Bonjour,
Une petite synthèse que j'avais effectuée il y a quelques temps et posté dans une discussion. Elle semble toujours d'actualité pour rectifier "L'espèce humaine, donc, se répartie en races (ou groupe d'ascendence): la génétique moderne en distingue sept".
Affirmation fausse puisqu'il s'agit de 7 groupes biologiques qui diffèrent, non pas sur la base de génotypes différents, mais sur un ensemble de petites différences entre fréquences alléliques d’un grand nombre de marqueurs génétiques.
Je reposte ici ma synthèse:
En anthropologie et sciences humaines et sociales :
L’étude à prétention scientifique des races fait son apparition dans la deuxième moitié du 19ème s., après avoir été amorcée au siècle des Lumières par les inventeurs de l'anthropologie et de l'anthropométrie. Les partisans du classement de l’espèce humaine en races recensèrent des caractères phénotypiques visibles (biométrie) pour quantifier les différences au sein de l’espèce humaine. Au moyen de la biométrie furent définies des races humaines en fonction de leurs caractéristiques physiques : pigmentation, forme du visage, etc. Le caractère heuristique de la biométrie, pratique purement descriptive des caractères apparents, n'a guère été reconnue que par ceux qui en étaient d’avances convaincues. Cette pseudoscience a largement alimenté les discours racistes (cf. expo nazis détaillants des caractères physiques : nez crochu,...) ce qui implique qu'il est difficile d'aborder ce sujet sans rattacher "race" à nazisme. Réfuter le terme "race" n'est pas du au choc produit par la seconde guerre mondiale comme j'ai pu le lire et comme cela est souvent avancée comme contre argument, c'est tout simplement du à son origine (la biométre) et aux idéologies qu'il a engendré ; et cela même bien avant la seconde guerre mondiale (ex: zoos humains).
La grande variabilité des traits physiques pose un problème : il est impossible de définir des races cloisonnées, où les traits seraient strictement propres à un groupe donné. En effet, la grande majorité des caractères physiques sont quantitatifs. Ainsi, définir une race en se fondant sur la pigmentation de la peau est hasardeux, car toutes les nuances existent au sein de l’espèce humaine, et même à l'intérieur de groupes donnés.
De même, l’avancée des travaux en génétique a forcé à abandonner cette notion, après avoir établi que les différences entre les humains sont individuelles et non de race. En effet,
les individus sont tous différents et les caractères qui produisent ces différences se retrouvent dans toutes les populations (il faudra quand même finir par accepter cette donnée basique un jour où l'autre...). André Langaney indique même que «
dans tous les systèmes génétiques humains connus, les répertoires de gènes sont les mêmes ».
Claude Lévi-Strauss nous dit : «
(...) le péché originel de l’anthropologie consiste dans la confusion entre la notion purement biologique de race (à supposer que [.] cette notion puisse prétendre à l’objectivité, ce que la génétique moderne conteste) et les productions sociologiques et psychologiques des cultures humaines ».
Il affirme que si les groupes humains se distinguent, et pour autant qu’ils sont à distinguer, c'est uniquement en termes de culture. En effet, c'est uniquement par la culture que les groupes humains ou sociétés se départagent et se différencient ; pas selon la nature que serait la nature biologique. C’est-à-dire que s’il y a bien lieu de maintenir les distinctions, le phénomène n'est en aucun cas naturel. Il ne relève pas de l’étude de la biologie, mais de l’anthropologie au sens large. Le racisme consiste précisément dans le contraire, c’est-à-dire à faire d’un phénomène culturel, un phénomène prétendument physique, naturel et biologique. La très grande diversité culturelle, correspondant à des modes de vie extraordinairement diversifiés, n’est en rien imputable à la biologie : elle se développe parallèlement à la diversité biologique (pour ceux que ça intéresse, voir
Race et histoire).
D’ailleurs certains traits morphologiques ne sont que le fait de traits culturels (déformations crâniennes, femmes-girafes,...).
En résume, les théories et idéologies racistes n’ont d’autre raison d’être que de traduire des intérêts ou des fantasmes en propositions à prétention scientifique.
De leur côté, les ethnologues estiment que les populations humaines sont principalement différenciées par leurs us et coutumes qu'elles se transmettent de génération en génération. L’espèce humaine se caractérise donc par une très forte dimension culturelle. C'est pourquoi le concept d’ethnie est de nos jours préféré à celui de race. Les différences culturelles permettent de définir des ethnies extrêmement nombreuses. La notion de nation comme de communauté religieuse, de même, s’abstrait de la notion de race ou d'ethnie : ce qui compte pour la définir est moins ce que ses membres sont que ce qu’ils souhaitent en commun.
On retrouve effectivement le terme « race » dans la constitution française et cette dénomination est aussi utilisée pour les recensements aux
USA. Mais bon, je ne vois pas en quoi cela justifie son utilisation... Les mots doivent être défini et leurs définitions évoluent aussi et surtout (dans ce cas) en fonction des avancées scientifiques.
Une des problématiques naissant de cette optique est de savoir si un isolement géographique ou culturel peut entraîner la sélection de gènes spécifiques, donc de savoir si un peuple ou une ethnie peut constituer une race.
Dans la pratique, la durée d’une société (et donc d’une culture) humaine est trop courte devant celle qui serait nécessaire à la séparation de traits physiques.
Que je sache, l’interfécondité de l’Homo sapiens avec l’homme de Neandertal n’est pas avérée. Et pour reprendre le titre d'une ancienne discussion supprimée : "Monsieur Neanderthal et madame Cro-magnon n'ont pu avoir d’enfants".
En génétique :
En 2008 la revue
Science a publié l'étude génomique la plus complète jamais effectuée. Cette étude compare 650 000 nucléotides chez 938 individus appartenant à 51 ethnies. Les nombreux généticiens qui ont participé à ce travail ont conclu de leurs travaux qu'il existait sept groupes biologiques parmi les hommes : les Africains subsahariens, les Européens, les habitants du Moyen-Orient, les Asiatiques de l'Est, les Asiatiques de l'Ouest, les Océaniens et les Indiens d'Amérique.
Selon Albert Jacquard, pour parler de race, il faudrait qu’un groupe reste isolé un nombre de générations égal au nombre d’individus qu’il comporte ; ainsi, un groupe de 400 personnes devrait rester isolé 8 000 ans (si l’on compte 20 ans par génération) pour pouvoir former une race distincte, cas qui ne s'est jamais produit. Ce chiffre est à comparer aux 20 000 ans qui ont été nécessaires pour séparer
Canis lupus, le loup, des différentes races de
Canis familiaris (chiens).
Si les gènes ont des répercussions sur l’aspect visible des êtres,
le fait que deux êtres soient différents ne signifie cependant pas que leurs gènes soient différents (ça aussi, il faudra finir par l'accepter un jour où l'autre...). Ainsi, le degré de couleur de la peau est déterminé par trois gènes permettant la production de mélanine ; tous les humains produisent de la mélanine (sauf ceux atteints d'albinisme), donc tous les humains ont des variantes (allèles) de ces trois gènes, allèles à expression plus ou moins marquée.
Les analyses ADN montrent que l’espèce humaine possède déjà un peu plus de 98, 6 % de son génome en commun avec les chimpanzés et qu'elle partage le même patrimoine génétique à 99, 8 %. Les différences entre hommes et singes sont dues à seulement quelques dizaines de gènes.
Ainsi, les scientifiques ont-ils pu démontrer qu’il était possible de définir des groupes au sein de l’espèce humaine. Ces groupes (correspondant à des populations différentes) diffèrent, non pas sur la base de génotypes différents, mais sur un ensemble de petites différences entre fréquences alléliques d’un grand nombre de marqueurs génétiques.
En résumé, la notion de "races humaines", en tant que concept biologique (d’ailleurs, en biologie, le terme race est utilisé pour les espèces domestiquées principalement et non pour l'homme), est aujourd'hui récusée. Et tant bien même si elle ne l’était pas, quelle en serait la pertinence, quel serait l’intérêt de classifier les êtres humains ?
Modification: je trouve très révélateur qu'à partir d'une discussion sur l'immigration certains intervenants en arrive à parler de races..