturel. La première chose qu'on fait pour décrire quelqu'un c'est donner la couleur de sa peau.
Imagine ma détresse quand j'ai fait mes études à
Paris, dans une école de commerce ou nous étions seulement 3 noirs dans une promotion de 280 élèves, et qu'on me demandait de décrire un de mes camarades blancs!!!!! C'est la-bas que j'ai appris qu'il fallait faire attention à la couleur des yeux, des cheveux, savoir si la personne a la peau mat ou laiteuse.....
Bref, j'ai vécu de grands moments de solitude, d'autant qu'avec mon accent martiniquais à couper au couteau, je devais sans arrêt répéter tout ce que je disais pour me faire comprendre. Imagine: j'étais dans une classe de 50 élèves et j'étais la seule noire. Et avec les profs? j'ai posé une question une fois à un de nos nouveaux profs au 2ème semestre, il m'a regardé comme si je lui avais parlé en chinois. Mes camarades qui avaient fini par s'habituer à mon accent, ont traduit en français compréhensible pour lui.
Et pourtant, au bout d'un moment, je croyais avoir pris l'accent des autres: je m'étais mise à broder.
Mais j'ai aussi découvert des camarades blancs dont les parents n'étaient pas que militaires, gendarmes ou hauts fonctionnaires, et qui avait une mentalité normale, et qui étaient vraiment sympas.
Mon mari est métis: son père est un noir à la peau bien noire de
Martinique, et sa mère est bretonne, donc blanche, une femme adorable.
Ma mère est une mulâtresse (femme de race noire à la peau blanche, aux longs cheveux plats), donc qui a beaucoup d'ancêtres blancs, mon père a des ascendants nègres, blancs et indien des caraïbes, et il a la peau très noire, mais les cheveux frisés, pas crépus.
Tous les 2, mon mari et moi, nous avons la peau marron clair. Moi j'ai les cheveux mi-longs qui frisent beaucoup, de vrais élastiques. Mon mari a les cheveux crépus, et les gens sont toujours surpris quand il leur présente sa mère blanche.
Voilà. Nous sommes une famille très mélangée, une illustration de la société martiniquaise.
J'espère vous avoir un peu aidé à me comprendre.