Intrankil · 17 novembre 2016 à 18:27 · 4 photos 35 messages · 5 participants · 1 950 affichages | | | | Le soleil est revenu sur le Luxembourg. Faut croire qu’il s’ennuyait ailleurs.
Le café, tout en profondeur, paraît beaucoup plus spacieux depuis que la patronne lui a donné un coup de pinceau. Les murs ont troqué leur revêtement pistache défraîchie contre un ton gourmand tirant sur la crème anglaise. Le zinc, lui, arbore une chaleureuse teinte fève cacaotée.
Il était temps. Non pas que tout allait à vau-l’eau dans le troquet sans terrasse - inutile de venir parader ici avec les dernières Ray-Ban - mais les légions de clopes fumées en ce lieu ont laissé des traces sur les murs, comme autant de filigranes et furtifs bonheurs passés, lui conférant un air de fin de partie, une usure ou une perte de repères à la Beckett...apprécié des anciens (ouvriers, retraités, intellos, voisins etc.) mais boudé par les nouveaux venus.
N’ayant pas les moyens de se payer un professionnel, c’est Karine, épaulée de son ex-mari (« le père de mes gosses »), qui s’est tapé la retape elle-même. Le troquet a fermé ses portes pendant une semaine. Les longues journées de labeur l’ont épuisée, à tel point qu’elle était heureuse de retrouver la routine du comptoir et la clientèle le lundi matin. Elle n’a a priori pas trouvé le temps de passer chez le coiffeur pour rafraichir sa crinière. La racine poivre et sel apparaît malgré l’espèce de chignon remontant qu’elle a inventé pour tenter de masquer les maléfices de l’âge.
Mais aujourd’hui, s’agit pas de prendre à rebrousse-poil la taulière qui ne semble pas d’une humeur franchement caressante. La complimenter sur le duo harmonieux des couleurs ne l’adoucit en rien. Elle est aussi nerveuse qu’un détonateur, son regard lance des éclairs, il est question de pétition qu’elle a bien l’intention d’initier.
- Mon père m’a toujours dit qu’avant d’agir, faut réfléchir, sinon t’es dans la merde.
Je lui demande de me mettre au jus et, pendant qu’elle y est, de m’en servir un. On lui a annoncé des travaux dans la rue. Elle a cru qu’il s’agissait de rendre enfin la rue piétonne, comme il en est question depuis des années, on le lui avait promis pour 2017. Or, au lieu de ça, le parking va être agrandi. Elle semble prête à jeter un sort pour que les foudres de l’enfer s’abattent, des générations durant, sur le représentant à la commune des petits commerçants de passage en famille.
- Encore si on était un Mc Do, on aurait un peu plus de poids, mais les politiques se foutent de la gueule des petites gens comme nous. C’est tous des mollusques qu’ont pas de colonne vertébrale !
L’élu local sent venir la remontée de bretelles, il la joue profil bas et promet, tout en réglant sa note, qu’il repassera bientôt pour reparler de tout ça à tête reposée et lui demande qu’en attendant, elle lui retrouve cette promesse écrite noir sur blanc concernant la zone piétonnière, ça lui donnera plus de poids pour plaider en faveur du projet.
- La planète va droit dans le mur putain ! Ici on respire des émanations de diesel toute la journée. Yen a pas un qui arrête son moteur quand il fait la queue pour le parking... et je parle même pas de ces crétins de chauffeurs de taxi. Au lieu de mettre des parkings à l’extérieur de la ville et d’organiser es navettes électriques non polluantes, ils agrandissent le parking au coin de la rue. Dites-leur, à vos collègues, que je m’en tape, de leur caressage de poil !
La révolte passe... Mais pas les dégagements de pots d’échappement qui s’invitent dès que Karine ouvre la porte d’entrée pour « aérer » et s’en fumer une sur le trottoir.
- Ca pue pas bon, dit une jeune ado brunette du genre extraverti à sa copine aussi retenue qu’une lucarne. On devrait castrer tous ces enfoirés de pollueurs pour qu’ils fassent pas d’enfants qui polluent la planète.
Elle enchaine pour reprendre le fil de ses confidences. Ca la débecte grave qu’untel embrasse une telle au lycée (« il lui bouffe la gueule, j’te jure »). Sa copine sourit. La volcanique raconte qu’elle est dégoutée de la vie et qu’elle a envie de se scarifier depuis que le type aux yeux de ouf avec qui elle aimerait sortir lui a dit qu’elle n’était pas son genre, mais que si ça l'arrangeait, il voulait bien faire semblant....
Sa copine lui fait subtilement remarquer que le type a certes un regard bleu acier incroyable, mais que dès qu’il ouvre le bec, t’as l’impression d’entendre Donald... | | | ah ben te revoilà content de te lire et de te savoir en vie bises malaises | | | À: Mékong · 21 juillet 2018 à 21:19 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 23 de 35 · Page 2 de 2 · 642 affichages · Partager Hello mon très cher, toujours en forme ? J’espère cette fois ne pas te rater à ton prochain passage lyonnais. Des bises. Et embrasse aussi Naps pour moi s’il est encore dans les parages...
Donc une journée qui nait dans la grand-ducale capitale. Toujours pas d’affolement du côté de la réglette à centigrades. Y’a des touristes chinois qui se déplacent par grappes en commentant bruyamment ce qu’ils observent à travers le prisme de téléphones ultra sophistiqués. Y’a un ciel bleu gris un peu fatigué. Y’a une brise matinale. Transparente. Y’a ceux qui sont en partance. Y’a ceux qui rentrent. Même au comptoir, le fameux chassé-croisé des vacanciers est à l’ordre du jour, sans parler de la sacrosainte météo estivale.
Deux chauffeurs de taxi s’octroient une pause petit noir tout en tapant la causette avec la patronne qui ne leur cache pas son agacement face aux « connards de ColuxTaxis » qui ne lèvent pas la main du klaxon tant que leur emplacement (en face du café évidemment) n’est pas libéré par l’intrus squatteur. - Je sais que vous n’êtes pas de la même maison, mais autant vous le dire, j’ai toujours des œufs passés de date et des tomates pourries en réserve pour le cas où, à balancer sur ceux qui sont trop insistants.
Karine prévient les clients habitués qu’elle ne sera pas là la semaine prochaine. Elle aussi part en vacances. Aérer la soufflerie et la boîte à pensées dans le Haut-Jura. C’est sa sœur qui lui a suggéré la destination car elle n’avait pas une minute pour chercher quelque chose. Finalement, elle va passer une semaine à marcher et faire du qi gong. C’est la première fois qu’elle part quelque part en pension complète avec un programme prédéfini. - J’espère que l’ambiance des cours de qi gong sera moins plombée que celle des cours de yoga que j’ai essayés ici, où personne ne parlait avec personne. Je causerai aux sapins sinon puisqu’on va faire ça en extérieur.
Le plus jeune de ses fils l’accompagne. L’aîné, lui, qui a décidé de bouder ce « programme tout pourri » restera chez son père. Elle ne semble pas vraiment le regretter. Il lui en a fait voir de toutes les couleurs pendant cette année scolaire qui s’est encore soldée par un conseil de discipline. Les profs sont « tous des bâtards », sans parler de la prof de bio (« sa mère la pute ») à l’origine de l’injustice qui a conduit au conseil de discipline en question puis à la mise à la porte. Il trouvera refuge à l’école européenne à la rentrée prochaine.
Soir ou matin ? Un type rentre, hirsute, la gueule désastrée, comme s’il venait de finir de tuer la dernière bouteille d’une nuit agitée. Il s’affale sur la banquette devant la baie vitrée après avoir pris un journal sur le comptoir et commande un café alors que l’ambassadeur du Luxembourg en Chine, un habitué des lieux quand il est au Luxembourg, passe devant le comptoir, accompagné de sa femme et de la petite girlette Mimi, adorable dans une délicieuse robe fleurie. Son regard bleu poudré, fragile comme une porcelaine de la dynastie Qing, contraste avec son entêtement (qui semble pouvoir tourner au vinaigre à tout moment) à vouloir pousser elle-même sa poussette. - Mimi, dis « au revoir Karine ». Alors, bonnes vacances, Karine ! Pourquoi ne pas venir en Chine ? - Le Jura, c’est déjà bien assez exotique pour moi !
A la table voisine du rescapé de la nuit, deux Luxembourgeoises, la cinquantaine permanentée, discutent exfoliant écologique et échangent au sujet du pouvoir dégonflant des peaux de pastèque quand on les applique au sortir du frigo directement sur les paupières. | | | Coucou duchesse!
Depuis la MalaisieJe devais être au Japon mais voyage annûlé. J'ai transmis tes salutations au Mister | | | À: Mékong · 29 juillet 2018 à 17:40 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 25 de 35 · Page 2 de 2 · 588 affichages · Partager Il n’est pas 9 heures que la chaleur et son arsenal de degrés viennent déjà lézarder sur la capitale. Pris d’un désir suffoquant, le pays est depuis quelques jours la proie du soleil qui ne pense qu’au voyage incandescent.
Comme si la planète n’en était pas à une destruction près et jouait à ce jeu-là, immensément dangereux, de narguer les fatalités. En légende d’une photo publiée dans Libé : « Restes d’une voiture calcinée en Grèce ». Cadavres retrouvés enlacés dans leur maison. L’émotion est à son comble dans la presse internationale qui se dispute le bout du comptoir. Le feu ne connaît pas de limites, il les mange pour en inventer d’autres qu’il mange à son tour.
Journée de merde. Téléphone oublié. Ou perdu. Va savoir où... Comment fait-on sans ? Frigo en rade, à la bonne saison évidemment. Crève chopée la veille au bureau à force de clim dopée comme un cyclone. Le fromager du marché chez qui je suis passée prendre de la tomme du Jura en connaît un rayon. - Il faut les assainir régulièrement ces systèmes, sinon ça brasse toutes les saloperies possibles. Dans certains hôpitaux, les clims transportent les pires staphylocoques. Moi, c’est simple, la semaine passée, j’ai pas mis un pied dehors. Puis de me raconter comment sa belle-mère aurait assassiné son beau-père...
Alors un jour pareil, un zinc sans la taulière, c’est le risque lourd de la déception. On le sait mais on tente. L’endroit désert a des allures de crépuscule où le temps s’est arrêté. On croirait un saloon après l’apocalypse. Comme si tout était fossilisé, qu’il n’y aura plus jamais de lendemain.
Mais voilà l’Ambassadeur du Luxembourg en Chine qui débarque de nouveau avec la petite famille, dont la pétillante Mimi. Barbe de trois jours, amaigri, aussi sec qu’un lézard, le visage blanc panda. Il se pourrait que l’homme, à force de décalages horaires, ait perdu le nord, le sud, l’ouest et l’est tant qu’à faire... A moins que côtoyer abondamment un certain système de gouvernance et les politiques d’un pays et d’un parti dont le chef suprême surfe sur une côte de popularité de plus de 120% - c’est grosso modo ce qui est ressorti du dernier congrès national du parti en question - donne le tournis.
La clientèle restante se réduit à deux types avachis sur la banquette desquels émane un ennui sépulcral.
La barmaid qui remplace Karine a beau afficher un sourire à faire pâlir le soleil au zénith, il manque la bande son. Il manque le mouvement. Il manque une énergie folle, une flamme, des éclairs. Même le café a un goût de réticences.
Deux étudiantes, à moins que ce soit des lycéennes - difficile d’évaluer leur âge - squattent la meilleure table près du ventilo. L’une des biches raconte à l’autre les quelques anecdotes vécues dans la grande boulangerie, près de la poste centrale, qui l’emploie jusqu’à la fin du mois. Les clients qu’elle ne connaît pas, et pour cause puisqu’elle débute et qui, dès le premier jour, lui demandent de leur servir la même chose que la veille, l’uniforme craignos qui comprend le haut blanc et le pantalon noir mais ne tolère aucune fantaisie, pas même une fleur brodée au niveau de la cheville, le passage surprise et incognito du contrôle sanitaire après quoi la cheffe la somme de se débarrasser du bout de tissus qui lui sert de bracelet fétiche et ne la quitte plus depuis le concert auquel elle a assisté de Bruno Mars, la star idolâtrée depuis des années... Mais le pire, c’est le nettoyage des chiottes en fin de journée. | | | À: Intrankil · 24 septembre 2018 à 20:57 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 26 de 35 · Page 2 de 2 · 536 affichages · Partager C’est la plus grande place de la capitale d’un pays, mais on dirait la placette d’un village ou s’affairent dans la quiétude matinale quelques livreurs et quelques serveurs en terrasse. Le vent est mordant pour la saison ce qui ne décourage pas certains durs à cuire - bien décidés à faire un pied de nez au changement de saison, aux soirées qui sont déjà des nuits, au mercure qui fait le grand plongeon - à profiter en terrasse d’un soleil, même chiche, pour aborder le weekend.
Au marché, une touriste chinoise se fait remballer par le marchand de primeurs (un sosie ou une réincarnation de Galabru) « pas toucher ! » au moment où elle fait mine de s’intéresser à une pomme. La pomme luxembourgeoise est-elle si exotique que ça, alors que les étals de marchés chinois regorgent de fruits aux saveurs et aux textures les plus étonnantes ?
La rentrée scolaire a eu lieu en début de semaine et c’est l’affluence au café. Karine est tout sourire malgré l’abondance de clients à servir. Les places près des baies vitrées sont prises d’assaut de même que celles face au comptoir. Karine dit avoir passé de toniques vacances dans le Haut-Jura. Matinées consacrées au qi gong et l’après-midi à la rando. Elle est prête à remettre ça l’an prochain en Bretagne. Elle appréhende cette rentrée scolaire et espère que l’aîné des fistons ne la fera pas flipper comme chaque année en jouant les gros bras.
Dans le fond de la boutique, une tablée de séniors luxembourgeois tournent au café-jus d’orange et commentent stoïquement les nouvelles en première page du canard local, mais la cacophonie ambiante et leur accent m’empêchent de saisir leurs propos.
Non loin d’eux, un couple de personnes âgées échangent des regards aussi complices que gourmands en croquant dans un croissant, comme si un feuilletage 100% beurre était le secret de la longévité, de l’harmonie, de l’équilibre de la vie à deux, et la meilleure des médecines contre la résignation... Ils sont radieux.
A la table voisine de la mienne, une cougar, le nez à la Barbara Streisand, le cheveux fatigué par les oxydations à répétition et la poitrine généreuse mise en évidence par un décolleté incendiaire, raconte à un couple d’amis le weekend précédent qu’elle dit avoir passé dans un bled des Balkans où elle et son (visiblement beaucoup plus) jeune mari étaient invités à un mariage. Il est aussi taiseux qu’elle est vulgaire. - On s’est tapé tous les clichés possibles et imaginables ! La mariée qu’on achète et méconnaissable sous des couches de rimel, le prêtre qui embrasse trois fois les candélabres ou se prosterne à tout va (j’avais de l’herpès rien qu’à l’observer !), le futur époux beurré comme un coing, le kitch du restau, l’abondance des plats etc. Elle mime des épaules les danses orientalisantes. Les potes se gondolent et le jeune coq boit ses paroles.
Libé est ouvert à la page Monde. J’apprends que Madonna utilise la cour du Palais Pombal à Lisbonne où elle vit pour entreposer une quinzaine de ses voitures. Pendant ce temps, les palais et édifices historiques partent en déglingue faute de moyens pour les restaurer. Les vieux commerces du centre-ville, tailleurs, cordonniers ou autres, cèdent la place aux boutiques de conserves de sardines customisées ou aux boutiques de souvenirs où Pessoa est brocardé à toutes les sauces, sur des marque-pages, des mugs, des savons (et pourquoi pas sur du papier WC). L’augmentation vertigineuse des loyers poussent les Lisboètes hors du centre, mais déjà des associations se mobilisent pour tenter d’enrayer ce fléau. « Ô mer salée combien dans ton sel contiens-tu de larmes du Portugal ? » | | | À: Intrankil · 25 septembre 2018 à 21:43 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 27 de 35 · Page 2 de 2 · 513 affichages · Partager la suite en novembre? | | | la suite en novembre? 
Hello Pachyderme,
Je note que je ne suis pas attendue avant novembre...
L’ambiance du café en semaine, surtout au petit matin, me convient mieux que le weekend. Mais mon rythme professionnel m’empêche hélas de franchir la porte du bistrot aussi souvent que je le souhaiterais avec les débauchés dès "l’aube blanche et vermeille".
Les cafés de quartier (ou de village) sont des concentrés d’humanité qui nous permettent de continuer à croire que la solitude n’est pas une fatalité, que l’esprit peut être aussi givré qu’une vitre, qu’un coup de cafard ou une gueule de bois se soigne autrement qu’au plumard, que dans la brute assoupie, un ange peut se réveiller, que les conversations sont des poèmes... | | | À: Intrankil · 27 septembre 2018 à 23:13 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 29 de 35 · Page 2 de 2 · 474 affichages · Partager oups novembre c'est bien comme cela la seule pression que vous aurez sera sur le comptoir! (mais bon hein avant c'est mieux) Pessoa c'est le livre de intrankil lité? je préfère laspirine | | | Pessoa c'est le livre de intrankil lité?
D’après certains connaisseurs, le terme inquiétude correspondrait mieux au titre original que le néologisme intranquillité. Le bouquin a d’ailleurs été retraduit. Il paraît que Pessoa considérait la vie comme une auberge. Lui qui se décrivait comme un « hystéro-neurasthénique fondamental » disait voyager dans sa tête. C’est beau, non ? Je trouve que Le livre de l’intranquillité un des plus beaux livres de chevet qui soit. Non pas qu’il favorise l’endormissement, mais il peut être ouvert puis refermé, puis rouvert. Au contraire, « l’alcool des mots » est grisant. Il faut laisser la prose - somptueuse - décanter. C’est pas de la brève de comptoir...
Livre ? L’ivre ?
Le bistrot lui aussi peut devenir jeu de miroirs. Le charme opère quand l’ambiance est effervescence mais aussi quand, dans la vacuité d’un après-midi, l’ordinaire reprend le dessus. L’alchimie des personnes agit comme un catalyseur, leurs contradictions montent à la tête comme de la gnôle. Les styles diffèrent et s’entrechoquent. La verve crue de l’ado qui évoque son prof préféré (« sa mère la pute »), les considérations philosophico-mélancoliques de l’habitué qui fréquente le quartier depuis trente ans (pendant que sa dame se cogne le marché), les coups de gueule ou les éclats de rire de la taulière (aussi fréquents que les pulsions cardiaques), les frilosités de l’électeur dont l’esprit rétrécit à l’approche des élections législatives (qui se tiendront dans deux semaines au Luxembourg), le sarcasme d’une Karine (ce matin même) conseillant à une cliente qui s’agace que son téléphone ne marche pas : « en général, si vous le menacez de passer par la fenêtre, vous allez voir, il va remarcher... ». La cliente obtempère pour rire... et l’engin fonctionne à l’allumage ! | | | À: Intrankil · 29 septembre 2018 à 22:46 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 31 de 35 · Page 2 de 2 · 448 affichages · Partager vous me donnez l'idée qui remonte mon moral au dessus des chaussettes: je me promet de lire ce livre au fond du café du village voisin (une demie heure de marche), de toute façon les gens je comprend rien quand ils parlent (pas besoin de prendre l'avion, pas de taxes carbone) et si il y a de la poésie qui surgit je noterait; pas d’élection en vue au pays.. et beaucoup de travail pour l'alchimie j'ai la vision fermée par des portes claquées; à chacun son bar | | | la suite en novembre? 
Hello Pachyderme, le bulletin caféiné de novembre est livré avec un peu d’avance...
Dans le flamboiement du bel automne, de grands portraits photos en noir et blanc d’une grave sobriété sont exposés par une ONG sur la place principale, confrontant le passant à la réalité de la guerre et rappelant que les victimes de mines et d’autres barbaries ont des visages. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants qui fixent l’objectif avec une innocence crépusculaire. Leur beauté tragique fige celui qui prend le temps de les regarder et conscience de ces destins brisés au beau milieu de la vie.
Au marché, la campagne électorale bat son plein une semaine avant l’échéance. Le tentation du repli identitaire est perceptible sur certaines affiches qui promettent l’avenir en luxembourgeois alors que d’autres prônent le vivre ensemble. Le parti qui caracole en tête des sondages annonce quant à lui avoir un plan, sans préciser s’il y a aussi un plan B pour le cas où celui-ci foirerait. - De toute façon, y’a pas un candidat pour rattraper l’autre ! s’agace un jeune qui est entré en trombe dans le café bondé, son vélo pliable sous le bras, et trempe les lèvres dans un capuccino brûlant. Sa copine, une biche timide, semble ne pas avoir d’opinion sur rien. Les deux autres comparses donnent leur avis, mais le brouhaha de la machine à café lancée à toute vapeur couvre leurs réponses.
Une Portugaise, aussi longiligne et élégante qu’Audrey Hepburn, commande un sandwich fromage-confiture. La taulière ne semble pas surprise outre mesure. Elle lui apporte avec ça un café au lait et lui confirme que ses gosses dorment encore. - C’est toujours ça de gagné sur les emmerdes...
Le prof, un habitué des lieux, se lève pour aller régler sa note au comptoir. D’humeur caustique, il confie à son pote que Karine est gentille en ce moment avec lui. En temps normal, il a le droit, une fois par an, de renvoyer un café parce qu’il n’est pas bon, sans quoi il est puni, privé de croissant et doit se lever plus tôt pour trouver un petit-dej.
J’ouvre Libé et découvre l’interview de Jon Kalman Stefansson à l’occasion de la sortie de son dernier livre Asta. Je découvre sa gueule magnifique en grand format. Barbe rousse du viking islandais qui dégaine un crayon à papier en guise de glaive et un regard lagon bleu-saphir tout en introspection. « L’écriture, c’est un paradoxe, c’est pour ça qu’elle est si puissante. Le puits profond de la poésie et de l’écriture se trouve dans le subconscient ». | | | bonjour Aspirine, et bien Babélio me livre ça: "Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon. certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires." c'est une phrase sortie du livre "entre ciel et terre" de l'auteur islandais dont tu parles (des cohortes de sauveurs, c'est joli, et ça empiète pas sur ton mare au café  .. à un moment j'avais écrit sur un bout de papier les premières phrases de tout les romans que j'aimais, c'était chouette comme les bout de phrases d'inconnus qu'on capte dans la rue et qui font mystérieusement écho) | | | bonjour Aspirine, et bien Babélio me livre ça: "Certains mots sont des balles de fusil, d'autres des notes de violon. certains sont capables de faire fondre la glace qui nous enserre le cœur et il est même possible de les dépêcher comme des cohortes de sauveteurs quand les jours sont contraires." c'est une phrase sortie du livre "entre ciel et terre" de l'auteur islandais dont tu parles (des cohortes de sauveurs, c'est joli, et ça empiète pas sur ton mare au café  .. à un moment j'avais écrit sur un bout de papier les premières phrases de tout les romans que j'aimais, c'était chouette comme les bout de phrases d'inconnus qu'on capte dans la rue et qui font mystérieusement écho)
Avec le viking à l’aura aussi saisissante qu’une aurore boréale à fort pouvoir magnétique (calmons-nous...), on frise la transe à chaque coin de phrase tant son écriture est puissante. Entre ciel et terre fait partie d’une trilogie. Autant te dire que si tu t’enfiles les trois romans les uns après les autres, le risque que ton cerveau court-circuite est augmenté.
Toute intrusion est non seulement bienvenue mais total raccord. Elle est chouette, cette idée de noter les premières phrases de romans marquants. Coïncidence, j’ai offert tout récemment à ma fille un petit bouquin : La première phrase. 599 incipit ou façons d’ouvrir un livre paru chez Points. L’auteur, Elsa Delachair, les a organisées avec espièglerie et drôlerie.
J’ai un faible pour le chapitre « net et efficace » avec en exemple la première phrase d’Ebène de Ryszard Kapuschinski : Premier choc : la lumière.
Dans la catégorie « l’aventure c’est l’aventure », voici la première phrase d’American Darling, le premier roman qui m’a fait tomber raide barje de Russell Banks : Après bien des années où j’ai cru que je ne rêvais de plus rien, j’ai rêvé de l’Afrique.
Pour finir, forum de bourlingue oblige, impossible de passer à côté de la première phrase de l’Usage du monde de Nicolas Bouvier (répertoriée dans « entrée en scène et en matière ») : Minuit sonnait quand j’arrêtais la voiture devant le café Majestic. | | | ah et bien puisque tu m'autorises et que le temps presse, je m'empresse de faire la pub pour un doc de voyage qui passe à Paris samedi soir prochain et que j'ai vu par hasard et dont voici le lien www.cestassezbiendetrefou.com/ la fin du film résonne comme un étendard, magique, un effet papillon avec des containers, trop folle la vie | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 13 054 visiteurs en ligne depuis une heure! |