Je ne sais si "Le jeu de l'eau et du feu" a eu autant de succes que "Le Sorgho rouge", en tous les cas Ya Ding reprend le personnage du jeune Liang qui, cette fois ci, se trouve mele aux evenements de la place Tien Anmen. Pourchasse par la police, l'etudiant en francais de l'universite de
Pekin trouvera refuge a
Paris ou trois femmes, Barbara, Diane, et Caroline, qui sont les titres des trois parties du roman, lui mettront le pied a l'etrier.
Ya Ding ecrit directement en francais dans un style applique, ennuyeux. Son roman vaut surtout par le choc des deux cultures, de deux manieres de penser. Voici Liang qui n'arrive pas a sortir du wagon d'une rame de metro, jusqu'a ce qu'un passager lui ouvre la porte...
....Liang ne peut s'empecher de reflechir : il a ete trompe par la forme du loquet qui est d'une courbe verticale. C'est un signe qui reveille chez les Chinois leur instinct de prendre la contrepartie, et d'appuyer vers le bas pour reequilibrer les choses. Or, les ingenieurs francais, pour qu'on souleve le loquet, l'avaient fait sous cette forme. Cela veut dire que l'instinct des francais est de continuer ce qui a deja ete fait dans un premier mouvement. Ils ont la mentalite de pousser les choses vers l'extreme, tandis que nous, se dit Liang, on ramene plutot les choses vers leur etat primitif ; deux esprits differents, l'un allant vers l'extreme, et l'autre vers l'equilibre.
J'ai beaucoup apprecie les remarques sur l'importance du livre pour un chinois, et aussi la langue chinoise...mais surtout pas le cantonais...
....Ni Liang ni Gao Gao ne parlent cette langue qui ressemble tantot au cri d'un chat dont la queue est coincee dans la porte, tantot a une gorge s'etouffant apres avoir avale trop de plumes de poule.
Apres Barbara, nous passons a Diane. Leur rencontre permet un dialogue tres interessant...
- Je ne savais pas comment vous, les occidentaux, vous nous voyiez ; nous sommes si lointains, si differents.- Mais c'est ce qui fait notre beaute, la difference. Depuis toujours, notre culture est une culture ouverte. On accepte toutes les differences : les Grecs, les Romains, et plus tard les Italiens, les Polonais, les Arabes, et maintenant les Chinois, je crois.Liang se souvient d'une phrase qu'il avait lue avant de venir en France, dans il ne savait plus quel livre : ce ne sont pas les francais qui font la France, puisque chacun tend a la defaire. En fait, c'est cela une culture ouverte : en la defaisant, on la rend plus large, plus prospere. Oser se nier, renoncer a certains cotes de soi-meme pour aller vers les autres, n'est-ce pas le signe d'une grande force ?
Ya Ding demontre qu'il connait l'histoire de la
France.
Mais quand il s'attarde sur les relations amoureuses, ce n'est pas d'une tres grande originalite :
-
C'etait bien ? chuchota Diane, se tournant vers lui- Oui, tres bien.- Moi, c'etait merveilleux, dit-elle en se levant pour entrer dans la salle de bain.
On a echappe a la cigarette !
C'est dans la troisieme partie, Caroline, qu'il rencontre cet amour, son veritable amour, mais Caroline finira par sombrer dans le syndrome "Mere Theresa".
Ya Ding nous raconte sa vie, ses debuts difficiles dans un monde qu'il a eu du mal a comprendre, mais...avec le temps, bref, "Le jeu de l'eau et du feu'" est un roman interessant, mais qu'on a ps envie de relire de sitot !
"Le jeu de l'eau et du feu", de Ya Ding. <Flammarion-1990>Lu dans l'edition <Le livre de poche>, trouve dans une boutique a
Vientiane.