Thaïlande: Pourquoi la situation est-elle si instable?14/01/2014 à 08h47 /20Minutes
DÉCRYPTAGE - Depuis 2006 et le renversement de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawara, le pays est régulièrement secoué par des manifestations d'opposants...La mobilisation des opposants à la Première ministre thaïlandaise, Yingluck Shinawatra, ne faiblit pas. Depuis plus de deux mois, ils manifestent à
Bangkok, appelant à la démission du gouvernement. Lundi, ils étaient des dizaines de milliers à occuper plusieurs intersections clé de la capitale, partiellement «paralysée». Une situation chaotique qu’a déjà connu la
Thaïlande en 2010, mais aussi en 2008 ou 2006, alternant manifestations des «chemises jaunes» et des «chemises rouges» contre le pouvoir en place.
«Depuis une quinzaine d’années, le paysage politique de la
Thaïlande a profondément changé. Alors qu’auparavant la “
Thaïlande d’en haut“ -élites urbaines, sympathisants du palais, milieux bancaires... -était au pouvoir et bien aidée par l’armée pour conserver l’autorité et le pouvoir politique, les quatre derniers scrutins ont été remportés par la “
Thaïlande d’en bas“, représentée par l’ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra et son clan», explique Olivier Guillard, Directeur de recherches à l’Institut de Relation Internationales et Stratégiques (IRIS)
Une sortie de crise qui se fait attendreThaksin Shinawatra a en effet été le premier à rappeler que chaque individu avait un droit de vote égal à celui de son voisin. Ce populisme a trouvé un écho chez les petites gens du nord et du nord-est du pays. «Ils sont les plus nombreux et participent beaucoup, ils ont donc mathématiquement remporté les quatre derniers scrutins», note Olivier Guillard. Et les «chemises jaunes», mouvement anti-Thaksin, n’ont pas manqué de manifester leur désapprobation.
«La défaite démocratique n’est pas encore entrée dans les mœurs de l’ancien establishment, qui sent que le sens de l’histoire politique lui échappe», juge Olivier Guillard. «Cela peut donner l’impression qu’ils refusent le résultat des urnes et le processus démocratique, mais ils contestent plutôt le fait que le clan Shinawatra confisque les institutions, tempère Françoise Nicolas, directeur du Centre Asie à l’ Inistitut français des relations internationales (IFRI. Le gouvernement actuel est bien arrivé au pouvoir par les urnes, mais n’est pas très respectueux de la démocratie», ajoute-t-elle, citant fraudes électorales, petits arrangements avec les institutions ou encore passage outre les avis du conseil constitutionnel.
Les deux spécialistes s’accordent sur le fait que ce scénario risque de se reproduire le 2 février prochain, si les élections législatives sont autorisées. La sortie de crise risque donc de se faire attendre. «Si l’armée voulait mettre un terme au mouvement, elle pourrait le faire. Mais elle reste pour l’heure complaisante avec ses anciens alliés», juge Olivier Guillard qui ne voit pas quelle solution pourrait être apportée. Une situation assez inextricable «qui pourrait avoir des impacts négatifs sur l’économie thaïlandaise si elle perdure», conclut Françoise Nicolas.