Excuse moi, j'ai tardé un peu à cause des étuis à téléphones portables paraguayens (modèle balcon) avec Jean-Claude-chegringo et Mathews.
Et puis ma réponse est longue, il faut le temps de l'écrire, je tape à deux doigts...
J'ai bien peur que Nathalie ait un beaucoup raison, mais avec ta question on pourrait lancer une discussion à part entière et qui tournerait très vite au débat passionnel
« Les vraies raisons qui nous poussent à quitter notre pays d'origine », mais un tel débat aurait plus sa place sur les forums de psy que dans un site de voyage comme celui-ci
Car tu imagines un peu l'étendue du sujet ?
Vois-tu cher Franco-doudou, au risque de te décevoir je pense que si j'avais à faire la liste de toutes les motivations de départ lues ici et là, et qui sont idéales pour se planter royalement, je pourrais presque prendre la tienne, car elle réunit toutes les raisons-erreurs qui mènent aux départs catastrophiques.
Et c'est bien la difficulté qu'ont tous les intervenants réguliers de ce site à répondre à une telle question, car il y a cent mille et une raisons différentes de partir.
Ce que je peux te dire de concret c'est que tous les gens que j'ai rencontrés dans ma vie et qui étaient partis comme ça, sur un coup de tête, sont revenus un an après la queue entre les jambes.
Je ne parle pas, bien sûr, de ceux qui partent dans le cadre d'un boulot précis, ou pour étudier. Je parle de ceux qui sont partis pour fuir quelque chose, ou (et) qui avaient envie de changer de vie comme toi. Seulement voilà, partir, tout plaquer, ce n'est pas aussi facile que ça et l'herbe n'est pas toujours plus verte dans le champ du voisin, sinon ça se saurait et je connais un paquet de gens qui foutraient le camp en vitesse.
Car la façon dont nous pouvons percevoir un pays qui nous plaît, souvent sans savoir trop pourquoi, dans nos rêves les plus fous est totalement irréaliste. C'est une idéalisation dans laquelle on ne voit que les aspects positifs en dédramatisant ceux qui pourraient nous déranger.
Sans parler de ton cas en particulier, je suis toujours étonné de voir dans certains forums des gens qui prétendent vouloir partir de
France et qui cherchent un pays d'accueil, ou qui ont flashé sur un pays, et qui changent d'avis au premier témoignage un peu défavorable émanant d'un forum quelconque.
C'est évidemment et comme je l'ai déjà dit la meilleure façon de se planter royalement. Heureusement, la pratique démontre que ces départs avortent très vite
Un départ réussi, ça se prépare et s'y préparer ne consiste pas seulement à tout régler et à "ranger ses affaires", c'est aussi une préparation psychologique béton. Partir c'est mourir un peu, tu connais l'expression d'Alphonse Allais
Il faut d'abord être extrêmement motivé, être attiré par un pays précis et apprendre à le connaître, car, comme le dit si bien Nathalie, ton pays n'existe pas sauf dans les films de science fiction pour baba-cools. Il n'y a plus aujourd'hui de pays idéal, plus de pays paradisiaque, tout ça c'est fini depuis longtemps.
Il faut aussi ne pas écouter l’appel des sirènes, le dépaysement, la nature, le soleil, le ciel bleu, les palmiers, c'est bien, mais quand tu vas arriver tu n'auras pas forcément le temps de les voir beaucoup tellement tu seras occupé à régler des problèmes bassement matériels. Car tu ne seras plus un touriste ! Il te faudra des papiers, passer ton permis, un véhicule pour te déplacer, habiter quelque part, équiper ton logement même s'il est sommaire, et j'en passe... N'oublie pas non plus que quand tu pars tu perds tout ton environnement, et que les gens qui vont te manquer assez rapidement ne sont pas toujours ceux que tu avais imaginés au départ.
Tu vas découvrir que finalement on retrouve assez vite tout un tas de petites contraintes administratives du quotidien même si c'est beaucoup moins contraignant qu'en
France où c'est devenu vraiment infernal au niveau de la bureaucratie je te l'accorde.
Et puis avoir un projet pour vivre, penser un peu à l'avenir ! tu as 36 ans, tu ne vas pas quand même te coller à la retraite à 36 ans, enfin j'espère pour toi. Et si tu vis vieux, ce que je te souhaite, de quoi vivras-tu ?
Je ne cherche nullement à te casser ton rêve, mais se rapprocher de la nature il y a mille autres façons de le faire, et beaucoup plus sécurisantes, berger dans le Cantal par exemple ?
Car lorsque tu auras passé six mois à écouter le bruit du vent en contemplant tes palmiers ou tes bananiers et en buvant un coup avec les autochtones les orteils en éventails, crois-moi, tu en auras vite marre, surtout quand tu auras bouffé tes économies.
Ce n'est pas pour rien que statistiquement on sait que la majorité des expats font une déprime au bout de six mois, et 62% retournent au bercail, comme les moutons du Cantal !
Et si tu es toujours décidé, je te confirme que tu auras une autre étape à passer, et pas des moindres, qui est le départ lui-même, car tu passes brutalement du rêve à la réalité. Et pardonne l'expression grossière mais irremplaçable, mais il faut une sacrée paire de couilles.
Voilà, pense un peu à tout ça, pour ma part je ne suis pas psy mais une aventure professionnelle ratée avec des copains n'est qu'un échec, et surement pas un motif recevable pour quitter son pays, surtout quand tu as la chance de vivre dans un pays ou un bon quart de la planète aimerait vivre, en quittant une vie que 70% de cette même population rêvent d'avoir.
médite la-dessus...
Et si tu es triste, viens me voir, je te montrerai les étuis à téléphone portables paraguayens, là, tu trouvers peut-être une bonne raison de rester ?