Je viens de voir un article intéressant sur Facebook, le voici.
Le chef de l'armée, le général Prayuth Chan-ocha, doit être l'homme le plus courtisé en
Thaïlande en ce moment. Nul doute qu'il est assailli de coups de télépho...nes et de demandes de rendez-vous. Tout ceci parce qu'il détient le mot de la fin dans le conflit actuel. Thaksin Shinawatra est prêt à tout pour que l'armée ne bouge pas, Suthep Thaugsuban, fera tout pour que les chars s'emparent du pavé. Monsieur Suthep ne peut pas gagner sans l'appui de l'armée, que ce soit dans la rue (comme en 2006) ou sous la forme d'un coup d'état silencieux en coulisse (comme en 2008). C'est pour cela qu'il repousse sans cesse la date de la "victoire finale". Elle est maintenant prévue pour le 13 janvier. Si l'armée ne bouge pas, il pourra faire ce genre d'annonce tous les mois... pendant 10 ans. Même si cela n'est pas inscrit dans la Constitution, on sait depuis longtemps qu'un gouvernement légitimement élu par le peuple ne peut pas gouverner sans la "tolérance" de l'armée. La devise de la démocratie est "Par le peuple et pour le peuple". En
Thaïlande, il convient de préciser "en espérant que les militaires approuvent le peuple". Monsieur Suthep peut mobiliser cent mille, un million ou cinq millions de personnes dans les rues tous les jours. Les voix qui comptent sont celles déposées dans les urnes. Les Démocrates savent qu'ils ne pourront jamais gagner ainsi. Suthep veut éradiquer le "régime Thaksin". Mais de quels moyens disposent-t'il pour arriver à ses fins ? Cela ne peut pas se faire pacifiquement, et il le sait. Ceci ne concerne pas uniquement Thaksin, mais également toutes les personnalités politiques du parti Pheu Thai. C'est aussi tout un réseau d'hommes d'affaires et des milliards d'investissements qui entrent en jeu. C'est enfin le mouvement "United Front for Democracy against Dictatorship (UDD)" et ses 15 millions d'électeurs. Que peut faire monsieur Suthep contre toutes ces forces ? Il ne peut avoir recours qu'à la force, soit dans la rue, soit en coulisse. Seule l'armée dispose d'un tel pouvoir, et les cartes sont dans les mains de la génération Prayuth. Ce dernier a indiqué a plusieurs fois que l'armée resterait neutre, et que les coups d'Etat appartiennent au passé. Mais il a changé de fusil d'épaule récemment, en précisant que "cela dépendait des circonstances"... En 2006, le chef de l'armée assurait qu'il n'y aurait pas de coup d'Etat. On sait ce que valent ce genre de promesses. Le putsch de 2006 n'est pas identique aux 23 autres, tentés ou mis à exécution au cours des 80 ans du régime parlementaire en
Thaïlande. Ceux qui étaient chassés acceptaient sans broncher une retraite lucrative. Thaksin a refusé de tirer sa révérence et d'accepter un exil doré, travaillant sans relâche à son retour. Ce refus d'accepter la défaite contraint l'armée à revenir sur le devant de la scène, de manière sans doute plus violente, ce qui pourrait provoquer un bain de sang, comme en 2010. Si Thaksin n'accepte pas sa mise à l'écart, tous ses partisans resteront mobiliser en sa faveur. Les soldats "pastèques", y compris ceux qui sont en premières lignes, de nombreux officiers et plusieurs généraux pourraient ouvrir la porte de leurs chars et sortir. Eradiquer le système Thaksin, c'est aussi épurer l'armée de ses "pastèques", mettre au ban les leaders de l'UDD, et s'opposer aux hommes d'affaires qui sont alliés à Thaksin. En agissant vite et fort, la purge peut être appliquée sans trop de violence. Si la manoeuvre échoue, alors la
Thaïlande fera l'actualité, comme la Syrie ou l'
Egypte. Monsieur Suthep fera tout ce qui en son pouvoir pour gagner. C'est une évidence. Même si beaucoup de manifestants appellent de leurs voeux un nouveau coup d'Etat, combien seront-ils à approuver une purge sanglante ? Combien sont-ils à prendre le risque d'une guerre civile ? Le cliquetis des sabres est une chose, l'assaut en est une autre. Et si les militaires finissent par l'emporter, que fera Thaksin ? Mais alors pourquoi ne pas laisser la parole aux électeurs ? Nous avons tous la réponse. Il faudrait auparavant que tout le monde aide monsieur Suthep à négocier un compromis qui lui permette de ne pas perdre la face. (Edito de Voranai Vanijaka dans le
Bangkok Post)