Jour 6 – Escale à Rome
Le bateau arrive au port de
Civitavecchia, à 80 km de
Rome. C’est le principal inconvénient de l’escale, la ville de
Civitavecchia offrant relativement peu d’attraits.
Pour se rendre à
Rome, plusieurs solutions :
- Le transport en bus depuis le bateau via une excursion officielle (l’excursion « Rome en liberté » à 49 euros par personne est en fait un simple transfert aller/retour).
- Le train (j’y reviendrai plus loin).
- Le transport en bus ou en minibus via un opérateur privé (Civitatour et autres taxis ou tours opérateurs présents à la sortie du port ou réservables à l’avance sur Internet, soit en visite guidée, soit en simple transfert aller/retour). Pour cette croisière il y a eu à peu près tous les cas de figure, pour plus de détails : le plus simple est d’aller faire un tour sur le sujet ouvert sur le forum pour la prépa de la croisière du 27 janvier : voyageforum.com/...nvier_2013_D5688922/
).
Dans tous les cas il faut compter entre 1h00 et 1h30 de route, en conservant une marge de sécurité (les retards, les bouchons et les ralentissements étant fréquents à
Rome).
Pour un « tous à bord » fixé à 19 heures, avec le temps de débarquement, de transport aller/retour et cette fameuse marge de sécurité, ça laisse moins de 5 heures sur place, ce n’est pas énorme.
Monsieur Glacerine et moi-même ne sommes pas très fans des voyages en bus. Notre choix s’est donc porté assez naturellement sur le train.
Les trains régionaux relient
Rome en environ 1h10 à 1h30 selon les arrêts ; ce sont des trains de banlieue façon RER. L’aller-retour coûte 10 euros par personne (12 euros si on prend un billet BIRG couplé avec l’accès au métro), les départs ont lieu toutes les heures environ, un peu plus en période de pointe. Les mentions sur le forum à des retards de trains sont fréquentes, et nombreux sont ceux qui ont dû voyager debout durant tout le trajet.
J’avais donc creusé la piste du train rapide sur le site internet de Trenitalia. Les trains rapides sont d’ailleurs les seuls qu’on puisse réserver à l’avance. Le trajet s’effectue en 45 minutes. Le train part plus tard le matin (11h07), mais comme il est plus rapide, le temps de visite sur place est le même. Le confort et la place assise sont garantis. Le billet est deux fois plus cher que le billet en train de banlieue (18 euros aller/retour par personne), mais moins cher malgré tout que les autres solutions en bus... Ça paraissait être un assez bon plan.
La réservation sur le site de Trenitalia (tout se fait en anglais) est assez simple, mais bizarrement la validation n’est pas évidente et m’a demandé de m’y reprendre à plusieurs fois. Mais je finis par recevoir mon billet, et ce vendredi 1er février je pars confiante.
Nous quittons le Splendida à 9h30. Après avoir attendu 20 minutes aux pieds du bateau, nous montons enfin dans la navette gratuite qui nous conduira en quelques minutes jusqu’à la sortie du port. Il est possible de réaliser le trajet à pieds, mais il doit bien y avoir 1,5 ou 2 km à parcourir (détail qui aura son importance lors de notre retour...).
La navette nous dépose aux pieds du fort situé à l’entrée du port. Nous suivons le bord de mer sur notre droite jusqu’à la gare ferroviaire, le trajet ne dure pas plus de 10 minutes à pieds.
En chemin nous croisons un couple géant enlacé dans un tendre baiser. J’aime beaucoup, l’effet est réussi. Puisque nous avons le temps, nous nous promenons le long de la plage de galets et nous parcourons la passerelle jetée sur la mer. La ville est agréablement entretenue, même si elle n’a rien de vraiment extraordinaire. En ce vendredi 1er février, le ciel est clair mais le vent s’est levé, rafraîchissant quelque peu la température. Hier à
Palerme il faisait chaud, mais ce matin nous sommes heureux d’avoir pris nos écharpes et nos bonnets.
À 10h30 nous sommes à la gare, largement en avance pour notre train prévu à 11h07. Cela nous permet d’observer les départs et les arrivées. Les retards sont assez nombreux, allant de 10 à 40 minutes.
Nos voisins de table, qui ont débarqué vers 9h20 et qui ont dû faire la queue au guichet, ont loupé le train de 10h02 (qui devait arriver à
Rome vers 11h23). À cause des retards, le train régional de 10h41 ne partira finalement que vers 11h10. Ils arriveront à
Rome vers 12h10, après un trajet où ils seront restés debout serrés comme des sardines.
Notre train de 11h07 part également avec 10 minutes de retard. Le train rapide est une sorte d’hybride entre le Corail Intercités et le TGV. Les wagons sont déserts et les sièges sont confortables ; pour le moment je n’ai pas de raison de regretter notre choix. Nous arrivons à midi en gare Termini de
Rome.
Avant de partir j’avais pris soin de me procurer des plans de chaque ville pour repérer les parcours. En sortant de la gare, nous nous dirigeons vers la Basilica Santa Maria Maggiore (Basilique Sainte Marie Majeure). Propriété du
Vatican, c’est une des quatre basiliques les plus importantes de
Rome. Nous arrivons par l’arrière : l’extérieur est monumental et laisse présager de vastes volumes intérieurs. Il faut contourner l’édifice pour accéder à la façade et à l’entrée avec son campanile.
L’intérieur est de dimensions impressionnantes. L’espace totalement nu accentue encore la sensation de volume. Les dorures du plafond cloisonné sont remarquables... Dans le fond, passant presque inaperçu dans une nef sur le côté, un office religieux est en cours. Dans l’allée centrale sont alignées les guérites des confessionnaux étiquetés par langue. Un prêtre, certainement de garde, attend patiemment dans le petit confessionnal italien en parcourant sa bible.
C’est au fond de la basilique qu’on en apprécie toute la beauté. Un magnifique baldaquin est érigé au-dessus d’un autel étonnamment situé en contrebas, en face duquel est érigée une immense statue (d’un ancien pape ?) en prière.
En ressortant nous nous orientons vers le sud-est, en direction des termes du Traiano dont nous traversons le parc. Honnêtement, ce petit détour n’apporte pas grand-chose.
Nous arrivons au
Colisée par les hauteurs, ce qui nous permet d’en apprécier les différents angles. Il y a peu de monde aux guichets, mais il semblerait que ça dépende fortement des cars de tourisme qui déversent régulièrement leurs flots de passagers. Mais nous n’avons pas suffisamment de temps pour visiter l’intérieur.
Nous descendons la Via Imperiali en longeant les ruines du forum, légèrement en contrebas, pour arriver à l’imposant monument au roi Victor Emmanuel II (le Vittoriano). En marbre de Breccia d'un blanc éclatant, l’édifice, qui ressemble vaguement à un gâteau de mariage meringué, est de taille impressionnante. Sur la place nous retrouvons Babytoum et sa famille, qui font une pause sandwich sur un banc en profitant du soleil.
Ne sachant pas si nous aurons le temps d’aller jusqu’au
Panthéon, nous continuons sur la Via Del Corso jusqu’à la Piazza Colonna. Nous passons devant la galleria Doria-Pamphilj. Derrière la majestueuse façade noircie par le temps, nous pouvons deviner des structures de toute beauté. Il paraît que cet ancien palais abrite un des plus riches musées privés de
Rome. Je note l’adresse, si nous avons la possibilité de revenir, c’est sûrement un endroit à ne pas manquer.
Un peu avant la Piazza Colonna, sur la gauche se trouve une petite place charmante, la Piazza St Ignazio, du nom de l’église du même nom. En face de l’église se trouve le siège des carabiniers, dans l’entrée duquel il faut se poster pour prendre des photos avec suffisamment de recul. Monsieur Glacerie surveille ses arrières, il n’a pas envie de terminer au poste

! Par curiosité, nous entrons dans l’église. Bien que plongée dans l’obscurité, elle est assez belle, mais ce n’est pas la plus jolie de toutes celles que nous avons pu voir en
Italie.
Mais il faut dire que là-bas, on en prend vraiment plein les yeux. Même lorsqu’on n’est pas féru d’architecture religieuse, lors des escales à
Palerme,
Rome et
Gênes, je pense qu’il serait vraiment dommage de ne pas entrer dans quelques églises, et le moins qu’on puisse dire... là-bas ce n’est pas ce qui manque ! Les intérieurs richement décorés sont souvent exceptionnels, superbement ouvragés, emplis de marbres, de stucs, de bois sculptés et de dorures.
Au niveau de la Piazza Colonna (avec sa colonne – logique – complètement sculptée), nous bifurquons à droite en direction de la
fontaine de Trevi. En chemin nous cherchons un café : nous ressentons le besoin d’une pause technique... Mais les prix sont élevés...
Nous commençons par tenter notre chance au Mac Do du quartier, en reconnaissant malgré tout qu'il est dommage de venir jusqu’à
Rome pour s’arrêter dans un fast food. Après avoir simplement pris une boisson pour la forme, nous montons à l’étage... La gigantesque file d’attente devant les toilettes (un seul WC, une cinquantaine de femmes à attendre devant) nous confirme que l’option n’était pas la bonne. Cela dit, la terrasse sur le toit est très agréable, bien que prise d’assaut.
Après avoir un peu expédié notre soda, nous nous arrêtons un peu plus loin, dans un vrai café cette fois. Comme à notre habitude en excursion, nous n’avons pas déjeuné à midi (nous compensons toujours par un petit déjeuner bien solide). Par contre lors des pauses café, nous aimons goûter aux desserts locaux. Nous nous laissons tenter par deux capuccino et par une part de Tiramisu. Hmmmm... Un pur délice... Habituellement je ne supporte que le café noir, et je ne suis pas très gourmande de desserts, mais là.... je m’en lèche encore les babines...
Par contre, au niveau de la facture c’est franchement sucré/salé. 4 euros chaque café, 7 euros la part de gâteau. Monsieur Glacerine manque presque de s’étrangler en grognant sur les tarifs à
Rome. Je lui rappelle que nous ne visitons que des quartiers très touristiques, la règle est la même dans tous les pays. Pour ceux qui ont déjà fait une pause à proximité du Sacré Cœur (ça nous est arrivé), leur portefeuille doit encore s’en souvenir.
Nous débouchons sur la
fontaine de Trevi. C’est un des passages obligés de
Rome, et on comprend facilement pourquoi. L’édifice est réellement impressionnant. La fontaine monumentale est nichée dans une petite place envahie par une foule dense de touristes.
Nous repartons vers la
Piazza di Spagna, très jolie place touristique avec ses rues commerçantes. Nous grimpons la longue volée de marches (ouf !) pour admirer le panorama depuis l’église française de la Trinité des Monts. Joli point de vue.
Remontant vers la gare par la Via Sistini, nous passons par la place Barberini. Monsieur Glacerine s’arrête pour une deuxième pause café. Nous sommes un peu plus éloignés des lieux touristiques et la place n’offre pas grand intérêt... Pourtant le café americano est encore à 2,50 euros. Sachant que l’expresso est à 1,50 euros et que le café americano n’est qu’un café allongé, j’en déduis que l’eau chaude est une denrée rare en
Italie !

Pour rentrer vers la gare nous grimpons la Via Berberini jusqu’à la Piazza San Bernardo. Sur cette petite place se trouvent plusieurs églises, ainsi qu’une fontaine qui se trouve être le terminus d’un acqueduc du 16ème siècle. Nous visitons la Chiesa Santa Maria Della Vittoria, l’église située de manière légèrement excentrée par rapport à la place, et dont l’entrée se situe en haut d’une petite volée de marches. Emplie d’ors et de marbres, l’église Santa Maria Della Vittoria est considérée comme l'un des édifices baroques les plus aboutis de
Rome. Comme toutes les autres, l’église est très belle, mais je la trouve un peu sombre et presque trop chargée. Je crois que je préfère les églises de
Palerme et celles de
Gênes, tout aussi belles et souvent même encore plus travaillées, plus lumineuses, plus aériennes.
Nous arrivons à la place de la République, une des places les plus imposantes de
Rome avec ses grands palais néo-classiques construits en hémicycle du 19ème siècle. Au centre se trouve la grande fontaine des Naïades, représentant un dieu marin saisissant un dauphin.
Les feux de signalisation et les passages piétons sécurisés sont relativement peu nombreux à
Rome. Pour traverser, nous avons souvent dû nous lancer en forçant le passage au milieu d’un flot parfois dense de voitures. La place de la République n’échappe pas à la règle, c’est même l’une des plus dangereuses que nous ayons eu à traverser lors de notre visite.
Sur le plan, j’avise que la place accueille également une basilique, ce qui me surprend car je ne vois rien de tel autour de nous : en tout cas rien qui ressemble aux églises et basiliques que nous avons croisées jusqu’ici. En fait, la Basilica di Santa Maria degli Angeli (Sainte Marie des Anges) est édifiée dans le hall central des
thermes de Dioclétien.
Bravant la circulation pour traverser la place, nous pénétrons dans la basilique, dont la petite façade nous intrigue.
L’extérieur ne paie pas de mine et paraît minuscule, mais à l’intérieur, wahoooo... c’est immense, je n’en crois pas mes yeux. Le transept approche les 100 mètres de longueur, 27 mètres de largeur et 28 mètres de hauteur. Ça vaut le détour. Bien que datant du 16ème siècle (c'est Michelange qui fut en charge de concevoir cette conversion en 1561), son architecture est étonnamment contemporaine.
Nous sommes de retour à la gare Termini à 16h30. Nous avons bien marché. Près de la gare, une statue avec la silhouette caractéristique de Jean-Paul II, édifiée à l’occasion de sa béatification, salue la fin de notre court périple au sein de
Rome la catholique.
Notre train rapide repart de
Rome à 17h11 pour une arrivée prévue à
Civitavecchia à 17h56, le « tous à bord » étant prévu à 19h00. Nous sommes en avance et nous avons de la marge. J’en profite pour visiter les toilettes, 1 euro par personne (hommes ou femmes même tarif), l’entrée se fait par une barrière automatique qui ne rend pas la monnaie. Et nous n’avons qu’une pièce de 1 euro... Monsieur Glacerine se dévoue pour me laisser passer. Il se dit qu’il pourra toujours utiliser plus tard les toilettes du train rapide.
Jusqu’ici je suis sereine : si un problème devait être annoncé avec notre train rapide, il reste la possibilité des trains régionaux : un à 17h04 pour une arrivée à 18h11, et un autre à 17h12 pour une arrivée à 18h30.
Sauf que rien ne va se passer comme prévu.
D’abord, la gare Termini est absolument mal fichue. Tout est très mal indiqué, et de toute manière les indications ne sont pas fiables. Il est préférable de manier un peu l’italien. Au retour, plusieurs personnes nous indiqueront que leur train régional, affiché à une voie, est parti d’une voie différente. Seules les annonces micro en italien leur ont permis de retrouver le bon quai. Et ce n’est pas un cas isolé, car les personnes en question ont voyagé sur des trains différents...
Une foule compacte se masse dans les halls. Rien ne semble prévu pour s’assoir : ni siège, ni banc, rien... Le temps passe, les trains sont affichés les uns après les autres, beaucoup avec des retards annoncés successifs. Des trains affichés comme étant en partance sur les quais ne partent pas : 15 minutes après leur départ annoncé ils sont toujours là.
Malgré tout, même si elles sont mal indiquées, les voies sont tout de même affichées... sauf pour notre train. Je n’aime pas ça.
Nous voyant hésiter, un employé de la gare, bardé de fiches et de classeurs, nous accoste pour nous demander si nous avons besoin d’aide. Il parle un peu français : je lui montre mon billet, et il nous indique une voie. Super ! Sauf qu’une fois sur place, la voie est celle d’un train régional circulant dans une autre direction... Tout dans cette gare n’est que désinformation et désorganisation. Nous sollicitons d’autres employés, mais ils ne parlent ni français, ni anglais. Le temps passe et nous ne trouvons pas non plus nos trains régionaux de secours.
Finalement notre train rapide est affiché avec 10 minutes de retard, mais aucune voie ne semble lui avoir été affectée. Puis un nouveau retard de 15 minutes. Puis encore 10 minutes, et toujours aucune voie n'est affichée. La gare Termini étant le point de départ du train, le fait qu’il ne soit pas installé n’est pas du tout bon signe.
Il est 17h30, je deviens un peu nerveuse. Avec la circulation il faut compter 1h30 de route en voiture... Si nous devons prendre un taxi pour rentrer, c’est le moment de s’en préoccuper...
Nous allons interroger les taxis devant la gare. Combien pour aller à
Civitavecchia ? La réponse nous fait suffoquer : 130 euros minimum, non négociable... Nous avions emporté une somme assez confortable, que nous n’avons (heureusement !) quasiment pas dépensée. Mais ce n’est pas suffisant. Nous n’avons que 100 euros en poche et un peu de monnaie. Aucun taxi ne veut nous prendre en charge.
Sur les escales il est conseillé de n’emporter que le strict minimum : la carte du bateau, une photocopie de sa carte d’identité, laisser la carte bleue au coffre de la cabine, emporter de l’argent en espèces, réparties dans plusieurs poches non accessibles et zippées. Nous avons respecté cette règle à la lettre. Mon sac à main, que je porte en bandoulière, est avant tout un leurre, il ne contient que des objets sans importance.
Ces mesures de prudence sont complètement justifiées sur les escales où on accoste directement en ville. L’an dernier à
Sidi Bou Saïd, un homme avait tenté de me voler mon sac, et ça aurait pu arriver à n’importe quelle escale.
Mais à
Rome... Nous voilà coincés à 80 km du bateau, sans papiers, sans carte bleue, et pour couronner le tout : nous n’avons même pas de téléphone... À vouloir être trop prudents nous avons pris des risques insensés.
Nous revenons dans la gare. La situation devient tendue : le train est annoncé avec de nouveaux retards successifs. Impossible d’avoir le moindre renseignement. Le contrôleur que nous accostons fuit les voyageurs en se cachant derrière son téléphone.
Il est 17h50. Selon les dernières indications (ça change toutes les 5 minutes pour empirer toujours davantage), le train ne partira pas avant 18h15. Et il n’est toujours pas à quai, aucune voie n’est affichée. Ce n’est plus tenable... Il faut prendre une décision.
Nous retournons voir les taxis et nous vidons nos poches devant eux. Avec la petite monnaie, nous arrivons à un total d’un peu moins 110 euros. Les chauffeurs refusent toujours catégoriquement de nous prendre en charge ; je n’en suis pas sûre, mais je crois bien qu'ils nous font la morale.
Un vieux chauffeur de taxi finit par nous prendre en pitié. Il rafle toute notre monnaie, jusqu’aux pièces de 5 centimes, et nous fait signe de le suivre. Ses collègues protestent énergiquement, se moquent de lui et le sermonnent longuement. Mais pour nous tout ce qui compte, c’est qu’il accepte de nous emmener.
Notre chauffeur ne parle pas français, pas même un mot d’anglais. Je tente d’échanger avec lui à plusieurs reprises, mais la barrière de la langue est trop forte. Notre chauffeur n’a pas encore compris dans quelle situation nous sommes ; il sait seulement qu’il doit nous conduire à
Civitavecchia. Il roule tranquillement, et moi je perds tout espoir de rentrer à temps.
Notre chauffeur s’arrête dans
Rome pour parler à un autre taxi. Il a perçu notre tension, et il demande à son collègue de jouer les interprètes. L’homme parle un peu anglais, j’arrive à lui expliquer notre situation. L’autre me répond que nous avons une petite chance d’arriver à temps, mais que ça va être très difficile : la circulation à
Rome est souvent compliquée et nous sommes en heure de pointe.
Mais notre chauffeur a enfin compris que nous sommes vraiment Très pressés, et il met la gomme, circulant entre les voies, doublant les véhicules qui sont devant, allant même jusqu’à griller quelques feux rouges. Je me dis que dans notre malheur, nous avons eu la chance de tomber sur un taxi sympa. La nuit est tombée, et nous traversons la ville illuminée. Monsieur Glacerine me touche gentiment le bras pour me montrer quelques monuments que nous avons visités dans la journée, mais je reste silencieuse. Je n’ai pas vraiment la tête à ça. Dans la voiture, l’ambiance est tendue et les échanges plutôt brefs.
Nous atteignons le périphérique et l’autoroute. Nous avons une chance phénoménale, malgré l’heure de pointe la circulation reste fluide. Aucun bouchon, pas même un ralentissement. Je commence à respirer un peu, et je retrouve l’espoir de rejoindre le bateau avant son départ. Malgré des limitations à 110, notre taxi fait quelques pointes à 130. Il a vraiment à cœur de nous ramener à bon port.
Aux péages, nous perdons du temps. Le taxi paie avec les pièces que nous lui avons données. Il n’a pas l’air d’être très habitué : à chaque fois il est coincé avec sa portière, et il doit descendre de voiture pour récupérer sa monnaie.
Arrivé à
Civitavecchia, il cherche son chemin. À un feu rouge il descend de voiture pour se renseigner auprès de l’automobiliste qui nous précède. Nous restons calmes, mais ça n’est pas fait pour nous rassurer. Du coup, je surveille attentivement la route et les panneaux. À un croisement, il hésite et s’engage pour reprendre la voie rapide. Mais j’ai vu des panneaux indiquant le port : je lui fais signe énergiquement de tourner à gauche, coupant ainsi la file de voitures. Les automobilistes protestent en klaxonnant copieusement.
Nous reconnaissons la gare... Je continue à lui indiquer la route du bras. Enfin, nous arrivons à l’entrée du port. Notre chauffeur nous dépose en nous serrant chaleureusement la main et nous souhaitant (je crois) un bon retour.
Il est un peu plus de 19 heures. Jusqu’ici nous avons eu une chance de tous les diables. Mais tout à coup un doute affreux nous assaille : 19 heures était-elle l’heure du tous à bord... ou du départ ?
Il fait nuit, le port est désert. Évidemment plus de navette. Nous apercevons le bateau tout illuminé, à 1,5 km ou 2 de là. Nous nous mettons à courir à petites foulées. 200 mètres, 300 mètres, 500 mètres... Nous courons toujours, un peu stressés. Le bateau ne semble heureusement pas bouger... mais pas se rapprocher non plus...
Un bruit de moteur retentit derrière nous. Tout en continuant à courir, Monsieur Glacerine tend le pouce pour être pris en stop. La voiture s’arrête. Il doit s’agir de deux hommes travaillant sur le port ; ils ne parlent pas français ni anglais, mais manifestement notre allure les amuse beaucoup. Ils nous font signe de monter : ils ont dû deviner que nous étions deux passagers égarés. Arrivés au Splendida, je leur fais signe de s’arrêter. Nous arrivons au portique d’embarquement, passablement essoufflés.
Nous passons le portique à 19h15. Inutile de dire à quel point nous sommes heureux de retrouver les ascenseurs... et notre cabine !
Le retour nous a coûté cher, sans parler du stress ; mais nous sommes tellement soulagés d’être rentrés que ça n’a même plus d’importance... Dans nos aléas et notre folle imprudence, nous avons eu une chance extraordinaire. D’abord d’avoir emporté une somme confortable avec nous. Ensuite de n’avoir quasiment rien dépensé, n’ayant pas fait le shopping prévu à
Rome. Puis de trouver un chauffeur de taxi sympathique et compréhensif. Ensuite de n’avoir rencontré aucun bouchon ni ralentissement. Enfin d’avoir été pris en charge par les employés du port. Nous avons parfaitement conscience que notre petite virée aurait pu se terminer de manière beaucoup plus inconfortable.
Le temps de reprendre notre souffle, de nous rafraîchir et de nous changer, il est près de 20 heures. Trop tard pensons-nous pour le spectacle, qui démarre habituellement à 19h15. Inutile de se presser...
Nous descendons au pont 7 pour prendre un verre avant le dîner. Nous avons besoin de nous remettre de nos émotions... Finalement, les navettes MSC ont aussi du retard, et le bateau ne démarre qu’à 20h15.
Mais en ce qui nous concerne : le train à
Rome, c’est terminé. Trop aléatoire, trop peu fiable. Je sais bien que beaucoup sont allés à
Rome en train sans véritable problème, mais le risque est tout de même bien réel. L’hôtesse italienne de la réception du Splendida, avec laquelle Monsieur Glacerine va discuter, nous répond que dans son pays les retards et les annulations de trains sont affaire courante. La prochaine fois, soit nous prendrons une navette officielle MSC (comme ça on est sûr que le bateau ne part pas sans nous), soit une navette privée avec départ assuré.
Puis nous nous rendons au restaurant. Au niveau de la boutique photos nous croisons Babytoum et sa famille. Nous croyons être en retard, et nous nous pressons sans comprendre ce que son mari nous dit sur les horaires. Ce n’est qu’arrivés au restaurant que nous comprenons que tous les horaires ont été retardés d’1/2 heure pour l’escale de
Rome. Le spectacle était à 20h00 et nous aurions pu y assister, mais faute d’avoir surveillé suffisamment le journal de bord... nous l’avons loupé. Et nous aurions eu le temps d’inviter Babytoum à boire un verre, c’est dommage.
Après le repas, nous rentrons directement à la cabine sans passer par la discothèque et par les salons. Les autres soirs les pistes étaient squattées par de la danse en ligne. Nous ne nous faisons aucune illusion, nous n’allons même pas voir... Finalement nos voisins de table nous diront le lendemain que ce fut la seule soirée où les gens ont réussi à danser librement. Arf... Il y a des jours comme ça ! Ce n’était manifestement pas notre soirée...