Intrankil · 17 novembre 2016 à 18:27 · 4 photos 35 messages · 5 participants · 1 950 affichages | | | | 17 novembre 2016 à 18:27 · Modifié le 17 nov. 2016 à 18:42 Mare au café ( Luxembourg ville) Message 1 de 35 · Page 1 de 2 · 1 190 affichages · Partager La patronne, une pétillante brunette au regard arabica, est en verve ce matin. Au facteur qui lui demande une signature : - Non, pas besoin de hublots. C’est une des rares choses que ma mère ait réussies. J’ai plus de dix à chaque œil, j’aurais pu être pilote de chasse...
Deux minutes plus tard, elle embraye sur le sujet number one au hitparade des conversations grand-ducales, les bouchons. Elle s’adresse cette fois à un habitué, sans doute un ouvrier occupé sur un chantier voisin. Tignasse explosée, la gueule enfarinée, vautré sur le zinc, il n’a pas pris la peine d’enlever sa doudoune fatiguée pour engloutir un jambon-beurre-cornichons-moutarde qu’il arrose avec des cafés serrés. Au quatrième petit noir, il donne son avis sur la question : - Moi, j’me fais baiser si je pars après six heures moins le quart. Il suffit d’un accrochage et tout est bloqué sur l’A31. Mais le temps passe : - Allez, j’dois du temps à des gens, ça s'appelle l’esclavage... Son voisin et collègue n’a pas pipé mot jusque là. Il se lève pour passer à la caisse et brandit L’essentiel, le quotidien gratuit : - Karine, regarde, aujourd’hui le café est gratuit, c’est marqué dans le journal !
Une Française, sans doute échappée d’une pub pour Europe Ecologie-Les Verts, la trentaine chatoyante, arborant une crinière aux reflets ambrés, pull en laine pesto basilic et pantalon en velours côtelé granny smith, commande un lait de soja. Elle raconte à sa copine ou collègue que, depuis qu’elle a lu dans un journal qu’un Américain avait soigné son cancer métastasé en phase terminale en prenant tous les jours du bicarbonate de soude mélangé à du sirop d’érable alors que, même la chimio ne pouvait plus rien pour lui, elle avale cette mixture tous les matins au petit dej’. - Si t’as pas de sirop d’érable, le miel ça le fait aussi. - T’as un cancer en phase terminale ? s’inquiète l’autre biche. - Non, mais à titre préventif... - Moi, mon gynéco m’a dit que les femmes en manque de vitamine D étaient plus sujettes au cancer du sein que les autres. En même temps, si t’as des carences, peu importe lesquelles, tu peux te choper tous les cancers. - Le mieux pour que l’organisme absorbe la vitamine D au maximum, c’est de prendre le soleil entre 11h et et 15h. Mais bon, en même temps, si tu t’exposes trop, bonjour le cancer de la peau... La conversation ne tarit pas. Il est ensuite question d’un gloss-lèvres à base de potiron, idéal pour affronter hiver.
Un retraité trace des cercles sur le sol avec sa canne. Il explique à la patronne qui lui a demandé en allemand s’il ne voulait pas se laisser tenter par le dernier croissant restant que, si elle n’y voit pas d’inconvénients et si elle ne parle pas luxembourgeois, il préfère lui répondre en français : - Le luxembourgeois, je le comprends mais je ne le parle pas. C’est de la faute aux Luxembourgeois, on nous adresse toujours la parole en français ou en allemand ! - Chez moi, du temps des Boches, on nous forçait à parler allemand... Alors on parlait français en cachette à la maison.
La causette prend un virage à 180°. Il est alors question des jeunes et du système scolaire français.
- Je reconnais que mes fils font souvent les cons et sont flemmards. Je sais que je devrais être plus sévère avec eux, mais j’y arrive pas... Mais alors, dans leur collège, ils sont tout le temps au taquet, y’a un de ces stress ! Les profs ne leur transmettent plus aucune valeur. D’ailleurs, on dirait que, s’ils pouvaient mettre un rideau entre eux et les élèves, ils se sentiraient mieux. De mon temps, les profs savaient se faire respecter et s’impliquaient beaucoup plus. Ils organisaient même des ateliers qui fonctionnaient sur la base du bénévolat. Mais maintenant, y’a plus d’absentéisme chez les eux que chez les élèves !
Les deux ouvriers n’ont toujours pas pris la tangente. Il faut dire que le spectacle de la rue n’invite pas à sortir. Brume, pluie, buée. Un temps de plombier zingueur. L’hirsute demande à la patronne si elle veut toujours changer sa serrure, parce qu’il connait un système blindé de chez blindé, quasi inviolable. La réponse est couverte par les décibels de la radio poussée à fond. Un chanteur égrène en allemand des initiales et des acronymes sur un rythme hiphop... RAF LSD und FKK HNO EKG und AOK... Au dernier refrain, HSV, VfB rime avec olé, olé** (...)
- Les assurances, non merci. Dès que j’ai un problème, y’a jamais personne qui rembourse. La protection juridique, elle sert à rien. Tous les mêmes connards !
** Traduction : RAF : Fraction Armée Rouge LSD : stimulant non dérivé du café FKK : camp de naturistes HNO : ORL EKG : électrocardiogramme AOK : Assurance maladie HSB : club de foot ( Hambourg) VfB : club de foot ( Stuttgart) Olé olé : olé olé | | | À: Intrankil · 18 novembre 2016 à 14:08 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 2 de 35 · Page 1 de 2 · 1 160 affichages · Partager Récit très sympa. J'adore les brèves de comptoir et les brèves du marché | | | Récit très sympa. J'adore les brèves de comptoir et les brèves du marché
Merci, Christian, pour le commentaire très sympa.
Et moi j’adore les comptoirs, les zincs, les cafés où on vient rincer ses habitudes, les bistrots pleins à craquer qui se cachent derrière les vitrines embuées, les troquets où les chauffages distribuent un peu de chaleur à tout ce qui a froid quand l’automne commence à n’en faire qu’à sa tête, les endroits où on parle, on rit de vive voix, on râle, on gueule, on boit un verre de vin (jamais le dernier). Peu importe le moment de la journée, quand un café serré est à portée de main ou quand les lèvres se noient dans un ballon de rouge, en semaine quand les costards Armani côtoient les bleus de travail, ou le weekend quand le public regarde le temps passer (de préférence celui qui est déjà passé...)
La patronne du café en question, Karine, est une Française, frontalière, énervée, agitée, exaspérée, bref sans cesse au bord de la crise de nerf, qui ne fait ni dans la coquetterie ni dans la fausse modestie, mais toujours prête à dépanner en cas de coup dur. Ya parfois tellement d’humanité planquée derrière des barbelés...
La brève du jour... ma voisine de banquette, une quinqua, gélatineuse, voix de loukoum, doit être prochainement hospitalisée. Elle se fait un sang d’encre pour son mari. Elle en fait part à sa fille, aussi élancée qu’une brochette, qui n’a pas la langue dans sa poche : - Oh écoute, ça va pas le tuer de se faire une fois à manger, lui qui n’a jamais rien foutu de toute sa vie ! Et puis, il va vite se rendre compte qu’il faut même pas de cerveau pour faire la cuisine et ranger deux casseroles...
PS. Chaque pensée devrait rappeler la ruine d’un sourire (brève de comptoir signée Cioran) | | | Et en plus, c'est bien écrit. Les belles plumes se font rares sur ce forum | | | Les belles plumes se font rares sur ce forum
Nom d’un boit-sans-soif, vous faites partie de l’espèce des bipèdes matinaux !
De Cléricy manque infiniment. Je faisais partie de ses inconditionnelles. D’autres aussi... Il y a encore quelques plumes très bien affûtées si on prend le temps de farfouiller et de lire certains textes.
J’suis passée au café après le marché, feuilleter le canard et prendre le pouls de la journée.
Excepté une plantureuse poupée affublée d’un manteau en poils de babouin (à moins que ce « soye » du panda, blanc et noir en tout cas), perchée sur le toit du monde des escarpins qui embaumait à vingt mètres à la ronde et tenait le crachoir à son canidé tout en sirotant un chablis, un pauvre bougre tout droit sorti d’un bois ou de la période australopithèque n’osant sans doute pas s’adresser à d’autres êtres humains et se faisant donc la conversation à soi-même, un jeune couple qui communiquait par iPhone interposé, un vieux monsieur arborant une cravate jaune Amora sur une chemise à rayures blanches et bleues entièrement absorbé par les mots fléchés du jour, et trois quadras luxembourgeois issus des beaux quartiers qui planifiaient leur prochain séjour dans une station de sports d’hiver française les uns penchant pour Val d’Isère les autres pour La Plagne, l’ambiance était aussi déprimante qu’un périph un jour de pluie...
La chef d’orchestre n’était pas là. Sans elle, pas de grand branle-bas. Il paraît qu’elle déménage ce weekend, quitte la France qui la fait sortir de ses gonds pour revenir s’installer au Luxembourg. Elle a signé le contrat de bail sans même avoir vu l’appart...
Le fragment du jour, capté au sortir des toilettes : « Je suis contre toutes les religions... Mais on a beau dire, l'Islam ne fait de bien à personne... » | | | À: Intrankil · 19 novembre 2016 à 17:44 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 6 de 35 · Page 1 de 2 · 1 099 affichages · Partager Non, pas si matinal que ça, mais je suis en voyage en Inde et 4h30 plus tôt qu'en Europe
Pour rester dans les brèves, une entendue l'été dernier en Auvergne :
"-Les gendarmes, ils m'ont fait souffler 3 fois dans le ballon ce mois-ci -Faut dire qu'avec tes 1, 5 grammes l'an dernier, ils t'ont repéré -Non, moi je vous dit que c'est du harcellement" | | | À: Intrankil · 19 novembre 2016 à 19:27 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 7 de 35 · Page 1 de 2 · 1 094 affichages · Partager joliment écrit! et sans jugement, j'aime bien | | | Un régal
Une boîte de madeleines de Proust qui me sont tombées de l'etagere particulièrement de mes fréquentations assidues d'un bougnat rue Popincourt, ou, plus au sud, des bistrots pratiquant la baise de Fanny dans les vapeurs anisés. Merci Malheureusement en Thaïlande, point de cafés du commerce ou des platanes (*) quelques coffee-shops a bouquins / zique du monde, a la clientèle intimiste et, majoritairement des "choses" qui se nomment starbuck ou similaire Ou l'activité principale est l’œil rivé a son aïe-Phone wifisé, sans l'espoir d'une minuscule brève de comptoir juste de quoi inspirer une photo ratée (*) en compensation des sourires a la pelle Image attachée: | | | Non, pas si matinal que ça, mais je suis en voyage en Inde et 4h30 plus tôt qu'en Europe
Pour rester dans les brèves, une entendue l'été dernier en Auvergne :
"-Les gendarmes, ils m'ont fait souffler 3 fois dans le ballon ce mois-ci -Faut dire qu'avec tes 1, 5 grammes l'an dernier, ils t'ont repéré -Non, moi je vous dit que c'est du harcellement"
Ah alors, je comprends mieux... C'était carrément la grasse mat'. Fainéant !
Depuis là où vous vous trouvez, le ciel luxembourgeois doit vous paraître bien cendré. Et comme le souligne Obeo plus bas, les territoires où croiser des sourires et des mains ne doivent pas manquer.
Excellent, le coup du harcèlement. Effectivement, plus ça pochtronne, plus on a de chances d’avoir droit à un festival...
A propos de lève-tôt (et d'ivrogne), je me rappelle le post-it que j’avais trouvé au réveil sur la table de la cuisine de la grande maison familiale dans une région cousine de l’ Auvergne, le Jura : "Pensez à me réveiller pour l’apéro". Apéro qui se prenait rituellement, ça va sans dire, au café du coin. Il a été encadré celui-ci ! et a eu sa place pendant longtemps dans la cuisine. Le billet d’ailleurs été récemment restitué à sa digne propriétaire...
C’était la séquence "Madeleine proustienne" du jour sachant que le café n’ouvre pas ses portes aujourd’hui. Il y a bien le deuxième repère, le plan b, la solution de repli quand le bistrot de Karine est bondé ou fermé... mais l’humeur est plutôt à la crapahute chlorophyllée.
PS. Magnifique votre site photo ! | | | joliment écrit! et sans jugement, j'aime bien
Merci Pachyderme.
Oui peu importe, cuisine, lessive, tricot, macramé, promenade... certaines banalités revêtent une toute autre importance dans des lieux de partage aussi confinés. | | | Un régal
Une boîte de madeleines de Proust qui me sont tombées de l'etagere particulièrement de mes fréquentations assidues d'un bougnat rue Popincourt, ou, plus au sud, des bistrots pratiquant la baise de Fanny dans les vapeurs anisés. Merci Malheureusement en Thaïlande, point de cafés du commerce ou des platanes (*) quelques coffee-shops a bouquins / zique du monde, a la clientèle intimiste et, majoritairement des "choses" qui se nomment starbuck ou similaire Ou l'activité principale est l’œil rivé a son aïe-Phone wifisé, sans l'espoir d'une minuscule brève de comptoir juste de quoi inspirer une photo ratée (*) en compensation des sourires a la pelle
Merci, cher vous.
Effectivement, la frustration est parfois grande quand il s’agit de trouver un refuge en voyage. Au Moyen-Orient, excepté dans certaines capitales, le café est une affaire d’hommes, ce qui, j’en conviens, ne m’empêche aucunement d’investir les lieux.
J’ai le souvenir d’un café fabuleux à quelques encablures de la Mer Caspienne, dans un bled de montagne iranien enfoui sous des mètres de neige. Ca clopait dur et jacassait à plein régime aux abords du poêle jusqu’à ce que je débarque. Le silence a pesé vingt longues minutes, le temps de piger que mon foulard avait glissé. L’incident clos, la vie a repris son cours et à partir de là, il a été possible de capter l’air du temps et de se mêler à la discute et aux rires (avec les mains et les pieds). Il y avait certainement des brèves inédites à moissonner, vu les gueules divinement impayables de certains piliers de bistrot (photos jointes).
Votre témoignage de la Thaïlande, et la photo qui l'accompagne, confirment ce que j’ai pu constater en Chine, où je suis retournée cet été, trente ans après mon premier voyage. Hallucinant de voir à quel point "l’aïe-Phone" (j’adore !) est devenu le prolongement de la main et du cerveau de toutes les générations confondues. Que d’esprits rétrécis... Ni respirations, ni essoufflements, ni agitation, ni poussements de gueule, ni sourires, pas une voix pour dire ce qui se dit...ou ne se dit pas. Images attachées: | | | À: Intrankil · 20 novembre 2016 à 10:57 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 12 de 35 · Page 1 de 2 · 1 034 affichages · Partager longtemps je me suis couché de bonne heure.. (proust) ( (que j'ai jamais lu)) la réalité nous agrandit quand on se pose en observateur en Thaïlande il doit bien y avoir des endroits où les gens du coin se réunissent même si c'est pas des cafés? non? | | | À: Intrankil · 20 novembre 2016 à 13:12 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 13 de 35 · Page 1 de 2 · 1 022 affichages · Partager Et encore : "-Dis donc, vous avez pris 7-0 dimanche, vous aviez fait la java la veille ? -Non, c'était l'arbitre" | | | en Thaïlande il doit bien y avoir des endroits où les gens du coin se réunissent même si c'est pas des cafés? non?
un exemple non exhaustif et surprenant pour un occidental vers les grandes et moyennes villes: Les monstrueux lotissement a plusieurs dizaines de maisons toute faites dans le même moule vu du ciel, c'est mignon De la route fait un peu stalag Et puis de l’intérieur, pour peu que l'on y séjourne, une vrai vie de village est présente avec l’aménagement de structures collectives ou privés espace aménagé avec (et gratuit) toutes sortes d'instruments de torture anti-calories-cellulite les dames jeunes et moins jeunes adorent venir y cancaner en fin d’après-midi
idem pour l'espace tobogan, tourniquet, balancoire, zone bla-bla pour jeunes mamans Dans des maisons fleurissent: des petit restau/plat du jour ou là aussi les nouvelles vont bon train et sont colportées occasionnellement dans les chaumières voisines par la cuisinière qui livre aussi a domicile Incontournable aussi la petite épicerie/bazar ou là, souvent ce sont les hommes qui viennent y refaire le monde en consommant des spécialités locales qui délient les langues et rende le retour difficile pour cause de maisons identiques (ça c'est l'excuse officielle) le mécano/magicien réparateur des pannes courantes ou improbables, ouvert 7/7 -365 jours par an là aussi réunion masculine mais, moins de retours difficiles, quoi que, les paris sur tout, suscitent parfois des explications financières orageuses avec madame Et bien sur salon de massage, coiffeur, etc... En bref, ça vit ! | | | salut! délie nous leur langue si tu la comprend parce que c'est un vrai mystère, et les paris sur quoi?? | | | Amélie, haute comme un demi-tabouret de zinc, pantalon de ski couleur Hello Kitty, porté façon ultra girly sur les hanches, alors que le pull col roulé blanc immaculé (pour combien de temps encore ?) fait ressortir le léger et innocent arrondi du petit ventre, fait son entrée dans le café et l’ambiance morose d’un samedi matin enfloconné se transforme en sketch technicolor. Les parents, des habitués, suivent à demi essoufflés, plient la poussette dernier cri, secouent leurs bottes en entrant et lancent un Moien ! à la cantonade.
Karine s’extrait de derrière le comptoir pour aller saluer la stroumpfette et sa poupée Lavandine. Amélie fait mine de prêter son doudou mauve à Karine, mais il semble que cet effort lui en coûte, quelque chose de l’ordre d’un dépassement de soi... - C’est qu’elle vous fait confiance, commente la mère, look vintage, parce qu’en général, elle ne la lâche pas, sa poupée.
Mais Karine a un croissant au beurre dans la main et ce n’est plus le moment de tergiverser. Lavandine est lâchée sans remords sur le comptoir. - Aaaaaah, les bons croissants de Karine, il n’y en a pas de meilleur ! ajoute la mère.
La gamine défile dans le café, tantôt ralentie par la timidité, tantôt poussée par la curiosité. Coutumière des lieux, elle lorgne vers les sous-tasses que Karine a pour habitude de garnir d’un chocolat belge en servant le café. Je n’ai pas touché au mien mais je suis aimablement remerciée par la maman lorsque je le fais mine de le lui proposer.
- C’est gentil mais elle n’a droit qu’à un demi-chocolat par jour et le quota est déjà atteint. Et il n’est que 9 heures ! Le père plonge le nez dans le canard local et son croissant dans le capuccino. - C’est calme, on dirait, cette semaine, fait remarquer la femme tournée vers le bar. - Oui, La semaine passée aussi, vu que les magasins ouvraient le dimanche, les gens ont préféré venir le dimanche. - Au fait, vous avez vu, il parait que le magasin Desigual de la Grand-Rue va fermer... - Ah bon... bof, on peut pas dire que ça va me manquer. C’est too much pour moi, pas mon genre, toutes ces couleurs criardes. - Moi non plus, dit la mère, mais c’est bien le signe que le Luxembourg va mal...
Sur ce, Karine reprend la conversation qu’elle avait en cours avec sa collègue portugaise lorsque la famille luxembourgeoise a fait irruption. Il est question de sa progéniture. Ses fistons semblent ne pas filer de bien meilleur coton qu’en France depuis qu’ils ont déménagé au Grand-Duché. L’aîné a dernièrement séché les cours du collège pour taper la glande en ville et ne s’intéresse qu’aux mangas.
- Les profs vont me déglinguer... aurait-il dit à sa mère en la suppliant de lui faire un mot d’excuse. - T’as quoi comme excuse ? - Aucune... - Je te préviens, tu vas finir par aller dans une école spécialisée si tu continues à traîner avec ton pote, le pt’it black, au lieu d’aller en cours. - C’est quoi une école spécialisée ? - C’est une école pour les pt’its cons comme toi ! - Oui mais la prof nous a dit « on en a marre de vous deux », alors on s’est cassés...
Sa collègue, toute oreille, fait remarquer : - Ouais, c’est comme ça, les écoles de Luxos. S’il aurait été dans une école française, ça serait pas arrivé. Y fait sa crise d’adolescence, ça va lui passer... - Sauf qu’il fait sa crise depuis qu’il a 8 ans. Et qu’il n’en a que 13. C’est un peu tôt pour une « crise d’adolescence » !
A une table voisine, devant la baie vitrée, un couple de quadras sirote un café. Elle feuillète Libé alors qu’il consulte son Iphone. Elle interrompt sa lecture pour décréter qu’il est temps de lever le camp, parce qu’elle aimerait encore passer chez Zadig & Voltaire, essayer de faire enlever ce foutu antivol que la vendeuse parisienne a oublié sur le jean qu’elle a acheté la semaine précédente et qu’elle rêve enfin de porter. Il lui montre alors sur son Iphone une vidéo sur Youtube où il est expliqué comment se débarrasser de ces engins sans dégâts (ouverture de capsule d’encre indélébile et autre pièges). Mais il se résigne quand elle décrète que c’est trop risqué et qu’elle a plus confiance dans l’expérience d’une vendeuse qu’en Youtube... et surtout qu’en ses talents de bricoleur. | | | perdu
HSV et non HSB le club mythique de Hambourg celui de Kaltz, Magath et Hrubesh le Hamburg SV
Ok pour mardi midi le Pailleron ? | | | À: Mékong · 25 février 2017 à 21:44 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 18 de 35 · Page 1 de 2 · 817 affichages · Partager Au temps pour moi... Je touche pas une bille en foot, te fais donc confiance. Merci pour le tir de rectification.
Merci également pour ces belles (et trop éphémères) retrouvailles, Montée de la Grande Côte, dans le petit bouiboui libanais. A recommander pour sa simplicité et sa fraîcheur. La Mama en cuisine est authentique. Les fallafels y sont croquants et goûteux, les aubergines fondantes et le tout plutôt bien épicé, les prix modérés...Petit havre oriental à ne pas manquer, surtout s’il s’agit de prendre des forces avant de grimper à la Croix-Rousse (ce qui n’était pas notre cas, puisque nous nous complûmes dans l’immobilité). Manquait plus que l’arak pour fêter l’instant ! Merde, t’as quasiment pas pris un cheveux gris ! C’est le Vélo’v qui maintient en forme ?
Deux jours plus tard, au terme du marathon gastronomique dont je t’ai causé**, j’ai eu l’occasion de me régaler d’une purée d’aubergines au cumin, d’une salade de fèves croquantes et d’un tajine de poisson (un beau morceau de merlu parfaitement cuit) et de légumes (dont des artichauts délicieusement parfumés) dans un restau marocain que je te recommande si tu le connais pas encore. Il s’agit de l’Orange à la cannelle, situé Rue de Bourgogne (Métro Gare de Vaise, tu sais, à deux pas de là où on avait vu les Chats persans en plein air). Mes frangines, elles, se sont rempli la panse d’un excellent couscous. Semoule tout en légèreté, texture subtile, parfumée, impeccable, même si aucune de nous n'est une connaisseuse expérimentée de la cuisine marocaine (qui ne sert pas de couscous dans les restaus d'ailleurs, si je n'm'abuse)....
J’ai voulu commander du pinard pour accompagner le « j’ai une nouvelle à vous annoncer, non je suis pas enceinte, non je vais ma me marier mais... ». Mines dépitées quand la serveuse nous a appris que l’endroit ne servait pas d’alcool. Disons que le thé à la menthe nous a permis de trinquer lucidement... Excellent rapport qualité prix en tout cas.
** et pédestre... puisque parcouru notamment à pattes les quais de Saône depuis l’Ouest-Bocuse jusqu’au musée gallo-romain - ‘videmment sans prendre le funiculaire ! - table claudienne, mosaïque de Bacchus partant à la conquête de l’ Inde etc., nième visite de la Basilique de Fourvière, généreux détour près des Terreaux par un magasin de pompes italiennes - même pas soldées - et retour.
PS. Outre le Wajdi Mouawad, ai aussi pris à la librairie un roman soudanais Le Messie du Darfour d’Abdelaziz Baraka Sakin. Te le passerai ou te l’envoie dès que lu si tu veux, toi qui voyages en Afrique par la lecture. | | | Ben zut alors J'avais ramené une bouteille d'arak, de l'est de Bali.... En tout cas, quel plaisir bien que ce soit des retrouvailles toujours trop courtes pour nos bavardages. Dis donc, tu devrais te reconvertir en critique culinaire ! En te lisant, ça donne envie de tester ce restaurant. Je l'ai noté dans un coin de ma tête pour une prochaine fois.
Le dernier roman africain que j'ai lu est celui d'Emmanuel Dongala (Congo) "Photo de groupe au bord du fleuve", sur la condition des femmes en Afrique. Très bien. Je te recommande tout ce qu'il a écrit. Là j'ai vu qu'il vient de publier un nouveau roman "La Sonate à Bridgwater".
Bon retour chez le grand Duduche. | | | À: Mékong · 4 mars 2017 à 21:15 Re: Mare au café ( Luxembourg ville) Message 20 de 35 · Page 1 de 2 · 764 affichages · Partager Karine est capable d’engueuler le vent qui passe... Elle semble encaisser les torgnoles que lui réserve la vie et les transformer en caresses. Elle raconte aux habitués ses embrouilles avec un sourire qui remonte jusqu’aux oreilles. Ce matin, elle s’adresse à un type, la gueule chiffonnée, qui s’apprête à partir après avoir descendu en moins de deux son café au comptoir et parcouru les titres d’un des journaux mis à disposition par la maison. - Vous êtes bien garé aujourd’hui ? demande-t-elle - Oui, pourquoi ? - Parce que y’a la Terreur à queue de cheval qui rode ce matin... Ma voiture a été embarquée à la fourrière le mois passé. J’étais pas à jour avec le contrôle technique. Finalement, vous savez ce que j’ai fait ? Je l’ai laissée en dépôt-vente. Mon fils m’a dit, mais t’es folle, maman ! Je lui ai dit que je s’rais folle si je la ramenais en ville. Finalement, je loue une voiture une fois par semaine pour aller voir ma grand-mère en France, ça me revient bien moins cher.
Vingt minutes plus tôt, à une des clientes qui s’enquérait de ses démêlés avec l’école où sont scolarisés ses gamins, elle racontait le conseil de discipline, les rendez-vous avec l’assistante sociale et les séances hebdomadaires chez la psy comme d’autres racontent leur soirée télé...
Demain, le pays fête Buergbrennen, la Fête des brandons qui marque la fin de l’hiver. Les piafs en ont ras le bec du silence. Une éclaircie réchauffe le café au travers de la grande baie vitrée. A ce rythme, le printemps peut même ambitionner de revenir au Luxembourg. On espère de la lumière et, comble de présomption, du soleil qui fasse fondre le plomb du ciel. La mère d’Amélie dit que son chat sort lentement de sa léthargie. Il se faufile par la chatière le matin aux alentours de 4 heures. Amélie, elle, semble tout droit sortie du bagne, avec son pull à rayures jaunes et grises. Elle a débarqué en trombe, comme à l’accoutumée le samedi, ses bouclettes châtain clair et ses grands yeux acidulés en guise de bonjour. Karine lui avait mis le dernier croissant de côté. Elle le trempe dans son yaourt pendant que sa mère évoque avec enthousiasme les cours de tricot que donne une retraitée américaine pour arrondir ses fins de mois.
Faute de croissant, la papy de la table voisine doit se contenter d’un chausson aux pommes. Ce n’est pas son jour. Il confond le sucre et le lait et la moitié du sucrier se déverse dans sa tasse. La patronne propose de lui apporter un nouveau café.
Une table plus loin, près de la porte d’entrée, deux femmes d’un âge mûr jacassent à plein régime sans prendre le temps de respirer. C’est à se demander si elles se comprennent, elles parlent en même temps. L’une porte un blouson en cuir noir cintré, l’autre n’a pas jugé bon d’enlever son manteau en peau lainée beige aux manches trois-quarts. A croire que les avant-bras ne sont pas concernés par le froid hivernal, à moins que le cuir d’un daim n’ait pas suffi... Elles sont en train de se plaindre des misères que leur font leurs aide-ménagères respectives lorsqu’elles se font apostropher par une cliente qui paraît sur le point de sortir. Il est question du tabloïd allemand Bild que l’une d’elles a à peine ouvert, faisant mine de parcourir les légendes photos. La dame arbore un futal de rando élimé et une polaire tout aussi fatiguée, elle se dit soixante-huitarde. A priori, elle n’a plus coupé ni lavé ses cheveux depuis mai 68... - Bild, c’est de la merde, décrète-t-elle d’une voix rocailleuse, la clope au bec prête à être allumée. Vous feriez mieux de lire autre chose !
L’effet de surprise passé, les deux pipelettes ne se formalisent pas plus que ça, et les bavardages reprennent de plus belle.
C’est l’heure de pleine effervescence. Il se dégage de ce café sans concept particulier, ni branché ni vraiment populaire, dans lequel on entre par habitude, poussé par la soif ou les caprices météo, une ambiance certes impersonnelle mais décontractée et attachante. | Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 9 408 visiteurs en ligne depuis une heure! |