Les voyages m'ont donné envie de me transformer moi-même et de changer ma vie, m'incitant à porter un regard différent, plus lucide et distant, sur notre mode de vie occidental en général, et sur le comportement des français en particulier, et à revisiter mes valeurs de référence ; qu'elles soient personnelles, familiales, culturelles, religieuses, etc...
Mon premier voyage loin a été en
Inde. J'avais seize ans. Je n'accompagnais pas mes parents ; c'était plutôt le contraire : j'étais la seule à vraiment le désirer ! J'avais vraiment besoin d'air. Besoin d'ouvrir la fenêtre. J'avais entamé mon adolescence comme une ado renfermée, avec un fardeau de tristesse et de désespoir qui courbait mes épaules. J'étais prête autant pour la violence que pour l'émerveillement que l'
Inde promettait de me prodiguer.
A l'arrivée, ce fut une révélation ! J'ai eu l'impression de passer d'un monde en noir et blanc à un monde en couleurs ! Tout choquait, plus ou moins violemment, de façon positive ou négative, mais rien ne pouvait laisser indifférent. Outre les couleurs, il y avait cette conscience toute nouvelle de la densité de population, un peu oppressante ; l'impression d'être projetés dans le chaos ; la vie qui explose à la figure avec tous les sons exacerbés, repères perdus, entourés par ces langues élastiques qui résonnent de tous côtés, et auxquelles on ne comprend rien, tantôt agressés tantôt envoûtés par les effluves qui atteignent nos narines, sans barrière entre le jasmin dans les cheveux des filles, et des odeurs de rue si violentes qu'elles donnent la nausée. La pauvreté. Les sourires. Les deux, immenses. Qui donnaient la sensation qu'en Occident, il fallait qu'on réapprenne à sourire et qu'on relativise l'importance de nos problèmes ; qui n'étaient pas des problèmes de survie. J'étais estomaquée par la ferveur religieuse. Mystifiée par les sadhus. Stupéfaite par cette profusion de saveurs qui explosaient dans mon palais.
J'étais choquée d'être enchantée. Ma mère, trop mal à l'aise, ne pensait qu'à une chose : rentrer le plus vite possible. Dans mon cas, c'était absolument le contraire. Je voulais rester. J'avais l'impression d'être enfin rentrée chez moi !
Ce voyage a profondément transformé ma vie. Il a bouleversé mon rapport au monde. J'y ai puisé l'envie de véritablement choisir mes valeurs de référence. Et, pour celles dont je ne voulais plus, la force de m'en libérer.
Beaucoup, beaucoup de leçons à recevoir sur la générosité ; le sens de l'accueil, du partage, de l'hospitalité. En
Inde, puis au
Laos, et en
Birmanie.
Sur ces points, mon expérience au Yemen a été une seconde révélation.
Quelle stupéfaction, dans les rues de Sanaa, d'entendre plusieurs fois par jour des inconnus me souhaiter, sans aucune ironie : « Welcome in Yemen ! » et ce jusqu'au dernier jour, à quelques heures du départ. Et quel contraste avec notre façon d’accueillir ici les étrangers !
Quelle étonnement de découvrir le quotidien ordinaire des repas !... De voir les commerçants partager simplement leur déjeuner autour d'un plat commun sur le trottoir, et m'inviter à me restaurer avec eux au passage. De découvrir que la coutume, dans les gargotes ; c'est qu'il y a toujours un voisin de table pour partager son repas, en attendant qu'on soit servi ! D' observer la sollicitude des yéménites envers leurs pauvres : aux mendiants, le marchand de dattes offre une datte ; le vendeur de kebabs, une petite brochette de viande, les artisans donnent une pièce... Avec une politesse inimaginable. Et incroyable en comparaison de notre attitude, soit-disant civilisée, dans notre propre pays !
La communication autour de nos différences de valeurs, de modes de vie, de croyances ; en regardant ce que l'on peut mutuellement échanger, sans se prévaloir d'une supériorité quelconque sur l'autre ; voilà ce qui motive mes voyages. Une occasion de balayer quelques préjugés, d'un côté comme de l'autre... L'occasion de se comprendre un peu mieux, les uns et les autres. Pour se respecter et s'apprécier mutuellement, apprendre à reconnaître sa propre humanité à travers l'autre.