Nous allons bientôt aborder la dernière période impériale de la
Chine, celle des Qing. Mais il faut tout d’abord que nous nous penchions un peu sur l’origine des
Mandchous, le peuple venu du nord qui évinça les Ming, la dernière dynastie ethniquement Han. Pendant leur ascension au 17-ème siècle, avec l’aide de rebelles Ming, ils conquirent la dynastie Ming et fondèrent la dynastie Qing. Les Qing régnèrent sur la
Chine jusqu’à la révolution Xinhai de 1911, qui instaura un gouvernement républicain.
Je vais à partir de maintenant parler des «
Manchu» et non des « Mandchous », pour la raison que j’ai indiquée tout à fait au début de mon essai. Je dois prévenir mes lecteurs, ce qui suit ne va pas être de tout repos,

car j’ai eu du mal moi-même à me retrouver dans les intrications des peuples du nord !
Les Manchu (mandchou: “Manju”; pinyin: Mǎnzú) sont un peuple toungouse originaire de la Mandchourie, dans le nord-est de la
Chine actuelle. Les peuples toungouses font partie du groupe de peuples dits altaïques, une dénomination qui réfère aux langues qu’ils parlent (les langues mongoles et turques font aussi partie de ce groupe). J’ai déjà discuté de la confusion entre ethnies, langues et cultures, mais je vais éviter d’aller plus loin sur cette voie, aussi intéressant que cela puisse être. «Toungouse» dérive de «Toungouska», une région de l’extrême orient russe.
Les premiers ancêtres connus des Manchu sont les
Sushen, un peuple qui vivait aux deuxième et premier millénaires avant JC dans le nord-est de la
Chine (provinces actuelles de
Jilin et de Heilongjiang, c.à-.d. la Rivière Amour), et dans la Province Maritime de la
Russie. Les restes archéologiques de ces régions sont attribués à la culture Xituanshan, ce qui indiquerait (faisons confiance aux experts !) l’appartenance de ces gens à la branche toungouse des peuples altaïques.
On pense que les Sushen furent les ancêtres des
Mohe ou
Malgal, ou
Moher. Ce nom apparaît au 6-ème siècle avant JC dans les documents chinois de la dynastie Zhou. Les Chinois ne connaissaient à vrai dire rien d’eux, sinon qu’ils utilisaient des arcs et des arbalètes. Du 3-ème au 6-ème siècle après JC, le nom de Sushen fut utilisé comme alias pour désigner les
Yilou, qui vivaient dans l’est de la Mandchourie. Aux 5-ème et 6-ème siècles, les Chinois font mention des
Wuji, puis des
Mohe. Les rapports entre les Sushen d’avant JC, les Yilou, les Wuji et les Mohe ne sont cependant pas bien établis. Il est possible que les Chinois aient confondu des peuples différents passant par les mêmes territoires.
Au passage, notons que les caractères chinois pour “Sushen” se retrouvent dans les textes japonais. En Japonais, on les lit “
Mishihase” ou «
Ashihase ». Les « Sushen » seraient arrivés dans la province de
Sado durant le règne de l’empereur Kimmei. En 660, le général japonais Abe no Hirafu les défit à Hokkaidō. Certains historiens considèrent que les Mishihase étaient les mêmes que les Sushen des documents chinois, mais d’autres pensent que les Japonais n’ont fait qu’utiliser des termes relevés dans des documents chinois pour désigner des peuples indigènes du nord du
Japon. On retrouve souvent cette ambiguïté ailleurs dans la sphère d’influence chinoise.
Le nom « Mohe » ressemble à un autre ethnonyme utilisé plus tard,
Motgit (Moji en Chinois moyen ; Mulgil en Coréen; Mokkitsu en Japonais ;
Wùjí enpinyin). Il ressemble aussi au nom des
Merkit, qui s’étaient opposés à l’ascension des Mongols de Gengis Khan. Ces variantes de prononciation (exception faite de «Wùjí ») ne sont absolument pas surprenantes et sont seulement apparentes. Il faut bien se rendre compte que nous n’avons que des transcriptions romanisées des transcriptions que les Chinois, les Coréens et les Japonais avaient eux-mêmes faites du nom originel de ce peuple (s’il n’y avait effectivement qu’un seul nom au départ). Ces transciptions ne peuvent pas être considérées comme des représentations fidèles des noms originels.
La tribu Mohe la plus crainte était celle des
Heishui, ou
Malgal Heuksu, également appeléeles
Mohe de la Rivière Noire (pinyin: Hēishuǐ Mòhé, de «hēi » qui veut dire « noir », et «shuǐ» qui veut dire « eau »; Jurchen/Manchu: sahaliyan i aiman). Cette tribu vivait dans l’extrême nord de la Mandchourie, le long de la Rivière Noire (Hēi Shuǐ), dans les provinces russes du Khabarovsk Krai, de l’Oblast Juif Autonome et de l’Oblast de l’Amour, et au nord de la province chinoise de Heilongjiang (Rivière Amour). D’après certains documents, ils séjournaient à l’origine près de la rivière Liao puis migrèrent vers le sud.
Nous allons faire une pause ici

pour laisser le temps de digérer cette affaire qui, il faut bien l’avouer, n’est pas d’une grande limpidité !