I ni su, Valérie !
[Ko be di ?] C'est ce qu'on dit à Bobo Dioulasso. Je ne sais pas si c'est typiquement du dioula de Bobo ou si cela se dit aussi en bambara.
Ce que je peux dire : je ne connais pas
ko be di ? ni
ko ka nyi. Moi, je dis toujours
E bè di ? "Tu vas comment ?" ou aussi
I ka kènè ? "Es-tu en bonne santé ?" ou bien
o ka nyi "C’est bien !" ou, pour p.ex. adresser un compliment à une femme,
E cè ka nyi kosèbè "Tu es très belle !"... Donc, vos formules avec
ko semblent être typiques pour le dioula (voir aussi le titre du manuel de Dumestre en bas)...
Bien sûr, il y a aussi des formules avec ce
ko en bambara. D’abord, pour être très précis, il s’agit de deux
ko différents (à ton haut) en bambara (et en dioula également) : 1.
ko "affaire ; besoin ; fois ;..." et 2.
ko "dire" qui est un verbe défectif et dont la fonction est un prédicat de parole ("défectif" veut dire que ce verbe n’accepte aucune marque d’énoncé sauf la marque de passé
tun pour constituer le groupe verbal d’une proposition)...
Exemples bambara pour 1. :
o ko bè ne ye "j’en ai besoin"
ko joli ? "combien de fois ?"
ko caman "souvent"
ko kura "une nouvelle fois, de nouveau"
dòlòko bè n ye "j’ai envie de bière"
Exemples bambara pour 2. :
i tògò ko di ? "comment t’appelles-tu ?"
ko mun ? "qu’est-ce que tu dis ?"
ko di ? "n’est-ce pas ?"
Je crois savoir que le dioula vient du bambara, qu'il aurait été diffusé par les commerçants (dioula voulant dire aussi commerçant). Corrigez-moi si je suis en train de dire des bêtises !!!
Vous ne dites pas du tout des bêtises. Cependant, si vous dites que le dioula vient du bambara, ce n’est pas correct : d’abord, le dioula est une variété du
mandingue. Le mandingue pour sa part fait partie de la famille des
langues mandé, elle-même rattachée à la super-famille
Niger-Congo (il y en a quatre super-familles ou phylums en Afrique ; les trois autres sont les langues nilo-sahariennes, les langues afroasiatiques et les langues khoisan) dans la classification de Greenberg. Les langues mandé se répartissent en deux branches : la branche (nord-)ouest et la branche (sud-)est. Le mandingue fait partie de la
branche (nord-)ouest. et à la fois est le groupe le plus important de la famille mandé, d’après le nombre des locuteurs et le territoire occupé par ces les variantes. Voici la liste des langues appartenant à la branche (nord-)ouest... :
Soninké (terme ancien est sarakolle ou sarawulle) :
Mauritanie, Mali,
SénégalBozo : Mali
Bòbò (aussi bobo-fin, bobo-fing, sya) :
Burkina Faso, Mali
Sooso (aussi susu) :
Guinée, Sierra Leone
Yalunka (aussi jalonké) : Mali,
Guinée, Sierra Leone
Vai : Liberia, Sierra Leone
Kònò : Sierra Leone
Jògò (aussi ligbi et numu) :
Côte d’Ivoire,
GhanaWela (aussi hwéla) :
Côte d’Ivoire,
GhanaLigbi : (voir jògò)
Numu : (voir jògò)
Jeri (aussi jeli) :
Côte d’IvoireJalkuna (aussi blé) :
Burkina FasoKoranko (aussi kuranko) : Sierra Leone,
Guinée
Mandingue : (voir en bas)
Sembla :
Burkina FasoDzuun (aussi duun) :
Burkina Faso, Mali
Jò : Mali,
Burkina FasoMende : Sierra Leone, Liberia
Bandi (aussi gbandi ou gbande) : Liberia
Loko : Sierra Leone
Looma : Liberia,
GuinéeKpelle : Liberia,
Guinée
Les variétés locales du mandingue résultent d’un processus de différenciation ne remontant pas à plus de quelques siècles et constituent un continuum dialectal plutôt qu’un groupe de langues apparentées. Même entre les parlers les plus éloignés, les pourcentages de lexique commun restent très élevés, et l’intercompréhension peut seulement se trouver perturbée par des évolutions phonétiques, parfois très divergentes, qui, à première vue, peuvent gêner la reconnaissance des variantes locales d’un même terme. Par contre, les langues mandé constituent une famille de langues dont l’unité originelle, un
proto-mandé, peut être établie par les méthodes de la linguistique comparative (très difficile en Afrique par manque de documents écrits), mais dont la séparation remonte à plusieurs millénaires. Donc, tous les deux, le bambara et le dioula, ont la même origine (c’est assez sûr), mais de dire que l’un s’est constitué de l’autre, n’est certainement pas correct...
Les régions traditionnellement occupées par des populations dont la langue première est l’une des variantes du mandingue constituent une proportion plus ou moins importante du territoire des pays suivants :
Burkina Faso,
Côte d’Ivoire,
Gambie,
Guinée,
Guinée-Bissao, Mali et
Sénégal. Des populations de langue mandingue se trouvent aussi, mais plus marginalement, en Sierra Leone et au Liberia. La prédominance du mandingue est particulièrement marquée
au Mali. En fin de compte, le continuum du mandingue comprend une vingtaine de variantes et plus dont les principales, c.à.d. les plus parlées sont le bambara (la plus parlée du tout !), le dioula et le maninka... :
Bambara (aussi bamana ou bamanankan) : Mali,
Burkina Faso,
Côte d’IvoireBoka (aussi bo ou bolon) :
Burkina FasoDioula (1) : Mali (aux environs de la ville de Sikasso)
Dioula (2) :
Burkina FasoDioula de Kong :
Côte d’Ivoire (aux environs des villes de Kong et Bondoukou)
Dioula R.C.I. (aussi dioula véhiculaire ou dioula urbain) :
Côte d’IvoireWojènèkan (aussi dioula d’Odienné) :
Côte d’IvoireWorodugukan :
Côte d’IvoireKoyagakan :
Côte d’IvoireKorokan :
Côte d’IvoireWasulunka :
Côte d’Ivoire,
Guinée, Mali
Mauka (aussi maukakan ou mau) :
Côte d’IvoireKonyanka :
GuinéeManenka : Sierra Leone,
GuinéeManden-Maninka :
Guinée, Mali
Mèèka (aussi marka ou dafing) :
Burkina FasoManiya (aussi manya) : Libéria
Kita-Maninka : Mali
Kagoro (aussi kakolo) : Mali
Khassonké (aussi xasonga) : Mali
Maninkaxanwo : Mali,
SénégalNyoxolonkan (aussi maninkaa) :
SénégalMandinka :
Gambie,
Guinée-Bissau,
SénégalDiakhanké (aussi jaxana) :
Guinée,
Sénégal
Le nom de
dioula couvre plusieurs entités différentes. D'abord, il s'agit du dioula comme langue véhiculaire en
Côte d'Ivoire et au
Burkina Faso dont le nombre de locuteurs est 3 à 4 millions (pour le
Burkina) et 5 à 7 millions (pour la Côte-d'Ivoire).
Secundo,
dioula est le nom commun des variétés mandingues locales dans les deux pays, surtout en
Côte d'Ivoire, où leur nombre dépasse 25.
Troisièment,
dioula est, dans ces pays, à peu près synonyme de "mandingue": tout Maninka ou Bambara venant dans ces pays est considéré comme un Dioula.
Le nom
dioula provient du mot mandingue
jula qui, et vous l’avez dit correctement, veut dire "commerçant". Cela reflète une réalité historique (mais aussi moderne) : la pénétration des Mandingues au nord de la Côte-d'Ivoire, puis à l’ouest du
Burkina Faso, se passait sous forme d'une expansion commerciale. Même aujourd'hui, les Dioula occupent la niche sociale des marchands et financiers, mais aussi des artisans.
D'ailleurs, ils ne fuient pas les autres professions: un grand nombre de Dioula sont des agriculteurs, des chauffeurs de taxi et de minibus, des mécaniciens, des militaires...
Ajout important : les termes de
Mandé et
Mali sont à l’origine deux variantes du même terme, et quelques explications sont nécessaires pour éviter des confusions et des bêtises.
Le terme du
Manden ou
Mandé est du tout au tout un terme géographique désignant la haute vallée du Niger, de part et d’autre de l’actuelle frontière entre le Mali et la
Guinée. Mali est à l’origine une simple variante de ce terme (et n’a rien, absolument rien à voir avec le substantif
mali "hippopotame" !!!), usitée dans les langues de peuples voisins des Mandingues mais pas par les Mandingues eux-mêmes. Cette région a été au 12e siècle le centre à partir duquel s’est constitué un empire, que les Mandingues eux-mêmes désignent du même terme de
Manden, mais qui est généralement désigné par les historiens comme
Empire du Mali.
Les linguistes ont de leur côté repris le terme de
Mandé pour désigner la famille linguistique, au sens génétique du terme, dont fait partie le mandingue (voir en haut). Dans ce sens, le terme linguistique de
Mandé s’applique de façon arbitraire à une famille incluant des langues qui historiquement et géographiquement n’ont rien à voir avec le
Mandé ou
Mali au sens géographique ou historique du terme. La séparation des langues mandé remonte en effet à plusieurs millénaires, et rien ne permet de localiser leur ancêtre commun dans la région où s’est développé il y a les quelques petits siècles l’
Empire du Mali.
En fin de compte, au moment des indépendances, le terme de
Mali a été repris pour désigner le nouvel Etat dont le nom était à l’époque coloniale le Soudan Français : une désignation purement symbolique. Le Mali d’aujourd’hui n’englobe qu’une partie de l’ancien
Empire du Mali, et englobe par contre des territoires qui n’ont jamais fait partie de l’
Empire du Mali.
Et merci de corriger mon orthographe
Mais est-ce que l'orthographe bambara s'applique aussi au dioula ?
En bambara j'aurais du écrire jula au lieu de dioula - c'est ça ?
Dioula est l’orthographe française,
jula est l’orthographe mandingue, que ce soit le bambara, le dioula ou le khassonké, tout simple. L’orthographe bambara s’applique au bambara, l’orthographe dioula s’applique au dioula. Je n'ai pas d'infos plus précises mais les deux sont assez pareils, j’ose même dire que la grande majorité des règles orthographiques sont identiques en bambara et en dioula, si toutes, je ne sais pas... J'ai déjà lu plusieurs articles concernant le dioula du
Burkina, avec des exemples dioula, sans avoir constaté des différences frappantes en l'orthographe dioula et celle du bambara...
Quant à mon ami il m'a répondu : O ye seen ye
Il n'est pas tombé loin !
En fait, il n’est pas tombé loin. Mes félicitations, bravo !
Sen et
sabara appartiennent ensemble indubitablement, oui...
Merci pour la traduction, j'allais vous la demander. J'avais compris que cela parlait de lait sale. mais je n'avais pas su vraiment traduire.
La traduction n’est pas facile. En fait, on sait vite que ce vire-langue parle de "lait" (
nònò), de "saleté ; salir" (
nògò) et de "lait vendu au marché" (
sugulanònò). En principe, il s’agit d’une seule phrase qui est incorrecte, ou disons plutôt, qui n’est pas complète ; son auteur a abandonné un élément, à savoir l’auxiliaire
mana. Je ne sais pas pourquoi mais je suppose qu’il l’a abandonné pour augmenter la difficulté de prononcer cette phrase (ce qui est bien son intention). Donc, la phrase tout à fait correcte est :
Nònò mana nògò o nògò sugulanònò nyògòn, nònò nògòlen tè.
Ici, il s’agit d’un énoncé très particulier où la subordonnée constitue le premier formant (
Nònò mana nògò o nògò sugulanònò nyògòn) dont le verbe (
nògò) figure, à la forme nue, c.à.d. sans toute marque prédicative, dans une construction redoublée en
o (
nògò o nògò). La principale, une prédication non-verbale, figure à la fin du tout (
nònò nògòlen tè). Ce type d’énoncé se trouve presque exclusivement dans des proverbes, dictons et vire-langues bambara. En ce qui est la construction redoublée, Dumestre parle d’une "proposition concessive en
o"...
J’espère avoir répondu de manière satisfaisante à toutes vos questions !
Enfin, si cela vous intéresse, pour apprendre le dioula, je recommande ce manuel :
Dumestre, Gérard/Georges L.A. Retord (texte)/Alexandre Dagry (photos) 1974.
Kó di ? : Cours de dioula.
Abidjan : Université d’
Abidjan.
Ala ka su hèrè caya !
K’an kelen kelen wuli !