Jusqu’à quel point peut-on détester le schéma bourgeois ? Ce film lance un vibrant appel aux voyageurs misanthropes, aux âmes solitaires, aux non-conformistes, aux déçus de la famille, à tous ceux qui vomissent en voyage le schéma petit-bourgeois «Femme+enfants+chien+voiture+maison ». Il ne faut le rater sous aucun prétexte. Il est parfait !
Comme son compatriote écrivain, Thomas Bernhard, le cinéaste autrichien Haneke exècre le modèle bourgeois. Il le hait. Il lui règle son compte à travers un film qui nous décrit avec une incroyable minutie la descente aux enfers d’un joli couple bien lavé, bien habillé, avec un joli garçon, un joli chien, une jolie voiture, fraîchement arrivé dans sa jolie maison de vacances. Haneke ne leur laisse même pas le temps de s’installer. D’impatience, il les confronte immédiatement à deux jeunes bourreaux d’un cynisme, d’une cruauté, d’une méthode proprement hallucinants. Ce faisant, il applique à l’égoïsme, l’hypocrisie et la mesquinerie petit-bourgeois un châtiment d’une heure trente digne des pires supplices chinois, à ceci près que le psychique fait jeu égal avec le physique. Même le spectateur scotché ne sait plus à quel saint se vouer : tout cela a-t-il un sens, ces deux jeunes hommes souriants sont-ils déjantés ou participent-ils à un jeu qu’ils vont arrêter à un moment en s’excusant, Zorro va-t-il arriver... ?
Mais on n’est pas à Hollywood, et le regard d’Haneke sur la violence est perçant, sans complaisance, terriblement lucide...
Les acteurs sont dirigés de main de maître. Michael Pitt, Naomi Watts et Tim Roth sont époustouflants.
Khaldoun