Le moment est venu pour apporter un peu de lumière sur le terme «
Chine ». Il dérive probablement de la dynastie
Jin. Il y a une certaine ironie quant à l’usage du terme «
Chine ». Qu’on y pense un peu ! Les Mongols, qui avaient donc renversé les Jin, donnaient ce nom à la partie de la
Chine qu’ils ne contrôlaient pas (initialement). Les Mongols avaient donc fait l’amalgame entre Chinois et Jin, alors que les Jin étaient des Jurchen, donc les ancêtres des Mandchous qui plus tard, sous la dynastie Qing, allaient maintenir les Chinois Han sous une domination répressive, par exemple en leur imposant le crâne rasé et le port de la fameuse natte. (Vous suivez toujours?

)
Il y a d’autres explications possibles, mais celle-ci semble être la plus simple et la plus probable.
Je suis sûr que je laisse mes lecteurs dans un certain état de confusion, ayant apporté ces quelques explications et réflexions sur les
Khitan (Turco-Mongols), les
Mongols eux-mêmes, les
Jurchen (Mandchous), sur les termes de «
Cathay » et de «
Chine ». Il semble que depuis bien longtemps, et certainement depuis le 12-ème siècle, différentes gens ont eu tendance à voir la
Chine par l’intermédiaire des couches superficielles constituées par des peuples non Han, et superposées par-dessus un fond d’origine Han qui avait été considérablement dilué au fil des siècles. Où étaient passés les Han d’origine ? Je crois vous l’avoir dit : à mon avis, ils étaient plus au sud qu’au nord de la
Chine !
Il faut sauter des étapes intermédiaires. Il n’y a pas besoin de narrer dans les détails la domination croissante des Mongols sur la
Chine. En 1260,
Kublai Khan, petit-fils de
Gengis Khan, avait commencé à utiliser
Beijing comme sa capitale d’hiver. En 1271, il fonda la dynastie
Da Yuan (en chinois : « Grande Origine »). En 1276, il prit
Hangzhou, la capitale des
Song du Sud. Les Mongols anéantirent les
Song en 1279, réunifièrent la
Chine et l’englobèrent dans leur immense empire. Notoirement, les Mongols furent les premiers à inclure le
Yunnan comme province administrative de la
Chine, après avoir défait le royaume de
Dali en 1253 (qui avait succédé au royaume de
Nanzhao au 10-ème siècle). Kublai Khan avait établi la « pax mongolica » sur un empire gigantesque.
J ‘ai déjà mentionné plus haut, dans
« Époque Tang – II Nanzhao (suite) » que la conquête de
Dali/Nanzhao par les Mongols provoqua une vague particulièrement importante d’émigration des
Taï vers l’
Asie du Sud-Est et même jusqu’en Assam, en
Inde.
Après la reconquête de la
Chine par les
Ming, la première dynastie essentiellement chinoise depuis longtemps, les Mongols restèrent une menace pour la
Chine jusqu’au 16-ème siècle, quand les Mandchous, réincarnation des Jurchen, les remplacèrent dans ce rôle.
Pour qu’on puisse se repérer un peu, je mets une carte qui représente la situation territoriale vers l’an 1142, c.à-d. peu après l’invasion par les Jin (« proto-Mandchous ») de la
Chine du Nord où ils avaient établi leur dynastie, celle des Jin (d’où nous vient le nom de «
Chine », par l’intermédiaire des Mongols). On voit bien sur la carte que les
Song, qui eux étaient bien ethniquement/culturellement Chinois (« Han » si on veut), n’occupaient alors que le sud de la
Chine. L’état de Nanzhao (ou était-ce déjà
Dali ? peu importe les noms, il s’agit bien d’une seule et même chose) est bien en évidence. Au nord-ouest se trouvent les Xi Xia (« proto-Tibétains ») mais leur territoire n’est pas bien documenté. Il faudra que je trouve une carte pour illustrer l’étendue territoriale de la
Chine pendant la dynastie mongole des Yuan.
C’est bien sûr à cette époque que les marchands vénitiens
Matteo et Niccolo Polo finirent par atteindre la cour de Kublai Khan. Ils y retournèrent en 1275 accompagnés du fils de Niccolo, le fameux
Marco. Marco rencontra le Khan dans sa capitale d’été, Shang Du, qu’il appela Ciandu. La quasi-mythique «
Xanadu » dérive de la description qu’il fit de la grandeur et de la beauté de Shang Du. Il ne manqua pas de remarquer, marchand qu’il était, l’usage – plus noble que celui que les Arabes avaient remarqué

(voir plus haut dans « Papier et poésie ») – du papier comme monnaie, une autre invention chinoise (en fait, les
Song en avaient déjà fait usage).
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