À toi, à Chatounette, à Obéo, à Envallis, Av31 et quelques autres encore,
Rien à redire. Très juste.
Au singulier car lorsque la nuit s'installe pour durer, on n'a plus besoin de compter, on est pris dedans, elle est partout, en soi aussi. "Les" nuits, ce sont les nuits étoilées, celles de Vincent, pas celles des camps, où d'ailleurs, on ne séjournait pas longtemps
On ne connaitrait pas l'Histoire, on trouverait cette photo de rails et de son quai.. banale, sans intérêt. Presque fade.
Je pourrais raconter mes sentiments lorsqu'à quatorze ans j'ai découvert Auschwitz et ses amusements.. funèbres, funestes. Mon père avait voulu que nous sachions où et comment il avait été "prisonnier de guerre (Kriegsgefangener), pas loin de là. (J'ai un frère plus jeune).
Cinq ans et deux mois prisonnier. C'est un peu long. Sa chance fut d'être en bonne santé et de remplacer successivement deux fermiers partis au front. Il ne sut jamais s'ils purent revenir. Avec deux copains, mon père quitta à pied la ferme vide puisque tous les allemands fuyaient devant les russes qui avaient mis des mongols (de l'extrème orient russe) aux commandes des gros chars T34/85, en leur donnant une seule consigne, ajoutant "c'est tout droit.
L'un des trois mourut juste avant la capitulation, pour avoir voulu tuer "son allemand" et échoué. C'est con la guerre. Tuer ou être tuer.
Mon père, qui lisait le journal (s'informait) a dit deux ou trois fois "dès 33 (son arrivée au pouvoir) on savait qu'il ferait la guerre". J'ai toujours été fasciné par ceux qui savent et ne font rien. La
France n'a rien fait durant 7 ans, occupée à des futilités.
Lorsqu'on a vu ces barbelés qui entourent le camp et la montagne de cheveux rassemblés, parmi d'autres belles choses dont l'homme est capable, on reste perplexe sur les cheminements humains.
C'est terrible le nationalisme poussé à son comble.
En tous cas, pour mon frère et moi, comme pour des milliers de visiteurs, "ça se passe de mots". C'est une puissante leçon d'Histoire.
Je me suis à 27 ans trouvé en
Nouvelle Zélande et y ai rencontré le marin que j'admire le plus, car il possède deux mains droite. Nos voiliers étaient amarrés dans le même bassin. Je lui ai dit un jour que mon père avait travaillé dans l'usine de sucre (betteraves) proche de Jelenia Gora.. il a laissé passer quelques jours puis m'a requestionné. Il m'a alors dit "ton père a travaillé pour mon père, qui était le propriétaire de cette usine".
Son père et sa mère ont fui à l'Ouest, ils ont tout laissé bien sur. J'ai passé plus tard quelques jours de vacances dans la maison de rondins qu'il a construite près de Celle, en
Allemagne. Une isba dans la forêt. Mon ami s'appelle Günter. Il a fui l'
Allemagne lui aussi et a fait deux tours du monde, sur deux voiliers qu'il a construits. Il vit entre Lismore et Byron Bay, au Sud de
Brisbane, qui est une ville magnifique, au ciel toujours bleu.