Hello Marie,
Pour la remontée à Jacob Hamblin Arch, si on ne la sent pas, on redescendra le gulch et on sortira par Crack in the Wall.
Mais avec un pied sûr et des sacs pas trop gros ça me parait faisable.... sur le papier.
J'ai fait 3 fois la randonnée de Coyote Gulch avec descente par Crack in the Wall et remontée par Jacob Hamblin Arch (en 2002 avec Laurent Martres qui avait déjà fait des voies en montagne, en 2004 avec mon ami allemand Steffen qui est un risque tout à qui rien ne fait peur et en 2007 avec ma femme Babeth qui avait fait de l'escalade en falaise même si elle en a fait moins que moi). Cela s'est bien passé, mais je reste toujours
très réticent à conseiller (et généralement je le
déconseille) cette remontée par Jacob Hamblin Arch à d'autre randonneurs surtout s'ils n'ont pas pratiqué auparavant l'escalade. Mais c'est évidemment à chacun de prendre et de gérer ses risques...
La raison est que que vers le milieu de la remontée c'est en réalité plus difficile que ça en a l'air en regardant du bas : d'en bas on voit que la pente n'est pas très verticale donc on part confiant et d'ailleurs la première partie se fait facilement mais vers le milieu de la montée il y a une courte portion lisse (quelques mètres car ensuite la dernière partie redevient facile) avec quasiment aucune prise et qu'il faut donc passer en adhérence sur les pieds sans pouvoir aggriper quelque chose avec les mains, mais on est à ce moment là à environ une quinzaine de mètres du sol donc cela fait gamberger car on se dit à juste titre que toute chute ou pied qui glisse peut se solder par une grosse galère et beaucoup de bobos (au minimum...). C'est là que le fait d'avoir déjà pratiqué l'escalade en falaise est un net avantage, car l'apréhension du vide est a priori déjà maîtrisée et on a déjà pratiqué l'adhérence donc on fait plus facilement confiance à ses pieds en l'absence de prises pour les mains.
Pour en avoir parlé avec des locaux et des outfitters du coin, c'est à cet endroit là qu'un certain nombre de persones (pourtant confiantes au départ) restent bloquées, ne pouvant plus monter de peur de glisser mais n'arrivant plus à descendre non plus pour la même raison, ensuite la peur et la crispation sur les jambes (qui finissent par trembler) ne font qu'empirer la situation. En pratique, ce passage en adhérence n'est pas techniquement véritablement difficile (si on est sur le bon passage) mais c'est beaucoup dans la tête que cela se joue. La falaise étant assez large à cet endroit, il faut choisir la meilleure voie pour monter ce passage à mi hauteur, car à quelques mètres à droite ou à gauche la difficulté peut être très différente sans que cela se voit d'emblée (une petite bosse ou un creux bien placé pour un pied et une petite prise où on peut s'équilibrer avec les ongles changent tout par rapport à à une portion 2 mètres à droite ou à gauche où cela manque). C'est aussi pour cette raison que certains n'auront pas de rééelles difficultés car ils auront d'emblée choisi le meilleur endroit pour passer (par bonne lecture du rocher et/ou simplement par chance) tandis que d'autres vont galérer (ou paniquer) parce qu'il sont passés 2 ou 3 mètres à côté (d'ailleurs ceux qui sont bien passés au meilleur endroit auraient surement autant galéré à cet endroit moins favorable). C'est pourquoi, il ne faut pas hésiter à zigzaguer en montant : si on rencontre une difficulté, il ne faut pas hésiter à faire une traversée de quelques mètres à l'horizontale pour trouver un passage plus facile au lieu de s'obstiner ou de tenter un pas que "l'on ne sent pas" (et dans lequel on peut se retrouvé bloqué). Ne pas oublier également de bien nettoyer les semelles de ses chaussures avant d'attaquer la montée pour faciliter l'adhérence.
Mon expérience personnelle a varié lors de ces 3 remontées : la première fois avec Laurent, la randonnée s'était passé de manière optimale (chemin aisé, température agréable), on a attaqué la montée en bonne forme et j'ai directement trouvé la meilleure voie pour monter, Laurent a suivi mes pas et on n'a pas eu de difficultés. La seconde fois, il y avait une longue corde installée par des américains (qui descendent par Jacob Hamblin Arch et laissent la corde pour remonter 1 ou 2 jours plus tard, mais c'est rare et on ne peut pas compter dessus) : Steffen s'est aidé de la corde et est remonté facilement, moi je n'ai pas voulu utiliser la corde mais plutôt essayer un autre passage qui me semblait moins raide que la première fois (en prévison de ma prochaine visite avec Babeth) mais je me suis retrouvé bloqué juste pour 1 ou 2 pas trop risqués et j'ai du revenir en traversée horizontale vers la voie de ma précedente remontée. La dernière fois, les conditions étaient difficiles à cause d'un flash flood récent qui avait dévasté le canyon : le chemin avait disparu (les berges ayant été emportées) ou était encombré de centaines d'arbres abattus que l'on devait contourner ou enjamber, on avait fini par marcher dans le ruisseau mais comme il avait plu récemment par moment on s'enfonçait dans du sable mouvant ou de la boue jusqu'au mollet, en plus il faisait très chaud et il y avait des moustiques, donc on a mis 2 heures de plus que prévu et on est arrivés assez crevés au pied de la montée de Jacob Hamblin Arch (où il a fallu bien nettoyer nos chaussures pleines de boue pour que la semelle ne soit pas glissante). J'ai pris dans mon sac à dos le maximum des affaires que portait Babeth pour que le sien soit le plus léger possible et nous sommes montés, elle juste devant moi, je la guidais dans la bonne voie tout en lui maintenant fermement un pied sur la roche pour les passages en adhérence du milieu de la voie (ce qui est efficace et rassurant) et elle a tout bien passé du premier coup. Mais à un moment, c'est moi qui n'ai pas été à l'aise et qui ai hésité 1 longue minute avant de faire un pas d'adhérence en devant "prendre sur moi" alors que cela n'avait pas été le cas les fois précédentes : était ce à cause de la fatigue et de la chaleur, du poids du sac à dos, du fait que j'étais 1 ou 2 mètres à droite ou à gauche de la voie optimale (mais que je voulais rester à la verticale de Babeth pour continuer à l'aider si nécessaire), ou une combinaison de tout cela, mais pour ce pas là j'ai eu un coup d'adrénaline et je n'étais pas certain que mon pied tiendrait sans glisser même si cela s'est finalement bien passé. Tout cela pour dire que les choses peuvent varier sensiblement d'une fois sur l'autre pour une même personne, et que l'expérience des uns (de facilité ou de galère) n'est pas nécessairement transposable aux autres.
Si on n'arrive pas à faire la remontée (ou si on ne la "sent pas") il faudra pas mal de temps pour revenir à Crack in the Wall donc il faudra être parti très tôt le matin pour ne pas revenir à la nuit. Par contre, une fois la montée de Jacob Hamblin Arch réussie, il faut simplement compter une heure de marche au GPS (sur slickrock et dans le sable) pour retouver le véhicule.
Voilà, j'ai été un peu long mais j'ai voulu vous donner le maximum d'éléments et de conseils (ainsi qu'aux forumeurs intéressés) pour vous aider vis à vis de la remontée par Jacob Hamblin Arch.
Excellent troisième voyage dans l'Ouest !
Philippe