Bonjour Mme !
Ils sont en effet pauvres, dans le sens où ils ne possèdent rien et quêtent leur nourriture 2 fois par jour, mais ce ne sont pas non plus des mendiants... et leur sort est envié par tous.
Sur le fond, appliquer un terme comme "mendiant" (qui évoque chez nous une certaine idée comportant en grande partie une connotation péjorative) à une autre culture, c'est extrêmement dangereux...
Au Mali, il y a les soi-disant
talibé (< ar.
taalib "étudiant") ou, en langue bambara,
garibu (< ar.
gharib "étranger")*. Ce sont des élèves-marabout, donc des élèves des écoles coraniques (= forme d'enseignement la plus ancienne au Mali remontant jusqu'à l'époque brillante de Tombouctou, 14–16e siècle). Aujourd'hui, les pauvres familles avec beaucoup d'enfants envoient un ou plusieurs enfants à l'école coranique pour ne plus devoir le(s) nourrir, secundo, ces écoles ne prélèvent pas de frais de scolarité, aussi un argument important pour ces familles, bien sûr. Mais il y a aussi des familles qui y envoient un enfant pour que le petit aussi devienne un jour marabout, un peu à comparer avec les familles d'agriculteurs à l'époque chez nous, surtout en
Allemagne du sud, qui se sont ingéniées à "donner" un enfant à l'Eglise (catholique). Une exigence qui a rehaussé considérablement le prestige d'une famille (p.ex. une sœur de ma mère est sœur franciscaine). Les enseignants des écoles coraniques (à ne pas confondre avec les madrasas, c'est une autre histoire) sont les
mori, "marabouts" selon le langage colonial, qui sont devin-magiciens musulmans, et qui font commerce de leurs connaissances occultes mais sont aussi dispensateurs des remèdes etc. etc. Au Mali d'aujourd'hui, leur réputation est plus ou moins mi-partie : pour les uns très respectés, pour les autres des charlatans... En tout cas, les enfants ne sont pas élèves seulement mais doivent aussi "chercher de nourriture", jour par jour. Ils viennent à la porte et demandent de la nourriture (mais n'entrent jamais sans ordre). C'est pas "mendigoter". Et dans les familles, les restes du repas sont mis de côté pour les
garibu, jour par jour. Pour les familles, c'est une obligation religieuse (vous savez, à l'islam, "donner de l'aumône [
zakat]" est un de ses cinq piliers), une règle de solidarité au sein de la communauté, et finalement, pour vénérer Dieu. Je peux vous assurer que je n'ai jamais vécu qu'on avait chassé un
garibu. On ne les regarde pas comme "parasite" ou "mendiant" (comme chez nous). Les
garibu aussi ont faim... Pourtant, bien sûr, comme partout, il y a de bons marabouts et aussi de mauvais, les derniers sont ceux qui tirent profit de la position faible des
garibu, ils les "exploitent"...
Par ailleurs, en bambara, il n'y a pas d'équivalent pour fr. "mendier" mais on s'exprime au mieux conformément à la religion musulmane :
ka saraka deli "demander l'aumône",
ka saraka nyini "chercher l'aumône" ou même
ka garibuya kè "faire l'action d'un
garibu".. Bon, à chacun de vérifier si du fardage linguistique seulement (pour certains ?)... ou... (j'ai aussi touché un peu le thème ici :
voyageforum.com/...en-bambara-d4565464/
)...
Quant au mot "bonze" je pense que c'est l'équivalent du mot "moine" (on parle de moine bouddhiste), sauf que c'est le mot que l'on emploie en Asie et dont la provenance vient du
Japon.
Voilà... je crois que le terme plus général est "moine" (aussi utilisé au contexte chrétien) alors que le terme "bonze" se réfère surtout (ou même exclusivement ?) au bouddhisme ; quant à l'hindouisme, je ne sais pas. J'ai un peu recherché, et en fait, le mot provient du japonais : jap.
bozu/
bonsu > port.
bonzo > fr.
bonze (> all.
Bonze)...
Bon dimanche, Hery
*au cas où vous vous demanderiez pourquoi "étranger" : n'oubliez pas que Tombouctou était un lieu de la science à l'époque, l'université de Sankoré la seule à cent lieues à la ronde, et les étudiants sont venus de loin pour faire leurs études, du
Maroc, de l'
Egypte etc. Il étaient des "étrangers". Le mot arabe
gharib remonte à cette époque d'or...
(des
garibu à la lecture des sourates écrites sur les
walan, planchettes utilisées dans les écoles coraniques ; au Delta Central/MALI)